‹ Critique et conséquence des principes de 1789 par le docteur ClavelChapitre 24 sur 36 · POUVOIR DE PRODUCTION · texte numérisé non relu

POUVOIR DE PRODUCTION

Chez la personne individuelle, la souveraineté suppose le pouvoir de production sans lequel n'existe pas l'indépendance organique. Celui dont l'alimentation dépend d'autrui ne saurait être libre; il le devient forcément au contraire si le travail, déjà considéré par Turgot comme un droit, lui donne les moyens de produire selon ses forces, ses besoins et sa volonté. L'association lui permet d'user de la division du travail et d'augmenter ses produits sans agir dans l'isolement.

Chez la personne communale le pouvoir de production, avec le droit d'administrer les instruments, a le devoir de les mettre aux mains des individus et

de recueillir les produits qui n'appartiennent pas au travail. Quand les terres restent en friche, quand elles manquent de fossés, de haies, de chemins, de moyens d'irrigation ou de drainage, d'engrais, de plantations et des agents de fertilité que recommande la science agricole, le pouvoir de production reste au-dessous de sa tâche. Il y manque également et appauvrit la commune entière s'il ne fournit aux ouvriers de l'industrie des instruments toujours improductifs si le travail ne leur vient en aide. On voit que la terre et le capital s'unissent pour produire la richesse de la commune dont ils font partie. La richesse de la province tient à tout ce qui, parmi les agents de la nature, devient provincial en dépassant la circonscription de la commune et en n'embrassant pas la circonscription de la nation. Une foule de cours d'eau sont dans ce cas et représentent une richesse énorme, soit comme force motrice, soit comme moyen d'irrigation. Viennent ensuite certaines mines et certaines industries dont les capitaux ou instruments dépassent ce que peut fournir une commune. Dans ce cas elles représentent un intérêt surtout provincial, sous le rapport delà production et sous celui de la consommation.

Quant au pouvoir producteur de la nation, il s'exerce sur tous les agents de la nature qui dépassent la province et représentent des intérêts généraux. Les grands fleuves, la mer, l'air, la lumière, la science et Fart sont dans ce cas. Il se peut que la production en soit inférieure à celle de l'ensemble des agents communaux ou provinciaux, mais dans une société où les communes et les provinces doivent être souveraines il n'est pas bon que l'État soit trop riche. Les travaux d'utilité publique dont il a la charge sont très-restreints f et il ne doit pas entretenir d'armée permanente.

En additionnant ce que rapportent la terre, l'eau, l'atmosphère, la chaleur, la lumière et le capital d'une grande nation, il est facile de voir que le revenu public, sans enlever une obole à la propriété individuelle peut comprendre des sommes immenses. Alors peut être entrepris, sur la plus vaste échelle et au grand bénéfice du travail, tout ce qu'exigent la

mise en valeur du territoire, la viabilité, l'industrie,

l'hygiène, le sentiment des beaux-arts et même le plaisir. C'est par des monuments que les nations affirment leur génie et en lèguent l'empreinte à la postérité; c'est dans de vastes salles de réunion que

les populations rurales doivent apprendre la politesse, l'aménité, l'élégance, la douceur des mœurs et même la connaissance de la chose publique. Tant qu'il n'existera pas dans chaque commune de France un théûtre, une salle de concert et une salle de meeting, on trouvera un reste de sauvagerie dans sa population.

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