‹ Critique et littérature musicalesChapitre 5 sur 22 · FRANZ LISZT · texte numérisé non relu

FRANZ LISZT

qu'il faudrait produire un effet moral. En cela il est digne de son école.

M. Liszt, qui est homme d'esprit, a parfaitement senti que l’art, comme il le concoit, a besoin de tout le prestige de la mise en scène. Aussi ne néglige-t-il rien de ce qui peut frapper les regards et saisir l'imagination. Voyez-le faire son entrée dans un concert public : d'abord il jette ses gants au garçon de la salle, il s'assied ensuite avec fracas ; il promène ses regards dominateurs sur son nombreux auditoire, les fixe tour à tour sur chacune de ses dévotes, qu'il tient immobiles sous sa prunelle ardente, comme un vautour de timides colombes; enfin il pose ses mains sur le clavier, et, tout en roulant son tonnerre et en lançant la foudre, il a assez de sang-froid pour voir et pour entendre ce qui se fait autour de lui. Oh! que ce n’est point ainsi que s'y prend la nature! L'artiste vraiment ému, qui pleure et qui gémit au fond de son âme, n’écoute que sa douleur, et son individualité disparaît alors dans l'infini de son idéal et de son amour. Quant M. Liszt ne joue pas, il parle, il gesticule, il bat la mesure, il marche, il occupe la scène d'une manière ou d'une autre. C’est un habile thaumaturge. M. Liszt, qui songe à tout, a pensé que la postérité serait charmée de posséder non-seulement les lignes de son visage dantesque, mais encore l'empreinte de ses mains phénoménales : il les a fait mouler tout exprès. I n'y a rien au-dessus de ce trait, si ce n’est pourtant la conduite des femmes qui vont acheter les plâtres.

Nous dirons fort peu de chose des compositions de M. Liszt. Sa musique est à peu près inexécutable pour tout autre que lui; ce sont des improvisations sans ordre et sans idées, aussi prétentieuses que bizarres, et dont le mérite tient à la magie de son exécution. Que nous sommes loin du nouveau Mozart qu'on avait rêvé !

La vie de M. Liszt est une vie tout extérieure, comme

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