‹ Critique et histoireChapitre 9 sur 12 · PT (EE · texte numérisé non relu

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difficulté de la question et qu’on paraît exposé à tourner dansun cercle, c’est-à-dire à prendre comme pierre de touche pour le classement des matériaux une conception du développement du christianisme primitif qui ne peut reposer sur autre chose que

sur une @ertaine idée de la manière dont les matériaux doivent être classés. Mais il y a un critère qui nous paraît trop négligé

et qui est de nature à fournir de précieuses indications. On peut

le formuler ainsi : Doit être considéré comme provenant de très ancienne tradition et comme pouvant pratiquement être tenu pour | authentique, ce qui est en contradiction avec les formes sous lesquelles nous apparaît la plus ancienne foi de l'Eglise. Un exemple

fera comprendre ce que nous entendons par là. Le passage I Cor., 15, 3-4 montre que la formule «Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures, il a été enseveli, il est ressuscité le". troisième jour selon les Ecritures» peut être considérée comme See une confession de foi très archaïque, puisque l’apôtre Paul Jan

donne comme traditionnelle et comme résumant sa prédication aussi bien que celle des apôtres de Jérusalem. Quand nous trouvons dans les évangiles des déclarations qui présentent une autre conception de la victoire du Christ que celle de la résurrection le troisième jour, nous pouvons être assurés d’avoir affaire à des éléments tout à fait archaïques. Par là se trouvent authentifiées | et garanties des déclarations comme celle de Lc., 17, 24-25, où l’on trouve les idées de souffrance, de rejet et de manif La rieuse du Fils de l’Homme, mais non pas celle de mort et de. résurrection et aussi la déclaration de Jésus devant le sanhédrin (Mc., 14, 62 et par.), où est affirmé le retour glorieux sur les Fe nuées du ciel, mais pas la résurrection le troisième Jour Cesu textes et ces déclarations une fois reconnus authentiques forment Le à leur tour des critères qui permettent d'apprécier d’autres élé ee ments de la tradition. Ils jouent ainsi le rôle de centres de cristalhsation autour desquels viennent tout naturellement s Re les matériaux pr imitifs.

Hiber Re ’à a SR la . doit tre Pois T1 faut éviter une critique superficielle qui se contente de peu et retient comme solide tout ce qui n’apparaît pas, d’une manière évidk

défier d’une critique trop systématique qui, poussant à l'extrême ses exigences, aboutit, en fait, à rejeter dans son ensemble tou la re et bte ainsi par se détruire elle-même. Se tenir

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tact, on serait tenté de dire, d’instinct et d’intuition, mon maître Ménégoz disait de sens exégétique, Cest-à-dire de bon sens et de mesure. Un principe cependant peut préserver des excès de l’hypercritique, c’est celui-ci: la critique cesse d’être légitime dès qu’elle n’opère plus sur la réalité des textes eux-mêmes, mais sur des schémas et des abstractions qui leur sont substitués et dès qu’elle affirme ou qu’elle nie au nom de théories générales. C’est pour avoir méconnu ce principe que la critique de la formgeschichtliche Schule n’a abouti qu’à des résultats négatifs; elle a fini en effet par ne plus raisonner sur des textes, mais sur des: classifications et des schémas abstraits (paradigmes, aphorismes, apophtegmes, parénèses et autres) qui ne répondent pas à la réalité complexe de la tradition. Elle s’est d’autre part laissée entratner par des vues systématiques à faire intervenir une théorie de l’histoire de la tradition établie par une extension, à nos yeux illégitime, à la formation de cette tradition, de soi-disantes lois établies par une généralisation de faits observés dans les développements secondaires de cette tradition.

Ce qui précède montre, sans qu’il soit nécesaire d’y insister, qu’il est impossible de réduire la critique à une simple technique et de la ramener à un certain nombre de procédés qu'il serait possible d’appliquer d’une manière quasi-mécanique. La critique doit se pénétrer d’esprit historique, c’est en s’en imprégnant toujours plus profondément qu’elle se gardera de ce qui est pour elle le plus grand des dangers, l’abus de l’esprit de système.

Si parfaite qu’on suppose la, critique, si précis que puissent êtreses résultats ce à quoi, même dans les conditions les plus favorables, elle peut aboutir est quelque chose de très différent d’une Vie de Jésus ou d’un tableau de son enseignement. C’est une série d'informations sur des paroles de Jésus et des épisodes de sa vie, mais simplement juxtaposés, non organisés, pas même classés chronologiquement. C’est sur ces matériaux que l’historien doit travailler. L'idéal qu’il se propose est d’ordonner les faits au triple point de vue de la chronologie, de la géographie et de la psychologie et d'établir entre eux un enchaînement tel qu'ils s’expliquent les uns les autres. Il faut en outre que soit examinée et mise en lumière la relation étroite qu’il y a entre la pensée de Jésus telle que son enseignement la révèle, sa vie religieuse dans laquelle certaines paroles qui sont des effusions de son âme nous permettent au moins de plonger un regard et ses. actes et sa prédication, d’une part, l'influence qu'il a exercée, de l’autre. Le problème étant ainsi posé, il ne peut plus être

. question d'isoler le problème de Jésus de celui des origines chré-

tiennes, mais il est nécessaire de l'intégrer dans l’histoire du chris-

tianisme., Il y a là tout autre chose qu’une simple remarque qui porterait seulement sur la manière dont l'exposition historique doit être présentée. Si on ne perd pas de vue la relation organique des premiers développements du christianisme avec l’œuvre de Jésus, on dispose d’un critère pour mettre à l’épreuve les conelusions auxquelles on aboutit pour la vie de Jésus. Toute conception de son histoire qui ne peut prendre une place organique dans un tableau général des origines du christianisme est à reviser ou à rejeter. On n’a pas, jusqu’à présent, nous semble-t-il, reconnu toute l’importance de cette considération, sans quoi la littérature théologique moderne ne présenterait pas le spectacle assez étrange, en somme, qu’elle nous offre, de deux séries presque indépendantes l’une de l’autre, de travaux, les uns sur Jésus, lesautres sur le christianisme primitif que l’on ne se préoccupe que très

exceptionnellement de relier les uns aux autres.

IL manquera toujours à l’histoire de Jésus la solide charpente chronologique qui est l’armature de toute évocation du passé. S'il est possible de fixer la date de la mort de Jésus avec une précision et un degré de certitude qui ne sont pas toujours atteints dans les déterminations chronologiques de l’histoire ancienne, il est impossible d'évaluer, autrement que par conjecture, la durée de son ministère, Maïs de là ne résulte pas que nous puissions seulement décrire quelques moments de sa vie. impossibles à ordonner entre eux. C’est ici principalement que la considération historique doit compléter le résultat des recherches purement critiques.

Envisagés dans leur ensemble, la vie et l’œuvre de Jésus présentent ce caractère particulier que les circonstances extérieures n’ont exercé qu’une influence relativement réduite sur la marche des événements. Les moments décisifs, les crises du minis. tère de Jésus ont été surtout déterminés par les réactions provoquées par sa prédication et les développements, à certains égards, on pourrait même dire les transformations de son enseignement dont les causes principales, sinon uniques, ont été les

expériences qu'il a faites au cours de sa prédication d’une part,

l’approfondissement de sa pensée et de sa vie intérieure de l’autre. Les choses se présentant ainsi, l'étude historique doit partir non pas des événements de la vie de Jésus, mais de son” enseignement et de sa pensée, et c’est par le rapport qu'ils présentent avec les différents moments et les différents aspects de cette pensée, que les faits connus peuvent être classés entre les deux moments extrêmes de l’histoire évangélique, l'adhésion plus ou moins complète de Jésus à la prédication de Jean-Baptiste et sa crucifixion à Jérusalem pour des motifs ou des prétextes…

Re. jour de l’histoire dans l’entourage du Baptiste, mais c’est pour

d'ordre politique, sans doute, puisque c’est à la suite d’une condamnation prononcée par un tribunal romain et par des soldats romains qu'il a été mis à mort, mais cependant après que, devant le sanhédrin, il eut annonié son retour comme Fils de l'Homme sur les nuées du ciel.

Entre ces deux époques s’est placé le changement de théâtre de l’activité de Jésus, l'abandon de la Galilée pour la Judée et pour Jérusalem. C’est par l'étude de ces trois moments capitaux que doivent commencer toutes les recherches sur la vie de Jésus. Et l’on aperçoit immédiatement que, pour le premier et pour le dernier en tout cas, dans une certaine mesure aussi pour le second, il s’agit d’un problème qui touche de près la pensée de Jésus et sa vie intérieure, C’est là une circonstance très favorable pour l’histoire. Si paradoxal, en effet, que cela paraisse, la pensée de Jésus est plus facilement et plus sûrement accessible que les événements de sa vie. La foi à la résurrection et l’interprétation théologique du drame de la passion que, sous l’influence de cette foi, ont élaborée les premières générations chrétiennes, ont donné à la pensée religieuse et théologique un caractère particulier, net et précis. Ce qui, dans les paroles attribuées par les évangiles à Jésus, n’est que projection dans le passé de la foi de l'Eglise, se reconnaît facilement. Mais ce n’est pas tout. La pensée de Jésus présente un caractère tout particulier de simplicité et de cohérence; elle est en relation directe avec une expérience religieuse que, sans doute, nous sommes hors d'état de saisir et de comprendre dans toute sa profondeur, mais dont, cependant, nous apercevons assez nettement le caractère dominant. Il y à là une circonstance qui aide grandement à analyser et à reconstruire la pensée de Jésus. Ceci ne vaut — il est presque inutile de le dire — que pour les éléments fondamentaux et les lignes maîtresses, non pour tous les détails et notamment pour toutes les applications des principes posés. Si l'esprit de l’enseigmement moral de Jésus, par exemple, ne peut être confondu avec rien d'autre, il y a, dans les évangiles, des préceptes moraux dont on ne pourra jamais dire avec certitude s'ils ont été formulés par Jésus ou s'ils sont seulement des applications par la communauté chrétienne de l’esprit de son enseignement.

La connaissance de la pensée de Jésus nous fournit un point de départ très précieux pour l’étude de son ministère, de ses moments décisifs tout au moins. Nous voudrions illustrer cela

ae un exemple. Jésus apparaît pour la première fois au grand

. inaugurer bientôt un enseignement différent de celui de Jean.

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