RAPPORT DE LA LIBERTE INDIVIDUELLE AVEC LA LIBERTÉ COLLECTIVE
Le droit étant la virtualité par laquelle la personne exige ce qui est nécessaire à ses fonctions physiques et morales, la liberté sociale est l'initiative de la personne dans l'exercice des droits qu'elle fait valoir à son heure et à sa convenance. Mais, de même que la vie collective engendre la mutualité et fait naître le devoir à côté du droit, de même elle fait naître la responsabilité à la suite de la liberté ; elle veut même que les deux termes soient en raison directe Fui de l'autre. Sans la responsabilité, la liberté des uns devient vite la servitude des autres, chacun agissant suivant son caprice ou ses passions.
9G C KIT l QUE ET CONSÉQUENCE
L'ordre, en pareil cas, ne peut être obtenu que par la force posant des barrières et parquant les volontés dans un cercle infranchissable. Mais ces précautions, prises pour empêcher les abus de la liberté, sont la destruction de la liberté. Avec la responsabilité, au contraire, qui implique la réparation de tout le dommage causé, chacun trouve intérêt à n'imposer aucune servitude à son voisin ; chacun prend le gouvernement de soi-même ; chacun sait ce qui est permis et ce qui est défendu ; chacun , en respectant la liberté d'autrui, apprend à faire respecter la sienne.
Quand le droit, devenu social,, est limité par le devoir, quand la liberté, devenue sociale, est limitée par la responsabilité, il ne peut y avoir dans la société ni oppression ni servitude; chaque membre de la société obtient la part de vie qui est en rapport avec ses facultés, sans qu'il puisse trouver un empêchement dans les facultés d'autrui.
il est certain que l'homme, la femme, l'enfant et le vieillard, faute d'avoir des organes identiques, ne peuvent s'attribuer l'identité de droits et de libertés; cependant tous sont égaux dans leur inviolabilité, tous ont des titres à la vie valables au même degré.
Loin de s'exclure ou de se combattre, ces titres sont naturellement complémentaires; ils règlent les rapports naturels des membres de la famille, rapports faux et maladifs s'il y a lésion d'une liberté recevant une part trop forto ou trop faible de responsabilité.
Du reste, la loi d'organisation fait que les libertés diverses ne sont pas plus opposées ou contradictoires que les droits dont elles représentent l'exercice. Croire qu'un État, pour être libre, doit asservir les provinces, ou qu'une commune, pour être libre, doit asservir les citoyens, c'est méconnaître la logique et la force des choses, affirmant que jamais la servitude ne peut être une condition de liberté.
De tout cela résulte que dans un état social impliquant forcément la mutualité, la liberté suppose la responsabilité qui, en accordant à la personne la direction entière de ses actes, exige qu'elle en rende compte à la justice.