‹ Critique et conséquence des principes de 1789 par le docteur ClavelChapitre 6 sur 36 · DU PRINCIPE D'ORGANISATION · texte numérisé non relu

DU PRINCIPE D'ORGANISATION

Le monde terrestre se compose d'une série de corps élémentaires ayant des propriétés ou qualités simples comme les êtres qui leur donnent naissance. Chaque élément est doté d'une force d'affinité qui le pousse ou l'attire vers d'autres éléments et fait qu'il combine sa substance à la leur d'une façon tellement intime qu'il disparaît avec ses qualités propres pour réapparaître avec des qualités nouvelles. Le corps, composé de deux ou de trois éléments, peut aussi se combiner à d'autres corps; le produit qui en résulte agit de môme, à son tour, si

bien que la composition devient binaire, tertiaire, quaternaire, etc. Elle n'aurait pas de fin si l'affinité ne diminuait à mesure qu'elle complique les êtres, et si elle ne devenait impuissante à changer l'état actuel des corps, môme en appelant à son aide les conditions les plus favorables. Il va sans dire que les êtres produits par la combinaison de soixante corps simples, s'ils ne sont pas infinis, sont aussi nombreux que variés. Certains parmi eux sont passifs et ne peuvent, en aucune circonstance, augmenter ou diminuer les forces qui commandent leurs mouvements. Ils sont attirés autant qu'ils attirent; ils restent partout et toujours identiques sous le rapport de la figure ou de la composition ; l'arrangement de leurs atomes, quand il n'est pas empêché par quelque mouvement perturbateur, est toujours rectiligne et aboutit au fait si remarquable de la cristallisation.

Tel est le règne inorganique. Ses forces sont physiques ou chimiques , et les divers mouvements qu'elles produisent sont caractérisés par la ligne droite. Mais le moment arrive où l'affinité, à force de compliquer les corps, perd son empire sur eux et les livre à des forces nouvelles, où le mouvement

rectiligne est dominé par le mouvement circulaire qui, né' du calorique et des lluides impondérables, neutralise la cohésion, détruit l'adhérence des atomes et produit les états liquide et gazeux , enfin où l'état statique et minéral est remplacé par l'état dynamique et organisé. Avec le mouvement circulaire qui caractérise également le végétal et l'animal dans le fait de la circulation, l'être acquiert la force centripète qui lui permet de prendre au dehors ce qui est nécessaire à son existence et à son accroissement, tandis que le mouvement centrifuge lui permet d'éliminer ce qui est contraire à son existence. L'assimilation et l'excrétion qui en résultent font que l'être organisé, au lieu de croître et de décroître par les surfaces extérieures, le centre restant immuable, comme fait le minéral, croît et décroît par l'intérieur, dont les molécules ont besoin d'être entretenues et avivées, à peine de retourner au monde inorganique.

Du moment où un être organisé, si petit et si simple que l'on veuille le supposer, est doué d'assimilation, la vie existe. Celle-ci s'accroît à mesure que s'accumulent et se compliquent les mouvements circulaires et les organes qui les déterminent. Mais

tandis que les forces inorganiques sont immuables, les forces organisées ont forcément une période de croissance et une période de décroissance : elles s'usent, et le moment arrive où, faute de pouvoir se maintenir contre l'état inorganique, elles sont envahies par lui. La mort succède ainsi à la vie, limitant l'existence du végétal et de l'animal, alors que nulle limite n'est assignée à l'existence du minéral.

La biologie, suivant en cela l'exemple de la chimie, a cherché les éléments organiques et les a trouvés dans la cellule qui détermine les premiers rudiments de la vie et représente ce qu'il y a d'irréductible dans l'organisation. Le mouvement circulaire imprime à la cellule la forme sphérique ou ovoïde, qui se retrouve dans le globule du sang, dans l'œuf, dans la graine, dans les principaux viscères et dans tout ce qui concentre une grande quantité de vie. Il y a des cellules de plusieurs espèces, comme il y a plusieurs espèces de mouvements organiques. Viennent ensuite les fibres et tubes élémentaires qui représentent, ainsi que leur nom l'indique, des corps cylindriques et plus ou moins allongés dont la composition varie ainsi que les propriétés.

DES PRINCIPES DE 1789 8fl

Comme les éléments inorganiques, les éléments organisés sont doués de cohésion et d'affinité, la première rapprochant les molécules semhlables dans un ordre déterminé et les liant d'une façon plus ou moins intime, la seconde attirant les unes vers les autres les fibres et cellules d'un ordre différent, avec cette particularité, qu'au lieu d'amener leur fusion ou combinaison, elle se borne à les rapprocher autant que l'exige leur concours aux mômes mouvements. On voit ainsi se produire le tissu musculaire , le tissu nerveux , le tissu glanduleux , le tissu vasculaire , etc. Puis on voit le muscle appeler le nerf, qui appelle l'artère, suivie elle-même de la veine et du vaisseau lymphatique; la glande agit d'une façon analogue , les viscères englobent dans leur unité divers produits fibreux et celluleux, si bien que ces combinaisons successives concentrent, dans un seul organisme et dans une seule vie, une quantité de vies et d'orgaùismes.

Ceux qui étudient l'énorme série des végétaux et des animaux voient ainsi les existences élémentaires se compliquer à mesure que l'affinité organique produit de nouvelles combinaisons. Plus les êtres contiennent d'organes, plus leurs forces s'accrois-

sent : l'espèce la plus puissante est donc celle qui

recèle la plus grande somme d'affinité et qui peut combiner le plus grand nombre d'organismes. Cette puissance d'affinité est peu considérable dans le végétal qui est fixé au sol et ne réagit guère sur son voisinage que par le contact immédiat ; mais elle s'accroît singulièrement dans l'animal qui doit au système nerveux la conscience de son existence, la connaissance du monde extérieur, le déplacement et les mouvements volontaires, enfin la série des besoins, affections et appétits qui se rapportent aux êtres placés à distance et préparent de nouvelles combinaisons.

Il nous est impossible de tracer ici les gradations de la vie végétale et de la vie animale; nous devons arriver à l'être qui, placé au sommet de la biologie, en est l'abrégé complet et semble concentrer toutes les forces organiques.

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