‹ Critique et politiqueChapitre 3 sur 48 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

le monde bariolé où se mouvaient les figures héroïques de Titus et de Bérénice, qu'il nous semblait réel, achevé, vivant! Avec quel étonnement douloureux je m'aperçois que pas une page du livre que je sais par cœur n'a été complètement rédigée !

Il aurait fait ce livre-là surtout pour moi, pour sa petite Platonicienne, toute heureuse encore dans son rêve étoile.*. Un autre livre lui tenait peut-être plus au cœur, dédié, celuilà, à la mémoire de ma belle-mère. La mère de James, femme fort simple, avait été une personne d'une grande élévation morale. Après sa mort, le souvenir de son âme, dégagée des accidents journaliers de la vie, allait imprégnant de plus en plus la conscience de son fils. Il peut arriver, quand on perd un amour unique, qu'en pensant continuellement à l'appui disparu, on se modèle peu à peu une âme à son image. C'est ainsi qu'à travers l'âpre regret de sa mère, mon ami sentit grandir en lui le divin souci de la perfection morale. « Je ne me refaisais pas un culte, m'écrivait-il en 1 887, mais l'athée dur, ironique, que j'étais devenu admettait enfin que le sentiment religieux, poussé à sa puissance suprême, est l'âme même de la vie... {the life of life, disait-il, en citant

Page 1