LACTE DE FOI
fermentation jetée dans les esprits par la prédication des mystères nouveaux de la doctrine évangélique?
N'est-ce point la puissance de Dieu qui permet à l'Église Romaine de continuer toute seule la catholicité de l'Eglise primitive, en résistant aux désagrégations que les discussions doctrinales, ou les divisions nationales imposent aux Églises séparées, et de garder en propre cette marque d'unité mondiaK qui reste l'inimitable sceau de ses divines épousailles avec le Sauveur du monde?
N'est-ce point la puissance de Dieu qui garde à cette Église, au milieu des infirmités inséparables d'une humanité en marche vers la sainteté, cette supériorité de puissance moralisatrice, qu'il n'est pas très difficile de reconnaître et à laquelle beaucoup d'incrédules et d'hérétiques rendent hommage?
N'est-ce pas enfin la puissance de Dieu toujours, qui, pour manifester l'appui promis et donné à l'Église chargée de conserver au monde l'enseignement de Jésus, multiplie au sein de cette Église les miracles, les merveilleuses guérisons, que l'Évangile nous annonçait comme devant être le signe de la vraie prédication chrétienne?
Nous croyons l'avoir montré, aucune de toutes ces œuvres ne s'explique naturellement et toutes se réclament de Dieu. Serait-ce donc qu'il y a au sein de la nature un démon menteur qui se joue de l'humanité et réserve l'usage des meilleures forces du monde aux fous ou aux fourbes, pour leur permettre d'égarer le bon sens de leurs frères ou de duper leur honnêteté ? Ne faut-il pas plutôt reconnaître que l'invocation de Dieu, qui se retrouve invariablement à l'origine de telles merveilles, n'est pas l'invocation d'un vain mot et d'une puissance imaginaire; et que
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la Toute-Puissance bien réelle qui répond à cet appel a, pour l'appelant qu'est l'Église catholique, des faveurs et une prédilection qu'elle ne saurait lui conserver, si l'Église en profitait pour imposer une doctrine mensongère, blasphématoire et idoiâtrique?
Pour le croyant, la réponse n'est pas douteuse. La lumière de la foi lui donne une telle intuition du divin, que la considération d'un seul de ces phénomènes suffit à confirmer sa croyance à Dieu, à Jésus et à l'Église.
141. Mais qu'en sera-t-il de l'hésitant qui est à peine entré sur le chemin du retour à la vérité, et qui reprend, du sein de l'incroyance, l'examen des motifs de crédibilité. Nous avons dit les mouvements sympathiques qui l'inclinaient à la foi, et nous avons noté que ces sympathies n'avaient pas tué les répugnances qu'elles combattaient. Il nous est impossible de décrire toutes les alternatives de progrès ou de recul, de docilité ou de révolte, toutes les angoisses par lesquelles peut passer l'âme de l'enfant prodigue que Jésus poursuit à travers la brousse du rationalisme et du naturalisme. Dieu seul les sait pour chacune de ces âmes. Aujourd'hui découragées, elles ne veulent voir que les objections, demain tout entières à l'espoir, elles sentent plus vivement que jamais les attraits et la vérité du catholicisme. Comment la lutte finira-t-eHe ?
Hélas ! L'égoïsme trop naturel à l'homme impatient de toute loi, tant pour l'esprit que pour le cœur, fait que beaucoup s'arrêtent à mi-chemin, et s'enferment en cstte conclusion découragée, qui est celle de trop d'incrédules contemporains * : L'his-
1 C'est l'égoïsme de l'esprit, jalousement enfermé dans les limites de son point de vue naturel, qui empêche nombre d'intelli-
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toire du catholicisme est vraiment la plus troublante £es énigmes; mais, mystère pour mystère, j'aime mieux n'avoir point la solution du mystère de TÉglise que croire à celui de la Trinité. Pareil langage est folie; il est péché contre le Saint-Esprit chez celui qui a été mis à même de juger des œuvres de Dieu1; il est désolant pour le pauvre sceptique désormais condamné à vivre sans lumière qui vaille, sans espoir qui console, sans amour qui le mette au dessus des misères de la vie ; mais ce langage est malheureusement trop facile à l'humanité déchue
142. Il en est un autre inspiré par la grâce et préparé par la prière, par la pratique anticipée de la vie chrétienne autant qu'elle est possible à l'incroyant.Avec une conscience plus nette de notre subordination totale vis-à-vis de Dieu qui nous appelle, avec un sentiment plus vif du besoin de ce Dieu, avec une intuition plus profonde du caractère divin des garanties de la révélation, l'homme, qui cherche Dieu de toute son âme, et veut bien se laisser faire par la vérité, finit par reconnaître combien il est hautement raisonnable d'accepter le mystère qui élève, au lieu de refuser la solution qu'il nous donne, et combien
gences cultivées de répondre à l'appel de Dieu. Pour croire, il faut d'abord avoir le sentiment de la petitesse de notre pensée, Notre-Seigneur le disait déjà : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux » (Matth., xvin, 3).
1 Le péché est d'autant plus grave que l'incroyant a pu toucher de plus près les signes de l'autorité divine de l'Eglise: « Malheur à toi Corozaïn ! Malheur à toi, Bethsaïde ! car si Tyr et Sidon avaient vu les miracles qui ont été faits au milieu de vous, il y a longtemps qu'elles eussent pris le sac et fait pénitence » (Matth., xi, 21).
il est déraisonnable de déclarer énigmatiques ces phénomènes du miracle moral ou physique qui nous crient si haut leur cause et leur signification. Sans doute, le mystère de l'infini et des dogmes qui nous en balbutient la vie est déconcertant pour la raison; mais, outre que leur proposition n'a rien de contradictoire, comme nous espérons le montrer, l'homme réfléchi peut-il tant s'étonner qu'il y ait des réalités qui ne soient point faites à la mesure de ses concepts naturels ? Non, vraiment. Et quand enfin il aura senti que la vie est dans la foi, qu'en dehors d'elle il n'y a que malaise et impuissance pour la pensée supérieure, et étourdissement ou corruption des joies mondaines, il n'hésitera plus à se livrer à Jésus dans l'Église en répétant la parole de saint Pierre : « Seigneur, à qui irions-nous, c'est vous qui avez les paroles de la vie éternelle, nous croyons et nous connaissons que vous êtes le Christ Fils de Dieu » (Jean, vi, 69-70).