Taine
M. Renan, a apporté de la Garthage antique, de la Phénicie, de l'Arabie préislamique d'innombrables reliques d'un vieux polythéisme sémitique et le désert arabe n'est plus monothéiste.
Ces théories qui dominent toute l'œuvre de M. Renan jusqu'au bout forment l'introduction de son Histoire des langtÂCS sémitiques *. Par l'action qu'elles ont exercée sur les idées de cette seconde moitié du siècle, elles appartiennent à l'histoire de la philosophie ; mais le livre lui-même appartient à la science seule. Sans doute, écrit aujourd'hui, le cadre en aurait été étendu ; M. Renan n'y a compris que les langues sémitiques classiques, celles dont on avait une connaissance grammaticale et littéraire il y a quarante ans : l'hébreu, le syriaque, l'arabe, l'éthiopien ; et le phénicien est la seule des langues purement épigraphiques
1. Histoire générale et système comparé des langues sémitiques; !'• partie: histoire générale, 1855 ; 2* édition revue et augmentée, 1858. — Nouvelles considérations sur le caractère général des peuples sémitiques et en particulier sur leur tendance au monothéisme (réfutation d'objections faites à VHistoire des langues sémitiques ; Journal asiatiquey 1859, février-mars, p. 214 ; avril-mai, 417).
qu'il ait admise. Une histoire des langues sémitiques aujourd'hui consacrerait un de ses principaux chapitres à l'assyrien : M. Renan le congédie en quelques lignes, n'étant pas sûr que la langue soit sémitique. Sans doute les incertitudes du déchiffrement à cette date et l'obscurité de l'exposition étaient pour justifier son abstention et il avait raison d'attendre que la lumière fût plus complète : mais son abstention tenait aussi à une idée purement théorique: c'est que Tassyrien, étant conçu dans un alphabet qui n'est point l'alphabet sémitique, ne pouvait pas être une langue sémitique. Ici encore la théorie dogmatique avait devancé les faits.
Malgré ces hardiesses et ces lacunes, l'histoire Jes langues sémitiques reste et restera un des beaux livres du siècle : c'est un livre dont l'équivalent manque pour la famille aryenne. Ce n'est pas une grammaire comparée, c'est une histoire proprement dite, c'est-à-dire qu'il nous montre ces langues dans le domaine géographique qu'elles ont occupé, dans le vêtement d'écriture qu'elles ont adopté, dans les siècles qu'elles ont duré, dans les mouvements historiques,
religieux, littéraires qu'elles ont exprimés, dans les œuvres qu'elles ont laissées. Du second volume, consacré à la grammaire comparée proprement dite, quelques chapitres isolés ont paru : un chapitre sur le verbe sémitique *, un autre sur les noms théophores *. Dans ces fragments, très postérieurs à la composition du premier volume, l'assyrien a pris la place qui lui est due.
L'Histoire - des langues sémitiques^ parue en 1855, ouvrit à l'auteur les portes de l'Académie des inscriptions et. belles-lettres et fit de lui le maître incontesté de la philologie sémitique en France. Mais il avait publié déjà trois ans auparavant un livre d'un autre ordre qui ne prête pas aux mêmes réserves, et qui offre un admirable spécimen de ce qu'il entendait par l'histoire de l'esprit. C'est sa thèse de doctorat sur Averroès et rAverroïsme ^. Jusquelà M. Renan avait répandu sur les sujets les