‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 102 sur 144 · HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

HELLÉNIQUE

C'est le titre da dernier chapitre du VHistoire du peuple grec, que notre collaborateur et ami, M. Louis Ménard, doit faire paraître prochainement à la librairie Delagraye. Ce chapitre est très intéressant par la nature du sajet et contient de fort belles pages. Nous en détachons quelques-unes pour les mettre sous les yeux de nos lecteurs. M. Louis Ménard n'est pas pour eux un inconnu. Ils se rappellent ses articles de la Critique philosophique et de la Critique religieuse. Ils ont pu apprécier et goûter l'originalité de sa pensée et la rare perfection de son style. Ils savent ce qui le caractérise et le distingue entre les écrivains de notre temps : l'intelligence du génie grec, la sympathie pour la vie morale, politique et religieuse du peuple qui a créé la civilisation, ce qu'on peut appeler d'un mot, le sentiment polythéiste, — un sentiment qui était comme effacé de Tàme humaine et qu'il a pour ainsi dire retrouvé et restitué (1). Ils ne seront pas bien surpris, quelque jugement qu'ils en portent d'ailleurs, de ses vues particulières sur les origines du Christianisme.

Initiation de rOrient à la philosophie grecq[ue. -- Les

peuples orientaux, ceux du moins qui se trouvèrent en contact avec les Grecs, ne paraissent pas avoir jamais eu de philosophie proprement dite. L'analyse des facultés de l'âme, la recherche des fondements de la connaissance des lois morales et de leur application à la vie des sociétés, sont choses absolument inconnues à l'Orient avant la conquête d'Alexandre. Le mot que Platon attribue aux prêtres égyptiens sur ses compatriotes : f 0 Grecs, vous n'êtes que des enfants et il n'y a pas de vieillards parmi vous, » pourrait être renvoyé à l'Orient et à l'Egypte elle-ménae. L'esprit scientifique est aussi étranger à ces peuples que le sens politique. Ils peuvent durer de longs siècles, ils n'atteignent jamais Tâge viril; ce sont de vieux enfants, toujours menés par les lisières, aussi incapables de chercher la vérité que de conquérir la justice. Après la fondation d'Alexandrie et surtout quand les Lagides, par la Bibliothèque et le Musée, eurent fait de cette ville un centre d'activité intellectuelle, des rapports quotidiens et permanents s'établirent entre la pensée des Grecs et celle des Égyptiens et des Juifs qui formaient avec les Grecs la popu-

(i) Le sentiment panthéiste et le sentiment polythéiste étaient, aux siècles précédents, fort étrangers à Tcsprit européen, à l'âme européenne. Le théisme chrétien et le théisme philosophique faisaient méconnaftre le rôle que ces deux sentiments avaient joué, comme principes inspirateurs, en de grandes sociétés. Ce n*est qu'au xix<» siècle qu'on s'en est rendu compte. Le sentiment panthéiste s'est manifesté avec éclat dans un grand nombre d'ouvrages de notre temps. Quant au sentiment polythéiste, personne ne se l'est assimilé au même degré et n'a contribué autant à le faire comprendre que M. Louis Ménard.

lation d'Alexandrie. Dans ces échanges d'idées, la Grèce avait beaucoup plus à donner qu'à recevoir. Initié par elle à la philosophie, l'Orient ne pouvait lui donner que ce qu'il avait, l'exaltation du sentiment religieux. La Grèce accepta l'échange ; lasse du scepticisme qu'avait produit la lutte de ses écoles, elle se jeta par réaction dans des élans mystiques précurseurs d'un renouvellement des croyances.

Quand les doctrines philosophiques de la Grèce et les doctrines religieuses de l'Egypte et delà Judée se rencontrèrent à Alexandrie, plusieurs écoles sortirent de leur rapprochement, et comme il y avait entre elles beaucoup de rapports, elles se firent des emprunts récipropres sans jamais en convenir et probablement sans même s'en rendre compte. Il y a ainsi à chaque siècle une somme d'idées communes à toutes les sectes même rivales et ennemies, et c'est presque toujours entre les écoles les plus' voisines que s'engagent les luttes les plus vives* La multiplicité des sectes qui se sont produites de nos jours sous le nom de socialisme ne peut donner qu'une faible idée de l'étonnante chimie intellectuelle qui avaitj établi son principal laboratoire à Alexandrie. Toute la théologie chrétienne est sortie de là. Il y avait dans l'air des idées errantes qui se combinaient en toute sorte de proportions. L'humanité avait mis an concours de grandes questions philosophiques et morales ; le prix proposé était le gouvernement des consciences. La solution chrétienne a prévalu et fait oublier les autres qui se sont englouties pour la plupart dans le naufrage du passé. Quand nous en retrouvons une épave, reconnaissons l'œuvre d'un concurrent vaincu et non d'un plagiaire. Le]Ghristianisme n'est pas tombé comme un coup de foudre au milieu du vieux monde surpris et effaré. Il a eu une période d'incubation et son triomphe a été préparé par ceux-mêmes qui se croyaient ses rivaux et qui n'étaient que ses précurseurs. Ce titre leur convient, quoique plusieurs soient contemporains de l'ère chrétienne, d'autres un peu postérieurs, car l'avènement d'une religion ne date que du jour où elle est acceptée par les peuples, comme le règne d'un prétendant ne date que de sa victoire. On ne comprendrait pas le passage d'une religion à une autre si on opposait entre elles deux termes extrêmes comme la mythologie homérique et le symbole de Nicée : il faut tenir compte des monuments intermédiaires, produits multiples d'une époque de transition. M. Havet a reconnu l'importance des écrits de Philon représentant de la philosophie gréco-juive, qu'il appelle le premier Père de l'Église ; mais quelques-uns des livres hermétiques, qui représentent la philosophie gréco-égyptienne, ont eu, selon moi, une part encore plus grande dans la formation des dogmes chrétiens...

Le Messie. — La domination des Romains, comme autrefois celle des Séleukides, rejeta les Juifs dans leurs rêves messianiques. La Bible y

jouait le principal rôle. Quoique les anciens prophètes ne fussent que des tribuns religieux et populaires, on parvenait; àTaide d'interprétations de fantaisie, à en faire des devins. On leur faisait prédire la suprématie du peuple juif sur tous les autres peuples; en isolant quelques phrases de leurs écrits, on y trouvait des allusions à son futur libérateur, à son Messie. Gomme tous les types mythologiques ce personnage idéal du Messie se précisa de plus en plus. Mais en même temps il prit une signification plus haute et son caractère devint exclusivement moral. Devant Timmensité de la puissance romaine, un roi guerrier comme David n'aurait pas suffi; ce n'était pas trop d'un révélateur comme Moïse pour établir le règne de Dieu sur la terre. Dans ce rôle surnaturel, le Messie devait avoir bien plus d'action sur le peuple; mais toute révolution, qu'elle soit violente ou mystique, inspire toujours lamême horreur aux classes dirigeantes. Le sacerdoce juif implora l'appui du bras séculier contre Jésus de Nazareth, comme autrefois contre Judas Maccahée. Il répugnait à Pllate de faire mourir un innocent pour satisfaire des rancunes de prêtres, mais on lui fit comprendre que l'indulgence compromettrait sa position, et il céda pour garder sa place. Il est probable d'ailleurs que cette condamnation ne lui laissa pas beaucoup de remords : il se disait sans doute que le maintien de l'ordre était à ce prix et qu'avec un ennemi de la société on n'est pas obligé d*étre juste. Cet événement, qui partage en deux l'histoire du monde, passa inaperçu pour les contemporains. Les cinq ou six lignes qu'on trouve dans Joseph sont une interpolation ; si Joseph avait cru, comme il est dit dans ce passage, que Jésus était le Messie et qu'il était plus qu'un homme, il est clair qu'au lieu de rester juif, Joseph se serait fait chrétien.

Le Verbe. — En dehors de la Palestine, où ils se souvenaient toujours de leur ancienne puissance, les Juifs s'occupaient moins de leur Messie. Dans les villes grecques où ils étaient attirés par le commerce, à Éphèse, à Kyrène et surtout à Alexandrie où ils formaient une partie notable de la population, ils étudiaient la philosophie grecque. Celle de Platon surtout les séduisait par ses théories unitaires et on disait en parlant du plus célèbre d'entre eux : c Ou Philon platonise ou Platon philonise. » Philon, s'imaginant sans doute que la Grèce avait toujours été ce qu'elle était de son temps, assure que des précepteurs grecs avaient été appelés à la cour de Pharaon pour faire l'éducation de Moyse. Le plus souvent, cependant, la vanité nationale l'emportait chez les Juifs sur la reconnaissance, et au lieu d'avouer ce qu'ils devaient à la philosophie grecque, ils soutenaient qu'elle avait emprunté ses principes à la Bible. Philon détournait les textes bibliques de leur sens naturel, comme le faisaient les Juifs palestiniens; mais tandis que ceux-ci cherchaient dans

les prophètes la confirmation de leurs espérances messianiques, Philon voulait tirer de la Genèse un ensemble de théories abstraites, tout à fait étrangères au pur judaïsme et dont la véritable source est dans la philosophie grecque et dans le panthéisme égyptien. Le Xo^oç, mot qui signifie à la fois la raison des choses et la parole humaine, devint le point de départ d*une sorte de mythologie abstraite, et Tidée du Verbe prit chez les Juifs hellénistes la môme importance et un caractère presque aussi personnel que l'idée du Messie chez les Juifs palestiniens. La légende chrétienne sortira de Tun de ces groupes, la théologie chrétienne de l'autre.

On regarde ordinairement Philon comme le précurseur du Gnosticisme; cependant, entre les Juifs hellénistes et les premières sectes gnosti ques, il manque un anneau intermédiaire : je crois le trouver dans quelques-uns des dialogues qui portent le nom d'Hermès Trismégiste, particulièrement dans le premier^ intitulé Pomandrès. J'y trouve aussi l'explication des différences souvent remarquées entre les trois premiers évangiles et le quatrième. Le sujet de ce dialogue est une cosmogonie présentée sous forme de révélation faite à l'auteur par Poimandrès, le pasteur des hommes, qui est le Nouç d'Anaxagore, l'Intelligence, le Dieu suprême. Gomme dans le Timée de Platon, l'Ouvrier est au-dessus de la matière, mais il ne la tire pas du néant. L'intelligence ordonne le monde d'après un modèle idéal qui est sa raison et sa parole, le Xo^oç de Platon et de Zenon. Par ce verbe, Dieu engendre une autre intelligence créatrice Dieu le du feu et du souffle ou de l'esprit, Tcnufxa. Cette théologie rappelle le dogme de la Trinité sous la forme que lui donne l'Église grecque, qui fait procéder l'esprit du Père par le Fils. Mais ce qui fait de la Trinité une des bases du christianisme, c'est la doctrine de l'incarnation du verbe, dont il n'est question ni dans Philon ni dans les livres hermétiques; cette doctrine est exposée pour la première fois au début de l'évangile qui porte le nom de saint Jean. Les évangiles synoptiques, s'adressant aux juifs de Palestine, leur disaient: t Ce Messie que vous attendez est venu : c'est Jésus de Nazareth, en qui nous vous montrons tous les caractères attribués au Messie par les prophètes. » Le quatrième évangile s'adresse aux juifs hellénisés et leur dit : « Ce verbe, dont vous parlez, par qui tout a été fait, qui est la lumière et la vie, il s'est fait chair, il a habité parmi nous. Les siens ne l'ont pas reçu, mais vous, recevez-le, et il vous fera enfants de Dieu, i Ce langage, qui tirait une mythologie d'une formule métaphysique, aurait été inacceptable pour des philosophes purement grecs, comme Julien ou Porphyre ; mais il pouvait être entendu parmi les Juifs ou les Égyptiens hellénisés, comme les thérapeutes d'Alexandrie, et les disciples de Philon ou ceux de l'école hermétique...

Sources multiples du Christianisme. — De même qne les langues modernes sont nées de la décomposition des langues anciennes, le Christianisme a emprunte ses éléments aux religions qui Tavaient précédé dans les pays où il s'est établi. Il a réuni ces éléments dans une synthèse nouvelle, en leur donnant une importance proportionnelle à la vitalité qu'ils avaient conservée au moment de cette transformation. On a l'habitude de négliger systématiquement ces affluents multiples du grand fleuve chrétien et de ne s'occuper que de la source juive : c'est commettre la même erreur que les géographes qui ont fait du Missouri un tributaire du Mississipi, tandis qu'il est la source principale et le véritable fleuve. Par son apothéose de Thumanité, le Christianisme se rattache directement à THellénisme, dont il est le successeur légitime. Les dogmes de la chute, de Tincarnation, de la rédemption, le sacrement de rEucharistie, ont leur source dans les plus anciennes croyances des peuples indo-européens ; c'est ce qui explique pourquoi ces peuples ont adopté si facilement le Christianisme et pourquoi les Juifs le repoussent obstinément. Quoiqu'il présente le dernier terme de l'invasion des croyances orientales en Occident, le Christianisme est une religion originale, et non une hérésie de la religion juive. Loin d'en être le complément, il en est plutôt la négation. Le trait dominant du Judaïsme, c'est la hauteur à laquelle il place l'idée divine ; entre son Dieu et l'homme, la distance est infinie; le Christianisme au contraire a pour dogme fondamental l'adoration de l'Homme-Dieu. La religion juive, seule entre toutes, se renferme dans la vie présente, sans suivre l'homme au delà de sa destinée terrestre : pour le Christianisme, la terre n'est qu'un séjour.d'épreuves, et la vie une préparation à l'élernité. Le peuple juif s'enferme dans le patrimoine exclusif de sa loi et repousse de son sein la foule des incirconcis ; tandis que le Chistianisme s'est annoncé dès l'origine comme la religion universelle et n'a jamais cessé d'appeler à lui les hommes de toutes les nations. L'apport des Juifs dans la mythologie chrétienne est à peine égal à celui des Egyptiens et des Perses. Ce qui a fait illusion, c'est qu'en empruntant aux Juifs leur Dieu unique, le Christianisme était obligé d'adopter leurs traditions et leur Livre sacré. Il a aussi adopté leur Messie, mais il en a fait un Dieu, et cette incarnation du divin dans l'humanité est précisément ce qui creuse un abîme infranchissable entre les Chrétiens et les Juifs. Le véritable héritier de la pensée juive, c'est l'Islamisme, la religion moderne de la race sémitique. En réduisant le Christ au rôle de prophète, Jiahomet ramène la monothéisme à sa rigidité, tempérée seulement par la croyance au Diable et à la vie future, que les Juifs eux-mêmes avaient fini par accepter...

lU'Hopuxiç-Pieu. — L'introduction du Christianisme en Qrèce se

rattache aux noms juifs de saint Paul, de saint Jean, comme celle des mystères dionysiaques au nom du Thrace Orpheus. A quinze siècles d'intervalle, c'est un germe divin sorti de l'Orient qui se développe aux rayons fécondants du soleil de la Grèce. Aux jours de la jeunesse, la Grèce avait enfanté la religion d'Homère et de Phidias ; quand son idéal fut transformé par la philosophie, elle légua aux races nouvelles l'enfant de sa vieillesse, le Verbe, le dernier-né de ses Dieux. Mais la philosophie ne peut devenir une religion qu'en revêtant la forme concrète du symbole; il faut que les idées prennent un corps, comme les âmes qui veulent entrer dans la vie. Le symbole nouveau, qui devait réunir tous les éléments religieux dispersés dans le monde, ne pouvait naître dans les écoles philosophiques, car cette incarnation de la pensée dans la forme est une œuvre toute populaire; les philosophes n'ont jamais pu l'accomplir, pas plus qu'ils ne peuvent créer une langue. Mais leur pensée avait pénétré à leur insu dans la profondeur des couches sociales, parmi les vaincus et les esclaves. Dans les derniers rangs d'un peuple méprisé, il était tombé un rayon de cette lumière sacrée, l'éternelle Raison, quji est le seul Dieu de la philosophie, et le Verbe s'était incarné dans le sein d'une vierge juive. Le souffle créateur de la Grèce, l'Esprit aux ailes de colojnbe, avait visité l'âme religieuse de l'Orient et l'avait fécondée sans la flétrir. Le Dieu de la rédemption devait naître d'une vierge, car c'est la pureté de l'âme qui enfante le sacrifice de soi-même. Rien de plus transparent que ce gracieux symbole de la Vierge mère, qui a fourni à l'art de la Renaissance un t3'pe nouveau du Féminin éternel.

Le fils de la Pureté immaculée, fécondée par l'inspiration céleste, le fruit de l'hymen mystique de l'Orient et de l'Occident, né dans une étable, d'une humble famille d'ouvriers qui descendent des rois, représente l'unité originelle de la race humaine. Les bergers l'adorent dans son berceau, comme les pasteurs de l'Himalaya et de la Chaldée adoraient le soleil naissant. Les rois mages conduits par une étoile, viennent se prosterner devant l'Enfant-Dieu, rayonnant dans ses langes. L'Egypte, mère antique des initiations, lui ofl're un asile contre le tyran qui menace sa vie, comme elle avait servi d'abri aux anciens Dieux menacés par les Géants. Ces débuts delà légende consacrent sous une forme évhémériste, la part des vieilles religions orientales dans l'élaboration de la religion nouvelle, qui emprunte à la Perse le dogme du mauvais principe, â l'Egypte le dogme de la résurrection des corps. Les détails de la tradition bouddhique sur la jeunesse de Çakya Mouni, son éducation religieuse et ses austérités ascétiques, sont remplacés, dans la tradition chrétienne, par une grande lacune; les épreuves qui sont la condition première de |.oute initiation mystique se réduisent à quarante jours de jeiine au

désert, après lesquels Jésus, transporté par le Tentateur sur la plus haute montagne, refuse d'accepter les royaumes de la terre. Quant aux tentations charnelles, si fréquentes dans la vie des saints, elles n'ont pas même de place dans celle de THomme-Dieu. La légende ne fait pas prévoir rimportance que prendra la chasteté dans la morale chrétienne ; elle nous montre le Christ plein d'indulgence pour la femme adultère, la Samaritaine et les femmes possédées du Démon.

Après ces années silencieuses, le Sauveur apporte au peuple la bonne nouvelle; haï des riches, béni des pauvres, c'est pour ceux-ci qu*il multiplie le pain céleste de sa parole, l'inépuisable pain de la charité. Toujours suivi d'une troupe de gens sans aveu et de filles perdues, il préfère le repentir à l'orgueilleuse vertu des heureux du monde, il préfère à la vaine science des prêtres Thumble simplicité despai^vres d'esprit et il donne son ciel aux petits enfants. 11 guérit les maux de la pauvre âme humaine, il ouvre les yeux des aveugles à la divine lumière, il ressuscite les morts à la vie éternelle. Gomme Héraclès avait délivré de ses chaînes le Titan ravisseur du feu, le Christ délivre des chaînes du péché et de Tempire de la mort la race d'Adam, coupable d'avoir volé le fruit de l'arbre de la science. Aux siècles héroïques, on ne connaissait rien de supérieur à la force tutélaire qui dompte les fléaux et les monstres ; affranchi des souillures terrestres par la flamme du bûcher, le héros sauveur était reçu dans rOlympe et devenait l'époux de l'éternelle jeunesse. Dans la vieillesse de la Grèce, ce type idéal de l'humanité devait se transformer pour répondre aux besoins nouveaux de la conscience populaire : l'Homme-Dieu ne pouvait plus être un athlète vainqueur des lions et des hydres, mais un sage enseignant la vertu aux hommes, leur révélant le' grand mystère de Tâme, la rédemption par la douleur, et consacrant, comme Socrate, sa doctrine par sa mort. Abandonné de tous, vendu par son disciple, renié par son ami, fouetté au poteau des esclaves, après la dérision du manteau de pourpre et de la couronne d'épines, il porte sa croix sur ses épaules dans la longue voie douloureuse et meurt entre deux voleurs, lui, la vertu vivante; il souffre et meurt pour le salut de ses frères, il lave dans son sang les souillures du monde, il réconcilie la terre et le ciel.

Le drame de la Passion. — Dcms le médiateur nouveau se confondent le dogme oriental de l'incarnation et le dogme grec de l'apothéose : c'est un Dieu qui se fait homme pour sauver le monde ; c'est un homme qui s'élève au ciel par sa vertu. Sans doute il ne s'agit ici ni des vertus privées ni des vertus publiques, puisque le Christ n'est ni époux, ni père, ni citoyen; mais il est le sacrifice de soi-même, c'est-à-dire la plus haute expression du divin dans l'humanité. Le culte de l'homme, qui est le caractère dominant delà religion grecque, arrive en lui ù son dernier terme : l'homme ne

s*adore plus dans sa fotce et dans sa beauté, mais dans sa misère et dans sa faiblesse, dans sa douleur et dans sa mort. Ce magnlûque drame de la passion met le symbole chrétien bien au-dessus de la légende bouddbi* que. LeBquddha n'a pas Tauréole du martyr; il meurt à quatre-vingts ans après avoir instruit les hommes par ses préceptes et par ses exemples, tandis que le Christ les sauve et les rachète par son sang et par sa mort sur la croix. Cette idée qui eût été pour les Juifs le plus impie de tous les blasphèmes, soumettre un Dieu à la douleur, aux humiliations et à la mort, n*avait rien qui pût étonner les Grecs : ils trouvaient dans leurs légendes des Dieux blessés, des Dieux enchaînés, des Dieux réduits en esclavage, ÂpoUon gardant les troupeaux chez Âdmète, Héraclès soumis aux ordres d'Eurystheus. La fable de Cbiron s^offrant à la mort pour la délivrance de Prométheus, celle des Dioscoures mourant alternativement pour se partager Timmortalité, avaient préparé les Grecs au dogme chrétien de la Rédemption. Enfin, les initiations mystiques reproduisaient toutes le dogme de la passion, de la mort et de Ja résurrection d'un Dieu. Mais par les détails profondément humains de son agonie, le Christ laisse bien loin de lui tous ces symboles physiques ; on ne peut s'intéresser aux mésaventures du raisin foulé dans le pressoir, ni à la descente du soleil dans les signes inférieurs du zodiaque, tandis que le Christ est un homme qui souffre et qui meurt; et si on voulait donner au dogme républicain de la fraternité une forme vivante et plastique, on ne pourrait trouver une image plus belle que celle du Juste mourant volontairement pour le salut des hommes. Devant toutes les condamnations injustes et volontairement subies, devant les bûchers, les échafauds et les fusillades, on se rappellera toujours ce type éternel des douleurs humaines, angoisses de Tâme et tortures dii corps, l'ingratitude du peuple, les lâches insultes des soldats et des juges, et les soufflets, et les crachats, et le gibet dressé sous les yeux de sa mère, et les clous, et la lance, et l'éponge de fiel, et ce cri désespéré du Juste : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » Et chaque lois qu'on verra les victimes d'une réaction impitoyable traîner les chaînes des forçats, on se souviendra que le Dieu du sacrifice fut crucifié entre deux voleurs.

Louis Ménard.

A PROPOS DE LA CHAIRE DE PHILOSOPHIE VACANTE A LA FACULTÉ DE THÉOLOGIE PROTESTANTE DE MONTAUBAN

La chaire de philosophie se trouve vacante à la Faculté de théologie protestante de Montauhan, par suite de la retraite de M. le professeur Michel Nicolas. On sait qu'en pareil cas les Consistoires sont appelés à proposer un nom à Tagrément du gouvernement. Deux candidatures se sont produites, entre lesquelles les Consistoires ont aujourd'hui à choisir : celle de M. Leenhardt, chargé d'un cours de sciences naturelles à la Faculté même où existe la vacance; et celle de M. Bénezech, pasteur à Montauban. La première est soutenue par les organes du protestantisme orthodoxe ; la seconde, parles organes du protestantisme libéral. Nous n'avons aucun désir d'entrer dans cette lutte de partis religieux et ecclésiastiques. Mais il s'agit de l'enseignement de la philosophie dans les Facultés protestantes, de l'instruction philosophique que recevront les étudiants en théologie, les futurs pasteurs : il y a là un grand intérêt intellectuel, moral, social, auquel nous ne saurions être indifférents. C'est en considérant avant tout cet intérêt, c'est-à-dire en nous plaçant au point de vue qui devrait, semble-t-il, être pour tous le principal, que nous voudrions dire ici quelques mots des deux candidats. Les lettres par lesquelles ils se présentent aux suffrages des Églises ont été publiées et diversement appréciées par les journaux protestants. Nous les mettrons sous les yeux de nos lecteurs. Voici d'abord le circulaire de M. Leenhardt:

Les bienveillantes sollicitations de mes collègues me décident à me présenter aux suffrages des Consistoires pour la chaire devenue vacante par la retraite de M. le professeur Nicolas.

Je ne pourrais me résoudre à cette démarche, s'il me fallait entièrement abandonner l'enseignement auquel j'ai eu l'honneur d'être appelé, il y a plus de onze ans, et qui a reçu, sous diverses formes, l'approbation et les encouragements des Églises; mais on sait que cet enseignement a été longtemps donné dans la chaire aujourd'hui vacante. Les Églises avaient compris que leurs futurs pasteurs ne pouvaient rester étrangers à la philosophie naturelle, et elles avaient joint son étude à celle de la philosophie proprement dite. Ici, comme à bien d'autres égards, elles avaient devancé leur temps. Ce sera un titre d'honneur pour la Faculté d'avoir réclamé, pour les Églises d'avoir sanctionné ce retour à un point de vue si large et si vrai.

Aujourd'hui, moins que jamais, il ne nous est permis d'ignorer le mouvement scientifique d'où procède le puissant courant d'idées générales qui cherchent à prendre corps dans un système de philosophie. Des essais, de valeur très inégale, mais presque toujours agressifs, se succèdent rapidement; la lutte est engagée eotrc le spiritualisme et les tendances nouvelles. Les inté-

râts en jeu sont trop éleyés]et trop sérieux pour que la chaire de philosophie de la Faculté n*accorde pas une place importante aux questions qui divisent autour de nous le monde de la pensée ; elle doit les faire connaître aux futurs conducteurs de nos Églises, pour leur tracer le chemin où ils pourront marcher d'un pas ferme, fidèles messagers du vieil Évangile, aussi bien armés contre les sophismes de l'erreur, qu'accessibles à tous les progrès.

Je me suis attaché, dans mon enseignement, k ne jamais perdre de vue cette double préoccupation de foi et de science. L'étude du mouvement tout ensemble scientifique et philosophique qui emporte tant d'esprits vers les idées nouvelles, n'a cessé de me convaincre que le christianisme, tel que le saisit r&me, lorsque, dans le sentiment de son impuissance et de sa culpabilité, elle s'abandonne k son Sauveur pour recevoir le pardon et la vie, que ce christianisme-là, seul, peut apporter quelque clarté dans le conflit actuel des idées, non seulement en assurant la paix de la conscience à notre génération moralement désemparée, mais en lui montrant la voie des solutions dont la poursuite consume ses forces intellectuelles.

Tenant pour certain que Jésus-Christ, le Verbe fait chair, est le centre de l'histoire, que tout avant Lui converge vers Lui, que tout après Lui dérive de Loi, c'est à la lumière de cette vérité que j'étudie les problèmes qui agitent nos contemporains. Et cette conviction n'a pas seulement ses racines dans le domaine de la pensée, comme résultat de la réflexion et de l'étude, mais surtout dans celui de l'expérience ; dans ce fait que l'homme ne trouve la paix qu'en Jésus-Christ mort pour ses offenses et ressuscité pour sa justification. Or, cette paix est la preuve irréfutable que, par la conversion, l'homme revient à son état normal, le seul qui puisse être la raison dernière de la création.

Prendre toute vérité, quelle que soit la main qui l'appoirte, et la placer aux oieds de Celui qui est la Vérité même, pour en faire une des pierres de l'autel que nous voulons élever au Seigneur par qui et pour qui sont toutes choses, telle était mon ambition lorsque je répondis autrefois à l'appel de la Faculté; telle sera encore, avec l'aide de Dieu, mon ambition, demain, si j'ai l'honneur d'occuper la chaire de philosophie.

De la profession de foi religieuse contenue dans cette circulaire nous n'avons rien à dire. Elle est conforme aux exigences de Torthodoxie protestante, dont elle reproduit les formules. £lle se résume en ces deux propositions, que f Jésus-Christ, le Verbe fait chair, est le centre de l'histoire », et que « l'homme ne trouve la paix qu'en Jésus Christ mort pour ses offenses et ressuscité pour sa justification ». M. Leenhardt s'est attaché aux termes consacrés, sans essayer d'en déterminer, à sa manière, la signification théologîque, sans laisser échapper un mot où Ton sente une pensée personnelle.

Nous remarquons qu'il se montre encore plus sobre et plus réservé dans l'expression de ses opinions philosophiques. On voit bien que son désir serait de concilier Tévolutionisme avec le spiritualisme ; mais on ne sait pas de quel spiritualisme il s'agit. Ce qui parait clair, c'est qu'il y a en lui deux hommes ; un savant qui tient fort à l'hypothèse transfor-

miste de Darwin; un chrétien qui veut croire au Verbe fait chair et à Jésus ressuscité. Il en faudrait un troisième pour accorder, s'il est possible, le savant et le chrétien, et aussi pour occuper utilement la chaire vacante. Il faudrait un philosophe ; il faudrait des principes, une méthode, en logique, en psychologie, en morale, en métaphysique. Le philosophe manque en M. Leenhardt; de principes, de méthode philosophique, on ne trouve pas la plus légère et la plus vague indication dans sa circulaire.

Il est vrai que M. Leenhardt ne compte s'occuper, à la Faculté de Montauban, — pas plus à l'avenir que dans le passé, — nî de logique, ni de psychologie, ni de morale, ni de métaphysique. Il peut demander le titre de professeur de philosophie, sans avoir à s'inquiéter de la tâche que ce titre impose, sans avoirà s'expliquer sur lamanièredont il comprend cette tâche. Les Consistoires peuvent le présenter, sans avoirà se demander s'il est ou non philosophe. Il est entendu, — c'est lui-même qui le déclare — qa'il n'abandonnera pas sa chaire de sciences naturelles. Des arrangements intérieurs doivent être pris pour qu'un de ses collègues enseigne, en son lieu et place, la philosophie et l'histoire de la philosophie, tandis qu'il continuera à faire le cours dont il est chargé depuis onze ans.

— Voilà, dit-on, qui doit dissiper tous les scrupules, non seulement auprès des Consistoires, mais encore au sein du Conseil supérieur de l'instruction publique.

— Nous disons, nous, qu'une candidature posée avec la prévision de tels arrangements ne devrait être prise au sérieux ni par les Consistoires, ni par le Conseil supérieur de l'instruction publique, ni par le l^inistre. Les Consistoires ne peuvent présenter M. Leenhardt, sans méconnaître l'intérêt véritable et la dignité de l'Église réformée. Le Conseil supérieur ne peut donner un avis en sa faveur, sans méconnaître l'intérêt évident de renseignement supérieur dont il a la garde. Le Ministre ne peut le nommer, sans méconnaître le devoir et le droit de l'Ëtat.

Lisons, maintenant, la circulaire de M. Bénezech :

Quelques-uns des membres les plus autorisés de nos Églises libérales, soit parmi les pasteurs, soit parmi les laïques, m'engagent à me présenter comme candidat à la chaire devenue vacante dans la Faculté de Montauban par la retraite de M. le professeur Nicolas. Cet honneur, je ne l'ai pas recherché ; je sais trop combien il est périlleux de recueillir la succession du savant qui, pendant près d'un demi-siècle, a enseigné la philosophie a?ec tant d'autorité. Mais on a bien voulu se souvenir des travaux que j'ai publiés dans la Critique philosophiquCy sous Tinspiration de M. Renouvier dont je m'honore d'être le disciple

et le collaborateur; et, puisqu'on m'invite & solliciter vos suffrages, je n'ai plus le droit de songer exclusivement aux difficultés de la tâche.

La métaphysique a toujours attiré ma pensée, surtout la partie qui concerne le problème de notre destinée. Quelle est la place de l'homme dans l'Univers ? D'où vient- il? Où va-t-il? Telle est la haute, l'angoissante question que se pose ici-bas toute créature raisonnable ; et le philosophe qui n'aborderait le mystère de l'existence qu'avec son esprit, sans écouter les inspirations du cœur, et, surtout, la voix de la conscience, abaisserait la plus noble des sciences au niveau d'une vulgaire expérimentation.

Si j'étais nommé k la chaire de philosophie, je m'appliquerais à faire préyaloir les principes de ce néo-criticisme qui a fini par s'imposer à l'attention et au respect des penseurs, et fait chaque jour des conquêtes dans l'Université. Ce système essentiellement moral est une protestation contre Tévolutionisme aujourd'hui en vogue, cet évolutionisme qui entraîne ses adeptes, quelquefois à leur insu, k noyer les espèces, la personne humaine, le libre arbitre dans l'océaD de la matière une, éternelle, infinie, continue. Dans cette doctrine, rajeunie par un appareil scientifique où l'hypothèse usurpe fréquemment la place des faits, l'homme est un éphémère n'ayant pas plus de consistance qu'une onde aussi vite disparue que soulevée.

Le point de départ de mon enseignement sera dans la conscience, ou, pour mieux dire, dans le sentiment de l'obligation morale 'qui implique la réalité du libre arbitre. Sans doute, les initiatives de la volonté se manifestent au sein d'une nature fortement déterminée; mais elles peuvent y introduire des modifications, et je ne me représente l'acte libre que sous la forme d'un premier commencement, d'un phénomène non susceptible d'être prévu.

Libre, l'homme a fait de sa liberté un mauvais usage. Le péché est entré dans le monde, avec toutes les conséquences résultant de la solidarité grâce & laquelle la vie de l'humanité se déroule comme celle d'un individu. Nous naissons dans le péché et nous le transmettons k nos enfants. Ce péché, imputable à chaque individu dans la mesure où il est responsable de sa conduite, ne constitue pas un moindre bien ; il est positivement un mal.

Puisque l'homme est atteint d'une maladie très grave et que l'incurie peut rendre mortelle, sa plus haute ambition doit être de tendre k la guérison. Dans son infirmité, il a soif de protection. De ce besoin est née la religion. Partout, l'humanité, se sentant faible, invoque des êtres supérieurs dont elle attend des secours. Mais, en se perfectionnant, elle ne conçoit pas de plus grande misère que le péché et alors elle implore surtout une assistance spirituelle.

L'homme et Dieu sont en présence l'un de l'autre. Si l'homme est libre. Dieu ne le sera-t-il pas? Le Dieu invoqué par le pécheur n'est pas le grand Tout du panthéisme; c'est une personne vivante, consciente, active, qui travaille à la réalisation de la justice dans le monde et qu'il ne faut point identifier avec la nature et ses lois.

De là résulte que la liberté en l'homme et en Dieu sert de fondement & la religion.

C'est grâce â ce fait moral que la prière, l'acte essentiel de la piété, conserve sa véritable signification ; elle n'est pas simplement une aspiration vers l'infini, l'idéal, l'absolu ; elle est un dialogue dans lequel le pécheur humilié et confiant attend la réponse de son Père céleste.

Mais l'homme, aveuglé par le péché, n'entrevoit pas nettement la nature et

la gravité de son mal, encore moins le remède. Ici se place le rôle de Jésus, envoyé par Dieu à la suite des prophètes et des initiateurs et les dominant tous, pour être le suprême médecin des âmes. Dans sa conscience, par une influence mystérieuse de la grâce, s'est produit le plus mémorable événement de Thistoire, la révélation de notre ûlialité divine, la manifestation du royaume des cieux. En s'appropriant par la foi Fesprit de Jésus, le chrétien ouvre progressivement les yeux sur son état de perdition, il s'affranchit de l'esclavage du péché il naît de nouveau, il se convertit.

Cet esprit du Seigneur, source inépuisable d'où le salut s'épanche sur l'humanité, vit dans la Bible, le Livre d'édification par excellence dans lequel les ftmes pieuses trouveront toujours l'expression pour ainsi dire classique de leurs gémissements et de leurs espérances, quels que soient les progrès de la science. L'Esprit de l'Eternel y parle particulièrement à l'homme.

L'Eglise, sorte d'association fraternelle pour l'édification, a la mission de répandre dans le monde la pensée du Christ. Mais, comme Dieu n'a point insti> tué un clergé infaillible, chacun est invité & prendre le gouvernement de soimême, en s'inspirant de l'Evangile. La foi sans la liberté n'est que la superstition. Tandis que le catholicisme, plus épris d'unité que de vérité, exerce une dictature sur les consciences, le protestantisme, plus soucieux de former des caractères que d'assurer l'intégrité du dogme, doit toujours être prêt & professer sa foi sans avoir la prétention de l'immobiliser. Dans le domaine religieux, le despotisme des majorités, dissimulé sous les apparences du régime parlementaire, mène proiiiptement à la décadence et n'arrête pas Thérésie.

J'estime que le protestantisme, pour être le sel de la terre, doit se montrer à la fois très libéral et très chrétien, franchement ami de la civilisation moderne, ne faisant point aux préjugés courants des concessions maladroites que l'on comprendrait peu et que l'on estimerait encore moins, conciliant jusqu'à, la limite où l'intransigeance devient un devoir.

Tels sont mes principes philosophiques et mes convictions religieuses.

Il ne nous appartient pas de louer ce manifeste, qui est d'un collaborateur, d'un ami, et où sont posés, en un langage clair, précis et ferme, les principes philosophiques que nous défendons dans cette revue depuis 1872. Ces principes sont ceux d'un spiritualisme élargi, renouvelé et fortiûé parla méthode criticiste : — Loi morale saisie dans son caractère impératif ; — Liberté réelle, apportant des exceptions au déterminisme général des phénomènes; — Péché considéré comme un mal positif, non comme un moindre bien ; — Solidarité résultant de l'héré* dite physiologique; — Dieu conçu comme une personne vivante, consciente et libre, non identifié avec la nature et ses lois. — U y a, croyonsnous, dans ce programme, la matière d'un solide et fécond enseignement philosophique avec lequel peuvent s'accorder, bien mieux qu'avec i'évolutionisme contemporain, une foi chrétienne positive et une théologie chrétienne à la fois progressive et conservatrice.

Entre la candidature de M. Leenhardt et celle de M. Bénezech, il nous

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semble que les Consistoires, môme orthodoxes, ne devraient pas hésiter. En tout cas, l'hésitation n'est pas permise aux représentants de T Université. La nomination de M. Leenhardt équivaudrait en fait à la suppression de Tunique chaire de philosophie que possèdent les Facultés protestante : elle est impossible. Celle de M. Bénezech s'impose.

F. PiLLON.

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