‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 119 sur 144 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

M. Meyer me reproche d'avoir donné de sa circalaire une interprétation inexacte et qu'il ne saurait accepter. Je ferai d'abord remarquer que cette interprétation ne m'appartient pas, à moi seul. C'est celle d'un journal orthodoxe et qui combat la candidature de |M. Bénézech : FÉglise libre. Elle est donc, au moins, fort naturelle.

Je me suis borné, on se le rappelle, à tirer la conclusion des observations présentées par M. Luigi. c M. Meyer enseignera, semble-t-il, non pas IdL philosophie en elle-même^ mais la philosophie du christianisme... Notre principale objection, c'est que, la philosophie tirée du christianisme fûtelle excellente, elle ne constituerait point encore, à nos yeux, la philosophie. Dans le monde de la pensée, en effet, le chemin a autant d'importance que le but, et le point de départ que le point d'arrivée. Or, en philosophie, le point de départ ce n'est pas la Révélation, c'est l'esprit humain livré à lui-même et dans sa pleine indépendance. Le chemin, ce n*est pas la foi, c'est la raison... La raison, telle est, pour le philosophe, la seule autorité. Si vous regardez à une autre, c'est de la théologie que vous faites. »

M. Meyer veut bien aujourd'hui reconnaître que > la philosophie, dans son indépendance, a été et demeure un élément essentiel, nécessaire, du développement de l'esprit humain, n A la bonne heure I Mais ce mot indépendance appliqué à la philosophie, se trouve, non dans sa lettre aux consistoires, mais dans l'article de M. Luigi. '

M. Meyer soutient que l'on peut parler de l'affinité de certains systèmes avec l'Évangile, sans sacrifier la phUosophie à Texégèse et àla dogmatique. Je n'ai pas dit le contraire. Il était inutile de se défendre contre une critique que je n'ai point faite, et qui serait absurde. Prendre, dans une chaire de philosophie, pour principal objet de son enseignement, la philosophie du christianisme , la métaphysique de l'Évangile, voilà ce que j'ai appelé sacrifier la philosophie à l'exégèse et à la dogmatique. Qu'estce qu'une métaphysique déduite de l'Évangile, si ce n'est une dogmatique? Et comment déduire une métaphysique de l'Evangile, si ce n'est par l'exégèse ?

M. Meyer m'accuse de n'avoir pas 'fait attention à la première partie de sa circulaire où il déclare qu'il c considérerait comme une partie absolument essentielle de sa tâche de retracer impartialement et dans ses grandes lignes l'histoire de la philosophie ancienne et moderne ». Il souligne ces mots : absolument essentiellefComme pour mieux pour me faire sentir le tort que j'ai eu de ne les point remarquer, de n'en point saisir ou d'en dissimuler la portée. Eh bien I ces mots ne se trouvent que dans la lettre qu'il m'adresse ; ils ne soht pas dans sa circulaire. Peut-être regrette-tril de ne

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les y avoir pas mis. Mais ils ne cliangeraieai .rien au caractère de ce manifeste. J'ai bien vu que M. Meyer entendait enseigner à MontaabaQ : i* rhistoire de la philosophie; 2* la philosophie du christianisme. Ce qai m*a paru également clair, — à moi, comme à M.Luigi, -^ c*est quels première de ces deux tâches était rapportée, subordonnée à la seconde, comme le moyen au but.

Mais il parait que je me suis trompé sur le sens que M. Meyer attache à ces mots : intelleetualinne pur. Gomme il se proposait, en son enseignement, de tirer la philosophie, non de la raison, maisdel*EvangiIe; comme il parlait des c solutions à la fois insuffisantes et désespérantes » auxquelles a toujours abouti rintellectualisme pur, j'ai cru que ce terme vague désignait dans sa pensée la raison réduite à ses propres forces et séparée de la foi religieuse. M. Meyer aurait dû s'expliquer un peu plos clairement sur cette opposition qu'U voulait établir entre l'intellectualisme pur et une philosophie telle que celle de Socrate.

M. Meyer demande, en terminant sa lettre, s*il est possible qu'un philosophe, qui est en même temps chrétien, n'ait aucun souci de l'unité de sa pensée. — Je réponds qu'un philosophe, qui est en même temps chrétien, cherchera sans doute à ameilier sa philosophie et son christianismei mais qu'il ne les amfondra pas. J'ajoute qu'un chrétien n'est pas philosophe, si, pour réaliser l'accord de la philosophie avec l'Évangile, il croit pouvoir les identifier, en demandant à l'Évangile les principes de la philosophie, s'il conçoit la philosophie, non comme une analyse de l'esprit humain, mais comme une analyse de l'Évangile.

F. PiLLON.

ERRATA

Dans le n* 7, page 49, ligne 3S, au lieu de : dont, lisez : donc ; — dans le n* S, page lil, ligne 17, au Heu de i aimé, tieex : inné; — page 143, ligne 33, on lieu de: parle règne, Usex : que le règne; — page 144, ligne 29 et 30, au lieu de : ptrtant, Use% : parlant.

Le rédacUur^gérarU : F. Pillon.

Sceaux, -r- Imprimerie Gharaire et fils.

s- ANNÉE. 31 OCTOBRE 1886. N» 10

(NOUVELLE SÉRIE

{Suite)

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