UN OUVRAGE RÉGENT SUR L'ALGHIMIE
(Suite).
Los Origines de i*Alchimie, par M. Beriheloi^ iivol. grand jn-8« (Georges. Sein heii.)
Il est intéressant de voir en quoi M. B. modifie l'idée qu'on se faisait avant lui de ralchimie, c'est-à-dire en quoi consiste précisément l'originalité de son livre.
Bacon ne considérait dans l'alchimie que l'élément mystique et l'élément empirique; il en méconnaissait l'élément rationnel. Il en parle tantôt comme d'un art qui tient plus de l'imagination et de la foi que de la raison et des démonstrations, tantôt comme d'un art qui procède au hasard, sans méthode et sans principes.
Dans l'ouvrage sur la Dignité et l* accroissement des sciences^ il appelle l'attention sur le caractère superstitieux de l'alchimie, qu'il place à côté de l'astrologie et de la magie naturelle.
c Les arts qui tiennent plus de l'imagination et de la foi que de la raison et des démonstrations {qux plus habént ex phantasia et fide quam ex ratiane et demonstrationibus) sont surtout les trois suivants : l'astrologie, la magie naturelle et l'alchimie; arts dont les 'fins ne sont pourtant pas méprisables, car l'astrologie fait profession de dévoiler l'influence et l'ascendant des choses supérieures sur les inférieures ; la magie naturelle se propose de rappeler la philosophie de la variété des spéculations à la grandeur des œuvres ; et la chimie se charge de séparer et d'extraire les parties hétérogènes de la matière qui se trouvent cachées et combinées dans les corps, d'épurer ces corps mêmes, de les délivrer de ce qui les embarrasse et de les conduire à leur point de maturité parfaite {corporaque ipsa inquinata depurare, impedita liberare^ immatura perficere.) Mais les voies et les méthodes qui paraissent conduire à ces fins, tant dans la théorie que dans la pratique de ces arts, sont pleines d'erreurs et de futilités. Et la transmission même de ces arts s'entoure de mystère, manque de sincérité et de candeur (2). »
Plus loin, il revient sur ces trois arts occultes qui entraînent l'imagination crédule, font naître de vaines espérances, éloignent des recherches fécondes, et sont à la science véritable de la nature ce que la légende est à l'histoire.
c Quant à cette magie naturelle qui voltige en tant d'écrits et qui embrasse je ne sais quelles traditions et observations crédules et supersti-
(4) Voyez les numéros 5 et 6 de la Critique pkUotophiqw. (9) De DignittUe et Augmewtii seientiarum^ iiv. I. 35.
304 UN OUVRAGE RÉGENT SUR l'ALGHIMIB,
lieuses sur les sympathies et les antipathies, sur les propriétés occultes et spécifiques, avec des expériences pour la plupart frivoles, et qui excitent Tadmiration plutôt par l'adresse qu'on met à en cacher les procédés et par le masque dont on les couvre^ que par leurs produits réels. Ce ne serait pas se tromper beaucoup que de dire que ces relations, quant à la vérité de la nature, sont aussi loin de la science que nous cherchons, que les récits des exploits d'Arthur de Bretagne ou de Huon de Bordeaux le sont des Commentaires de César, quant à la vérité historique... L'effet de cette magie naturelle, superficielle et indigne de son origine, sur les hommes qui s'en occupent, ressemble à celui de certains narcotiques qui excitent à dormir et qui, durant le sommeil, procurent des songes riants cl flatteurs; car, en premier lieu, ils endorment l'entendement humain, en chantant des propriétés spécifiques, des vertus occultes et comme envoyées du ciel, qu'on ne peut apprendre que sous forme de secrets murmurés à Toreille : d'où il arrive que les hommes ne savent plus s'exciter et s'éveiller eux-mêmes pour la recherche et l'approfondissement des véritables causes, se reposant sur des opinions oiseuses et crédulement adoptées. En second lieu, elle insinue dans l'esprit, comme des rêves, une infinité d'images agréables, qui flattent les désirs. £t une observation à faire sur les sciences qui tirent trop de l'imagination et de la foi (qvx nimium trahunt exphantasia et fide)y telles que la magie superficielle dont nous parlons ici, l'alchimie, l'astrologie et autres semblables, c'est que leurs moyens et leurs théories ont quelque chose de plus monstrueux que. la fin et l'action auxquelles elles tendent (1). »
Dans le Novum organum^ Bacon divisa la fausse philosophie, tige des erreurs, en trois branches qui sont: la sophistique^ Pempiriqtte et last^ersiùieuse. Il fait de l'alchimie un rameau de la branche empirique.
c La philosophie empirique, dit-il, enfante des opinions encore plus étranges et plus montrueuses que la philosophie raisonneuse et sophistique; car ce n'est pas à la lumière des notions vulgaires qu'elle ose marcher^ (lumière qui, toute faible et toute superficielle qu'elle est, est cependant en quelque manière universelle, et éclaire beaucoup d'objets) ; mais elk s'établit sur la base étroite et obscure d'un petit nombre d'expériences {sed in paucorum experimentorum angustiis et obscuritate fundatum est). Aussi cette philosophie qui semble probable et presque certaine à ceux qui rebattent continuellement ce petit nombre d'expériences et qui en ont l'imagination frappée, parait- elle incroyable et vaine à tous les autres. C'est ce dont on a un exemple frappant dans les chimistes et leurs dogmes (2). »
(1) DeDignitaU et Augnumiis, liv. III, ch. y, 3. (8) Novum organum, liv. I, { LXIV.
UN OUVRAGE BÉGBNT SUR L^ALCHIMIB. 305
Et plus loin : c L'industrie des chmistes n'a pas laissé de produire quelques fruits; mais ce fut au hasard et en passant, ou en variant jusqu'à un certain point leurs expériences (comme font ordinairement les artisans), non d'après des principes et en vertu d'une théorie ; car celle qu'ils ont imaginée tend plutôt à troubler la pratique qu'à l'aider (1) ».
Citons encore le passage où Bacon montre les alchimistes soutenus, dans leurs efTorts toujours trompés, parla force invincible d'une espérance superstitieuse, et arrivant par d'heureux accidents d'expériences à des résultats qu'ils ne cherchaient point et qu'aucun principe rationnel, aucune théorie ne leur faisait prévoir :
c Si l'on impose à son esprit de considérer des choses plus curieuses que sensées et que l'on examine de près les travaux des alchimistes, on ne saura trop s'ils doivent être un objet de compassion ou de risée. En effet, l'alchimiste nourrit une espérance éternelle. Échoue-t-il en ses tentatives, il ne s'en prend qu'à lui-même, s'accusant de n'avoir pas bien compris les termes de l'art ou des auteurs; puis il va recueillir les secrets traditionnels murmurés à l'oreille. Ou bien ce sera peut-être sur les poids et quantités qu'il croira avoir fait une légère erreur; et le voilà répétant sans fin les mêmes essais. Entre temps, si, parmi les hasards de l'expérience, il rencontre quelque fait, d'une physionomie nouvelle, ou d'une utilité qui ne soit pas à mépriser, il se saisit de ce gage, se repait de cette découverte, la célèbre, en fait étalage, et se confirme dans l'espérance qui lui reste. On ne peut nier, toutefois, que les alchimistes n'aient trouvé bien des choses, et bien des choses utiles aux hommes. Mais c'est à eux que s'applique assez bien la fable de ce vieillard qui avait légué à ses enfants un trésor enfoui dans sa vigne (ajoutant qu'il ne savait plus l'endroit). Eux fouillèrent la vigne, remuant partout la terre, et ne trouvèrent point d'or, mais la vendange, par l'effet de cette culture meilleure, fut plus abondante (2). »
Bacon distingue avec soin, — on a pu le remarquer, — entre les moyens et les fins de l'alchimie. C'est uniquement contre les moyens et les méthodes que porte sa critique. Ce qu'il lui reproche, c'est de manquer de base rationnelle. La transmutation des métaux ne lui parait pas en ellemême impossible ; il conçoit qu'on y puisse arriver, mais par d'autres moyens que ceux des alchimistes.
< La transmutation de l'argent, du mercure ou de tout autre métal en or est chose difficile à croire; cependant il est plus vraisemblable qu'un homme qui aurait bien analysé et qui connaîtrait la nature de la pesanteur, de la couleur jaune, de la malléabilité, de la ductilité, de la fixité,
(i) iVot;ui7i organumf iiv. I, § lixiu. (^) Novum organum, Iiv. I, Jlxxxv.
306 UN OUTRA» BÉGSNT SUR L'ALCHUa.
de la volatilité, et qui aurait aussi pénétré bien avant dans la nature des premières semences, des premières menstrues des minéraux, pourrait, à force d'essais et de sagacité, faire de Tor, qu'il ne Test que quelques gouttes d'un élixir puissent en quelques minutes convertir en or les autres métaux, d'un élixir, dis-je, assez actif pour achever l'ouvrage de la nature et la débarrasser de tout obstacle (i >.
Bacon est transformiste ; U croit à la mutabilité des espèces minérales, végétales, animales. Ce n'est donc pas l'idée fondamentale de l'alchimie qu'il tient pour chimérique. Il la regarde, au contraire, comme parfaitement réalisable, et sa grande et constante préoccupation, celle qui domine notamment dans le Novum organumy est d'indiquer la bonne méthode pour la réaliser. Joseph de Maistre a pu dire de lui que c tout en se moquant des alchimistes, il croyait à l'alchimie •, et que c la transmutation des espèces était son idole de caverne » (2).
Bacon croit à l'alchimie, certes; mais l'alchimie, telle qu'il la comprend, doit sortir du mysticisme et de rempirisme,se fonder sur la raison et les démonstrations, en un mot, devenir scientifique. Il examine comment on peut lui donner les principes théoriques qui lui manquent. C'est à la méiaphyzique qu'il faut, selon lui, demander ce principe. Il s'agit d'une métaphysique nouvelle, qui est la science des formes; et par formtt il entend les conditions essentielles d'où découlent les propriétés et qualités observées dans les choses. Il s'élève avec force contre les philosophes qui déclarent impossibles et cette science des formes et, par suite, l'alchimie rationnelle.
c Ce n'est pas assez, dit-il, pour les auteurs aujourd'hui suivis, que d'avouer leur propre ignorance ; il faut encore qu'ils mettent hors des limites du possible tout ce qu'eux et leurs maîtres n'ont pas connu ni atteint, comme s'ils raisonnaient d'après les principes de l'art; ils le déclarent impossible à connaître ou à faire {cogfa\iu ouifactuimpossibilepronufiiiant)^ tournant ainsi par un orgueil et une envie immense, la pauvreté de leurs découvertes en calomnie contre la nature et en découragement pour les autres... De là cette opinion que la découverte des formes on des vraies différences des choses (qui sont en réalité les lois de l'acte pur) est impossible et dépasse les facultés humaines. De là ces opinions reçues
(4) De DigiiitaU êiÀUffmefUù idetUiarum, liv. 111, ch. v,d.
(2) Examen de la philotophie de Bacofiy t. I, pp. 306 et,3ii. — « La folie des transmutations, dit encore Joseph de Maistre, est l'idée dominante chez Bacon; sous une forme ou sous l'autre, elle revient toujours, et Ton peut dire qu'elle constitue réellement toute •a poilosophie. > (Examen de la philosophie de Bacon, t. II, p. 358.)
UN O0VRAOB BÉGBNT SUR l'ALGHIMII. 307
dans la partie pratique des sciences que la chaleur du soleil et celle du feu sont d'un genre entièrement différent, sans doute pour que les hommes ne croient pas pouvoir exécuter, par le moyen du feu, rien de semblable à ce qu'opère la nature. De là enfin ce préjugé, que la composition seule appartient à l'homme, mais que la mixtion est Touvrage exclusif de la nature, sans doute pour que les hommes n'espèrent pas pouvoir opérer, par Tart, quelque génération ou transformation des corps naturels (aitquam corporumnaturalium generationem aut transformationem). Ainsi les hommes se laisseront facilement persuader de ne point commettre leur fortune ni leurs entreprises avec des dogmes qui ne donnent et ne doivent jamais donner aucun espoir (i). »
Mais il faut l'entendre célébrer l'importance et la fécondité de cette science des formes, et montrer comment on en peut espérer la transmutation des corps.
« Gréer une nature nouvelle dans un corps donné, ou bien produire des natures nouvelles et les y introduire ; telle est Tœuvre, tel est le but de la puissance humaine. Découvrir la forme d'une nature donnée, ou sa vraie différence, ou sa nature naturante, ou sa source d'émahation (car ce sont là les termes qui indiquent le mieux ce dont il s'agit) : telle est l'œuvre, tel est le but de la science humaine. A ces deux buts primaires sont subordonnés deux but secondaires : au premier, la transformation des corps concrets d'une espèce en une autre, dans les limites du possible; au second, la découverte, en toute génération et en tout mouvement, Aaprogrès caché {latentis processus) opéré d'une manière continue par un efficient visible et une matière visible jusqu'à ce que la forme soit introduite...
c ... Si l'on ne connaît que les causes matérielle et efficiente (lesquelles sont des causes changeantes et rien autre chose que des véhicules qui portent la forme en certains sujets) , on peut arriver à des résultats nouveaux en une matière à peu près semblable et préparée; mais on ne peut déplacer les bornes des choses plantées plus profondément. Mais celui qui connaît les formes embrasse l'unité de la nature dans les matières les plus dissemblables; aussi, ce qui n'a pas encore été fait, ce que ni les vicissitudes de la nature, ni l'habileté expérimentale, ni le hasard même n'auraient jamais réalisé, ce qui n'aurait jamais été accessible à la pensée humaine, il peut le découvrir et le produire. C'est pourquoi de la découverte des formes découle la science vraie et la libre pratique...
< Le précepte ou axiome qui a pour objet la transformation des corps est de deux espèces. La première envisage le corps comme un groupe ou
(1) N&vum organum, liv. I, $ LXXV.
306 UN OUVRAGE RÉGBNT SUR l'ALGHIMIB.
association de natures simples. Ainsi dans l'or sont réanies les qualités on natures suivantes : il est jaune, il est pesant, de telle pesanteur spécifique, il est malléable et ductile à tel degré, il n*est pas volatil, il peut présenter tel mode de fluidité, il se dissout de telle manière, etc. L'axiome de la première espèce déduit la transformation de la considération des formes des natures simples. En effet, qui connaît les formes de la couleur jaune, de la pesanteur, de la ductilité, de la fixité, de la fluidité, de la dissolubilité, etc. et la manière de les produire à différents degrés, verra et prendra les moyens de réunir ces qualités dans tel ou tel corps, d'où résultera la transformation de ce corps en or. Cette manière d'opérer est la méthode principale. Car le procédé est le même pour produire une nature simple que pour en produire plusieurs; si ce n'est que, lorsqu'il s'agit d*en produire plusieurs, on se trouve gêné et à l'étroit dans l'exécution, à cause de a difficulté d'unir tant de natures qui ne s'ajustent aisément ensemble que par les voies ordinaires et frayées de la nature. Nous devons dire que cette manière d'opérer (qui envisage les natures simples, quoique dans un corps concret) procède de la considération de ce qu'il y a de constant, d'éternel et d'universel dans la nature, et qu'elle agrandit les voies de la puissance humaine à un tel point que (dans l'état actuel des choses) la pensée humaine peut à peine le comprendre et se le figurer.
c La seconde espèce d'axiome (qui dépend de la découverte du progrès caché) n'envisage pas les natures simples, mais les corps concrets, tels qu'ils se trouvent dans la nature au cours ordinaire des choses. On recherchera, par exemple, par quelles premières causes, de quelle manière, par quelle action progressive, s'opère la génération de l'or, de tout autre métal ou de la pierre, en prenant la substance dont il s'agit depuis ses premières mentrues ou rudiments jusqu'à l'état de mine parfaite; ou bien encore par quelle action graduelle s'engendre l'herbe, à partir des premières concrétions des sucs dans le sein de la terre ou de son état de semence, jusqu'au moment où la plante est formée ; par quelle suite de mouvements, par quels efibrts divers et continus de la nature (1). »
Nous citons ces passages du Novum organum^ parce qu'on ne leur donne pas, semble-t-il, toute l'attention qu'ils méritent. 11 n'en est pas de plus importants dans les ouvrages de Bacon, ni qui caractérisent mieux sa philosophie. On remarquera que, pour lui, la génération spontanée, la transformation des espèces vivantes et la transmutation des minéraux quelconques étaient liées l'une à l'autre et ne formaient qu'une seule et même idée. La méthode d'induction et d'expérience, qu'il prétendait
(1) Novum organu m, Ut. II, || I, III, V. — Nous ayons suivi, en nos citations des ouvrages de Bacon, la traduction française de M. F. Riaux, mais en la modifiant et corrigeant d'après le texte latin, partout où elle nous a para manquer de précision.
UN OUVRilGB RiCENT SUR l' ALCHIMIE. 309
apporter au monde et substituer à la méthode aristotélicienne de simple observation et de raisonnement syllogistique, avait pour but la domination sur la nature ; et la domination sur la nature n'était autre chose, dans sa pensée, que le transformation par Tart des espèces naturelles. Induire et expérimenter pour transformer et pour créer : tout le baconîsme est là. La science des formes, suprême objet théorique de la nouvelle méthode, devait permettre d'en atteindre le suprême objet pratique.
Ce qui est curieux, c'est qu'en cette métaphysique de la nature Bacon reste disciple des Grecs. Il ne sort pas de la conception grecque de la matière. Il parle, lui aussi, des propriétés, qualités ou natures qui se présentent à l'observation, telles que la couleur jaune, la pesanteur, la ductilité, etc., comme de choses distinctes, qui existent en elles-mêmes, et qu'on pourra séparer d'un corps ou réunir en un corps, quand on en aura pénétré les formes, c'est-à-dire quand on aura découvert les principes ou propriété élimentaires auxquelles elles se ramènent et qui les constituent. Il enseigne àTalchimie quelle doit être sa base théorique; et il se trouve que c'est précisément celle qu'elle possédait depuis longtemps, qu'elle avait reçue des philosophes ioniens et de Platon.
Dumas a consacré à la l'alchimie la première de ses Leçons dephtlosophte chimique. Il nomme les principaux alchimistes du moyen âge et rappelle brièvement leurs travaux. Mais il ne connaît aucun lien entre l'alchimie et la philosophie ancienne.
« Que pourrions-nous dire des prétendus ouvrages d'Hermès Trismégiste, ce roi d'Egypte trois fois grand, auquel on accorde tant de connaissance en chimie, sinon que ce sont de pures inventions des alchimistes?
c II est assez facile de comprendre comment on a conclu les connaissances chimiques des Egyptiens de la perfection des produits de leur industrie. Mais avec notre chimie si savante, et pourtant si populaire et si simple, nous ne comprenons plus cette haute idée que quelques Pères de l'Église professaient pour la chimie de leur temps....
a Si les connaissances théorique des Egyptiens nous paraissent fort équivoques, nous pouvons en dire autant de celles des Hébreux. Pour prouver que les Hébreux étaient avancés dans l'étude de la chimie, on a prétendu qu'ils en avaient emprunté les principes aux Egyptiens pendant leur séjour parmi eux ; mais d'après ce que nous venons de voir, on sent qu'un tel motif ne peut être d'un grand poids....
c La connaissance des différents arts chimiques cultivés par les Egyptiens s'était aussi répandue chez les Grecs. Hais en apprenant leurs pro-
310 UN OUVRAGE rAgknt SUR l'alghhiii.
cédés, ik avaient hérité en même temps de leur ignorance snr la cause dos effets qu'ils savaient produire. Leurs philosophes les plus célèbres, ces hommes qui ont tant réfléchi sur les phénomènes de la nature, se taisent en effet sur tous ces points. Nous ne trouvons dans leurs ouvrages aucune tentative pour arriver à la connaissance des phénomènes de la chimie. Ils ont eu cependant sur la nature des idées fort remarquables. Telles sont celles de Démocrite touchant Texistence des atomes; elles reposent sur des vues qui sont encore celles des physiciens et des chimistes d'aujourd'hui; mais elles sont prises en dehors delà chimie proprement dite (I). » Il ne s'agit pas des connaissances chimiques des philosophes grecs. Personne ne contestera ce que dit sur ce point le savant que nous citons. Mais on demande si les alchimistes ne rattachaient pas les connaissances qu'ils tiraient de Texpérience et de Tinduction aux doctrines physiques et cosmologiques de certains philosophes grecs, s'ils n'ont pas trouvé dans ces doctrines une base rationnelle pour leur savoir empirique. C'est à cette question que M. B. a répondu affirmativement, en s'appuyant sur des documents positifs. Il résulte de ces documents que la chimie est grecque par ses premières comme par ses dernières théories. Deux fois elle a emprunté à la philosophie grecque des idées directrices et coordinatrices : la première fois, dans sa période d'enfance; la seconde, dans sa féconde maturité. Les philosophes ioniens et Platon ont donné à l'alchimie la théorie de la matière première, susceptible de revêtir toutes les propriétés diverses et, par suite, de se transformer en tous les corps divers ; Leucippe, Démocrite et Épicure ont fourni à la chimie moderne la théorie des atomes.
Mais Dumas ne sait rien des alchimistes grecs. Le premier anneau lui manque dans la chaîne que forme l'histoire de la chimie. -Il commence cette histoire par Talchimiste arabe Geber.
ff Si nous voulons sortir du ehamp des conjectures, il faut descendre jusqu'au vni* siècle pour trouver des notions exactes sur l'état des connaissances chimiques, quoiqu'on puisse assurer que celles-ci datent de plus haut. En effet, c'est vers ce temps que vécut Oeber, fondateur de l'école des chimistes arabes, qui s'est acquis tant de célébrité parmi les écrivains du moyen âge, l'auteur du Summa perfectionis^ le plus ancien ouvrage de chimie qui nous soit parvenu. Geber rasseiùble toutes les connaissances chimiques des mahométans ; et quoiqu'il n'ait point la prétention de se donner comme inventeur des notions réunies dans son ouvrage, il est difficile de voir en lui un simple compilateur. Quoiqu'il en soit, nous lui devons du moins la possibilité de nous faire une idée juste
(1) Leçons de philotophit ehimiquê, i" leçon, p. il et suiv.
UN OUVRAGE BÉGBNT SUR L'AIiGHOflB. 311
de Tétat de la science à cette époque. Son ouvrage, écrit tout entier dans une vue alchimique, nous montre que déjà l'on croyait dès longtemps à la transmutation des métaux, et Ton sait que cette erreur, dont on ne connaît point la source, s'est prolongée pendant un grand nombre de siècles.. ••
c Écrivant en arabe, Geber a dû initier les Arabes, plus que toute autre nation, aux pratiques de son art. Aussi, est-ce chez ce peuple surtout que se trouve cultivée Talchimie après Geber...
c Les connaissances chimiques .dont les Arabes étaient en possession depuis longtemps ne pénétrèrent en[ Europe que vers le xiii* siècle. Elles y vinrent à la suite du mouvement produit par les croisades... La chimie nous est donc arrivée par le moyen des croisés, et sous sa forme alchimique, telle que les Arabes la leur avaient apprise, telle que l'avait perfectionnée l'esprit ardent de ces peuples^ qui avaient vu dans les préparations de la chimie une source féconde d'utiles médicaments dont l'efficacité était inconnue à Geber. Un certain vernis de magie, qui doit être attribué sans doute à l'origine orientale de la chimie parmi nous, semble inséparable de nos premiers chimistes. Il s'est tellement associé à leur renommée et à leur mémoire, qu'il suffit de citer leur nom pour en rappeler l'idée (1). •
Suivent quelques détails biographiques et bibliographiques sur Roger Bacon, Albert le Grand, Arnauld de Villeneuve, Raymond Lulle, Nicolas Flamel, Basile Yalentin, Paracelse. Et Dumas, se résumant, conclut que c la chimie industrielle se perd dans la nuit des temps i ; que, c fille du hasard et d'une routine patiente, elle précède de bien des siècles les premiers essais de la chimie sjrstématique >; que, a dès leur apparition sur la scène, les chimistes ou alchimistes proclament leur respect pour le témoignage des sens, et leur foi complète dans les résultats de l'expérience » .
Voilà tout ce que Dumas nous apprend de l'alchimie : il n'y voit que la foi aux sens et à l'expérience, l'espri}; empirique, avec c un vernis de magie », qu'il attribue aux influences orientales, et sur lequel, d^ailleurs, il n'insiste pas. C'est uniquement, remarquons-le, par une généralisation empirique, — nullement par une doctrine de philosophie naturelle, par une théorie de la matière, — qu'il explique l'origine de l'idée de transmutation et l'attachement des alchimistes à cette idée.
« Pendant la longue période dont nous avons parcouru l'histoire, dit-^ il au commencement de sa seconde leçon, le feu était regardé comme un agent universel. On se représentait sa puissance comme sans bornes : rien
(1) Leçons de philotophie ehitniquef p. 13 et suiv.
312 UIV OUYRilGE BÉCENT SUR l'JILGHIMIE.
De se faisait sans lui; avec lui tout était possible» y compris la transmutation des métaux. Nous avons eu de nos jours quelque chose d'analogue dans le rôle exagéré peut-être que Ton a voulu faire jouer à rélectricilé. Tout s'expliquait par elle. L'électricité dominait et réglait à son gré toutes les forces de la chimie. Elle seule pouvait nous rendre compte des faits acquis à la science, et il n'était rien qu'elle ne nous promit pour l'avenir. Tout en reconnaissant son importance, et, bien que ce soit encore à elle que l'on ait habituellement recours pour expliquer les faits qui se dérobent à toute autre explication, nous ne pouvons nous empêcher de convenir qu'elle n'a pas encore tout à fait tenu parole (i).
0 Eh bien ! c'était une exagération de cette nature sur Tétendue du pouvoir du feu qui égarait les alchimistes. Us avaient remarqué qu'à l'aide du feu l'on parvenait à faire passer les minerais de l'état terreux à l'état métallique ; ils s'imaginaient que les terres subissaient alors un degré de perfection qui permettait d'en espérer un nouveau ; ils en concluaient qu'étant bien conduit, le feu devrait amener les métaux communs à un état plus parfait. De là, l'idée de leur conversion en argent et en or
c 11 a fallu une longue expérience, des efforts nombreux et pénibles que ne couronnait aucun succès, et des exemples éclatants du triste état où conduisait cette déplorable manie, pour détourner les esprits de ces idées qui s'y étaient profondément enracinées. Toutefois, au milieu de leurs illusions, au temps de leur domination comme à celui de leur décadence, les alchimistes ont rendu constamment service à la chimie, en publiant sans voile et sans détours toutes les observations qui Içur semblaient inutiles au but constant de leurs travaux. Ils se réservaient au contraire avec un soin jaloux, et déguisaient de cent manières les opérations relatives au grand œuvre, mais ils ne se réservaient que celles-là. Singulière préoccupation qui les portait à mépriser la vérité pour adorer l'erreur; singulier partage de connaissances, où s'appropriant les idées fausses et nuisibles, et les cachant sous le boisseau, ils semaient à profusion et sans regret les idées vraies et nécessaires au progrès de l'humanité (2). »
Liebig ne refuse pas à l'alchimie, comme Dumas, le caractère systématique d'une science. 11 s'en fait une très haute idée. Il n'admet pas que Ton fasse commencer à la fin du xvin^ siècle l'histoire de la chimie scien-
(i) Damât fait ici allusion aux théories électro-chimiques, qui étaient fort à la mode en 4836.
(2) Leçons de philatophié chimique, 2' leçon, p. 49.
UN OUVRAGE RÉCENT SUR L* ALCHIMIE. 3i3
tiâque. Il se plaît a glorifier les alchimistes. Il soutient que leur hypothèse de la transmutation était très naturelle, et en outre très propre à relier les fait connus en même temps qu'à stimuler et à diriger les recherches. Il se montre fort éloigné de considérer leur art comme une routine patiente recouverte d'un vernis de magie.
c Des circonstances fortuites ont fait généralement voir dans la chimie une science tonte jeune; mais c'est une des sciences les plus anciennes... A la fin du siècle dernier, les chimistes français se réunirent pour changer tous les termes techniques, tous les noms désignant les combinaisons et les décompositions chimiques ; ils imaginèrent une nomenclature nouvelle qui, étant l'expression d'un système nouveau et complet, vint s'imposer aux savants de tous les pays. On s'explique ainsi l'abime qui semble exister entre la science actuelle et l'ancienne chimie... Beaucoup de gens ne voient dans nos connaissances actuelles que l'héritage exclusivement légué par l'école française d'alors, et s'imaginent que l'histoire de la chimie ne va pas au delà. Mais c'est là une erreur...
c Les forces dont la chimie étudie les effets sont des plus cachées; elles ne se manifestent pas, comme beaucoup de forces physiques, comme la lumière ou la pesanteur, par des phénomènes qui attirent journellement l'attention de l'homme. Les forces chimiques n'agissent pas à distance; leurs effets ne deviennent sensibles que par le contact immédiat des matières hétérogènes. Il a fallu des siècles pour créer ce monde de phénomènes dont se composait la chimie au temps de Lavoisier (i). >
Ne voit-on pas que c'est précisément grâce à la pierre philosophale que la connaissance de ces phénomènes si divers a pu être acquise? Estce que, sans cette idée, la chimie aurait pu naître et progresser? N'est-ce pas par cette idée qu'elle est sortie de l'empirisme industriel,de la routine de métier? Ne devait-ce pas être sa première théorie? Pouvait-il y en avoir d'autres à l'origine? Et quelle autre eût été plus efficace pour exciter et soutenir les curiosités,en.leur présentant une fin générale proportionnée à tou^ les efforts, à tous les sacrifices, quels qu'ils fussent, et supérieure aux fins intéressées, immédiates et particulières?
c Que d'efl'orts pour acquérir les connaissances chimiques que nous avons aujourd'hui I Des milliers d'hommes, armés de toute la science de leur temps et possédés d'une passion invincible, presque furieuse, ont exposé leur vie, leur fortune, épuisé toute leur énergie pour fouiller la terre dans tous les sens, pour prendre un à un tous les corps connus, organiques et inorganiques, pour les mettre ensemble en contact de mille manières variées ; et ce travail continué pendant quinze siècles ! Un
(1) Nouvelles lettres sur la chimie, lettre XXX YI.
3i4 UN OUVBÂOB BiCIBfT SOR l'ALCBDOB.
déflir puissant, irrésisiible, donnait aux hommes cette patience, cette persévérance, sans exemple dans Thistoire, pour des recherches qui ne satisfaisaient à aucun besoin du temps. C'était le désir d'obtenir la félicité terrestre.
c Une singulière idée avait pris racine dans Fesprit des hommes les plus savants, les plus expérimentés : la t^rre, selon eux, recelait une chose mystérieuse qui devait combler tous les désirs des sens, en procurant Tor, la santé et une longue vie...
c CSes trois conditions suprêmes de la félicité humaine, on croyait les trouver réunies dans la pierre philosophale. Pendant bien des siècles, les travaux de tous les chimistes eurent pour unique but de découvrir la terre virginale, la substance mystérieuse qui, dans les mains du sage ou savant, devait transformer le vil métal en or....
c La pierre philosophale, dit-on, a été une erreur ; mais qu'on y songe donc, toutes nos vérités sont issues d'erreurs. Ce que nous croyons vrai aujourd'hui, demain peut-être sera une erreur.
< Toute théorie qui incite au travail, qui exerce le sagacité et entretient la persévérance, est un bénéfice pour la science, car c'est le travail qui conduit aux découvertes... •
c L'imagination la plus vive, Tintelligence la plus subtile ne saurait rien trouver qui agit sur l'esprit et sur l'activité des hommes plus puissamment et d'une manière plus persistante que l'idée de la pierre philosophale. C'est bien elle aussi, c'est la môme puissance d*impulsion qui fit accourir au nouveau monde, avec Christophe Colomb, et après lui, des milliers d'aventuriers, décidés à exposer leur fortune et leur vie....
c Pour savoir enfin que la pierre philosophale n'existe pas, il fallut examiner et observer, avec toutes les ressources du temps, tout ce qui était accessible aux investigations, et c'est en cela précisém«it que consiste Finfluence presque merveilleuse de cette idée (1). i
Liebig insiste sur l'impossibilité où étaient les alchimistes, d'après leurs observations, de considérer comme simples et invariables les corps qu'ils appelaient métaux, et sur les faits nombreux qui s'accordaient avec la théorie de la transmutation et qui la rendaient plausible. Il conclut que l'alchimie, avec l'apparence et le langage d'une foi superstitieuse, avait ses conceptions, ses principes, ses hypothèses, absolument comme nos sciences inductives modernes; en un mot, qu'elle n'a jamais été antre chose que la chimie elle-même.
< Les alchimistes classaient, comme on le fait aiyourd'hui, les corps par groupes, suivant leurs analogies, suivant certaines ressemblances de
(i) Nouvelles lettrée twr la chimie^ lettre XXXYI.
UN OUVBAeB itfOINT 81JB VàUMOÊa, 34S
leurs propriétés. Tous les métaux partagent certaines propriétés fondamentales, ils ont tous Téclat dit métallique : il en est qui sont inaltérables ^u feu, c'étaient les métaux appelés nobles ; la plupart des autres perdent au feu leur éclat et leur ductilité, c'étaient les métaux imparfaits ou les demi-métaux.
« A cause de leur éclat métallique, la galène et la pyrite ne pouvaient pas être séparées des métaux : la galène, en effet, a presque la couleur du plomb, la pyrite a celle de l'or. De la galène et delà pyrite on peut extraire du soufre; de la première on peut, sans en changer la couleur, retirer du plomb ductile, fusible, Moue de l'éclat métallique. Qu'y avait-il de plus naturel, d'après cela, que de croire que tous les métaux contenaient du soufre et qu'il en modifiait les propriétés suivant qu'il y entrait en quantité plus ou moins grande? Et comme en expulsant du soufre de la galène, on la transformait en plomb métallique, n'étaitril pas probable qu'en en séparant un peu plus de soufre, on rendrait le plomb encore plus noble, on parviendrait à le convertir en argent ?
c On connaissait la propriété que possède le mercure de se réduire en vapeurs. Quoi de plus naturel alors que de supposer que la formation de la rouille, que la perte des propriétés métalliques subie parjles métaux dans la calcination, provenaient du dégagement d'un mercure volatil?
c Aujourd'hui encore l'expérience nous conduit à admettre un principe colorant particulier dans toutes les matières qui ont de la couleur...
c On peut communiquer au cuivre la couleur de l'or par le traitement avec de la calamine, donner à ce même cuivre rouge la couleur de l'argent par un mélange d'arsenic... Qu'y avait-il de plus naturel que d'admettre la possibilité de communiquer la propriété de l'or ou de l'argent au plomb ou au cuivre, par l'addition ou par la séparation de certaines parties ? La teinture imparfaite donnait la couleur; une teinture plus parfaite devait donner les autres propriétés (1). »
Liebig n'ignore pas l'origine grecque de l'alchimie. Il la fait naître en Egypte, à Alexandrie, c asile et siège le plus important de la science grecque ». C'est « aux savants d'Alexandrie » que nous la devons. D'Alexandrie elle a passé aux Arabes, chez lesquels c elle a trouvé un sol propice et fécond » et les Arabes l'ont apportée à l'Europe du moyen âge. On ne trouve dans les Lettres sur la chimie que cette indication générale. C'est donc M. B.' qui a, le premier, fait la lumière, la pleine lumière, sur ce point.
Si l'alchimie est d'origme grecque, on peut supposer a priori qu'il existe des rapports entre elle et la philosophie grecque. Ces rapports
(1) Ibid. I
316 UN OUVRAGE HÉCSNT SUR l'ALCHIMIK.
n'ont pas échappé au chimiste allemand; mais il ne lésa vus qa*en gros et sans y regarder de près. Il se borne à remarquer que Talchimie s'est fondée sur cette doctrine grecque, que les propriétés des corps sont des choses en elles-mêmes, qui peuvent être séparées de la matière et y être ajoutées au moyen d'agents à découvrir.
« La génération et les propriétés de- toutes choses supposent, selon Aristote, trois espèce d^agents fondamentaux. La première produit la matière sans propriétés; la seconde communique à la matière les caractères de la forme; la troisième comprend les causes (ou les forces, dans le sens des mots force médicamenteuse y force de nutrition) qui altèrent la matière et la privent de ses propriétés...
« D'après cela, les propriétés des choses seraient semblables aux couleurs que le peintre fixe sur sa toile pour en faire un tableau, ou aux habits qui donnent la forme à l'homme, et qu'on peut mettre et retirer. Cette idée a été la base de l'alchimie et du premier système médical...
« L'idée fondamentale du système de Galien est la même qui servait de guide aux alchimistes : c'est l'idée de la transmutabilité des corps par l'addition ou par la soustraction de qualités élémentaires. En effet, suivant les alchimistes, l'éclat, la couleur, la fixité au feu, la volatilité, peuvent être enlevés et remplacés, augmentés ou diminués. L'or est le métal le plus parfait; on ne peut lui ajouter aucune propriété; il les possède toutes; il représente, parmi les métaux, l'homme à l'état de santé. « Amenez-moi, s'écrie Geber, les six lépreux, pour que je les « guérisse. > (Les six lépreux dont parle Geber sont l'argent, le mercure, le cuivre, le fer, le plomb et l'étain.) Le laiton est de l'or malade, le mercure est de l'argent malade ; on peut les convertir en or, c'est-à-dire les guérir (1). »
Liebig, on le voit, rapproche les doctrines alchimiques de la philosophie naturelle d'Aristote et de la philosophie médicale de Galien. Il ne songe ni à l'école ionienne, ni au Timée de Platon, ce qui montre une connaissance superficielle des divers systèmes philosophiques de l'antiquité. Du rapprochement auquel il se borne, et qui n'est pas le plus naturel ni le plus heureux qu'il pût faire, il résulte qu'il a très bien saisi dans l'alchimie un élément rationnel et philosophique, même qu*il a marqué très exactement, — aussi exactement que M. B., — en quoi consistait cet élément philosophique qu'elle ?était approprié, mais que, faute de connaître les alchimistes grecs, il n'en a pas déterminé avec précision la source historique.
(i) Nouvellet kttres sur la chimie^ lettre xxxtii.
(A suivre) . F. Pillon.
HOMÂRB ÉDUCATEUR. 317