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RAOUL ALLIER. — LA CHANSON HnGDBNOTB AU XV1« SIÈCLS broch. fn-S> (Alenfou, impriDMrie t;fpograph!qaa F. G-ny).
L'objet de cette brochure est de faire connaître les sentiments que révèlent, chez le peuple réformé, les chansons huguenotes du xvi* siècle. Ces chansons sont de deux sortes. Il y en a d'anonymes, dont l'origine est ignorée, et que chacun répète, parce qu'ils les a entendues, a Un simple couplet s'en va d'abord isolé, résumant le sentiment de tous ; puis d'autres viennent se grouper autour de lui; la chanson s'allonge et devient l'ceuvre que l'érudit recueille. * D'autres sont des œuvres individuelles ; on voit, & leur forme naïvement savante, que leur auteur n'est point sans culture littéraire, t Parfois le rimenr obscur a pris la peine de signer son œuvre; la plupart du temps, il s'est refusé cette- petite satisfaction d'amonr-propre ; le Ch&telet le lui aurait fait cruellemeat expier (p. 6). a
Un peut, à l'aide de ces chansons, faire l'histoire des sentiments des réformés. M. R. A. distingue plusieurs périodes dans cette histoire. La première est celle de la plainte résignée et de l'espérance pacifique. Les chanteurs s'irritent contre les prêtres de Rome ; ils les maudissent même ; mais ils ne parlent point de repousser la violence par la violence, t Ce n'est pas contre le roi, c'est contre leur propre défaillance qu'ils luttent ; l'ennemi qu'ils redoutent le plus est cet ennemi intérieur qui, selon enx, est toujours aux aguets pour imposer silence aux exigences austères du devoir et ne laisser entendre à l'homme que les lâches suggestions de la peur ou de l'intérêt (p. 7). >
M. R. A. cite une partie du beau chant que l'édit de juillet 1561 inspirait à un huguenot inconnu. On sait que par cet édit Charles IX défendait I les assemblées, presches et exhortations » et ordonnait à ses sujets de vivre selon la religion du roi. Le huguenot s'interpelle lui-même :
Doutes-tu, 6 misérable.
Qui ccuduit & meilleur port.
472 RAOUL ALL»R. — LA CHANSON HUGUENOTE AU XVI* SlftCLI.
Ou le corps, chair poarristable»
Oa l'esprit, franc de la mort?
Doates-tn à quelles lois Plutôt obéir tu dois, De Dieu, père de nature.
On de roy sa créature?...
Quant à moj je ne peux TÎrre Qu'aTec ce qu'il interdit.
Aussi le mien corps je livre Aux peines de son édit...
Qu'il me commande exiler, Qu'il fasse mes os brûler.
Qu'il m'estrangle d'une corde, Je le veux et m'y accorde,
Les réformés répondent à Tédit de proscription, comme les premiers chrétiens : t II faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes, i lis n'admettent de résistance légitime que celle qui est passive :
Il ne faut pas contre les armes Appareiller notre effort.
Après le massacre de Yassy (!*>' mars 1562), un nouveau sentiment perce dans les chansons huguenotes; une deuxième période commence. « La génération des guerres civiles entre en scène. Grandie pendant la persécution, elle a hérité des haines, jusque-là maîtrisées, des familles proscrites; mais c'est sur eUe-môme qu'elle compte. Ces nouveaux venas sont des hommes de lutte plus que de patience (p. 9). i La Providence, disenUils, agit par des moyens humains; il ne faut donc pas se bornera implorer et à attendre son secours dans une résignation oisive :
Aussi les hommes qui l'adorent Bien en vain son secours implorent Sans vouloir employer leurs mains.
Il s'agit de combattre pour le droit. La lutte à laquelle ils sont rédaits est légitime : ils n'attaquent pas, ils se défendent :
Ces armes ne sont offensives, Seigneur, elles sont défensives I
Ils défendent l'édit de janvier 1562 qui a établi la tolérance ; ils défendent la majesté royale méconnue. C'est comme citoyens loyaux, comme sujets fidèles, qu'ils sont fondés à prendre les armes. Est-ce que les Guises ne sont pas les oppresseurs de la monarchie? Est*ce que Charles IX et sa mère ne sont pas prisonniers de fait?