XVI PRÉFACE
me disait-il avec son beau sourire si tendre, sî lumineux. Ce qu'il désirait avant tout, c'était l'antique idéal des prophètes: « faire justice et charité », rétablir dans toute sa force la conscience nationale, donner à tout un peuple un autre pain que le pain quotidien. Oui, ce qui le hantait, ce qu'il poursuivait, c'était moins l'âme éternelle que la conscience humaine.
Affranchi très jeune du judaïsme dogmatique, James était resté plus foncièrement Israélite qu'il ne s'en doutait: on peut dire que tous ses sentiments profonds étaient nourris du suc de la Bible : son patriotisme, où la France jouait le rôle du Messie et s'en allait (souvent à ses dépens) conquérir pour l'humanité, à coups d'idéal, le bonheur millénaire; son amour pour les humbles ; son idéal moral. « L'homme ne sait jamais au juste tout ce qu'il croit. » Un jour — il n'y a pas très longtemps de cela — mon ami s'est aperçu que, s'il n'allait plus à la schule^ il n'était pas moins resté un croyant de la Bible. « Je suis évolutionniste et biblique », m'écrivait-il, après une de nos premières rencontres. De la science nouvelle, des prophètes antiques^ il tirait , de quoi se faire une foi et une loi.
Ses souvenirs de Hegel, ses lectures de Renan, mais avant tout les théories de Darwin fortifiaient en lui la Conception de l'éternel devenir. Lui aussi, comme Nietzsche, était une voix proclamant dans le désert l'avènement de VUebermensch. Mais de quelles différentes façons ils ont vu ce messie moderne 1 C'était surtout en lumières, en justice, en amour, en joie, en poésie, que l'homme des âges à venir devrait se montrer supérieur à ses devanciers, selon la vision de James. Il n'a jamais connu l'horrible obsession de la race forte qu'ont subie le Zarathtistra allemand et le Merlin français».. Quelques jours avant sa mort, mon ami me