‹ Critique et conséquence des principes de 1789 par le docteur ClavelChapitre 26 sur 36 · POUVOIR DE CIRCULATION · texte numérisé non relu

POUVOIR DE CIRCULATION

II est impossible de ne pas attribuer une part de la souveraineté économique à la fonction qui met partout l'offre en présence de la demande, qui dispose des moyens d'aller, de venir et de transporter, qui a sous sa dépendance les chemins, les routes et les voies navigables, qui est en mesure d'établir les statistiques industrielles, agricoles et commerciales, qui peut empêcher ou faciliter la production et la consommation.

Chez l'individu, le pouvoir de circulation comprend la personne et la propriété. Chacun est donc maître d'aller, de venir et de transporter son bien d'une extrémité à l'autre du territoire de la nation.

S'il en est autrement, la souveraineté individuelle est violée avec son pouvoir de circulation.

Dans la commune ce pouvoir se complique. Il ne saurait comprendre la personne communale qui, faute de transporter son territoire, est incapable de bouger de place, mais il comprend tous les produits communaux, qu'ils soient à l'individu ou à l'être collectif.

v Le bon d'échange, la banque, la statistique, les chemins et les moyens de transports de la commune relèvent également de son pouvoir de circulation qui règle les rapports commerciaux avec les autres communes. Si la circulation n'était pas représentée par un pouvoir, elle serait à l'état de subordination en présence du gouvernement politique ou économique; elle subirait des entraves continuelles; les rapports naturels de la production à la circulation cesseraient d'exister, il n'y aurait plus équilibre entre les fonctions économiques, et la misère sociale ne manquerait pas de se produire.

Les pouvoirs de circulation des communes forment, en se combinant, le pouvoir de la province qui se charge de mettre dans toute la nation l'offre en présence de la demande, la production en pré-

sence de la consommation. Avec ses routes, ses canaux et ses moyens de transports, ses magasins généraux, sa banque et ses statistiques, le pouvoir provincial de circulation est un admirable instrument de prospérité économique. Il donne leur valeur complète aux produits spéciaux des régions, des climats et des territoires, il fait de toute la surface delà nation un seul et môme marché. Mais la condition de cette prospérité est l'abaissement du prix des transports jusqu'à son extrême limite, afin que la valeur des produits ne s'élève pas, avec l'espace parcouru, jusqu'à empêcher la consommation. Le mouvement des marchandises étant partout en raison directe du bas prix des transports, le pouvoir de circulation trouve son intérêt à perfectionner les moyens d'action dont il dispose et à les multiplier indéfiniment. Sa prodigalité, sous ce rapport, ne peut être limitée que par l'économie du pouvoir de consommation.

En montant jusqu'à l'État, le pouvoir de circulation se ménage les moyens de commercer avec les autres nations, de livrer à bas prix les produits indigènes et d'obtenir à bas prix les produits étrangers, d'augmenter ainsi dans des proportions co-

lossales les importations et les exportations. Le jour où l'étranger trouvera dans quelques magasins, répartis sur des points commerciaux habilement choisis, tous les produits de la culture et de l'industrie nationales, le jour où il sera certain de la qualité, de la quantité et du prix exact de la marchandise livrée, l'exportation sera immense. L'importation ne sera pas moindre le jour où les nationaux trouveront dans les magasins de l'État la qualité, la quantité et le bas prix dans les marchandises de l'étranger; l'on verra disparaître les fraudes de toute espèce qui déshonorent et restreignent le commerce international.

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