LISTE FORME
celle de l'improvisateur ou du comédien, 11 lui faut toujours un public nouveau qui le contemple, l'échauffe et l'enivre de ses bruyantes acclamations ; il ne respire et ne s'épanouit à l'aise qu'au milieu de la Hbté L'homme solitaire est rarement éloquent, a dit quelque part Cicéron; le talent de M. Liszt n'existe qu'en présence d'une nombreuse assemblée. Bentham a fait un livre curieux sur la stratégie des assemblées parlementaires ; M. Liszt pourrait en écrire un bien autrement intéressant sur l'art d’acquérir et de conserver la célébrité au dix-neuvième siècle. Au besoin, M. Berlioz pourrait y ajouter des notes précieuses et savantes.
Lorsque M. Liszt s'apercut que ses tournois commencaient à fatiguer les oreilles du public parisien, et que la réaction de bon goût qui se préparait menacçait de l'ensevelir tout vivant sous les drames et les ëymphonies de ses coreligionnaires, il prit son parti en homme prudent : il s'arma de son grand sabre, et s'en alla, à travers monts et vallées, conquérir, comme Alexandre, une renommée lointaine, afin d'amuser et d'occuper de lui les frivoles ions. Il n'oublia pas surtout d'emmener un grand nombre d'historiographes chargés de nous raconter sa gloire, et en cela il s'est montré infiniment plus habile que M. Berlioz. Nous ne suivrons pas M. Liszt à travers les royaumes conquis ef les populations émues : nous ne suflirions pas à raconter ses triomphes, à enregistrer le nombre de couronnes, de décorations et de tabatières dont il a été comblé, ni à décrire les ovations spontanées qu'il s'est fait préparer par ses courriers et ses correspondants ; nous dirons seulement qu'à Berlin l'enthousiasme dont il a été l'objet est monté jusqu'au paroxysme, que la jeunesse studieuse s'est précipitée en foule à sa rencontre, a dételé les chevaux, et a traîné sa voiture jusqu'à son hôtel. O'Connell n'a jamais reçu une pareille réception des Irlan-