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toute possibilité d’une Vie de Jésus conçue du point de vue de l’histoire et l’affirmation que les livres du Nouveau Testament et spécialement les évangiles doivent être l’objet d’une exégèse non seulement historique et critique, mais encore pneumatique et théologique. |
Si nécessaire qu’il nous paraisse de considérer séparément le problème théologique et le problème historique de Jésus, il me nous vient pas à l’esprit de méconnaître l’étroite relation qu'il y a entre eux. Nous sommes persuadés, au contraire, qu'il est impossible de saisir l’essence de la religion chrétienne sans considérer les relations qu'il y a entre les deux réalités, à la fois solidaires et antithétiques, que désignent les deux termes de. « Jésus de l’histoire » et de « Christ de la foi». Peu de problèmes méritent autant que celui-là de retenir l'attention des penseurs … et des historiens, car c’est en essayant de voir comment du Jésus 7e de l’histoire est sorti le Christ de la foi, que l’on peut le mieux “saisir, en même temps, le caractère spécifique de la foi chré-… tienne et le sens de son développement historique.
Le propre du christianisme, ce qui le distingue le plus TRE fondément de toutes les autres religions, c’est qu’il se présente comme une révélation d’une valeur absolue et que, d'autre part, il est lié à un fait historique, donc relatif, l’apparition en Pales a tine, il y a quelque dix-neuf siècles, de Jésus de Nazareth, sa vie, son enseignement et sa mort. Et de ce lien organique et vital le christianisme ne garde pas seulement un souvenir très précis, il lui attribue aussi une valeur essentielle, car il y voit la juste fication de sa prétention à n’être pas fondé sur des aspirations, des désirs ou des rêveries, mais sur une action et sur une mani festation de Dieu. | nR
Le christianisme associe ainsi deux caractères opposés et qui semblent logiquement inconciliables, l’absoluité et la contin=. = gence. Comprendre cette association, en analyser les conditions, | les modes et les conséquences est Rat à à le moyen le plus sûr de déterminer l’essence même du christianisme. |
Si le problème des rapports entre le Jésus de l’histoire” le Christ de la foi présente ainsi pour le théologien — je prends. ce mot dans son sens strict — un intérêt de premier ordre, il pas moins d'importance pour l'historien. La genèse du christi nisme n’est en effet pas autre chose que le passage du Jésus dé histoire au Christ de la foi. Que se propose l'historien des or ; C gines chrétiennes, sinon de comprendre et d’expliquer comment, 1 dans quelles conditions, sous l’influence de quelles expériences" intérieures et de quels facteurs extérieurs, l'Eglise est sortie de |
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Pactivité du prophète de Nazareth, l'Eglise, c’est-à-dire une société nouvelle qui a le sentiment d’avoir pour chef Jésus, mais ce Jésus élevé au-dessus de l’humanité? En d’autres termes, le problème est celui-ci: Comment le Jésus du Sermon sur la Montagne est-il devenu non seulement le Christ-Dieu d’Athanase et des Pères de Nicée, mais déjà le Seigneur de l’apôtre Paul et des premières communautés ou, pour reprendre le mot dont nous nous sommes déjà servis, le Christ de la foi?
La théologie de la fin du dix-neuvième siècle avait le sentiment, sinon d’être en possession de la solution du problème, du moins d’être sur le point de pouvoir la formuler. La théologie d'aujourd'hui est moins sûre d’elle-même et il ne manque pas de bons esprits qui pensent que l’antinomie entre Jésus et le Christ, c’est-à-dire entre l’histoire et la foi, est irréductible, que Pabsoluité de la foi et le caractère historique et, par conséquent, contingent de la révélation sur laquelle elle se fonde sont comme les deux bouts d’une chaîne que nous tiendrions en mains sans apercevoir comment ils se relient l’un à l’autre. Certains vont même plus loin et pensent que le développement de lesprit critique, la préoccupation de saisir le Jésus de l’histoire ne peuvent que nuire à l'épanouissement de la foi religieuse et rendre plus ou moins indifférent au Christ de la foi. Il serait facile de montrer, par des exemples douloureux mais topiques, que, parfois, la critique a nui à la foi, si même elle ne l’a pas complètement étouffée, Aussi ne faut-il être ni surpris, ni scandalisé des défiances que la critique évangélique éveille dans certains groupes religieux et jusque dans certains milieux théologiques.
Il ne manque pas non plus de gens qui pensent qu’envisagés, si on peut ainsi parler, du point de vue du Christ de la foi, les problèmes d’ordre historique et critique que pose la vie de Jésus perdent beaucoup de leur intérêt ou bien qu’ils sont
éclairés d’une lumière toute nouvelle. Certains estiment que les
expériences d'ordre spirituel que constitue la communion avec le Christ éternel, permettent de saisir la réalité de la personne de Jésus d’une manière plus vivante et plus concrète que la comparaison des textes et la critique des témoignages. Il peut y avoir dans cette opinion une part de vérité. Il y a dans l’action de Jésus des réalités que l'intelligence et la faculté de connaître seules sont impuissantes à saisir et auxquelles s'applique la formule paulinienne nveuuarikds dvaxpiveru!, Elles font penser à cette for-
mule de Paul de Lagarde: Ueber Religion darf nicht der
1] Cor., 2, 14.
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Religionslose wrtheilen, sondern nur der Religiose'; Ce serait. pourtant aller trop loin que d'attribuer à l'interprétation religieuse et spirituelle de l’histoire évangélique un caractère exclusif et suffisant, sinon on s’exposerait à altérer gravement l’essence même de la religion chrétienne en sacrifiant le caractère qu’elle a toujours prétendu avoir d’être une révélation objective PUone sur des faits historiques. Au christianisme, religion qui s'insère dans la trame de l’histoire, on substituerait une religion purement subjective, intuitive et mystique. Une telle religion Mr peut avoir sa valeur, mais elle est différente de ce qu'a été le christianisme dans les dix-neuf siècles de son histoire. Ÿ
En marquant la défiance que nous inspire l’idée d’une relie | gion qui reposerait sur l’expérience de la communion avec le nn Christ éternel, nous n’entendons pas contester les droits de la for et de expérience religieuse, ni refuser au théologien et au croyant le droit de faire sur le Christ des affirmations qui dépassent les constatations de l’histoire; nous voulons seulement dire que Si. « ces affirmations peuvent dépasser l’histoire, elles ne doivent pas la contredire. Deux exemples concrets permettront de mieux sais sir ce que nous voulons dire. La foi chrétienne affirme la sainteté” de Jésus, l’histoire ne le peut pas parce que la documentation. FA
dont elle dispose est trop fragmentaire. Elle se borne à conan $ “ que, dans tout ce qu’elle sait de Jésus, elle ne relève aucune trace de remords ou de sentiment de péché. Elle observe en outre que A l'extrême délicatesse de la conscience de Jésus donne à ce fait une portée toute particulière. Mais elle ne peut pas, sans sortis FE de son domaine, aller plus loin. Ce qui est impossible à l’historien. s £4 est possible au dogmaticien et, de sa part, c’est légitime. Au nom : Sa
de l’expérience religieuse et de l’intuition mystique, il a le droit Le
; MS d: K d'affirmer la sainteté de Jésus, mais il n’a ce droit que parce que son affirmation sur ce point n’est pas contredite par l’histoire. Au contraire, il est illégitime que le théologien affirme l’inerrance ou la toute-science de Jésus parce que, sur la question de la fin > du monde, il a eu Re vues de ou été contredites par les événe- pe
Ne ne l’inerrance et la FAP AAU Jésus, de fau- Se. drait avoir d’abord historiquement démontré qu’il n’a pas eu Sur" la fin imminente du monde, les idées que lui prête un ne à de. s plus en plus grand d’interprètes. À Ko Notre intention n’est pas d'aborder, après tant d'autres, le
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! Altes und Neues zum Weihnachtsfest (Mitteilungen, VI), Gœttingen, 1891, p. 321. FRE
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problème capital des rapports de Jésus de l’histoire et du Christ de la foi. Nous avons voulu seulement en rappeler l'importance et la portée et indiquer de quelle manière il se pose pour rechercher maintenant si l'obscurité qui enveloppe encore cette question, malgré tant d’efforts, souvent aussi profonds qu’ingénieux faits pour l’élucider, ne tiendrait pas, pour une part, à ce qu’on opère avec des notions insuffisamment précisées. C’est spéciale-
ment ce terme souvent employé de « Jésus de l’histoire » que nous
voudrions examiner pour essayer d’en préciser le sens.
Au point de départ de nos réflexions plaçons une constatation de fait. Dans le vocabulaire des théologiens, quelle que soit la tendance à laquelle ils appartiennent, les deux notions d'histoire et de critique sont équivalentes et pratiquement interchangeables. Les deux mots sont étroitement associés comme s'ils caractérisaient une seule et même attitude de l'esprit, une seule et même fonction, le terme d’histoire paraissant définir, d’une manière générale et par une sorte d'opposition plus ou moins ouverte contre un supranaturalisme à prémisses dogmatiques, le terrain sur lequel on entend se placer, celui de critique indiquant, par surcroît, la méthode que l’on se propose de mettre en œuvre. Quand le génie de la langue le permet, comme en allemand, les deux mots d’histoire et de critique sont même souvent réunis par un trait d'union, comme c’est le cas, par exemple, dans le titre d’un livre dont les théologiens de ma génération ne peuvent parler qu’avec respect et reconnaissance, tant ils ont le sentiment de lui devoir une bonne partie de leur formation, le Lehrbuch der historisch-kritischen Einleitung in das Neue Testament de Heinrich-Julius Holtzmann:. L'identité établie entre les deux termes
d'histoire et de critique est-elle légitime ou bien ne conviendrait-il ‘pas de distinguer entre eux? Le Jésus de la critique est-il bien
le Jésus de l’histoire? Ou bien l’équivalence de fait établie entre ces deux notions n’a-t-elle pas pour conséquence un certain rétrécissement du Jésus de l’histoire? Voilà une question qui nous paraît se poser avec une certaine gravité à l’heure actuelle. II serait puéril de nier que, de nos jours, la critique traverse une crise, du moins la critique biblique, particulièrement la critique néo-testamentaire et tout spécialement la critique évangélique. Crise mortelle d’après certains et qui montrerait, si on peut ainsi parler, que le cercle est maintenant fermé, que la critique a désormais épuisé toutes les possibilités qui s’offraient à elle et qu'il ne Jui reste que le choix entre deux alternatives, ou bien recom-
1 Eehrbuch der historisch-kritischen Eïinleitung in das Neue Testament, Freiburg i. B., 1885. °1892.
mencer indéfiniment un éternel nl de Sisyphe en reprenant des théories et des systèmes qui n’ont pas résisté à l'épreuve du temps, ou bien reconnaître qu’elle s’est elle-même ruinée et avouer franchement son impuissance. Crise de croissance d’après d’autres et qui proviendrait d’un excès de vitalité, les esprits, à un moment où ils sont en, outre sollicités par tant de graveswet d’urgents problèmes, s’étant trouvés comme désaxés par l’extraordinaire renouvellement qui s’est produit depuis une génération dans la position de toutes les questions relatives au Nouveau Testament et à l’histoire évangélique et par l’écroulement de bien: des théories qui, à la fin du siècle dernier, paraïissaient solide | ment établies. ALL NES Faire aujourd’hui un pronostic sur l’avenir de la Ha <e serait singulièrement téméraire. Nous ne nous hasarderons pas à en formuler un. Un rapprochement cependant paraît de nature à nous rassurer. Il y a près d’un siècle, en 1835, la Vie de Jésus de David-Friedrich Strauss soulevait une violente tempête. Tout ce qui, concernant l’histoire évangélique, paraissait le plus assuré | était mis en doute et l’on avaitl’impression d’être en présence d'un champ de ruines. Or, quelle fut l’issue de cette crise? En deux Se he mots celle-ci: On comprit qu’il fallait reprendre les questions par le commencement, c’est-à-dire établir une théorie cohérente et solidement fondée sur la composition des évangiles., Il fallut pour l’élaborer, ou du moins pour l’esquisser, le travail d’une généra tion. La première Vie de Jésus qui aït ouvert des voies nouvelles après celle de Strauss, celle de Renan, ne parut qu’en 1863. Depuis 1863 au contraire jusqu’au commencement du vingtième" siècle les Vies de Jésus se sont multipliées. S'il a fallu trente ae années de travail pour qu’on pût reprendre sur de nouvelles bases le problème de Jésus, est-il surprenant que la critique de notre temps n'ait pas, du premier coup, réussi à s'adapter à une toute nouvelle position des problèmes et qu’elle donne ainsi à POb= servateur superficiel l’impression qu’elle est en plein désarroi 2 Dans le langage courant des théologiens, nous l'avons dit,” les deux termes de critique et d'histoire sont équivalents. Hs sont cependant loin de désigner identiquement la même chose La (Te est essentiellement liée cs Ron elle 1 ve
que l’on A pour en ns aire tout ce qu “ils D pere # dé renseignements sur le passé auquel ils se rapportent. Lhis toire, au contraire, est l’évocation et la reconstruction de ce passé, sinon dans la totalité des éléments complexes qui le constituent, du moins dans ses éléments les plus caractéristiques, dans ceux
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qui ont eu de l'influence sur le développement des événements, des sentiments et des idées‘. Histoire et critique sont donc deux choses différentes, l’histoire c’est la réalité même du passé dans ce qu'il a eu de fécond et d’actif. Sans doute, même dans les conditions les plus favorables, l’histoire n’est jamais complètement connue. Certains de ses éléments — et pas toujours les moins importants — nous échappent plus ou moins et l’historien vraiment digne de ce nom ne perd jamais de vue ce caractère toujours inadéquat de ses connaissances. Il n'oublie pas le disparate qu’il y a entre le devenir historique réel et ce qu’il en peut connaître. La critique, au contraire, parce qu’elle est une technique, se cantonne strictement dans les limites des documents sur lesquels elle s’exerce et n’a pas à regarder au delà. On voit ainsi que si l’histoire doit être critique pour avoir quelque valeur, elle ne peut pas n’être que critique; autrement elle ferait abstraction de toute une part, et d’une part parfois importante, de la réalité passée. La prédominance exclusive de l'attitude critique risque de fausser l'esprit de l’historien en l’amenant à substituer à la réalité complexe du passé le résidu qui en est resté dans des documents dont la conservation n’est, le plus souvent, que le résultat de circonstances fortuites. Sans doute les possibilités de l’histoire sont étroitement conditionnées par la documentation dont elle dispose; il n’en reste pas moins que la prédominance, nous dirions volontiers que l’hypertrophie de la considération critique expose à deux dangers dont il est impossible de méconnaître l’importance.
Le premier est que, isi l’on n’envisage le passé que du point de vue de la critique, on court le risque d'identifier la partie qu’on en aperçoit avec la réalité historique tout entière et d’être par là conduit à une conception incomplète et fausse de la genèse et de l’enchaînement des faits, des sentiments et des idées. IT est toujours dangereux de prendre pour base de la réflexion un
schéma abstrait. Le péril est particulièrement grand quand ce
schéma ne repose que sur une partie seulement et souvent très réduite de la réalité avec laquelle on prétend opérer.
Par une association trop étroite des notions d’histoire et de critique — et c’est là le second danger auquel on s'expose quand on confond l’histoire et la critique —, on est presque
fatalement conduit à voir dans la critique documentaire la
1 Cette définition s'accorde avec celle de M. Dibelius : Geschichte schreiben heisst nicht die Fülle aller Begebenheiten erzählen, sondern es bedeutet die wesentlichen Begebenheiten im kausalen Zusammenhang darzustellen (Urchristliche Geschichte und Weltgeschichte, Theologische Blätter, VI, 1927, col. 224).
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seule méthode qui permette de retrouver le passé. On néglig alors d’autres procédés qui, cependant, sont susceptibles on les met en œuvre avec le doigté et la prudence nécessaires, de donner des résultats qui ne sont pas négligeables. Si l'on a
bien souvent abusé de l'intuition et de l'imagination en histoire,
elles ont cependant un rôle légitime à jouer, ne serait-ce que pour relier entre elles les données isolées et par là souvent incohérentes que fournit la critique documentaire. Des remarques sem: blables pourraient être faites à propos de la psychologie, a exemple, ou encore de la sociologie, car la connaissance des loïs du fonctionnement de l’esprit humain peut aider à comprend
et à interpréter le passé en substituant, si l’on peut ainsi parler,
à une connaissance statique des faits, une connaissance dyna-
mique. Savoir ce qui, dans un certain ordre d'idées, s’est produit
dans d’autres milieux, à quelques égards analogues, peut mettre
en lumière des processus généraux et, par là, éclairer divers aspects du domaine que l’on étudie. On peut encore user d’une autre méthode, de l’induction historique qui remonte des effets aux causes, des événements aux facteurs qui les ont déterminés.
L’emploi de ces procédés et d’autres semblables, il ne faut pas se le dissimuler, est plein de périls. Le principal est qu’on
risque, au lieu de découvrir le passé, de l’imaginer et de le cons"
truire, Pour réels que soient ces dangers, il ne suffisent pas pour qu’on doive renoncer à ces procédés qu’on peut appeler auxiliaires.
Ce terme indique déjà à quelles conditions il est possible d'en faire usage. Il ne faut pas s’en servir pour établir, disons plus. exactement, pour supposer des faits qui n'auraient pas laissé
de traces ana les documents et par là échapperaient complètement à la critique, mais il est légitime d’en user pour mieux comprendre le sens des faits déjà connus, en d’autres termes, pour saisir quelque chose du devenir RE qui, par sa
nature même, échappe à la considération purement critique du.
passé.
L'analyse théorique de la nature de l’histoire, de celle de
la critique et de leurs relations réciproques ne suffit pas pour | épuiser la question que nous avons posée. Il convient maintenant — et cela nous conduira à des vues plus concrètes — de recher-
cher comment, dans le développement du problème de Jésus, .est
née la conception de l’histoire critique. Nous verrons que si, à
un moment donné, approximativement jusque vers l4 fin du XIXe siècle, elle a répondu à l’état de la science et: à celui des
esprits, il n’en est plus de même avec la position nouvelle des. problèmes telle qu’elle a été déterminée par la transformation que la science des origines chrétiennes a subie depuis un quart
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de siècle. C’est pour cela, croyons nous, qu’il y a lieu d'introduire entre la critique et l’histoire une distinction soigneuse qui n'avait pas de raison d’être au dix-neuvième siècle. Peut-être sera-t-elle de nature à aider la critique à sortir de la crise dans laquelle elle se débat,
C’est chez l’oratorien français Richard Simon universellement reconnu comme le père de la critique biblique que se trouvent, pour la première fois, associés dans le domaine des sciences exégétiques les deux mots d'histoire et de critique. On connaît les titres de ses œuvres: « Histoire critique du Vieux Testament (1678), Histoire critique du texte (1689), ...des Versions (1690), . des principaux commentateurs du Nouveau Testament » (1693). Que veut dire Richard Simon par ce terme d’« Histoire critique » ? Il entend faire l’histoire littéraire des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament — ce que, dans la terminologie postérieure, on appellera l'introduction aux livres de la Bible, — en S'appuyant uniquement sur les données des textes, sur l’observation de leurs caractères propres, sur l’étude des conditions dans lesquelles ils ont été écrits et conservés, sur leur analyse littéraire, sur le témoignage des auteurs anciens qui en ont parlé, sur les variantes que présentent entre eux les divers manuscrits et les versions que l’on en possède et non sur des vues dogmatiques relatives à l'inspiration et sur les décrets du Concile de Trente. Sans doute, l’œuvre de Richard Simon qui ne pouvait guère bénéficier de travaux antérieurs, ne ressemble que fort peu, soit pour le contenu, soit pour la disposition, à ce qu’est actuellement une Introduction à l'Ancien ou au Nouveau Testament. Richard Simon est très respectueux de la tradition et de Pautorité de l'Eglise. Il ne se pose nullement en révolutionnaire et ne songe pas à tirer de ses travaux des objections contre les dogmes traditionnels ou contre l’autorité de l'Eglise. I] a, aw contraire, le sentiment de défendre par ses Histoires critiques l'enseignement orthodoxe et, en montrant l'incertitude et les variations, les contradictions même des textes bibliques, de ruiner la - position prise par les théologiens protestants qui prétendaient s'appuyer sur le seul texte de la Bible et rejeter la tradition de l'Eglise et des Pères. Aussi ceux-ci se sont-ils sentis menacés et atteints par les travaux de Richard Simon. Il suffit de rappeler quelles attaques furent dirigées contre lui par les théologiens protestants, Spanheim, Vossius, Basnage, Jurieu, plus tard Carpzow, et surtout la controverse qui se poursuivit entre Jean Leclere et Richard Simon *.
1 Jean Leclerc, Sentimens de quelques théologiens de Hollande sur l'histoire critique du Vieux Testament, Amsterdam, 1685 ; Défense des Sen-