PRÉFACE. V
les beaux vers de Shelley)... Si jamais j'écris YÉvangile étemel, ce sera pour satisfaire à la mémoire de ma mère. »
Il y pensait souvent dans ses derniers jours. Peut-être se sentait-il plus malade qu'il ne le voulait dire? Je suis pourtant certaine que la hantise de la Mort ne l'opprimait pas d'une obsession constante. Maisje crois deviner, après coup, qu'il voyait plus clairement de jour en jour la fragilité devant la mort de tout ce qui est science, beauté, charme, esprit, bonheur, en opposition avec le prix de ce qui surnage seul dans ces heures extrêmes :
<c Tunique, frêle, inextinguible lumière de la conscience ». Pendant les dernières semaines que je l'ai eu, ayant reconnu à la fin les ménagements que réclamait sa santé si délicate, nous parlions souvent d'aller habiter le Midi, d'y vivre très tranquilles et très solitaires, comme deux hibous dans une tour de notre forêt, d'une vie exquise, toute faite de pensée et d'amour. Il se mettait déjà à feuilleter la vieille Bible hébraïque qu'il tenait de sa mère : il voulait en extraire, en les traduisant, tous les versets qui servent encore à soutenir et à consoler ceux que travaille la soif divine. Il voulait en faire un vade mecum, dépourvu de