‹ Critique et catholiqueChapitre 6 sur 44 · Le Christ avait été crucifié vers l'an 30; que pen · texte numérisé non relu

Le Christ avait été crucifié vers l'an 30; que pen

1 Ce n'est cependant pas'avec une foi aveugle que nous en appelons à l'autorité de Harnack; nous indiquerons en note les dates que nous jugeons douteuses, et nous donnerons, dans l'appendice I, un résumé des arguments qui appuient solidement ses conclusions au sujet de la composition des Actes et de la date de rédaction des Synoptiques. Nous voulons cependant signaler dès maintenant au lecteur pressé la note suggestive de la page 5 du Lucas der Arzt où M. Harnack, qui s'y entend, proteste contre les marottes et les préjugés de la critique et contre la confiance hâtive, grâce à laquelle les hypothèses les moins justifiées meuvent être érigées en dogme.

* Die Chronologie der Altchristlichen Litteratur bts hmsebicj, 1. II, c. i, Leipzig, 1897, t. i, p. 239. D'après cet ouvrage, les Épîtres aux Thessaloniciens seraient de 48 ou 49. Les Épîtres aux Galates, Corinthiens et Romains dateraient d'avant 54, celle aux Philippiens de 57 à 59.

sait de lui saint Paul vingt ans après? Pour Paul, Jésus n'est pas seulement un nabi réformateur, il est plus que tous les prophètes. Né de la femme et vraiment homme, il est Fils de Dieu préexistant à cette naissance dans le temps (Gai., iv, 4) ; il vient du ciel (I Cor., xv, 47); il a part à la création (I Cor., vin, 6); il n'est point fils de Dieu comme les justes, mais il est le propre fils (Rom., vin, 32) ; il existait en la forme de Dieu bien avant qu'il prît la forme humaine, s'humiliât jusqu'à la mort de la croix et méritât l'exaltation qui a mis le fils de la femme à la droite de Dieu et en a fait le Seigneur Jésus, au nom duquel tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, car ce nom est au-dessus de tout nom.

« Ayez en vous les mêmes sentiments que le Christ Jésus. Subsistant en la forme de Dieu (èv y-op^f, ©sou), i! n'a pas pensé que le rang d'égal à Dieu fût un bien à garder jalousement (àpTray^ôv — Vulgate : rapinam, une usurpation); mais il s'est lui-même dépouillé (èxévwaev) en prenant une forme d'esclave (^p^v So-jXov) en devenant semblable aux hommes ; et, grâce à l'apparence extérieure (vyi&axi) , ayant été pris pour un homme ordinaire, il s'est humilié lui-même, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu l'a exalté et l'a gratifié du nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que Seigneur est Jésus- Christ à la gloire de Dieu le Père » (Phil., n, 5-11) K

1 Des deux traductions proposées pour le mot àç>Tt<xyp.6v, celle de la Vulgate est plus conforme au sens ordinairement actif des dérivés en (jloç, elle est soutenue par les Pères latins, à l'exception de Apol. — 2

8. Était-ce l'habitude des apothéoses païennes, qui a poussé Paul, le pharisien, à diviniser Jésus? Et Paul nous dit que sa doctrine était connue et approuvée de Pierre, de Jacques, de Jean et des plus considérés de l'Église de Jérusalem (Gai., n, 1-10). Il n'est pas étonnant dès lors, que nous retrouvions dans les Évangiles synoptiques, avec le récit de la conception virginale qui est de source juive palestinienne et non point grecque \ des textes qui affirment que Jésus,

saini Hilaire et de saint Jérôme, et plus nettement affirmative du dogme puisqu'elle déclare que Notre-Seigneur pouvait sans usurpation s'arroger l'égalité avec Dieu. Mais cette déclaration de droits semble hors de propos dans un contexte où saint Paul donne comme exemple aux Philippiens le désintéressement de Jésus, et où par conséquent l'affirmation de son détachement vis-à-vis des prérogatives dues à son rang paraît bien mieux en situation. De là vient que la grande majorité des Pères orientaux a suivi l'autre interprétation.

Le parallélisme des deux expressions forme de Dieu (aopçf, 6eoC) et forme d 'esclave ({topçT) oow.ov) a une signification très nette. L'apôtre tient Jésus pour Dieu aussi bien qu'il le tient pour homme. « Puisque forme d'esclave signifie nature humaine, disait déjà saint Jean Chrysostome, c'est donc que forme de Dieu signifie nature divine. » Homéi. VI sur VEp. aux Philip., P. G., t. lxii, col. 220. Ce n'est pas seulement le fait que le Christ était semblable aux autres hommes par sa nature, qui nous oblige à reconnaître ce sens au mot aoçrr,; c'est la signification qui le différencie habituellement du mot c-/f(u.a. Ce dernier terme « indique la configuration extérieure, par opposition à la substance qui échappe aux organes des sens, et (xoçrr, la forme déterminée par la substance (sans exclure le rayonnement extérieur de cette forme), en sorte que <yyj,ua. est l'élément variable des choses, tandis que [iopsr, en est l'élément stable et permanent. » J. Labourt. Notes d'exégèse sur Philip., il, 5-11 dans la Rev. bibl., 1898, p. 406. C'est à cette étude que nous renvoyons de préférence pour un commentaire complet de ce texte capital.

1 f La légende de l'enfantement virginal que Matthieu est le

non seulement s'est dit Messie, mais s'est en même temps cru Fils de Dieu, au sens personnel et précis que TÉglise a donné à cette expression *. Il s'isole de ses disciples et du reste du monde ; il dit : Mon Père et cotre Père, mais s'il recommande à ses disciples de dire notre Père, il ne le dit jamais lui-même. Les prophètes qui l'ont précédé ne sont que le? serviteurs de Dieu, mais lui-même est l'héritier naturel, le fils du Maître de la vigne (Marc, xii, 1-12). Il y a entre le Père et lui une relation absolument unique et transcendante de réciprocité et d'égalité. Personne ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et personne ne connaît le Père si ce n est le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler (Matth., xi, 27 ; Luc, x, 22) 2. Enfin l'énigme

premier à nous raconter, est née sur un sol judéo-chrétien, ou, pour être plus précis, hiérosolymitain. » Harnack, Lukas der Arzt, p. 118, note 1. La couleur plus araméenne du style, du vocabulaire et des idées en témoigne assez, surtout en saint Luc; tant pis pour l'explication qu'on voudrait donner de ce récit, en en faisant une transcription des légendes des héros, fils des dieux et des femmes, à l'usage des convertis de la Gentilité. M. Guignebert, op. cit., p. 100.

1 « Pas un seul mot dans les Synoptiques ne permet de supposer que Jésus, s'il s'est dit le Messie, se soit en même temps cru Fils de Dieu au sens personnel et précis que l'Église a donné à cette expression. » M. Guignebert, op. cit., p. 78.

8 « Le rédacteur évangélique n'entend nullement signifier que Dieu n'était pas connu comme Père avant la venue de Jésus; il veut dire, et il dit très clairement, que le Christ, le Fils, est seul à connaître parfaitement Dieu, le Père, et cela parce qu'il est Fils, tout comme le Père, Dieu, est seul à connaître parfaitement son Fils, et cela parce qu'il est le Père, parce qu'il est Dieu. » Loisy, L'Évangile et V Église, p. 81. Nous devons ajouter que M. Loisy qui s'élève ici contre l'interprétation de Harnack, n'admet pas, lui non plus, que Jésus ait eu conscience de la filiation divine, et considère comme une glose de la tradition, ce même texte sur lequel

proposée aux Pharisiens à propos du Christ fils et pourtant Seigneur de David, n'a de sens, que si Jésus se croit en même temps Fils de David et de nature supérieure à David (Matth., xxn, 44-46 ; Marc, xn, 35-37; Luc, xx, 41-44) l.

Tous ces textes nous témoignent que les communautés primitives judéo-chrétiennes, dont les croyances ont fourni toute la matière des Synoptiques 2, donnaient, elles aussi, au Christ, les attributs de la divinité; c'est là une conclusion historiquement valable. Mais n'estce point la foi de ces communautés, influencée par l'enseignement de Paul, qui a coloré les discours que la catéchèse prêtait au Maître et, pour savoir ce qu'a pensé Jésus, ne faut-il pas distinguer entre ce qu'a dit Jésus et ce qu'a pu ajouter la tradition?

Voilà une distinction qui n'est point facile à faire, et nous quittons ici le domaine de l'histoire pour entrer dans celui des hypothèses qui vont se colorer et se

M. Harnack fende sa théorie de l'Essence du christianisme parce qu'il y voit une des paroles les plus authentiques de Jésus.

1 Tixeront. La théologie anlénicéenne, c. n, Paris, 1905, p. 69. — Nous n'arrivons pas à comprendre comment M. Guignebert peut voir dans les derniers textes cités, que Jésus « reproche aux scribes d'enseigner que le Messie attendu doit descendre de David. » Op. cit., p. 45. Demander aux scribes pourquoi ils donnaient le Messie comme fils de David eût été bien sotte question; ils n'eussent pas été embarrassés pour répondre et ridiculiser fignorance du nabi si peu instruit des Écritures. L'attestation synoptique de la filiation divine de Jésus est bien étudiée dans le livre de M. Lepin, Jésus, Messie et Fils de Dieu d'après les Évangiles synoptiques, Paris, 1907.

,' « Il est incontestable que toute la tradition synoptique est palestino-hiérosolymite, et n'a rien à faire avec les cercles chrétiens de la Gentilité, si ce n'est pour la forme rédactionnelle de Luc. i Harnack, Lukas der Arzl, c. iv, p. 118.

diversifier selon les idées préconçues et le tempérament de chaque commentateur incroyant ou croyant. L'incroyant trouvera « que parmi tant d'obscurités, les conclusions négatives sont encore les plus sûres 1, » parce que plus en rapport avec son dogme à lui. Le croyant répondra, non sans raison, qu'il n'est pas permis de refuser à Jésus les paroles qui affirment sa divinité, sous prétexte qu'elles contrarient la thèse du nabi réformateur.

9. Objectera-t-on que Pierre, au début, ne croyait pas à la divinité du Christ, puisque dans ses premiers discours (Act., n, 22-36 ; et ni, 12-26), il présente Jésus comme un homme que Dieu a fait Seigneur et Christ par la résurrection? L'objection n'est point si embarrassante qu'elle le paraît aux inattentifs. Jésus était homme et prophète aussi bien que Fils de Dieu, et il fallait le reconnaître comme prophète et Messie, avant de croire sur sa parole à sa filiation divine. Pierre n'était pas aussi naïf que certains apologistes modernes, et ne pensait pas qu'il fût possible de proposer le dogme de la divinité du Christ, avant la démonstration de l'authenticité de sa mission. Encore que le caractère divin du Christ, Prince de la vie (Act., ni, 15), et distributeur de l'Esprit de Dieu (Act., n, 33), soit insinué dans les morceaux précités, il est vraiment peu logique de mesurer, au contenu d'un discours apologétique adressé à la foule incroyante, la foi de Pierre et l'enseignement qu'il dormait à ceux qui croyaient au Christ. Paul n'en disait pas plus dans son discours apologétique d'Antioche de Pisidie (Act., xm, 17-41), et nous savons ce que Paul pensait du Christ.

1 M. Guignebert, oj>. cit., p. 77.

Jésus, en ressuscitant, est devenu Seigneur et Christ. Serait-ce qu'auparavant il n'était qu'un simple nabi? Nullement. Le prince héritier ne devient roi qu'au jour où il monte sur le trône, et cependant, avant d'y monter, il n'est pas simple sujet. Ce n'eût pas été usurpation pour l'Homme-Dieu, de prendre dès le début de son entrée au monde la royauté à laquelle il avait droit, comme l'égal du Père (Phil., n, 6). Mais la volonté du Père était que le Fils incarné acceptât la loi de la xévaxrcç (v. 7), du renoncement à toute la gloire qui appartenait à sa nature, qu'il préparât et méritât par une vie et une prédication de pénitence et par la mort de la croix (v. 8), le royaume et l'exaltation. Voilà pourquoi la vie du Christ n'est qu'une anticipation du royaume. Il ne veut point qu'on l'appelle le Messie, quoiqu'il le soit et le dise aux intimes, non seulement parce qu'il craint de provoquer le fol enthousiasme du peuple qui attend un Messie guerrier et politique, mais encore parce que vraiment il ne doit jouir qu'après sa mort des honneurs et prérogatives de sa dignité. En ce sens limité, la thèse de M. Loisy serait très vraie. Mais avant qu'il fût établi Fils de Dieu en puissance (Rom., i, 14), Jésus était déjà Fils de Dieu caché et humilié; saint Paul nous enseigne aussi bien la seconde vérité que la première, et saint Jean ne niait pas ce qu'il avait dit du Verbe, quand il faisait annoncer au Christ, à la veille de sa passion, l'heure de son avènement : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié... Voici l'instant du jugement de ce monde, voici l'instant où le prince du monde sera chassé; et quand je serai élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi » (Jean, xn, 23- 33). Jusque-là, Jésus n'avait prêché qu'aux Juifs, et par exception aux Gentils (Matth., x, 5 ; xv,

24), ce n'était que l'aube de la manifestation messianique ; mais une fois entré dans sa gloire, le Roi Messie fait opérer à ses disciples plus de merveilles qu'il n'en a fait lui-même (Jean, xiv, 12-14), et les envoie à toutes les nations. Ainsi se concilie l'apparente opposition, que nous croyons voir dans les Synoptiques, entre le caractère universaliste de la doctrine de Jésus, de ses intentions de salut, et l'exclusivisme pratique de sa prédication personnelle 1.

Rien ne s'oppose donc à ce que les témoignages synoptiques puissent être considérés comme l'expression de la foi primitive de la com munauté et de l'enseignement du Maître. Mais ce n'est là qu'une conclusion négative ; pouvons-nous aller plus loin, et saisir historiquement, sans nous en référer à l'autorité sacrée du livre inspiré 2, une manifestation positive de foi en la transcendance du Christ, qui soit antérieure à saint Paul ? Oui encore.

10. « Les pierres vengeresses » 2, qui devaient punir la folle et blasphématoire prétention d'égaler l'homme à Dieu et affirmant sa filiation divine, ont été ramassées et jetées sur Etienne. De quel blasphème l'accusait-on ? Les paroles qui précipitèrent sa condamnation nous le disent : « Voici, je vois les cieux ouverts et le

1 M. Guignebert, op. où.,' p. 72-74.

■ Et sans entrer dans une exégèse de détail, dont les interminables discussions et les délicates analyses ne peuvent fournir pratiquement de base solide, ni à l'attaque, ni à la défense de la foi.

8 « Comment un Juif aurait-il admis que Celui qu'il n'osait plus nommer, dont il évitait avec soin toute définition, s'enfermât dans une misérable enveloppe humaine ? Le simple énoncé d'une si monstrueuse hypothèse constituait un de ces blasphèmes qui le portait irrésistiblement à ramasser les pierres vengeresses. » M. Guignebert, op. cit., p. 78.

Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. » C'en était trop. Les Juifs « poussèrent alors de grands cris, en se bouchant les oreilles, et se précipitant tous ensemble sur lui, le traînèrent hors de la ville et le lapidèrent. Les témoins déposèrent leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme nommé Saul. Et ils lapidaient Etienne qui priait et disait : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Act., vu, 56-60).

Etienne remet son âme à Jésus, comme Jésus l'avait remise à Dieu ; les Juifs l'avaient donc bien compris, il égale Jésus à Dieu. L'horreur de cette apothéose, qui leur paraît blasphématoire, déchaîne la persécution sur toute la communauté. Jusque-là, le parti populaire des pharisiens avait toléré et même défendu contre la rancune inquiète des sadducéens et des princes des prêtres le groupe de pieux juifs qui priaient au nom de Jésus crucifié et ressuscité ; obtenaient ainsi d'étonnants prodiges et croyaient à son rôle ianique. L'illusion n'était pas dangereuse. On pourrait l'abandonner à la divine et infaillible épreuve du temps (Act., iv, 21 ; v, 13, 34-vi, 16). Mais dès lors que les nazaréens affichaient publiquement lïdolâtrique prétention d'égaler leur prophète à Dieu, la cause était jugée. C'était donc en justice et en vérité qu'on avait condamné Jésus comme blasphémateur; voici que ses sectateurs faisaient étalage de l'impiété sacrilège qu'il leur avait enseignée. Saul, le disciple du pharisien Gamaliel, défenseur des Apôtres devant le sanhédrin, va désormais poursuivre les chrétiens au nom de ses maîtres, jusqu'au jour tout proche où terrassé sur le chemin de Damas, il fera son credo du blasphème recueilli de la bouche d'Etienne expirant, et confessera lui aussi, la divine transcendance de Jésus,

Mais nous voici, toujours d'après M. Harnack 1, à Tannée même de la mort du Christ ou à Tannée suivante 2. Oh ! sans doute, la foi de la communauté à ce moment ne connaît pas encore Tinflexible rigueur du consubstantiel de Nicée, et cependant, son témoignage n'est-il pas suffisamment explicite ? Au Christ glorifié, elle donne des attributs divins, Tinvocation de son nom est Tunique moyen de salut (Act., iv, 12), :1 n'est pas un saint et un juste, il est le Saint et le Juste, le Prince de la Vie (Act., ni, 14, 15), Le Saint-Esprit qui est l'Esprit de Dieu, est aussi son Esprit (Act., v, 3, 9), il le répand sur qui l'invoque (Act., n, 33), il donne la repentance et le pardon des péchés (Act., v, 31), il est juge des vivants et des morts (Act., x, 42), il partage avec Dieu le titre de Seigneur (Act., iv, 33 ; v, 9, 14), car assis à sa droite, il en partage la gloire et la puissance (Act., ii, 35 ; vu, 58, 89). La filiation qui l'unit au Père est donc tout autre que celle des saints et des prophètes.

Mais qu'est-ce au juste que cette filiation? Comment, dans quelle mesure et avec quelles restrictions, le Christ est-il subordonné au Père ? Comment distinguer en lui l'humain et le divin ? Sur tous ces points, les idées des fidèles sont confuses et le seront longtem} s encore. Cette imprécision rend peut-être plus facile les conversions, et fait que du dehors, avant l'éclat d'Étienne, on ne se rond pas compte de toutes les prétentions de la nouvelle doctrine, mais si cette imprécision diminue la difficulté du problème psychologique en face duquel nous nous trouvons, elle ne la supprime pas.

Comment des Juifs, qui, dans leur profonde révé-

1 Die Chronologie der altchristlichen Littérature..., p. 237. 8 Ses auteurs catholiques adoptent plus généralement, comme date de cet événement, l'année 34.

rance de la redoutable majesté de Iahvé, n'osaient plus le nommer, ont-ils osé mettre à côté de lui, et faire entrer en partage de sa puissance, un crucifié ? — et cela, non pas quarante ans, mais aussitôt après sa mort.

Ils n'y auraient jamais pensé, si le crucifié lui-même n'eût revendiqué pareille dignité, et n'eût forcé la foi des ses fidèles, en se montrant ressuscité,

il. Le prétendu blasphème, pour lequel Etienne a été lapidé, avait déjà motivé la condamnation de Jésus, dont on lit le récit dans les Synoptiques :

Marc, xiv, 61-64.

Or il se tut et ne répondit rien. Le grand-prêtre l'interrogea de nouveau et lui dit : Es-tu le Christ le Fils du béni ? Jésus dit : Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance, et venant avec les nuées du ciel. Le grand-prêtre déchirant ses vêtements dit : « Qu'avonsnous encore besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème, que vous en semble ? Ils le condamnèrent tous comme méritant la mort.

Matth. xxvi, 63-66.

Et Jésus se tut :

et le grand prêtre lui dit : Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ,leFilsde Dieu.

Jésus lui dit : Tu l'as dit. D'ailleurs je vous le dis, désormais vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance; et venant sur les nuées du ciel. Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements disant : Il a blasphémé, qu'avons-nous besoin encore de témoins ? Voici que vous avez entendu le blasphème, que vous en semble ? Mais eux répondant dirent : il mérite la mort.

Jésus n'a pas été condamné par Caïphe, pour avoir dit : « Je suis le Messie » ce qui appelait dis-

Luc, xxii, 66-70.

Et ils le conduisirent dans le sanhédrin, disant : Si tu es le Christ dis-lenous. Il leur dit : Si je vous le dit, vous ne croirez pas, et si j'interroge, vous ne répondrez pas. M&is désormais le Fils de l'homme sera assis à In droite de la puissance de Dieu.

Ils dirent tous : Tu es donc le Fils de Dieu?

Il leur dit. « Vous dites que je le suis. i Mais ils dirent :

Qu'avons-nous encore besoin de té-

moingnage ? Nous avons nous-mêmes entendu son aveu.

cussion et non pas condamnation sans procès, mais pour avoir dit que le Messie Fils de l'homme serait désormais assis à la droite de Dieu, et affirmé ainsi qu'il était Fils de Dieu, en un sens tout différent de la filiation qui convient aux saints K

1 Voici le commentaire que donne de ces textes le R. P. Lagrange dans la Rev. bibl., octobre 1906, p. 571.

« Entre Matthieu et Marc d'une part et Luc de l'autre, les divergences sont assez sensibles. Chez les deux premiers il n'y a qu'une question qui englobe à la fois la qualité de Messie et celle de Fils de Dieu ; Jésus répond par une déclaration regardée comme affirmative sur les deux points.

« Dans Luc, on demande à Jésus s'il est Messie, et il répond qu'il sera assis à la droite de la puissance de Dieu. On en conclut qu'il se dit Fils de Dieu, et il le reconnaît.

« La divergence porte sur deux points : l'allusion à Daniel, vu, 13, l'ordre des questions.

« Dans Marc et Matthieu la citation de Daniel est presque littérale... dans Luc, elle ne l'est point...

« Luc paraît surtout insister sur la session à la droite de Dieu — la puissance de Dieu n'étant qu'une formule pour éviter un anthropomorphisme trop cru — trait qui se trouve aussi dans Marc, Matth., mais qui au premier abord paraît absent de Daniel, et qu'on va chercher dans le Ps. ex, 1 : Sede a dextris meis. En réalité cependant cette cession résolvait précisément l'énigme proposée par la vision de Daniel. Dans Daniel (vu, 9) on apportait des trônes, avant l'appariticn mystérieuse « comme un homme » et la question se posait pour les Juifs de savoir si — un de ces trônes, étant destiné à Dieu — un autre était réservé au Messie pour s'asseoir à côté de lui ? On sait que R. Aquiba n'hésita pas à répondre par l'affirmative. Mais José le Galiléen le reprit fortement, « Aquiba, jusques à quand profaneras-tu la Gloire ? » Cité par Bâcher, Die Agada der Tannaiten, t. i, p. 355, note 2.)

« Cette préoccupation des Juifs connue, rien de plus claire et de plus logique que l'ordre de Luc. Dans Marc et Matth. le grandprêtre est censé savoir que le Messie et le Fils de Dieu sont une même chose. A tout le moins on pouvait supposer que quelqu'un prît le titre de Messie sans revendiquer la qualité de Fils de Dieu. Il fallait donc demander d'abord à l'inculpé s'il prenait le titre de Messie. Jésus répond affirmativement, et de manière à faire corn-"

Oui, c'était bien là l'inconcevable et folle prétention dont le simple énoncé constituait pour les Juifs un

prendre que ce Messie doit s'asseoir à la droite de Dieu, sur le même rang que lui. C'était, dans les idées des rabbins, une profanation formelle de sa Gloire, c'était se dire égal à Dieu. La question suivante du grand-prêtre ne pouvait être : Tu es donc Dieu, ce qui lui eût paru un blasphème, mais, en employant une expression adoucie : Tu es donc le Fils de Dieu.

« Or on savait déjà, par la première réponse, que ce terme ne pouvait plus être interprété bénignement dans le sens d'un homme cher à Dieu. Aussitôt que Jésus a répondu affirmativement, sa cause est entendue..

« Il est difficile d'admettre que Luc. sans autre source que Marc ait restitué de lui-même un ordre si vraisemblable. La vraisemblance est ici une garantie du vrai. Luc suit la tradition la plus exacte : les autres ont bloqué.

« Mais s'il a certainement raison quand à l'ordre juridique, on peut se demander si Marc et Matthieu n'ont pas mieux conservé la couleur primitive de la réponse de Jésus. Luc l'ayant dépouillé, pour ses lecteurs Gentils, de son caractère strict de citationbiblique?

a II se peut, et nous inclinons vers cette solution. Mais si on reconnaît comme primitif le texte le plus semblable à Daniel, c'est aussi une raison de l'interpréter dans le sens de Daniel, c'est-à-dire dans le sens symbolique...

« Jésus n'a rien affirmé par les paroles de Daniel, sinon qu'il était le Messie annoncé obscurément par Daniel, et qu'il était un Messie ayant droit à s'asseoir à la droite de Dieu, ce que Daniel avait tout à fait laissé dans l'ombre. Il n'a pas annoncé aux sanhédrites que le ciel s'ouvrirait pour eux afin qu'ils puissent contempler le Fils de l'homme dans sa gloire...

t C'est ainsi que les sanhédrites l'ont compris. Ils ont vu dans sa réponse non la promesse d'une manifestation miraculeuse dont ils auraient peut-être ri, mais une déclaration de principe,et c'es pourquoi ils l'ont condamné... »

A ce commentataire nous ajouterons quelques mots de réponse aux objections soulevées contre l'historicité de cet incident. De ce que les sanhédrites n'apportent pas une sentence toute faits à la ratification de Pilate, on ne saurait conclure qu'ils n'ont pas jugé l'accusé sur la question religieuse, qui seule leur était à cœur, avant de prendre la décision de le faire condamner au tri-

blasphème « et ]e grand-prêtre déchirant ses vêtements s'écria : Qu'est-il encore besoin de témoins ? vous avez entendu le blaphème » (Marc, xiv, 63). Les pierres vengeresses ne furent pas ramassées ce jour-là, parce que tout près était Pilât e, mais on obtint de lui que la croix fût dressée ; et ce n'était p as seulement avec la joie mauvaise de leur rancune assouvie, mais encore avec la satifaction d'avoir vengé l'honneur de Iahvé, que les rabbis, secouant la tête, disaient au crucifié : « Si tu es le Fils de Dieu, descends donc de la croix » (Matth., xxvn, 40), tandis que la victime murmurait en son agonie : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font » (Luc, xxiii, 34). Jésus est mort premier martyr de la vérité de sa filiation divine ; ce n'était pas assez pour en fonder la foi. Il fallait encore qu'il ressuscitât. 12. Le plus ancien témoignage écrit que nous ayons de la résurrection du Christ nous est conservé dans la Ire Épître aux Corinthiens, ch. xv.

Je vous ai tout d'abord enseigné ce que j'ai appris moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures, qu'il a été enseveli, et qu'il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, et qu'il est apparu à Céphas et puis aux onz^. Il est apparu ensuite à plus de cinq cents frères réunis, dont beaucoup vivent encore et

bunal du gouverneur, comme perturbateur. En admettant encore que les apôtres en fuite n'aient pas été à même d'en savoir plus que le peuple de Jérusalem sur la séance du sanhédrin, il faut bien reconnaître, que, quoi qu'il en soit des détails, l'incident décisif de cette séance, le prétendu blasphème de Jésus était un fait trop capital, et trop favorable à la cause des sanhédrites, pour que tout le peuple n'&n-fût pas informé. Luc, qui n'emploie pas le mot de blasphème, signale le fait, et son texte indique assez une même décision motivée de la même façon que dans le récit de Matthieu et de Marc.

dont quelques-uns sont morts. Il est ensuite apparu à Jacques, puis à tous les apôtres : et enfin, après eux tous, il m'est apparu aussi à moi-même comme à l'avorton. Car je suis le moindre des apôtres, n'étant pas digne d'être appelé apôtre, puisque j'ai persécuté l'Église de Dieu ... Voilà ce que nous avons prêché, moi aussi bien que les autres, et voilà ce que vous avez cru.

Mais si l'on prêche que le Christ est ressuscité des morts, comment certains d'entre vous disent-ils qu'il n'y apas de résurrection des morts ? S'il n'y a pas de résurrection des morts, le Christ lui non plus n'est pas ressuscité. Mais si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre prédication et vaine est notre foi ; nous ne sommes plus que de faux témoins de Dieu, puisque nous avons témoigné contre Dieu qu'il a ressuscité le Christ, Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n'est pas ressuscité. Que si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre foi, car vous êtes encore dans vos péchés, et donc aussi ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus. Si c'est en cette vie seulement que nous espérons dans le Christ, nous sommes les plus misérables de tous les hommes (v. 1-19).

L'idée de la » résurrection corporelle offusquait déjà quelques-uns des premiers convertis grecs de Corinthe. Sans nier celle du Christ, ils niaient du moins la possibilité de la résurrection des morts en général. C'était une inconséquence. Saint Paul la leur signale, et, de crainte que ce rappel à la logique ne les pousse à rejeter la vérité qu'ils ont jusqu'ici gardée, l'apôtre leur remet en mémoire les garanties qu'il leur en a données, et l'importance capitale d'un fait sur lequel repose toute la foi chrétienne.

Son exposé n'est point un récit, mais un sommaire des témoignages qui attestent la vérité de la résurrection. Il ne dit rien des saintes femmes. En pareille matière, le témoignage des femmes ne compte pas.

Saint Luc nous en avertit, elles sont trop facilement soupçonnées de n'être que des visionnaires (Luc, xxiv, 11). On croit et on rapporte ce qu'elles disent, quand leur récit a été confirmé par d'autres faits plus sûrement attestés, mais ce récit n'a point par lui-même la valeur de témoignage officiel, comptant à part dans une énumération. Le quatrième Évangile le laisse assez entendre, lui aussi, puisque dans le total des apparitions qu'il a racontées (xxi, 14), n'est plus mentionnée l'apparition à Madeleine, par où débutent ses récits de la résurrection l,

13. Tandis que Paul ne dit rien des apparitions aux saintes femmes, les Évangiles synoptiques, écrits quinze ou vingt ans après l'Épître aux Corinthiens, s'arrêtent avec une complaisance marquée sur ces apparitions, sur les épisodes de la découverte du tombeau vide, et sont au contraire très sobres, trop sobres de détails, au gré de notre curiosité, au sujet des faits que mentionne saint Paul. Pourquoi cette différence? C'est que les Évangiles, quel que soit leur caractère apologétique, ne sont pas avant tout uno démonstration, mais un recueil des récits qui ont le plus intéressé les fidèles, et qui, ayant été le plus souvent répétés dans la catéchèse, se sont mieux conservés dans la tradition des communautés, dans lesquelles et pour lesquelles ces Évangiles ont été écrits. Les apôtres prêchaient tout d'abord la résurrection du Christ, et en donnaient les différents témoignages, à la façon dont saint Paul les résume dans sa lettre où il ne fait que répéter, nous dit-il, ce qu'il a prêché. A-t-on

1 Judicieuse remarque deW. J. Sparrow Simpson dans l'article Résurrection of Christ, p. 507, Dictionnary of Christ and the Gospels, edited by Hastings, Edinburgh, 1903.

vu le Christ ressuscité et qui Ta vu ? telle était la première question posée par les gens du dehors à convertir. Mais une fois convertis, ils prenaient bien moins d'intérêt à la distinction et au nombre des apparitions qui se ressemblaient plus ou moins et où Notre -Seigneur répétait à des témoins divers des enseignements analogues. Ce qui intéressait surtout les croyants, c'était ce qui nous intéresse encore le plus aujourd'hui, le comment de cette résurrection, autant qu'on pouvait le saisir, et, à défaut de la pénétration du mystère, le récit de ses toutes premières manifestations, l'histoire toujours vivante de ces minutes dramatiques où la foi, l'espoir, une joie débordante avaient remplacé tout à coup, dans le cœur des amis du Christ, le doute, la désespérance et l'accablante tristesse d'un amour impuissant à faire revivre le bien-aimé. Que de fois Madeleine, Marie de Jacques, Jeanne, Salomé et d'autres encore, qui ne sont point nommées, ont dû, aussi bien que Simon et Jean, raconter les émotions de cette heure inoubliable ! Que de fois les fidèles se sont répété leurs récits ! Faut-il nous étonner, après cela, des divergences de détail que présentent aujourd'hui ces récits des multiples allées et venues de la ville au tombeau, qui ont rempli ce solennel matin? D'après saint Jean et la finale de saint Marc \ Madeleine est

1 Nous distinguons de l'Évangile de saint Marc la finale xvi, 9- 20, qui, tout en étant canonique et inspirée, n'est probablement pas de Marc lui-même, mais serait, ou un résumé de Luc, ou un complément du presbytre Aristion, avec lequel on aurait suppléé la vraie finale de saint Marc, perdue par accident, car il est difficile que la rédaction originale de l'Évangile se soit terminée sur ces mots âçogoOvTo yâp, et sans rien dire des apparitions en Galilée annoncées au v. 7. Cf. Jacquier, Histoire des livres du N. T., laiis, 1007; t. il, p..5Û0sq.

seule au tombeau,tandis que, d'après les Synoptiques, il y a d'autres saintes femmes avec elle. A en croire saint Marc, les saintes femmes effrayées n'ont rien dit, tandis que les autres évangélistes en font les joyeuses messagères de la résurrection. Eh bien oui ! Madeleine est allée au tombeau avec les autres, et elle s'y est encore trouvés seule. Les saintes femmes ont eu tellement peur qu'elles n'ont tout d'abord pu parler, mais le premier moment de frayeur passé, et après l'annonce de Madeleine, elles pouvaient encore bien moins se taire. Elles ont dit et redit ce qu'elles avaient vu et entendu. Leurs auditeurs retenaient les détails qui les frappaient, et, à leur tour, dans leurs propres narrations, mettaient en relief ces circonstances, sans s'inquiéter de l'ombre qu'ils jetaient ainsi sur celles d'à côté. Ainsi faisons-nous tous dans nos récits les plus véridiques, et ainsi se sont accentuées les divergences de détail qui apparaissent dans les derniers chapitres de nos Évangiles aussi bien que dans les autres. Ces divergences peuvent donner lieu à objection contre l'inspiration divine de nos saints Livres, et nous résoudrons cette objection dans notre apologie des dogmes, mais elles ne font que confirmer leur autorité humaine d'histoire véridique. Elles prouvent que les récits de la découverte du tombeau vide, dans saint Matthieu et saint Luc, ne sont pas la simple répétition d'une légende apologétique créée par le rédacteur de l'Évangile de saint Marc, comme le suppose gratuitement M. Loisy 1, mais bien l'histoire véridique d'un fait très connu dans la chrétienté primitive, et attesté par toutes les sources différentes

1 Évangiles synoptiques. Introduction, c. ni, p. 104-105; c. iv, p. 134; c. v, p. 163.

Apol. — 3

auxquelles les évangélistes puisaient leurs informations.

14. On a beaucoup parlé du tombeau vide, en ces derniers temps, on nous a dit que la disparition du corps de Jésus ne prouvait pas sa résurrection C C'est vrai ; et c'est pour cela que saint Paul et les premiers prédicateurs de la foi chrétienne, autant qu'on en peut juger par les Epîtres et les discours des Actes, après avoir rappelé que Notre-Seigneur était bien mort, puisqu'il avait été enseveli 2. ne paraissent pas avoir insisté sur la découverte du tombeau vide, et en appelaient surtout au témoignage dp ceux qui avaient vu et touché le Christ ressuscité. Mais si ce fait n'est pas une preuve de la résurrection, il en a été une contre-épreuve matérielle, très accessible à l'expérience sensible et fort gênante pour tous .eux qui nient la résurrection du Christ, au sens où l'entend l'Église catholique. De là vient l'acharnement qu'on a mis tout récemment à révoquer en doute l'historicité de la découverte du tombeau vide. Y a-t-on réussi ?

On peut supposer, écrit M. Loisy, que les soldats détachèrent le corps de la croix avant le soir et le mirent dans quelque fosse commune, où l'on jetait pêle-mêle les restes des suppliciés. Quoi qu'il en soit de ce dernier point, les conditions de la sépulture furent telles qu'au bout de quelques jours il aurait été impossible de reconnaître la dépouille du Sauveur, quand même on l'aurait cherchée 3. »

1 Le Roy, Dogme et critique. Paris, 1905, p. 185, 199.

2 I Cor., xv, 4 ; Col., n, 12 ; Act., xm, 29. On fait allusion aussi à la sépulture de Jésus dans Actes, n, 29-32.

* Évangiles synoptiques, introduction, c. vu, La carrière de Jésus, p. 223.

Ce quoi qu'il en soit est charmant d'ingénuité. C'est un aveu non déguisé du parti pris absolu avec lequel l'auteur entend dénier à Jésus toute sépulture particulière et reconnaissable, quoi qu'il en soit des conclusions de l'histoire sur ce fait. M. Loisy espère ainsi échapper à l'embarras dans lequel se débattent depuis vingt siècles les incroyants, qui nient la résurrection du Christ et ne savent comment expliquer la disparition du cadavre. Mais cette échappatoire nouvelle pour nier un fait historique de plus, n'a pas meilleure allure que les autres, et nous apprend seulement avec quel sans-gêne les auteurs, qui affichent le plus de prétention au souci de l'objectivité historique, savent la sacrifier à la logique de leurs théories. ^ L'hypothèse de la fosse commune est toute parisienne et bien trouvée pour paraître vraie, sans preuves, à des leoteurs inavertis du xxe siècle, mais elle n'a point couleur de judaïsme. Les Juifs, auxquels répondait saint Matthieu (xxvm, 15), disaient que le cadavre du Christ avait été enlevé par les disciples. C'était encore la même histoire d'enlèvement qui circulait dans les milieux juifs qu'avait fréquentés l'apologiste Justin de Naplouse au 11e siècle \ et au xne siècle, les légendes juives de controverse antichrétienne parlaient toujours du cadavre enlevé, mais cette fois, par Judas 2,

1 « Vous avez choisi des messagers que vous avez envoyés crier par toute la terre : Voici qu'un trompeur, Jésus de Galilée, a suscité une secte sans Dieu et sans loi, et comme nous l'avions crucifié, ses disciples l'ont enlevé la nuit du sépulcre où il avait été déposé et ils trompent les hommes en répétant qu'il est ressuscité des morts et monté aux cieux. » Dialogue avec le juif Tryphon, n. 108, P. G., t. vi, col. 725-728.

'a« Judas, homme pieux et sage, ayant appris de Jésus le nom sacré au moyen duquel celui-ci faisait ses miracles, l'avait livré à

pour se rire des disciples et s'amuser de leur méprise. Du Ier siècle au xxe siècle, les Juifs n'ont pas su imaginer l'hypothèse de la fosse commune, et pour cause; c'est que la fosse commune n'était pas d'usage chez les Juifs. Le Deutéronome (xxi, 23) prescrit bien que le cadavre du supplicié soit enterré avant la nuit, mais ne dit rien du mode de sépulture. La Mischna est plus explicite. Voici ce que nous y lisons : « Le supplicié n'est pas enterré dans le caveau de sa famille; le tribunal avait deux cimetières publics, un pour les condamnés à avoir le cou coupé ou à être étranglés et l'autre pour les condamnés à être lapidés ou brûlés. Quand la chair a disparu, on enlève les os pour les enterrer dans le caveau de la famille l. » Ainsi donc il y avait bien un cimetière pour les suppliciés, mais les fosses y étaient si bien distinctes, que longtemps après, quand toute la chair était corrompue, on pouvait y reconnaître les os du condamné et on allait les y chercher pour les rapporter à côté des restes de ses pères. Pas

ses ennemis à la fête de Pâques. Jésus fut lapidé et pendu au gibet ; mais ce même Judas, ayantenlevédu tombeau le corps du maître, l'ensevelit dans un jardin, sous un ruisseau dont il avait auparavant détourné les eaux; il rendit ensuite au ruisseau son cours naturel, de sorte qu'on ne put retrouver le corps de Jésus le magicien, t Citation des Toledoth-Jeshu, emprunté à Fouard. (Vie de Jésus- Christ, 2e édition, in-8, Paris, 1882 t. n,p. 453,. Les Toledoth- Jeshu sont un petit recueil de légendes juives antichrétiennes qui date d'avant le xine siècle, puisque le Pugio fidei du dominicain Raymond Martini les connaît. Ces récits ont des variantes; on peut lire une forme différente de la même histoire dans Dictionnary of Christ and the Gospels, article Christ in Jewish Litteratur, t. il, p. 879.

1 Traité Sanhédrin, c. vi, 4, 9,10. La Guemara. au n. 1(2, insiste encore sur le fait de la sépulture distincte. Cf. Le Talmud de Jérusalem, traduction Schwab, Paris, 1888, t. x, p. 282, 283. ~

de fosse commune où « Ton jette pêle-mêle les cadavres. t>

L'hypothèse de M. Loisy, qui n'a pas le moindre appui historique dans la loi juive, n'en a pas davantage dans la loi romaine. Celle-ci ordonnait de délivrer le cadavre du supplicié à qui le réclamait. Dira-t-on qu'il n'y eut personne pour réclamer le corps de Jésus? Nouvelle invraisemblance. M. Loisy a beau supposer gratuitement, contre le témoignage du quatrième Évangile, « que la mère de Jésus et ses frères sont encore à Nazareth \ » qu'en cette fête de Pâques où les Juifs affluaient par groupements de famille à Jérusalem, Jésus, à la différence de tous ses compatriotes, n'y avait personne de sa parenté. Il est impossible que le Jésus acclamé huit jours avant par une foule nombreuse n'ait pas gardé dans la ville un seul ami, un seul homme sympathique, auquel les saintes femmes, dont nous savons l'attachement dévoué, aient pu demander une démarche parfaitement légale et inofïensive, qui leur obtînt les restes de celui qu'elles pleuraient. Cette démarche eût peut-être compromis des disciples connus comme tels; mais le sentiment de piété, qui suffisait à la justifier, n'avait rien que d'honorable pour un Juif ordinaire. Au récit concordant des quatre évangélistes, qui attribuent cette bonne action à Joseph d'Arimathie, on objecte que ce Joseph est inconnu dans toute l'histoire évangélique. Mais n'est-ce point un principe de critique littéraire, que l'auteur, qui veut faire passer une légende sous couleur de récit historique, y met en scène des personnages par ailleurs connus? Le fait que Joseph d'Arimathie n'est nommé qu'ici est une preuve de plus pour l'historicité

1 Le quatr. Évang., c. xxxm, p. 880.

d'un récit mis en doute en dépit de toutes les lois de la critique.

Nous avons insisté., plus qu'il ne fallait peut-être, sur le fait du tombeau vide, qui n'est pas un argument péremptoire de la résurrection. Il était bon de signaler au passage quelles libertés «une certaine exégèse » prend avec l'histoire. Elle n'en prend pas moins avec la psychologie, dans l'explication des apparitions.

15. On peut discuter sur les détails, le nombre, l'ordre, le lieu 1 des apparitions, mais après avoir pris connaissance du témoignage de saint Paul cité plus haut, des récits des quatre Évangiles, et du premier

1 Encore n'a-t-on pas le droit.au nom de la simple exégèse, d'opposer une tradition hiérosoiymitaine à une tradition galiléenne des apparitions, comme si nombre de témoins primitifs avaient aiïirmé les apparitions de Galilée à l'exclusion de celle de Jérusalem et réciproquement. Matthieu et Marc, qui racontent comment l:s disciples sont invités à se rendre en Galilée pour être témoins andes manifestations du Christ ressuscité, ne nient pas qu'il y ait eu d'autres manifestations à Jérusalem. L'apparition aux cinq cents ne pouvait guère avoir lieu à Jérusalem, sans provoquer un éclat qui devait être évité jusqu'à la Pentecôte. Mais des apparitions moins solennelles à Pierre et aux onze étaient bien nécessaires pour les décider à se rendre et à convoquer tant de frères au rendez-vous de Galilée. Si saint Luc nt raconte que les apparitions de Jérusalem, c'est qu'il s'en tient au cadre très arrêté dans lequel il a distribué tous ses récits évangéliques : Galilée, Samarie, Jéru* salem. Cf. V. Rose, Évangiles selon saint Luc, Introduction, p. xm. Les derniers versets de son Évangile sont un sommaire synthétique eignement des apparitions et non pas un récit chronologique, autrement il faudrait dire que saint Luc fait aller les apôtres à Béthanie en pleine nuit pour assister 4 l'Ascension, et qu'il se contredit, sans même le remarquer, dans les Actes, où il marque que les apparitions du Christ ressuscité se sont répétées pendant quarante jours (Act, i, 3). Voir aussi V. Rose, op. cit., commentaire des derniers versets, p. 244.

chapitre des Actes, on ne peut nier qu'il y ait eu pendant un certain temps différentes apparitions de Jésus vivant, à Madeleine, aux saintes femmes, à Pierre, aux onze, à une assemblée considérable de disciples. Tous ces témoins ont vu de très près, touché et entendu un personnage qui se disait le Maître ressuscité et leur a donné la mission d'aller prêcher l'espérance dont sa résurrection était le gage. C'est là un fait incontestable et d'ailleurs incontesté.

Ici s'arrête l'histoire; mais déjà nous avons saisi, sinon l'intime réalité surnaturelle de la résurrection, qui échappe à toute expérience, du moins l'enveloppe sensible, les signes par où le fait surnaturel se rattache à l'histoire, et qui nous en donnent la démonstration indirecte, puisque lui seul peut expliquer le tombeau vide et les apparitions.

Qu'est devenu le corps? Il ne peut être question d'enlèvement, ni par des Juifs ennemis qui se seraient empressés d'exhiber le cadavre, ou tout au moins de raconter leur rapt, ni par des amis qui ne pouvaient penser à se duper eux-mêmes, ni par des indifférents qui n'eussent point songé sans raisons à violer une sépulture. Mais surtout comment expliquer les apparitions, dans l'hypothèse rationaliste?

16. Voici comment M. Guignebert x raconte la genèse de la foi à Jésus ressuscité : « La mort sur la croix, qu'il n'avait nullement prédite, comme la tradition l'affirma plus tard, leur porta (à ses disciples) un coup aussi brutal qu'inattendu; mais au lieu de tuer leur foi, il provoqua en elle une réaction très féconde. » C'est vite écrit, mais elle est vraiment plaisante cette explication « réactionnaire ». Si encore

1 Op. cit., p. 97.

on acceptait que le Maître eût annoncé sa résurrec tion, comme l'affirment les catholiques sur le témoignage concordant des quatre évangélistes, on pourrait, avec un peu plus de vraisemblance, fonder sur le vague et chancelant espoir qu'une telle annonce eût éveillé, la « réaction féconde » qui hallucina les apôtres. Mais non, Jésus n'avait rien dit, ni de sa mort, ni de sa nsurrection. Son ignominieux supplice surprend ses disciples en pleine attente du triomphe espéré, et voilà que deux jours après, les disciples, abattus par ce coup aussi brutal qu'inattendu, se prennent à penser- que le Maître est ressuscité; ils le voient, le touchent, lui parlent, rendent à la fugitive vision de leur rêve, la confiance que le Maître vivant a si cruellement déçue et en arrivent à l'inébranlable conviction que l'on sait. Cas non seulement unique, mais des plus invraisemblables.

17. Cette hypothèse ne gagnera rien en vraisemblance quand M. Loisy nous aura dit * que cette « réaction puissante vers le grandiose avenir qui avait séduit les disciples » ne s'est produite que quelques semaines après, alors que les onze, on ne sait pourquoi, se retrouvèrent avec Pierre à Capharnaum, <( dans une existence oisive » qui permit à leurs souvenirs de « s'enflammer dans la solitude. »

Sans doute, «on ne doit pas oublier que les apôtres avaient la môme mentalité que leurs concitoyens do Capharnaum ou de Bethsaïde » et c'est précisément cette mentalité qui rend encore plus invraisemblable, plus puérile, l'hypothèse que « le travail intérieur de leur âme enthousiaste pouvait leur suggérer la vision

1 Tous les passages entre guillemets sont des citations de M. Loisy, Évangiles synoptiques, Introduction, c. vu, La carrière de Jésus, p. 223, 224.

de ce qu'ils souhaitaient», au point d'amener les multiples hallucinations que supposent les apparitions. Les apôtres étaient mariniers du lac de Génésareth, ou paysans de Galilée, hommes d'une trentaine d'années, gars solidement musclés et point du tout névropathes, gens accessibles sans doute à l'idée du merveilleux, mais rebelles, s'il en fut, à l'hallucination. Suivons -les, ainsi que nous les représente M. Loisy, Pierre rentrant chez sa belle-mère, Jacques et Jean chez leur père. Philippe rejoignant les pêcheurs de Bethsaïde, tous retrouvant le milieu populaire d'où le Christ avec son fol espoir les avait un instant arrachés, revenant tout apeurés, honteux de leur équipée. Que ne leur avait-il pas promisse fils du charpentier? Un jour que Pierre lui demandait : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre, qu'obtiendrons-nous ?» il avait répondu : « Vous siégerez avec moi sur douze trônes, juges des douze tribus d'Israël» (Matth.. xix. . 2728), et voilà qu'il n'avait pu se sauver lui-même. Que leur restait-il pour enflammer leur enthousiasme? des mots, pas même des promesses, puisque le maître ne leur avait rien promis, en dehors du royaume qu'il croyait inaugurer, et dont les derniers espoirs s'étaient évanouis dans l'agonie d'un infâme supplice. Est-ce en ces conditions de désespérance totale, accentuée encore par les commentaires apitoyés ou railleurs de leur entourage, que « des incidents fortuits, interprétés et transfigurés selon les préoccupations du moment, pouvaient avoir la même portée que des visions, avec un caractère objectif qui les rendait moins discutables, si Ton avait songé à discuter ?»

Eh quoi ! voilà des hommes qui ont été une première fois cruellement déçus, que nous savons très positifs

et très intéressés; il y va de l'intérêt de toute leur vie; s'ils s'illusionnent sur une résurrection fictive qu'ils vont croire et prêcher comme réelle, ils seront, comme le dit saint Paul, témoins contre Dieu, et les plus misérables des hommes, ils le savent, et l'on veut qu'ils n'aient point songé à discuter, qu'ils aient cru sans contrôle aux fugitives hallucinations de quelques-uns d'entre eux, et que des incidents fortuits leur aient tenu lieu de vision. 0 déraison du rationalisme acculé au ridicule, pour ne point vouloir du mystère !

18. Combien est plus humaine la note psychologique det récits évangéliques. Les apôtres, rappelés à la foi et à l'espoir par les premières apparitions de Jérusalem, reviennent en Galilée, s'y dispersent pour annoncer discrètement la bonne nouvelle aux frères et amis. Ceux qui les croient, se réunissent pour la grande apparition aux cinq cents. Notre-Seigneur ne se montre pas que cette fois-là; il apparaît plus souvent aux onze, ou à certains d'entre eux. Il ne fallait rien moins que ;es multiples apparitions du Christ vraiment ressuscité, pour décider ces hommes sans intelligence et dont le cœur était lent à croire, comme leur disait Jésus (Luc, xxiv, 25), à revenir à Jérusalem et à se dévouer corps et âme, sans autre espoir que celui du royaume céleste, à la prédication de l'Évangile. En dehors de la vérité de la résurrection, pas d'explication vraisemblable de tous ces phénomènes historiques.

Mais, nous objecte-t-on, si invraisemblable que soit l'explication des apparitions et de la foi des apôtres par l'hallucination, ne l'est-elle pas moins que l'affirmation d'une résurrection qui contredit toutes les lois connues de la physiologie? De deux invraisemblances, n'est-il pas sage de choisir la moindre?

En efftt, pour quiconque croit au dogme de l'incré-

dulité, à l'impossibilité d'une intervention surnaturelle de Dieu, la résurrection est tellement invraisemblable, que toute autre hypothèse, si absurde soit elle, doit lui être préférée. Mais tout différent sera le jugement, je ne dis pas du croyant, mais de l'homme, qui sans aucune foi religieuse ou antireligieuse, en est encore à se demander et à chercher si, au-dessus des forces naturelles, il n'est point une volonté libre qui les gouverne et peut en modifier l'évolution normale. A celuilà, il semblera beaucoup plus invraisemblable, pour ne pas dire impossible, d'admettre un bouleversement sans cause du mode d'évolution des forces physiologiques et psychologiques ; et il trouvera plus vraisemblable, pour ne pas dire nécessaire, l'explication d'un phénomène aussi anormal, par l'action d'une volonté intelligente et libre, maîtresse des forces qu'elle soutient dans l'être, et capable, à l'occasion, défaire des œuvres qui dépassent la nature, pour signaler sa présence aux cœurs sincères qui la cherchent. ,

Et quel homme pleinement informé et sans aucun parti pris pourrait refuser de reconnaître la main de Dieu dans le fait du Christ, tel que nous le donne l'histoire. Pauvre artisan sans lettres, il se lève à trente ans au milieu de son peupie, sans autre appui que sa parole et les œuvres étonnantes et bienfaisantes qu'il 3ème sur son passage; il brise avec les idées que tous ses compatriotes se faisaient du Messie, et prêche un culte en esprit qui reste encore aujourd'hui l'idéal de l'humanité, mais en même temps, il prêche aussi la « bonne nouvelle », promettant aux disciples qu'il groupe, un royaume où ils trouveront le bonheur, et il a l'audace, en apparence sacrilège et inconcevable dans un Juif, de s'égaler à Dieu, devant le tribunal des prêtres qui vont le juger. Il est condamné et crucifié pour ce pré-

tendu blasphème, et puis il reparaît si glorieusement vivant, que ses disciples, après l'avoir abandonné, adorent en lui le Seigneur et Sauveur du monde, un être transcendant, Fils de Dieu comme nulle créature ne peut l'être, parce qu'il l'a dit lui-même et qu'il a la puissance de Dieu à son service. Et le héros de cette histoire serait un fourbe ou un exalté ! !

Ah ! nous ne conclurons pas encore au Verbe consubstantiel, c'est là conclusion dogmatique et non point apologétique. Mais pouvons-nous refuser de confesser en Jésus, l'être surhumain qui vient au nom et en la puissance de Dieu montrer sa voie à l'humanité ?« Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »

Le merveilleux succès de l'œuvre qu'il a fondée achèvera de nous convaincre; mais c'est là, nous dit-on, succès très naturel, dont les facteurs sont à chercher dans la diaspora et la civilisation du monde grécoromain. Qu'était la diaspora?

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