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de la narration évangélique n’était pas ébranlée, il ne s'agissait, en somme, que de reconnaître lequel des quatre évangiles donnait
le récit le plus proche de la tradition primitive. Cette question
résolue, il n’y avait plus qu’à mettre cet évangile à la base du récit que l’on se proposait de donner, en y apportant seulement
les retouches et les compléments que suggérait la comparaison
avec les autres évangiles et en éliminant certains éléments, les récits de miracles, en particulier, ou certains récits de miracles que l’on croyait devoir attribuer à l'imagination des rédacteurs ou à l'interprétation qu'ils avaient donnée, sous l’empire des conceptions de leur temps, de faits qu’ils n’avaient pas bien compris. Le rôle du travail historique était là quelque chose d’assez secondaire. Il avait seulement pour objet de commenter et d’éclairer les récits et de mettre en lumière l’enchaînement des faits simplement juxtaposés par les évangiles, en lisant, en quelque sorte, entre les lignes de leurs récits et en suppléant, principalement par l’interprétation psychologique, quelquefois aussi par la con- Jecture et l’imagination, à ce qu'ils ne disaient pas expressément.
En même temps — et peut-être est-ce là aussi une conséquence de certaines vues théologiques qui attribuent à la personne de Jésus un caractère supra-historique — on a, d’une manière à notre avis très fâcheuse, beaucoup trop isolé la vie de Jésus au lieu de la considérer comme le premier chapitre d’une histoire plus vaste. En le séparant des développements qui ont suivi, on s’est privé des lumières précieuses que pouvait fournir une considération d’ensemble du problème des origines chré-
tiennes. Même une œuvre comme celle de Renan, Les origines du
christianisme, ne doit pas faire illusion, car il n’y a aucun lien organique entre la Vie de Jésus et les volumes qui suivent.
Le moment est venu, où, si l’on veut sortir de l’impasse dans laquelle on piétine, il faut donner, dans la tractation du pro-
… blème de Jésus, plus de place aux considérations d’histoire.
I] ne s’agit pas de diminuer le rôle de la critique ou de rabattre quoi que ce soit de ses légitimes exigences, il faut seule. ment la cantonner dans le domaine qui est le sien, et ne pas lui demander ce que, par sa nature même, elle ne peut pas donner.
Son rôle, c’est d’analyser, de classer et d’éprouver les documents.
I1 y a beaucoup à faire encore dans ce domaine, Le fait, maintenant reconnu, que la vie de l'Eglise a agi sur le développement de la tradition, exige une revision des problèmes. L'ancienne
méthode qui consistait à comparer les récits parallèles, à les : éprouver les uns par les autres et à examiner leur cohérence
interne, ne suffit plus, mais elle demeure indispensable. La grande