‹ Critique et histoireChapitre 3 sur 12 · TOUS · texte numérisé non relu

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Si fidèle que Richard Simon prétende être à la ‘trad catholique, sa critique laisse cependant bien loin derrière elle les tentatives timides, mais pourtant si intéressantes, du XVIe siècle, des Luther, des Erasme, des Cajetan, des Sixte de Sienne, tentatives qui ne donnèrent pas ce qu’on aurait pu en espérer, celles :

des humanistes parce qu’à un Erasme et à ses congénères, 1l man- AA quait d’avoir le caractère à la hauteur de l’esprit; celles des Réformateurs, parce que, sous l'influence des nécessités de la polé- ;

mique, en partie aussi pour d’autres causes assez complexes, Ja Réforme fut, de bonne heure, amenée à élaborer une does ATP très rigide de l’inspiration ; celles des théologiens catholiques 4 enfin, parce que les décrets du Concile de Trente vinrent bia e à vite mettre fin aux velléités de libéralisme théologique, tout comme, plus près de nous, les encycliques Lamentabili same eœitu f et Pascendi Domini gregis ont dissipé les espérances qu’avaient… fait naître, dans l'Eglise catholique et autour d’elle, les premières manifestations du mouvement moderniste, Bossuet ne s’y est pas trompé. Dans la méthode mise en œuvre par Richard Simon, plus encore que dans les résultats". auxquels elle l'avait conduit, il reconnut un danger pour le catho-" licisme. Il comprit que le dogme serait ébranlé si on admettait" que les Ecritures, au lieu d’être interprétées du point de vue d’une doctrine qui ne peut être mise en discussion, fussent étudiées et scrutées suivant les méthodes appliquées à l’examen des documents profanes, La lutte engagée entre l’humble oratorien =" et le puissant prélat qui, par une indiscrétion, avait eu COMMU nication de l'Histoire critique du Vieux Testament avant la mise Fd en vente de l’ouvrage, était trop inégale pour que l’issue pût en 2e HR être douteuse. Bossuet obtint du lieutenant de police la destruc- ss tion de l'édition avant qu’elle ait pu être offerte au public. Hes… 4 éditions ultérieures et les œuvres de Simon sur le Nouveau Tes-… tament ne purent paraître en France, mais durent être imprimées. en Hollande. i Il serait intéressant, mais ce serait en marge de la question qui nous occupe, de montrer comment les idées lancées par. Richard Simon, après avoir été, pendant un temps, réjetées par les théologiens protestants aussi bien que par les catholiques, furent reprises par Semler et comment, sous leur influence, se“ constitua, vers la fin du dix-huitième siècle, ce qu’on a appelé la critique sacrée, terme assez malheureux puisque le propre de cette critique est précisément d'admettre que le caractère sacré à

timens…, Amsterdam, 1686; Richard Simon, Réponse au livre intitulé Sentimens…, Rotterdam, 1686; De l'inspiration des livres sacrés avec. une RL M réponse au livre intitulé Défense des Sentimens…, Rotterdam, 1687. 4e

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des livres de la Bible ne les soustrait pas à l'application des règles ordinaires de la critique.

Nous voudrions seulement signaler quelques moments caractéristiques de l’application de la critique au problème de la vie de Jésus et d’abord à la discussion de la manière traditionnelle

- dont on la concevait.

Il y a, en effet, une conception si ancienne et si universellement répandue de la valeur absolue des récits évangéliques que, pendant des siècles, le problème de la vie de Jésus n'avait été que celui de l’harmonisation des récits évangéliques. Personne ne mettait en doute leur parfait accord, il s'agissait seulement de les agencer et de les combiner sans altérer ni sacrifier aucun récit ni aucune parole. À ses débuts, la critique ne pouvait pas faire table rase de la tradition courante pour essayer de construire la vie de Jésus en se servant uniquement des matériaux dégagés par la critique des documents. Elle a agi d’une manière beaucoup plus modeste, se bornant à faire au récit qui se dégageait des évangiles des retouches et des corrections de détail. On comprend parfaitement qu’il en ait été ainsi ; il y a à cela plusieurs raisons, il suffira d'indiquer les deux principales. La première et non la moins importante, est la valeur religieuse qui était attribuée à la tradition et qui permettait bien à un croyant — cétait d’ailleurs là déjà quelque chose de fort hardi — d'y faire quelques mises au point, mais qui ne se serait pas accommodée d’une refonte plus complète. À ceux qui étaient étrangers ou hostiles à la foi chrétienne, la plus élémentaire prudence imposait la même attitude réservée. Une seconde raison agissait dans le même sens. Les recherches faites jusqu'alors, si elles avaient mis en lumière quelques incohérences ou quelques contradictions dans les récits évangéliques, n'avaient pas fourni de raisons de les mettre en doute dans leur ensemble. Elles n'avaient pas ébranlé la confiance que l’on avait dans la construction générale de l’histoire évangélique.

Les recherches ont été ainsi, dès le début, orientées dans un sens qui à influencé la science de la vie de Jésus au dixneuvième siècle et jusqu’à notre temps. Puisqu’il ne s'agissait que de corriger une conception traditionnelle dont la valeur, dans les lignes maîtresses, n’était pas contestée, la préoccupation critique était seule à sa place, l’esprit de construction, c’est-à-dire l'esprit proprement historique, n'avait pas à intervenir. Cette orientation des études s’est maintenue dans la suite, même quand la confiance dans les récits évangéliques eut été ébranlée. On pourrait, sans trop de paradoxe, soutenir que la crise actuelle des recherches sur la vie de Jésus tient à ce que trop souvent

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on a été ou que l’on est préoccupé de montrer que les événements ne se sont pas déroulés comme le racontent les évangélistes plus que de rechercher comment ils se sont réellement passés.

Si la plupart des premières recherches sur la vie de Jésus avaient le caractère de simples retouches apportées aux conceptions traditionnelles, d’autres — je pense en particulier aux remarques de Voltaire et aux célèbres fragments de Reimarus 4 dont la publication par Lessing fit scandale — étaient des anticipations, fruit d’intuitions parfois géniales plutôt que conclusions de patientes analyses méthodiquement conduites.

Logiquement, le problème de la vie de Jésus ne devrait être. à abordé qu'après la question des évangiles, c’est-à-dire qu'après … la solution des multiples et délicates questions que posent les" relations réciproques de nos quatre récits, leur composition, les Re “ sources qui y sont utilisées et la valeur de ces sources. Il aurait été possible, peut-être, de suivre cet ordre logique si le problème … de Jésus avait été uniquement un problème historique, maïs le ve rôle que la personne de Jésus joue dans le christianisme, aussi bien dans la pensée que dans la foi chrétienne, fait surgir, à côté du problème historique, un problème religieux, théologique et | philosophique de Jésus. Si le premier peut attendre sa solution, il n’en est pas de même du second. En raison de son importance vitale, il réclame d'urgence une solution. Pour les premiers pen seurs qui eurent l’audace d’aborder le problème de Jésus sur le terrain de l’histoire, la question religieuse et théologique se posait aussi, soit qu’ils en cherchassent une solution positive, soit qu’ils fussent seulement préoccupés de confirmer ou de contre dire celle que donnait la foi chrétienne. Il n’est donc pas sur- | prenant qu'ils n’aient pas pu différer de s'occuper du probe ï bel qui se posait à eux, jusqu’au moment où seraient achevés des travaux préliminaires dont ils ne pouvaient d’ailleurs SOUpçonner ni la portée ni l'étendue, Il serait injuste de leur en faire un grief. Bien d’autres, après eux, ont fait comme eux et l’on n'aurait pas encore ne au DEObIe ne de Jésus, si l’on avai F8 dû attendre que la THÉenQN des évangiles fut complètement HT résolue, Or, le problème s'impose d’une manière absolue et prés” sante à tout homme qui pense, car il est impossible, dans 15 Dir monde où nous vivons, de résoudre les problèmes que posent la : vie et la destinée de l Orne sans avoir, au préalable, donné une Le réponse, ou sans donner par là une réponse à la question de Jésus à ses disciples dont les évangélistes font un des points cul minants du drame évangélique : « Qui dites-vous que je suis 25

Ce n’est pas un effet du hasard si les plus caractéristiques

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