PERTE TES
giles. Cette troisième question qui était d'ordre purement critique provoqua des travaux qui-eurent sur le développement de la science une très profonde influence.
Après la tempête provoquée par Strauss, la critique éprouva comme le besoin de se recueillir. Ce fut comme si on sentait que le grave problème qui venait d’être soulevé ne pourrait progresser avant que la critique des documents qui s’y rapportent n’ait été renouvelée. Près de trente ans s’écoulèrent avant qu’on ne vît paraître une Vie de Jésus qui apportât vraiment quelque chose de nouveau et d’original. Ce fut celle de Renan qui vit le jour en 1863. Entre 1835 et 1863 se place une bonne partie de l’énorme travail sur les évangiles qui restera un des titres de gloire les plus solides de la théologie du dix-neuvième siècle et qu’évoquent
les noms de Weisse, de Wilke, de Baur et de ses disciples, d’Al-
bert Réville, de Reuss et de l’école de Strasbourg, un peu plus tard, de H.-J. Holtzmann, de Weizsäcker et de Bernhard Weiss et dont on trouve la synthèse et les conclusions dans deux œuvres qui parurent presque simultanément en 1899, celles de .Wernle‘. et de Hawkins*.
De cette histoire un épisode doit seulement être rappelé ici. Un des disciples Les plus originaux de Baur, Bruno Bauer qui représente l’extrême gauche radicale de l’école et qui en est un peu l’enfant terrible, reprenant la question des relations entre les évangiles, en arriva, en 1841, à conclure contre Baur à la priorité de Marc. Il expliquait les particularités des récits secondaires par ce qu’il appelait la puissance créatrice de la tradition dans l’évolution de laquelle il reconnaissait, par une intuition qui anticipait sur la critique de l’avenir, un effet de préoccupations dogmatiques et apologétiques. Bientôt Bauer ne s’en tint pas là mais, oubliant que création et développement sont deux choses radicalement différentes, il soutint que les forces qui avaient transformé et enrichi la tradition évangélique avaient aussi déterminé sa genèse. Il fit ainsi de l’évangéliste primitif un créateur et non un simple rapporteur et de son œuvre le produit et non la source de la foi des premiers chrétiens. Par là, la personne de Jésus était réduite au simple rôle de fiction littéraire.
Bruno Bauer resta un isolé et n’exerça aucune influence notable. Son nom cependant mérite de n'être pas oublié, car il est le précurseur d’une phase de la critique qui devait se déve-
. Jopper plus d’un demi-siècle plus tard.
La Vie de Jésus de Renan, la plus célèbre de toutes, celle
1 Wernle, Die synoptische Frage, Freiburgi.B., Leipzig, Tübingen, 1899. ? Hawkins, Horae synopticae, Contributions to the Study of the
- synoptic Problem, Oxford, 1899.