UN SERMON SUR LE THÉISME CHRÉTIEN
Li vie iplrltasUe, sermon, par D.-i\r. Torrou, brocb. in-S. (Nîmes, imprimerie
Clavel et ChaïUnier.)
L*auteur de cet éloquent sermon appartient au protestantisme libéral. Pour lui, le christianisme est la religion du Père. L'idée de la paternité divine en est le caractère essentiel. L'originalité de Jésus est d'avoir vu cette notion c dans la pleine lumière de l'évidence », d'en avoir fait le principe générateur de la religion et en même temps le grand mobile de la moralité et du perfectionnement, d'en avoir tiré f les règles de la conduite et l'inspiration qui les fait observer, la lumière qui éclaire et la chaleur qui féconde a. L'idée de la paternité divine a réalisé la parfaite union du cœur et de la conscience, de la religion et de la morale.
t Ce n'est pas un sage de la Grèce, dit M. T., non plus qu'un rabbin qui, par les procédés ordinaires de la science, aurait vu si profond dans les choses de la conscience; c'est un voyant, un fils de Dieu, ou, pour parler plus exactement, le Fils de Dieu, qui a pénétré là par l'intuition d'un cœur pur. Pourquoi tout homme, quelles que soient sa nationalité et sa condition, est-il notre prochain? Parce que tout homme est notre frère en Dieu, qui ne peut laisser personne hors du giron de son amoor.
^60 UN SBAMON SUB LB THÉISME GHBAtKN.
Pourquoi devons-nous aimer nos ennemis et pardonner indéfiniment? Parce que le cœur du Fils de Dieu ne comprend pas la baine. Pourquoi l'offrande de la main n'est-elle rien quand la charité du cœur n'y est pas, rien la prière quand le cœur ne prie pas, rien le sabbat quand il s'agit de faire une bonne œuvre? Pourquoi le sacrifice est-il inutile quand la miséricorde est dans le cœur, inutiles la forme et la formule quand la vie est au dedans, vaine l'œuvre de la main droite si la main gauche ne rignore pas, menteuse la splendeur du sépulcre dont l'intérieur est rempli de pourriture, coupable le désir et non pas seulement la jouissance? Pourquoi? Mais cela coule de source, de la source du cœur que remplit l'amour du Père. Pourquoi l'Evangile est-il muet sur les cas de conscience? Parce qu'un enfant ne fait pas de la casuistique avec son père. Pourquoi faut-il que la loi s'accomplisse jusqu'à un iota? Pourquoi ce qui est fait doit-il être tenu pour rien tant qu'il reste à faire? Parce que l'amour filial oublie vite ce qu'il a donné, ou plutôt rendu, et qu'un bon fils n'a la mémoire du cœur que pour les grâces qu'il a reçues du Père. Pourquoi faut-il être parfait? Pourquoi cette loi absurde à force d*être exigeante? Parce que l'enfant veut se rapprocher du Père en devenant plus pur, et que cette absurde ambition est l'impérieuse logique de son cœur. Ainsi, la morale de Jésus est toute religieuse. L'amour du Père céleste est de tous les scrupules, de toutes les délicatesses de la conscience, de toutes les décisions de la volonté, de toutes les aspirations de l'âme, et il prête au devoir, sévère en soi, toute la force impulsive d'une inpiratîon. Jésus fit sortir toute sa conscience de son cœur. Saint Augustin a donc bien traduit la pensée du maître par celte formule : c Aimez Dieu et faites ce que vous voudrez. » Et Schiller est également dans le courant évangélique, quand il fait dire par les grâces à l'impératif catégorique de Kant, au devoir, qui veut régner seul dans la vie : « Je « consens àt'obéir : permetsseulementque je t'aime. » Cette permission, la grâce qui est en Jésus l'a obtenue. Gomme la religion et la morale s'étaient rencontrées, à l'aube de la civilisation païenne, dans la piété filiale envers l'aïeul, elles se sont rencontrées aussi dans la suite des âges, mais à une hauteur sublime, dans le cœur de Jésus, tout plein de piété filiale envers F Ancien des jours, qu'il appelle le Père (p. 9 et 10). »
Pour que le christianisme, enfin bien compris, produise tous ses fruits moraux et sociaux, il faut que l'idée de la paternité divine soit distinguée et dégagée du cortège d'idées traditionnelles auxquelles elle a été mêlée dans l'enseignement de l'Église. Cette œuvre d'épuration et de réforme, commencée au xvi* siècle, M. T. se réjouit de la voir continuer par les théologiens protestants de notre temps.