‹ Critique et politiqueChapitre 33 sur 48 · LA POÉSIE DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LA POÉSIE DU MOYEN AGE

(LEÇONS ET lectures)

Il a fallu longtemps pour que la France lettrée, héritière des rancunes du grand siècle, reconnût à la vieille France droit de cité dans son Panthéon littéraire. La littérature française devait commencer à Malherbe et finir à La Bruyère ; quelques-uns, plus hardis, mais suspects d'hérésie, voulaient bien descendre jusqu'à Voltaire et Rousseau. Rien ne compte de tout ce qui a eu le malheur ou le mauvais goût de naître avant ou après ces deux points extrêmes : barbarie avant, et barbarie après ; avant, c est le chaos ; après, c'est le déluge. L'étude « de ces siècles confus »

est abandonnée à quelques pédants, pauvres gens incapables de mieux, Allemands égarés en France.

Après soixante ans de lutte, l'érudition pure a enfin gagné son procès devant le public; elle l'a même gagné officiellement devant le tribunal suprême des lettres françaises; l'Académie, en nommant Littré, faisait entrer solennellement l'étude philologique du moyen âge dans le domaine de la haute culture littéraire; ce n'était point le philosophe qu'elle nommait — combien de ses électeurs le réprouvaient! — encore moins l'écrivain. Littré a bien son style à lui, mais ce style n'a ni les qualités, ni les défauts qui appellent à l'Académie; c'était l'auteur du Dictionnaire historique de la langue française^ l'homme qui avait fait pour l'étude purement scientifique de notre vieille langue plus qu'aucun Français do sa génération. C'était l'amende honorable de Boileau mieux éclairé.

Le livre dont nous voulons parler ici est un nouveau symptôme de ce mouvement de conciliation. Ici ce n'est plus la littérature qui vient à la philologie ; c'est la philologie qui va

à la littérature. L'auteur, M. Gaston Paris, est comme on le sait, depuis la mort de Littré, le maître reconnu de la philologie française en France et à l'étranger. Fils de Paulin Paris, l'un des plus vaillants ouvriers de la première heure dans l'œuvre de l'exhumation nationale, bercé aux chants de Roland et de Berthe au gi^and pied, comme Tétaient les érudits au xvi^ siècle aux chants dé V Enéide et de 17/liade^ il était déjà un maître au sortir des bancs et écrivait à vingt-cinq ans à peine, comme thèse de doctorat es lettres, l'histoire de l'épopée carolingienne *, un des plus beaux livres que la science française ait produits, et l'un des plus étonnants, si l'on songe à l'époque où il fut écrit et à l'âge de l'auteur; synthèse d'une rare puissance, que nul, à cette heure, n'eût osé tenter, d'une clarté souveraine; débordant de science, de pensée, d'élan et, souvent, d'éloquence. Ce livre fit époque dans l'histoire littéraire et créa tout un mouvement européen de recherches qui vient de se résumer naguère dans un livre aussi beau

1. Histoire poétique de Charlemagne, Paris, Vieweg, 1865, 1 gr. in-8°.

et aussi puissant, dû à Pio Rajna, les Origines de Vépopée française^ que l'illustre savant de Florence, comme pour payer la dette de toute l'École, a mis sous le patronage de M. Gaston Paris. Après ce début splendide, M. Paris, passant de la synthèse à l'analyse, a prodigué pendant vingt années des trésors d'érudition et accumulé les découvertes de détail dans une infinité de Mémoires scientifiques portant sur toutes les époques de la littérature, de l'histoire et de la langue du moyen âge. Cette masse de travaux ne donne d'ailleurs qu'une faible idée de son œuvre : apôtre autant que créateur, il fondait, par son enseignement au Collège de France et à l'École des Hautes Études, une École d'où sont sortis des maîtres de la science, h l'étranger autant qu'en France; en même temps, il donnait une impulsion matérielle à la recherche par la fondation de la Société des anciens textes français et par la création de la Romaniaj en collaboration avec son ami et émule Paul Meyer, qui faisait pour la langue (foc ce qu'il faisait pour la longue d'ail.

Malheureusement, le public ne connaissait guère que de nom ces belles recherches, au

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grand regret des amis et des élèves de M. Paris, de tous ceux qui connaissaient cette puissante et généreuse nature, si admirablement et si diversement douée, aussi prête aux minuties et aux sapes souterraines de l'analyse qu'aux aperçus généraux et aux grands coups d'aile de la synthèse ; ayant emprunté à la culture allemande tout ce qu'elle a, après tout, de solide et de fortifiant, sans abandonner aucun des dons de clarté et de bon sens du génie français; d'une éloquence native, dédaigneuse de la rhétorique et de la phrase, faite du seul mouvement de la pensée et soulevée par l'amour intense de la vérité. Le volume que M. Paris vient de publier, et qui, nous l'espérons, n'est qu'un premier volume, est une satisfaction partielle rendue à ce vœu.

Ce volume se compose de sept leçons ou lectures dont les dates couvrent près de vingt ans : la plus ancienne est la leçon d'ouverture de M. Paris au Collège de France, comme remplaçant de son père, en 1866. Les deux premières traitent des sujets généraux : la Poésie ' du moyen âge et les Origines de la littérature française» Les quatre suivantes traitent des

sujets particuliers : Chanson de Roland, Chanson du pèlerinage de Charlemagnej traductions ou imitations françaises de VArt d'aimer, histoire littéraire de la Légende de l'ange et de Vermite. La dernière est consacrée à la mémoire de M. Paulin Paris, dont Fauteur a retracé la carrière et Tœuvre avec la piété du fils, la reconnaissance du disciple et l'indépendance du savant.

Je ne ferai pas ici l'analyse de ces divers morceaux : le lecteur les lira lui-même dans l'original. J'essayerai seulement d'en dégager, après l'auteur, les idées principales et de dire en quoi l'étude de notre moyen âge nous intéresse, nous autres Français du xix« siècle, et ce qu'il nous appreud.

Tandis que chez nous l'étude de notre vieille littérature se heurtait à l'indifférence ou au dédain, comment se fait-il que dans tout le reste de l'Europe, et depuis de longues années, on Tétudie avec passion, souvent au détriment de la littérature nationale? (Jlomment se fait-il que l'Allemagne a une vingtaine de chaires de vieux français et que, chaque année, les étudiants viennent de Christiania, de Stockholm, d'Upsal, copier nos vieux textes à la Bibliothèque nationale? La raison est bien simple : c'est que les étrangers savent que notre littérature est au moyen âge le centre de la littéra-

ture européenne, qu'elle en est l'expression à la fois la plus puissante et la plus féconde; qu'elle est pour l'Europe du moyen âge ce que la littérature d'Athènes a été pour l'antiquité classique. Pour l'immensité de la production comme pour l'influence sur l'étranger, nulle autre littérature au moyen âge ne peut lutter et n'a songé à lutter contre elle. Notre vieille France a hérité de la primauté de Rome : fille aînée de Rome catholique, elle est aussi la fille aînée de Rome littéraire. Par la fortune de l'histoire comme par le don de la race, par la romanisation de la Gaule comme par la grâce du Verbe descendu de toute antiquité sur elle, elle s'est trouvée prête la première, dans le silence de l'Italie épuisée, à reprendre en face de l'Europe barbare, ce rôle d'éducatrice du monde, de porte-parole universel, que jadis avait pris Athènes, Rome après elle, et Paris après Rome. Certes tout ce qu'elle disait n'était point de sa création, pas plus que Rome ni Athènes n'avaient créé tout ce qu'elles apprenaient au monde : par le christianisme et son épopée, une fois passés par la main de ses poètes, devenaient pour le reste de l'Europe ce qu'elle

les avait faits : ses mystères devenaient la loi du théâtre religieux, ses chansons de gestes de la poésie épique ; on les copiait, on les imitait d'un bout de l'Europe chrétienne à l'autre :

les Royaux de France devenaient le texte d'histoire de ritalie; 1 épopée de Chariemagne allait abréger les nuits d'hiver de Norvège et d'Islande; l'Angleterre oubliait Biowulf, l'Allemagne oubliait Siegfrid et l'Or du Rhin pour redire d'après elle Alexandre, Tristan ou Roland. C'est par elle que la légende bretonne entrait dans le cercle littéraire et que les vieux contes celtiques, refoulés dans un coin du pays de Galles, en ressortaient pour faire le tour du monde; c'est par elle que l'antiquité classique oubliée y rentrait triomphalement et à sa suite qu'Alexandrie, Troie et Thèbes retrouvaient des aèdes à travers l'Europe. Aussi toutes les grandes littératures d'Europe, môme celles qui avaient un fond original dont elles auraient pu vivre, comme celles de Scandinavie, d'Allemagne et d'Angleterre, trouvent la France penchée sur leur berceau. Qui comprendra Chaucer sans nos fabliaux? Les Minnesinger sans les troubadours? Dante même

sans nos scolastiques ? Cette primauté littéraire que la France a exercée à deux reprises au xvii® puis au xviii® siècle, elle Ta exercée au xii^ et au xiii® de Philippe-Auguste à saint Louis, et d'une façon plus complète et plus puissante encore, car alors sa voix était la seule qui se flt entendre; elle parlait seule pour le monde, par droit d'aînesse, et, comme à la même époque elle était à la tète de la chrétienté dans l'action, elle Tétait aussi par la parole : Gesta Dei per Francos, disait-on ; Verba Dei per Francos, pouvait-on dire aussi : le soldat de Dieu était aussi son porte-parole.

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Cette littérature si puissante et si conquérante, que vaut-elle? Son succès prodigieux en Europe prouve qu'elle n'est point si nulle que le veulent des critiques qui la condamnent sans phrase pour se dispenser de l'étudier.

Les admirations à outrance de quelques-uns lui ont fait, il faut Tavouer, autant de tort que les mépris ignorants des autres. En fait, la littérature du moyen âge a tous les éléments de la grandeur sans avoir produit aucune œuvre parfaitement grande, toutes les beautés sans avoir produit d'œuvre belle, au sens classique du mot* Par une circonstance malheu-

reuse d'ailleurs, la plupart de ses chefsd'œuvre nous sont arrivés gâtés par le succès ; l'habitude des refadmenti y c'est-à-dire des remaniements faits de siècle en siècle pour accomoder le poème aux variations de la langue et du goût, les livraient à des manœuvres inférieures qui noyaient l'œuvre primitive dans leurs bavardages. La Chanson de Roland ellemême nous est arrivée dans un texte qui contient deux versions du sujet. Mais, même déduction faite de ces accidents extérieurs et dont il est injuste de faire peser la responsabilité sur l'auteur, il est bien vrai que les hommes du moyen âge, même les mieux doués, ignorent la mesure; ils ne savent pas en finir, ils ne savent pas sacrifier une partie de leur esprit, il faut qu'ils disent tout, qu'ils gâtent le mot éloquent qui leur vient par le mot ingénieux qui leur survient, le mot du cœur par le trait d'esprit, le mot qui dit tout par celui qui ne dit rien et qui fait tout oublier. Ils n'ont pas cette habileté suprême de l'art ou cet instinct du génie qui ramasse en une fois toute la pensée ou tout le sentiment, illumine ce qu'il tait par ce qu'il dit et double, par le

silence enveloppant, l'intensité de la parole. Et pourtant que de perles dans cet Océan I Que de pages de vraie poésie et de véritable éloquence! Que de paroles dites pour la postérité ! Si seulement elle les recueillait ! Le moine inconnu qui a écrit Saint- Alexis appartient au grand chœur; l'auteur de Roland est un frère de Hugo ; l'âme éternelle de la mère pleure dans l'un; c'est l'âme héroïque de la France qui chante encore dans l'autre.

Le dépouillement de notre vieille littérature n'est pas encore assez complet pour qu'un jugement définitif soit possible. Pour achever l'impression de l'inédit, il faudrait quatre siècles à la Société des anciens textes français, à quatre volumes par an. Que de changements de perspective sont encore possibles avec tant d'inconnu devant nous! Songez que le chef-d'œuvre de l'épopée européenne, la Chanson de Roland^ était encore inconnu il y a trente ans, et que le mot de Voltaire : « Les Français n'ont pas la tête épique » faisait encore loi avant de faire place à l'axiome moderne : » Les Français sont le seul peuple de l'Europe qui aient une épopée. » Sortira-t-il enfin de cette pous-

sière de manuscrits un ensemble littéraire qui puisse prendre place à côté de ceux des xyii*" et xviii® siècles dans l'admiration et dans l'éducation des générations qui viennent? Non.

Jamais notre moyen âge littéraire n'entrera en compétition avec eux; jamais, pour former le goût des générations nouvelles, on ne les lancera dans le moyen âge. Mais l'artiste fait, le lettré ouvert, le poète y plongeront, et en retireront pour eux des trésors de poésie. Dans le moyen âge, observe M. Paris, la vie est essentiellement poétique; la religion a fait de l'univers « un vaste théâtre sur lequel se joue un drame immense, plein de pleurs et de joie, dont les acteurs sont dispersés entre le ciel, la terre et l'enfer, drame dont le dénouement est prévu, dont Dieu dirige les péripéties, mais qui dans chaque scène offre les complications les plus riches et les plus variées » .

Au retour de ce drame qui se joue éternellement dans la conscience de chaque chrétien, se joue le drame extérieur de la vie du moyen âge avec ses violences, ses luttes, ses incertitudes, ses efforts vers la justice et la loi, ses grandes poussées d'idéal, ce prodigieux soulè-

venient de l'Europe des Croisades prenant conscience d'elle-même et rêvant l'unité de loi pour l'humanité, comme, plus tard, les croisés de la Révolution; toute cette poésie déborde par toute la littérature du moyen âge, bien qu'elle n'ait pas fait un poète. Ainsi en est-il du inonde : la nature elle aussi a sa poésie, qui dans ses montagnes, ses fossés et ses mers rayonne au front de ses hôtes, balbutie dans leurs paroles sans qu'ils le sentent, ni jouissent à l'exprimer ou souffrent de leur impuissance. Le moyen âge n'a point su dire sa poésie, mais il la porte partout avec lui ; à vous, artistes, de la retrouver, de vous en pénétrer, de la dire pour eux si vous êtes poètes, de la revivre pour eux si vous êtes historiens. Les romantiques en eurent le sentiment : ils allèrent au seul livre où le moyen âge ait su parler sans bégayement, le livre de pierre.

Un autre enseignement du moyen âge et qui nous touche de près, nous autres Français de la décadence, venus après la Révolution et après le premier démembrement, c'est qu'il nous apprend une vérité encourageante: la continuité de l'esprit français et de l'esprit national. Le 8 décembre 4870, M. Gaston Paris rouvrait son cours au Collège de France dans Paris assiégé; l'armée assi^eante comptait plus d'un officier qui, dans les années précédentes, était venu s'asseoir à son cours dans l'hospitalité du Collège. M. Paris avait pris pour sujet la Chanson de Roland et la formation de

la nationalité française. Un sursum conJa jaillissait à chaque vers de la vieille chanson qui semblait d'hier. Comme s'évanouissaient à ses clairs accents toutes les terreurs des faibles d'espoir, ce cauchemar d'une dissolution nationale qui envahissait les cœurs, qui montait de toutes parts, de la fumée des canons prussiens et du cri des clubs hurlant la guerre civile ! « C'est dans la Chanson de Roland qu'apparaît cette divine expression de douce France, dans laquelle s'est exprimé avec tant de grâce et de profondeur l'amour que cette terre aimable entre toutes inspirait déjà à ses enfants. Les Grecs déjà avaient trouvé cette caresse pour la mère patrie; Virgile, après eux, avait dit du guerrier argien qui meurt :

hU dulces morieus reminiscitur A rgos

i> Quand Roland se sent mourir,

à remembrer se prit De douce France. »

C'est pour elle et pour son honneur qu'il meurt, non pour le sien seulement :

« A Dieu ne plaise ni à ses très saints anges que par lui la France perde son honneur ! »

JVe placet Deu ne ses saintismes angles Queja par mei perdet sa valor France!

Le Français du moyen âge, c'est déjà le Français d'aujourd'hui, non point seulement par le culte de la terre et de l'honneur de France, mais par toutes ses aspirations, ses noblesses et ses faiblesses; par le sentiment de la patrie et par le sentiment de quelque chose au-dessus de la patrie. La France est, dès le moyen âge, le seul peuple qui ait su agir et saigner pour un idéal supra-français. Le Français du moyen âge, comme celui d'hier, est déjà le soldat né de l'idéal, champion du droit suprême, tour à tour acclamé du monde et exécré, parce que, par l'inévitable misère humaine, ce drapeau abritera souvent bien des appétits et des hypocrisies dans ses plis divins. Le peuple qui a fait la Révolution est bien le même qui a fait les Croisades; c'est la même voix qui a lancé le Dieu le veut et ks Droits de l'homme. Notre moyen âge lui aussi a voulu le

règne du droit absolu tel qu'il le rêvait; de là ses erreurs et ses horreurs. Nos intransigeants ont tort de vouloir que leur France date de 93; ils se trompent : ils ont eux aussi des ancêtres; s'il n'y a plus de fils de croisés, qu'ils se présentent hardiment : l'héritage est à eux, par la voie de l'esprit, sinon de la chair : Robespierre est fils de Simon de Montfort. Il y avait dans ces convulsions d'alors une grandeur et une sincérité, comme dans celles d'hier; tout idéal qui veut se réaliser dans son absolu dégénère fatalement en folie furieuse. Et pourtant, sans idéal, que vaut la vie pour l'homme et que vaut-elle pour une nation? A un grand peuple, pour vivre et laisser sa trace dans la vie des peuples qui suivront, il faut deux choses: une discipline et un idéal. J'en vois beaucoup en Europe autour de nous qui n'ont ni l'idéal ni la discipline, j'en vois un formidable auprès de nous qui a une discipline et point d'idéal ; on meurt faute de l'un, comme on meurt faute de Tautre. Maladie pour maladie, peut-être la nôtre vaut-elle mieux encore: elle est plus noble* Écoutez le premier poète de l'Angleterre contemporaine :

« Tous idéalistes trop absolus et trop passionnés, avec eux tous l'idée est un couteau qui tranche dans la chair de la réalité. Toujours dévorant l'intervalle que la sage nature a mis entre la pensée et l'acte, leurs âmes trop enflammées et impatientes menacent de conflagration l'univers et s'élancent avec une logique sans scrupule sur la pratique irréalisable. Et c'est pour cela que j'aime, que j'aime cette noble France, ce poète des nations, qui, — tandis que le ménage va en ruine, — s'en va éternellement rêvant et gémissant, en quête de quelque bien idéal, équilibre des sexes, amour sans vœux et inviolable, fraternité spontanée, une richesse qui ne laisse point de pauvreté, et une liberté de la foule qui respecte la sagesse de l'élite. Kêves héroïques! Il est sublime de rêver ainsi, trop naturel de se réveiller après, et triste d'employer ces échafaudages si hauts, dressés pour bâtir une cathédrale, à construire un mauvais lieu ou une prison. Que Dieu sauve la France I »

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