VIII
(C) 11., I, 493. Ne serait-ce pas lo moUr, tant cherché, du mythe bizarre de TOdyssée, qui donne Tile occidentale d'^aea (inaudita), comme demeure à TAurore et au Soleil.
(7) II., XVIII, 240. Cf. Od., XII, 383 sq.
(9) II., XII, 463. L*ady6sée(XI, 606, - XX, 362), confirme noire explioation.
DE « FORCE DIVINE 9 DANS l'iLIADE. 101
aspect: ce qu'ils ont de commun avec elle, c'est leur action implacable et irrésistible (1).
Des dieux ou génies célestes, passons auxdieux ou génies marins. Nous avons déjà vu que TOcéan, dont le nom passe pour être dMnvention homérique, était sinon réfractaire, du moins étranger à la société olympique. Posîdon {2), le dieu de la mer intérieure, a le choix entre deux demeures : rOlympe, où se tient le conseil des dieux, et c les flots divins v, d'où il est sorti (3). Il se plaint du mur élevé par les Grecs sur le littoral, comme d'une insulte à sa puissance : Zeus lui rappelle alors tous les moyens de destruction dont les vagues disposent contre les misérables travaux des hommes (4). Si, dans un seul vers de ce passage, il est question des mains de Postdon (5), partout ailleurs il ne s'agit que delà force naturelle des eaux marines (ftivoç 'Ewooiyatou). La colère de Posîdon n'est au reste que passagère: car dans l'ensemble de l'action, plus les Troyens approchent des navires achéens, plus devient active et énergique l'intervention du dieu marin en faveur des Grecs. Il réveille leur courage, il combat pour eux à l'insu et en dépit de Zeus. On dirait vraiment qu'il défend ses hôtes. — Thétis, la déesse marine, lorsqu'elle se rend pour la première fois à la prière de son fils Achille, est comparée à une nuée (6) qui émerge audessus des ondes. Après la mort de Patrocle, c'est elle qui excite la douleur des Myrmidons, et qui leur fait répandre, sur le sable du rivage, des larmes amères (7). — Enfin, la plupart des noms des Néréides se rapportent aux divers aspects ou mouvements de la mer : dans le nombre, Pbérousa et Dynaménè ne rappellent que la notion élémentaire de force.
Quant aux divinités souterraines, nous avons vu qu'au temps d'Homère, l'évolution anthropomorphique et mythologique de Dèmètèr n'était pas encore accomplie. Hadès est personnifié : toutefois, son nom d'invisible (8) est parfaitement applicable au monde inconnu qu'il représente et il est très
(1) NegeUbacb, dans sa théologie homérique (II, 12), dit avec justesse : « Der Dichter beliient sicb mit Recht seitier Bedûrfniss die natûrlichen Existenzen bald als solche, baid als Gôlier za braucben », etc. Cf. Moschopoulos, in Hcsiod. pr. : 'Icteov Sti TzérvoL oî "EXXïjveç à 8uva{Aiv l^^ovTa Adpcdv, 6ux aveu lici<rca<j(aç ôewv tÎ|v Suvajxiv auxwv evep^siv M(AcCov, hf\ Bl M^La-zt ^6 te StSvotfjitv fyo^f, xa\ tov iTcicraTOuvra toiircj) 6ebv wvo^aÇov.
(2) La moUiplicité même desétymologies proposées nous fait une loi, dans ce travail, de D*en adopter aucune. H suffira de rappeler, avec H. Pictet, que le nom et le culte de Pôsidon sont postérieurs k la dispersion des Indo-européens.
(3) "AXa STav. (IL, XV, 161 et XIII, 15. 21.)
(4) ll.,YII,455sq.
(5) ll.,VII, 456.Cf. XII, 13-14.
(G) 'Oiai^Xt} (II., I, 359). Ce mot est regardé plus Urd comme appartenant à la langue des dieux : les hommes disent veçéXir). Cf^ aUxdç et Tcepxvoç, lo'/a^r^ et laTia.
(7) n., XXIII, 1415.
(8)God. Hermann (opuscule cité), traduit ingénieusement le nom grec par un nom latin de son invention : Nelucus.
102 LA NOTION ABSTRAITE DE « FORCE DIVINE » DANS l'iLIADB.
bien compris dans son sens étymologique, puisqu'il prête à un Jeu de mot. — Les expressions 'At^o^Se, elç 'Atooç, elv 'At$o<;, dans leâquelles le mot Boyuo^y séjour, est sous-entendu , n*ont pas pour unique raison la brièveté du langage v la recherche d'une concision d'ailleurs peu compatible avec les âges poétiques. En effet, la même figure de grammaire n'est pas d'usage lorsqu'il s'agit de la demeure des autres dieux, de Zeus ou de Postdon par exemple. Il est vraisemblale qu'entre le dieu des enfers qui ne se mêle point à la compagnie des vivants, et les enfers eux-mêmes, la pensée grecque avait établi une relation si étroite, qu'elle se traduisait naturellement dans le langage. C'est ainsi que les vieux Romains disaient a sub dio » pour c sub caelo (1). »
L'esprit d'analyse scientifique a pour objet de dégager, de l'étude des corps et des phénomènes naturels, la classification des forces et la connaissance des lois. Tout au contraire, le sentiment religieux et poétique des anciens Grecs invente et adore d'emblée les principes moteurs et les génies imaginaires de la nature, auxquels ils subordonnent à mesure qu'elles se présentent les observations nouvelles et même les réflexions que l'expérience continue des choses peut leur suggérer. Sans le corps nommé le soleil, il est certain que le principe ou le génie Hélios n'aurait pas pu être imaginé : c'est néanmoins par Hélios que le corps solaire vit et se meut. Pour tirer, des objets naturels, les dieux anthropomorphes, il a fallu oublier de parti-pris la réalité des objets naturels. En d'autres termes, les dieux naturels, avant de prendre la figure humaine, ont dû être dépouillés par l'imagination de la figure qui leur était propre. C'est alors que, de physique, le numen a pu devenir vital et psychique. En apparence, les choses sont périssables, les phénomènes fugitifs : la religion s'attache au principe constant des phénomènes, à l'âme immortelle des choses.
Un automate, si parfait soit-il, ne nous fera pas illusion, si nous pouvons prévoir à l'avance tous ses mouvements, encore bien moins si nous connaissonsle mécanisme intérieur et si nous entendons grincer les rouages. Tel est notre état d'esprit actuel à l'égard de beaucoup des phénomènes de la nature. Il n'y a plus pour nous qu'un miracle, celui de Vétre. Ceux mêmes qui croient encore, par occasion, au surnaturel, seraient des impies et presque des athées en comparaison des Orecs, pour qui le surnaturel était inséparable même de la réalité la plus vulgaire. La variété et la soudaineté des phénomènes (dont ils ignoraient les lois) , étaient pour eux ia preuve que les agents étaient libres. Les forces les mieux définies, les plus simples, les plus voisines de l'homme, n'ont pas été les premières personnifiées, et la plupart du temps elles ne l'ont été qu'à moitié^ par jeu d'es-
(1) « Sub dio )) est devenu dans le style éié^'ant d'Horace : Sub Jové rrlf!ido(I, ^5).
prit, par analogie. Au contraire les divinités naturelles les plus puissantes, lesplos eoMiiqueSy ont pris la nature, puis la forme humaines beaucoup plus aisément et beaucoup plus entièrement que les génies inférieurs et familiers deft champs, des sources et des bois. Ceux-ci, qui n*occupent qu'une place très fpetite et nettement limitée dans le monde, n'ont pas une vie libre ni une action indépendante; ils restent étroitement attachés à Tobjet, à la localité même d'où ils tirent leur origine. Zeus a dans les actes de sa vie personnelle la même majesté, la même sublimité, la même liberté que iesentimentreligleux des premiers âges attribuait au ciel, considéré comme auteur des phénomènes dont il est le théâtre. La Dryade au contraire, naît, grandit, languit et meurt avec son chêne. L'anthropomorphisme grec est donc une expression fidèle et sincère du naturalisme primitif : il assure à chaqae dieu une personnalité d'autant plus distincte et d'autant plus énergique, qu'il lui reconnaît une action plus puissante et plus imprévue sur la nature. Aussi bien la forme humaine qu'il se platt à leur donner à tous, ne leur est nullement essentielle. Elle ne les rend pas égaux, mais semblables* Leur hiérarchie, sociale en apparence, se rapporte en réalité au ranglet à la place qu'ils occupaient dans la nature, lorsqu'ils n'étaien! encore que des forces isolées ou des systèmes de forces.
{A suivre.) H. Monin.
Y. — NOTIONS DE PHTSIQUE GÉNÉRALE.: LES ABSOLUS-RELATIFS, nORNÉBS PREMIÈRES DE L'ÉVOLUTION.
M. Spencer donne à son absolu, — ou à ses absolus, car il en a plusieurs en sous-ordre, — des expressions et des fonctions qui répondent à des notions toutes relatives, pour l'explication du monde. En ce qui touche le pur absolu , duquel tout procède , il tombe dans la même contradiction qu'on a de tout temps reprochée aux émanatistes, incapables de dire comment TUn pur et immobile, l'Être indéterminé, et mal nommé, puisqu'il n'est pas plus être que non être, a pu produire ou laisser descendre de lui la variété des choses déterminées et le mouvement. Cette contradiction , de tirer d'une idée le contradictoire de ce qu'on y met par définition, je conçois qu'on se flatte de l'éviter par la négation éléatique, ou bouddhique, de la réalité du monde phénoménal; ou encore, par une méthode inverse, en réduisant l'explication du monde, comme réalité, à un procès logique ou physique de phénomènes, toujours donnés dans le devenir; mais on y plonge lourdement, quand on prête k l'absolu la vertu
(t) Voyet les n** 4 M C de la Critique philotophiquCy nouvelle série.
lie produire le relatif ou les phénomènes. C'est en faveur de l'idée religieuse du monde, il le déclare et s'en fait un mérite à plusieurs reprises, que M. S. admet cet usage transcendant et d'ailleurs sans critique de la notion de cause. Il lui eût été bien facile de se débarrasser de la causalité réelle, comme d'autres grands substantialistes, à l'aide du procès à l'infini des phénomènes successivement et nécessairement conditionnés les uns par les autres; mais s'il ne Ta pas fait, ou du moins s'il a voulu que ce conditionnement s'arrêtât à une certaine limite métaphysique, le déisme le plus vague et le plus effacé n'a pas à lui en savoir gré, non plus qu'aucune religion; car la production du monde par l'Inconnaissable est elle-même quelque chose d'inconnaissable, suivant lui, ce producteur universel étant la même chose que la Force inconnaissable , idée générale traitée par le probédé réaliste et portée à l'absolu, duquel la descente des relatifs est inconnaissable. Ce ne sont absolument là que des mots.
1. — L'espace et le Temps. Nous avons vu que l'Espace, le Temps, la Matière, le Mouvement et la Force ont une existence absolue, quoique nous les connaissions en qualité de relatifs, et que nous ne puissions autrement les connaître ; car nous pensons en relations^ la relation est la forme de toute pensée. L'idée à se faire de ces absolus-relatifs est singulièrement obscure. Prenons pour exemple ce qui est dit de l'Espace , et qui doit s'appliquer également au Temps relatif et absolu {concerning Time, relative and absolute). « Y a-t-il un Espace absolu , se demande M. S. , dont l'Espace relatif soit en quelque sorte la représentation ? L'Espace en luimême est-il une forme ou une condition de l'existence absolue, qui produit dans nos esprits une forme ou une condition d'existence relative? Ces q uestions ne peuvent avoir de réponse. Notre conception de l'Espace est produite par quelque mode de l'Inconnaissable Mais nous n'avons pas pour
cela le droit de l'appeler un mode de l'Inconnaissable » . En effet, si l'Espace était un mode de l'Inconnaissable il semble bien que l'Inconnaissable serait connu pour autant : il renfermerait en lui le fondement des relations qui constituent l'Espace relatif, ce qui ne convient pas à un vrai absolu. Mais M. S. continue ainsi : « Tout ce que nous pouvons affirmer, c'est que l'Espace est une réalité relative; que notre intuition de cette réalité relative invariable implique une réalité absolue également invariable pour nous {AU we can assert is thatspaceis a relative reality; that our consciousness of this unchanging relative reality implies an absolute reality equaUy unchanging in so far as we are concerned) ». Tâchons de nous expliquer cela : il y a, d'après ce dernier passage, quelque chose dans l'Inconnaissable qui r.'pond, eomm£ réalité absolue, à ce qui est, nous dit-on, impliqué par la réalité relative de VEspace.'E\\demmeni ce quelque chose ne peut pas ôtn; le niême qu'implique de son côté le T^*mps, par exemple; car des idées
EXAMEN DES « PREMIERS PRiNClPKS D DE IIRRBERT SPENCKR. 105
radicalement différentes exigent chacune une certaine satisfaction qui compète à sa nature; l'absolu ne saurait par sa pure et simple idée^ sans distinction , répondre aux relations si diverses dont on veut établir des réalités correspondantes, non relatives. II faut donc qu'il y ait, dans Tinconnaissable, des espèces de modes, tout incompatible que cela paraisse avec sa nature d'absolu ; et Tun de ces modes de Tlnconnaissable correspond à l'Espace relatif. Admettons cependant qu'il ne puisse pas être question de modes en cette affaire , quoique Tobstacle ne soit que dans les mots, et qu'au fond il soit impossible de poser des rapports du relatif à Yabsolu sans supposer du relatif dans l'absolu lui-même (1). Alors nous nous rappelons ce qu*on nous a dit de l'Espace et du Temps, dans un autre chapitre : on les a nommés des entités, des choses, en ajoutant qu'il était impossible de penser comme des choses, ces choses qu'on est forcé de penser qui sont des choses (We cannot conceive Space and Time as entities and are eqtuilly disabled from conceiving them as either the atlributes of entities or as non-eniities, We are compelled to think of tliem as existing ; and yet cannot bring them within those conditions under which existences arerepresented in thovght) (2). A ce compte, ces choses sont inconnaissables, puisqu'elles sont même inconcevables, et, à clairement parler, contradictoires, je l'ai montré; mais, au simple titre d'inconnaissables, il est clair qu'elles doivent faire partie de V Inconnaissable, ou Absolu; donc enfin ce ne sont pas seulement des modes y que nous avons à placer dans cet absolu; ce sont des entités, des choses, et il en est composé. La théorie de l'Espace et du Temps de M. S. ne se comprend vraiment pas et ne se tient pas debout; il est à croire que ce que son auteur a dans l'esprit et se retient d'exprimer, c'est la vieille idée d'infinitisme transcendant qui consiste à supposer un Espace en soi et un Temps en soi, correspondant à l'espace et au temps divisibles sans bornes de notre expérience et de nos pensées, et devenant simples et indivisibles grâce à leur accomplissement contradictoire en une infinité actuelle. Il est si difficile de trouver du neuf en matière d'éiucubrations métaphysiques 1
2. La Matière. — En passant de l'Espace et du Temps à la Matière, le terrain de la physique se détermine et le réalisme de M. S. est forcé de mettre ses absolus à la portée de Timagination.Toutà l'heure,nous n'avions
(l) Il est curieux que cette contradiction soit exactement la pareille de celles des émanalistes, qui posaient, par leur conception même, un rapport do monde émané à l'Un on Absolu émanant, mais qui ne voulaient pas entendre qu'il y eût an rapport constitué dans rémanent lui-même par le fait de l'émanation; ~ ou encore de celle des théologiens, admettant la réalité do changement et des contingences, mais niant que rimmutabilité divine éprouve une modification quelconque pour que la pensée de Dieu passe de la connaissance du possible et du fatttr au réel et an présent de Texpérience actuelle l
0) First Principles, chap. m, l 15 et eritiq, phiL, n« 6, p. 408.
106 EXAMEN DES c PREMIBaS PRINCIPES » DE HERBERT SPENCER.
pRS lé droit d'appeler Tespace, cette c réalité absolue » pourtant, et cette entité inconcevable, un mode de Tlnconnaissable {to call it a necessary mode of the Unknowable, is illegitimate) ; maintenant c'est autre chose : « Nous concevons la Matière comme des positions coexistantes qui opposent de la résistance... Nous la distinguons ainsi de notre conception de l'Espace
dans laquelle les positions coexistantes n'offrent aucune résistance Si
telle est notre connaissance de la réalité relative, qu'avons-nous à dire de l'absolue? Une seule chose, c'est qu'elle est un mode de l'Inconnaissable, uni à la matière que nous connaissons pai* la relation de cause à effet [We can only say that it is some mode of the Unknowable relatéd to ihe matierwe Know, as cause to effeci) » (1). M. S. ne nous avertit pas de l'intentioii qu*il aurait ici de faire à la Matière un autre sort qu'à l'Espace en ce qui concerne le rapport de la c réalité relative à la réalité absolue n ; c'est donc par mégarde, il est permis de le croire, et probablement sous Tinfluence croissante de l'objectivité sensible, qu'il fait entrer la Matière, comme mode, dans l'Inconnaissable où il ne lui a point j^aru légitime de faire entrer l'Espace, quoique inséparable de la Matière ainsi que cela résulte de sa propre définition.
Quoi qu'il en soit de cette singularité, le résultat de la reconnaissante de la matière absolue comme mode de l'absolu est curieux : c'est une double thèse, de physique réaliste parfaitement vulgaire, d'une part, et de métaphysique absurde d'assemblage des contradictoires, d'une autre part. En effet, M. S. nous rappelle, à l'endroit même où nous sommes, que son procédé pour faire ressortir rinconhaissabilité de son Inconnaissable a été de montrer l'absurdité de sa conception : c On démontre, dit-il, la relativité de notre connaissance de la matière par Tanalyse que nous avons déjà faite et par les contradictions qui surgissent dès que l'on considère cette connais^ sance comme absolue » (2). Or que faitril en établissant l'existence réelle de ce mode de l'Absolu qui serait la matière absolue, si ce n'est pas de poser la connaissance d'une réalité définie par des idées contradictoires entre elles (puisque l'aveu de ces contradictions ne l'empêche pas d'admettre cette réalité)? Et n'est-ce pas là une connaissance de l'absolu? Que lui manque-t-il donc pour être elle-même la connaissance absolue {the cognitUm as an absolute oné)? Serait-ce de reconnaître que les contradictoires ne sont pas des contradictoires? Mais la supposition qu'on puisse par n'importe quel chemin ou quelle révolution arriver à s'apercevoir que ce qu'on voit à présent très clairement être contradictoire n'est pas contradictoire, cette simple idée est un doute mortel opposable à toutes nos per* ceptions et à tous nos raisonnements. Il n'y aurait plus qu'à se taire, après
(t) Les premiert prineipet, | 48, p. 177 de la trad. de M. Gaielles. (2) ibid., loc. cit.
EXAMBN DES «c PREMIERS PRINCIPES » DE HERBERT SPBNGBR. 10/
l'avoir conçue. Avouons que M. S. n'a fait que donner une forme nouvelle^ et qui n'est ni hetireusê tli claire, à cette pensée des Giordano Bruno, dès Schellihg, des fiegel : que les choses, au point de vue du réel, sont constituées par des attributs qui, au point de vue de l'idée I, sont des idées contradictoires. L'innovation dans les mots consiste surtout à conclure à Vinconnaissahle, là où d'autres concluent à la manière de connaître qui convient dans Tespèce, et, après tout, on ne fait ainsi que se condamner à une contradiction de plus : la connaissance de l'inconnaissable.
Tai dit que la ihèse de M. S. était aussi celle du réalisme physique vulgaire. Et en efiet sa définition de la matière, à savoir de celle « que nous connaissons sous relation d, ne s'éloigne pas de la manière de voir la plus répandue, et le commun des physiciens qui la partagent ne croient pas moins que M. S. lui-même à la <c réalité abolue > qui correspond à cette < réalité relative »; ils ne diffèrent de lui qu'en ce qu'ils ne regardent pas comme absurde cela même qu'ils regardent comme réel. Cette définition c'est la représentation courante : deux éléments ultimes, l'un d'étendue, l'autre de résistance, unis, inséparables; le premier, dérivé, secondaire (une propriété d'occuper l'espace); le second, primordial, témôighé immédiatetHent à la conscience (dans le sentiment de Taction musculaire extérienremekit arrêtée). O^oique ces deux éléments dé l'idée de matière se ramènent l'un comme l'autre, suivant lui, à notre « expérience de force », c'est-à-dire à des ithpressions sensibles, M. S. se dit autorisé par !'« action de l'Inconnaissable » et par r« organisation de l'expérience en nous » à cofaclare en acceptant l'hypothèse atomistique pour nous représenter la vraie connaissance « relative » de la matière. Il serait bien difficile à l'esprit le plus subtil de voir dans les termes que voici autre chose qu'une adhésion aii réalisme atomistique simple et net :
c Bien que nous ne connaissions la Matière que sous relation, elle est aossi réelle, au sens véritable du mot, que si nous pouvions la connaître hors de relation ». — Gomment nous en assurer, en notre ignorance d'un côté dé la comparaison ? — « Et, en outre, la réalité relative que nous connaissons sous le nom de Matière se représente nécessairement à l'esprit dans une relation persistante ou réelle avec l'absolue réalité. Nous pouvons dôiic sans hésitation notis conJGier à ces conditions de pensée (those lertns of tlwuglu), que l'expérience a organisées en nous. Nous n'avons pas besoin, dans nos recherches physiques, chimiques ou autres, de tious abstenir de considérer la matière comme composée d'àtohies étendus et résistants, car cette conception, résultat nécessaire de nos expériences de la matière, li^est pas moins légitime que celle des masses complexes conime étendues et résistantes. L'hypothèse atomique, aussi bien que l'hypothèse parente d'un éther universellement répandu et pénétrant composé de iho-
lécules, n'est qu'un développement nécessaire des formes universelles que les actions de Tlnconnaissable ont créées en nous. Les conclusions logiquement tirées à Taide de ces hypothèses ne peuvent manquer d'être en harmonie avec toutes les autres qui sont impliquées dans ces mêmes formes, et de posséder une vérité relative tout aussi complète. » — Si la confiance qui nous est ainsi recommandée n'était qu'un simple conseil pratique à l'adresse des savants, ce conseil serait aussi juste que superflu, encore bien que l'auteur oublie un peu trop en le donnant que la situation d'esprit la plus favorable aux découvertes est celle du chercheur qui pense qu'il n'y a rien d'impossible à ce que les choses se passent autrement qu'on l'imagine et que lui-même le croit. Mais, s'il s'agit d'un jugement de théorie à embrasser comme définitif, contentons-nous d'observer que durant la période de 2,000 ans qui sépare le siècle d'Aristote de celui de Galilée, la doctrine aristotélique des sphères célestes et des éléments et qualités terrestres a pu faire valoir plus de droits à passer pour le vrai résultat des « conditions de pensée que l'expérience a organisées en nous »» que n'ont pu en acquérir, depuis deux siècles à peine, les théories de la physique atomistique. Ces théories ont non seulement leurs difficultés, qui ne sont pas légères, mais encore les savants qui les élaborent par la méthode mathématique, avec des vues générales, sont tous conduits à abandonner^ en leur atomistique, le réalisme de ces petites masses étendues dontM. S. nous garantit Vexistence réelle ou persistante relative, comme dûment établie par l'action de l'Inconnaissable ou existence réelle absolue, 3. Définition de la réalité. — Arrêtons-nous un moment dans cette déduction des notions physiques fondamentales, pour expliquer la synonymie des mots réalité et persistance. Nous trouvons ici une définition qui semblerait au premier abord, — mais c'est une apparence qui ne tient pas, — nous jeter dans des vues fort différentes de celles qui conviennent à la théorie de l'évolution : «c Par réalité nous entendons persistance dans la conscience : une persistance ou bien inconditionnelle comme l'intuition de l'espace, ou bien conditionnelle comme l'intuition d'un corps que nous tenons à la main. Ce qui distingue le réel tel que nous le concevons, c'est le caractère de persistance : c'est par ce caractère que nous le séparons de ce que nous appelons non-réel... Ce qui fait voir que la persistance est bien ce que nous appelons réalité, c'est qu'après que la critique a prouvé que le réel, tel que nous en avons conscience, n'est pas Tobjectivement réel, la notion indéfinie que nous nous formons de Tobjectivement réel est celle d'une chose qui persiste absolument sous tous les changements de mode, de forme ou d'apparence. . . La réalité n'étant pour nous rien de plus que la persistance dans la conscience; que l'objet que nous percevous soit l'Inconnaissable lui-même ou un effet produit invariablement
EXAMEN DBS « PREMIERS PAINCIPKS » DE lILUBEaT ^PEKCËA. 109
sur nous par l'Inconnaissable, cela ne change rien au résultat. Si dans les conditions constantes de notre constitution, quelque pouvoir dont la nature dépasse notre conception produit toujours quelque mode de conscience ; si ce mode de conscience est aussi persistant que le serait ce pouvoir s'il était dans la conscience ; la réalité pour la conscience sera aussi complète dans un cas que dans l'autre. Si un Être Inconditionné était présent dans la pensée, il ne pourrait être que persistant; et si au lieu de cet être, il y a un Être conditionné par les formes de la pensée, mais non moins persistant, il ne doit pas être pour nous moins réeh .. Ainsi nous pouTODs revenir avec une entière confiance à ces conceptions réalistes que la philosophie à première vue semble dissiper. Quoique la réalité présentée sous les formes de notre conscience ne soit qu'un effet conditionné de la réalité absolue, cet effet conditionné uni à sa cause inconditionnée par une relation indissoluble, et persistant avec elle aussi longtemps que les conditions persistent, est pourtant également réel pour la conscience qui fournit ces conditions. Les impressions persistantes étant les résultats persistants d'une cause persistante sont dans la pratique la même chose pour nous que la cause elle-même; et Ton peut habituellement les traiter comme ses équivalents » (1).
On reconnaît la théorie qui donne aux idées innées un fondement empirique. « Je n'ai jamais écrit ni jugé, écrit Descartes (2), que l'esprit ait besoin d'idées naturelles qui soient quelque chose de différent de la faculté qu'il a de penser. Mais bien est-il vrai que, reconnaissant qu'il y avait certaines pensées qui ne procédaient ni des objets du dehors , ni de la détermination de ma volonté, mais seulement de la faculté que j'ai dépenser : Pour établir quelque différence entre les Idées ou les Notions qui sont les formes de ces pensées, et les distinguer des autres qu'on peut appeler étrangères ou faites à plaisir j je les ai nommées Naturelles; mais je l'ai dit au même sens que nous disons que la générosité, par exemple, est naturelle à certaines familles ; ou que certaines maladies, comme la goutte ou la gravelle, sont naturelles à d'autres, non pas que les enfants qui prennent naissance dans ces familles soient travaillés de ces maladies aux ventres de leurs mères, mafs parce qu'ils naissent avec la disposition, ou la faculté de les contracter ». Les idées innées de Descartes, ainsi prises en leur vrai sens, qui a été souvent méconnu, diffèrent des rialités, ou persistances dans la conscience, de M. S., seulement en ce que ce dernier rapporte à l'action de l'Inconnaissable, organisant l'expérience et, par suite, l'esprit, dans le développement de la nature, les effets
(I) lei premieri principes, § 40, p. 1G9-171 de |.i irad. française. ';:) Utlrts de Descartts, lettre 99 de l'é lit. ùc 1CG7.
liO BXAMEN DES « PRBMlEBS PRINCIPES » DX HERBERT SPENCER.
que Descartes attribuait aux (lispositiqqs et puiss^pce$ Inhérentes à la constitution mentale elle-même en vertu de l'acte créateur. Qqoi qu'il en soit, les impresssions persisiantes , résultats persistants dCun^ cause persistante, de M. S. y sont très exactement comparables aux idées claires et distinctes de Descartes, attendu que les premières font connaître leur évidence par la difficulté ou impossibilité qu'on trouve à en former qui en soient les contradictoires, et que les secondes i^e sont dites persistantes et ne $ont attribuées à une cause persistante que pour cette même raison, qui permet aussi d'ailleurs de les qualifier d'évidentes. Ceci posé, nous pouvons rappeler à M. S. ce que l'un de ses grands prédécesseurs objectait à son contemporain Pescartes, au sujet de la clarté des idées comme critère du vrai. « Cette façon de parler, disait Hqbbes (1), une grande clarté dans l'entendement est métaphorique, et partant n'est pas propre i^ entrer dans i^n argument: Or, celui qui n'a aucun doute prétend avoir upe semblable clarté, ^t sa volonté n'a pas une moindre inclination pour affirmer ce dont il n'a aucun doute, que celui qui a une parfaite science. Qette clarté peut donc bien étfe la cause pour qifQi quelqu'un aura $t défendra avec opiniâtreté quelque opinion, mais elle ne saurait lui faire coqpattre avec certitude qu'elle est vraie ». Les impressions i\e sont pas un term^ moins métaphorique que la clarté; elles se rapportent seulement ^ une autre espèce de sensation ; et elles ne sont pas moins à la disposition de chacun qui peut (es déclarer persistantes et les attribuer à yne cause persistante. Nous pouvons distinguer dçux sortes de ces notions, en faveur de la réalité desquelles M. S. invoque la persistance. Les unes telles que l'espacç, le temps, 1^ matière (la matière dans le sens commun et familier du mot) sont en fait des notions universelles et pratiquement indisputées, donc vééllemeni persistantes; mais la définition théorique de leur rapport à la réalité est variable et disputée : nul philosophe, en conséquence, n'a le droit de leur attribuer la réalité, telle que lui-même Tentend, en se fondait pour cela sur une constance ou persistance de pensée, qui n'est poipt vérifiable en ce sens , mais seulement dans une acception pratique. D'autres notions, cofnme celles de la physique mécanique : roolécplfis abstraites, atomes étendus et résistants, d'une part ne sont pas encore bipn fixées en leurs définitions scientifiques et permettent des manières de voir à leur sujet fort divergentes ; d'autf e part, ne sont enipjoyées par les physiciens et les chimistes qu'à titre d'hypothèses, et, quelç gue soient la pâture pu le degré de la confiance qq'on leur accorde, il n'est vraiment pas sérieux , depuis le peu de temps relatif que cette confiance
(1) Les midiiationt wUlaphysiques d« René Descaries; Troisièmes o&>eelton«, faises par M, Hobbes^ object. 13«.
SX^^^ D{BS f ppy^Sl^ PBINtilPISS i» Df ^BB9BflT SPENCBR. 111
^ des r^QDs 4*ôtre, de )e9 regarder comm^ imprimera dan^ Tesprit bum^iP par Faction de l'Inponi^aissa^le et commue de« pî:QduUi de T^^p^rie^ee organisée de3 gépéfations successiyes.
Ne nous arrèlop^ P^s à la réserve que Tauteur semble admettre, en sa théorie des réalités relatives, et qui reviendrait à abandonner précisément la théorie, quand il ne réclame pour ces sortes de réalités, -** les seules opnnaissables, ^'oublions pas cela, — qu'une simple équivalence des réalités absolues, en put u$ag^ pratique {for practical purposes), une espèce d'existence telle qu'elles puissent être prises habituellement à la place de la cause inconnaissable dont elles sont des effets (habituaUy dealt wilh as iU équivalents]. Mais la pratique n'a rien à faire ici : d'abord^ il ne saura jt ^tre question de théorie pour les réalités absolues de M. S., puisqu'elles ne sant pas conn^issables ; ce sont donc bien des réalités relatives qui foorDÎssent matière aqx théories, tandis que la pratique n'a besoin que de notions communes, non scientifiques. Ensuite, si le sens de la réserve en question était que la science, en ce qui est de la haute physique théorique, mécanique, n'a point affaire aux réalités, mais se fonde sur des abstractioiis et ne développe que certains points de vue de Tesprit pour l'intelligence du monde, cett§ pensée, que je crois juste et qui est certainement celle de plusieurs savants éminents, auraiteu besoin d'dtre mieuxexpliquée* Il est vrai qu'on citerait facilement des passages des écrits de M. S. qui la favorisent, qui vont à présenter le monde sensible comme un vaste symbolisme, un système de signes relatifs h des réalités que nous ne saurions saisir en elles-mêmes. Mais la doctrine de ce philosophe ne se prête pas généralement à une interprétation conforme h cette pensée; voici pourquoi : en l'embrassant plus décidément, il se serait mis dans un dilemme dont ni l'un ni l'autre côté ne lui convenaient. En effet, ou les réalités insaisissables pour notre expérience sont cependant abordables à nos conceptions et ii nos croyances; en ce cas elles ne sont pas celles de M. S«, celles qu'il qualifie d'absolues et qui s'unifient dans cet inconnaissable duquel il fait descendre le monde comme de sa cause ; ou bien ces réalités sont inconcevable^ , étrangères à Tordre relatif des idées et des choses; c'est aiqçi qu^ l'i^ntend M. S., mais alors il ne peut pas sérieusement et profondément tenir le monde dp physicien pour un système d'abstractions et de Q4|ii|s d§ vne san^ réalité vraie, refuser la réalité vraie, la réalité dans le 9pn tpttf simple dii mot> à des nptions telles que la masse, l'atome étendu et n^sistaiil, 900 mouvement, etc., les seules dont il s'occupe et auxquelles il paraisse penser sous ce nom de réalités rekMveSj à moins de tomber d^Ds un pbénoménisme des pures apparences, entièrement analogue à celui dont les écoles absolutistes de l'antiquité ne dédaignaient pas sans doate de construire des théories, mais qui le forcerait, en les imitant,
112 EXAMBN DBS c PBBHIBBS PRINCIPES » DE HERBERT SPBMCSR.
d'avouer que le système de révolution n'est qu**un songe. Mais le lecteur des Premiers Principes et des ouvrages qui ont suivi, ne peut pas douter que la Matière, le Mouvement et la Force ne soient, pour l'auteur, des réalités dans le sens le plus simple du mot; que les réalités relatives ^ telles qu'il les définit, ne soient pour lui la pure réalité, et les réalités absolues un étalage pédantesque de parfaites inutilités.
Il faut encore ajouter un mot ici sur la réalité en tant que persistance dans la conscience ; car c'est un point caractéristique de la doctrine de M. S.; il lui est imposé par sa manière de concevoir la formation de l'esprit par l'expérience, mais il le conduit à une bizarrerie simulant, chez ce parfait réaliste, un idéalisme radical. Il est bien étrange, en effet, ce reproche adressé « au métaphysicien » sur ce qu' c il est convaincu que la conscience ne peut embrasser la réalité, mais seulement son apparence; en sorte qu'il transporta Tapparence dans la conscience et laisse la réalité en dehors. Cette réalité laissée hors de la conscience, il (le métaphysicien) continue de s'en faire la même idée que l'ignorant se fait de l'apparence. Tout en assurant que la réalité [the reality) est hors de la conscience, on ne laisse pas de parler constamment du réel qu'on lui attribue (the realness ascribed to it) comme s'il était une connaissance qu'on possédât hors de la conscience. On semble oublier que la conception de la réalité ne peut être rien de plus qu'un mode de la conscience {that the conception of reality can benothingmore thansome mode of conscioushess) (1). »
On n'imagine pas une plus étrange confusion entre la conception de la réalité, et le réel que l'on conçoit, et que l'on croit être. Non seulement le métaphysicien^ mais tout le monde sait distinguer entre la conception de la réalité, qu'on entend bien être un fait de conscience, et le réel, qu'on peut penser et croire à tort ou à raison comme correspondant à cette conception. Pour M. S., la connaissance de la réalité devant s'établir dans la conscience, passivement, en raison exacte de ce que la chose est en soi, par l'action de l'Inconnaissable, on s'explique que le besoin ne se fasse pas bien sentir à ce philosophe de la distinction de la réalité et de ce que, selon lui, nous concevons constamment et nécessairement; de la réalité, et de ce que, selon nous, ce philosophe se représente, sauf erreur, et sans s'accorder avec d'autres, comme étant la réalité. Il ne résulte pas moins de cette manière de comprendre le témoignage de la réalité en nous, et, par suite, de résoudre la question de la certitude, une conséquence sur laquelle on ne saurait trop appeler l'attention des adhérents de M. S. et de ses critiques : c'est que la garantie de ce que nous concevons comme réel est, en dernière analyse, la conscience. Ceci me fait souvenir de ce qu'il a
(1) First Principles, j» éilil.. p. IGO.
BXÀMBN DES « PREMIERS PRINCIPES v DE HERBERT SPENCER. 113
déclaré quelque part : que, s'il était forcé d'opter entre la Matière et TEsprît, comme principe suprême, il choisirait l'Esprit. Mais, de même qu'il a méconnu les exigences de cette intention louable, quand il a construit son système tout entier sur Thypothèse de la formation progressive (le l'esprit par l'action de l'objet externe, de même il a fermé les yeux à un caractère essentiel de cette conscience juge de toute réalité, caractère également frappant dans les doutes et les alternatives d'affirmation possible auxquels elle se sent elle-même sujette, et dans les contrariétés que l'expérience et l'histoire montrent de ses décisions en matière de philosophie et de philosophie des sciences. D'une autre part, cette même conscience à laquelle il n'accorde pour l'établissement de la vérité qu'un rôle passif, réglé par l'évolution, M. S. lui demande de dépasser toute la portée concevable de l'expérience, et sa propre nature (qui est de penser des relations), en affirmant la réalité de choses hors de toute relation, quHl lui est impos* sible de penser,
4. Le Mouvement» — L'explication de cette méthode contradictoire se trouvera, si l'on veutbieny réfléchir, dans le vice inhérent à la pensée d'une fiusion de la métaphysique absolutiste et des sciences, nécessairement relativistes, pour l'explication de l'univers. Le physicien généralisateur, quoi qu'il fasse pour étendre sa spéculation au delà des bornes imposées par les méthodes scientifiques, ne peut cependant s'élever au-dessus du caractère relatif des idées, propriétés et définitions de masse, mouvement et force, auxquelles tout se ramène à mesure du progrès des théories mécaniques, ni sortir des phénomènes et des lois, les uns empiriques, les autres toujours abstraites, pour mettre la main sur des entités. Mais le métaphysicien réaliste et physiciste a besoin d'entités et choses en soi, qui, sous les mêmes dénominations que dans les sciences, où l'on ne connaît rien que de relatif (espace, temps, matière, mouvement, force], lui fournissent, dans Tabsolu, les sujets et les agents de l'évolution universelle dont il se propose d'écrire l'histoire. Nous avons vu comment M. S. se donne cette satisfaction en imaginant l'action qui descend de l'Inconnaissable dans le monde ; ou l'absolu qui prend des propriétés et fonctions relatives : on dirait comme l'Un, Père des Idées, dans la doctrine de Platon , si ce n'était que l'Un de Platon demeure sans mélange avec la matière et ne déchoit pas, ne sort pas de son essence immuable, ainsi que fait nécessairement tout être intervenant par son action dans l'évolution. Llnconnaissable, lui, parait être plutôt le Père de la Matière: il institue ces «4)ositions de résistance »'qui, par l'intermédiaire des « expériences de force », établissent dans la conscience le fondement de la perception du monde externe et organisent en elle les idées atomistiques, idées par cela même légitimes et correspondant à des réalités. Après la Matière vient le Mouvement, « dont la conscientîc
114 SXAMRN DKS « PBBMIIRS PHINGIPBS > DB HBBBBBT SPBHCBB*
rudimentaire consiste également en de sérielles impressions de fotce, et s'unit inséparablement à la eonscietice de r&pooe et dû Tgmpii. . . Qae cette réalité relative (celle du Mouvement ramené à deft eipériebces de totce) réponde à une réalité absolue, il est ft peine besoin de le dire. Gë que nous avons déjà dit sur la Cause inconnue qui produit en nous les effets appelés Matière, Espace et Temps s'appliquera, en changeant les termes, ad Mouvement (1). »
L'absoluité du mouvement ;est une thèse qtii peut difôcllemeht avdtf trouvé des défenseurs. Id nous devons, pour lui donner un seii^, qui ne peut être évidemmeiit le même que ôdhi que le réalisme naturaliste envisage dans l'en ioi de l'espace ou dans l'en éoi de la matière, remonter à la cause ultra-phénoménale et perdre de vue la nature, essentiellement relative, des phénomènes de changement de position des corps eh fonction du temps. Nous sommes ainsi rejetés dans l'idée universelle de la cause (inconnaissable) du mouvement, que nous allons voir tout) à Theiii^ désignée sous le nom de Force; mais nous n'obtenons aucUil éclaircîssemetit eUr la différence qu'on semble on ne sait comment imaginer entre la réalité dite relative et la réalité dite absolue du mouvement. De plus, Tidée propre du mouvement local, ou changement de lieu, est complètement méoennUe dans l'analyse de M. S., par suite du désir qu'a ce philosophe de rainëner toute réalité aux < expériences de force, * à la force mécanique* dette idée, cette représentation se compose de deux éléments seulem^t : utlde position et un de succession^ et résulte de leur rapport. Si l'analyse mathématique la plus complète et la plus claire du changement de lieu, delà vitesse et de l'accélération n'implique rien de plus, c'est bien certainement parce qu'il n'y a pas d'autres données psychologiques nécessaires de notre représentation, de notre imagination du mouvement. Les impr^Mtom sérielles de force^ « les impressions multipliées et variées de tension musculaire et de résistance objective * sont autre chose, et pourraient à leur tour, être perçues sans impliquer, par elles-mêmes^ des idées de mouvement; elles y sont seulement associées par l'imagination. Il n'est ddno pas vrai de dire que « le mouvement, comme fums le ctmnaissoniy est réductibiei en commun avec les autres idées scientifiques ultimes^ à defe 6it>éfienoeB de force. »
5. La Force, -~ Arrivant ainsi à la Force, prineipe de tous les principes précédents, selon M. S., puisque nos idées de de la Matière et du Mouvement proviennent de nos expériences de force^ et que notre oonsôieil(9é de l'Espace et du Temps leur est inséparablement unie dès qu'elle se dégage par abstraction de ces mêmes impressions, nous devons remarquer : l«que
(I) First PHnciples.a^,
sju^mii Bës « ramiMis nuiiaPBs » di serbut usiigbb. 115
^yMIoMphe n'm pts eMajé U moândre critique ptyohologiqae des idées ;<ÉémleÉ ém CMMti ftK^oIr» Actiop» Fcme; S* qm'il entinige la force en MM oeniMMe ijMlliiie «eMArte, ^«'«n ne le voit pu t*oooap«r d'éelttrcir, di Iraii iéfes pr^oBééiMit dîMinetes : «— la eensation mmculaire avec MtKiMiiMi éb rtÊmkàntm dpnmvé; -^ Tidée de camer d« noiiv«aieBt, et k ooMmi de Twlifilé^ «elle d« fOMVoir mental, en rapport av«c «n chanit MBiiriMr; «* râiée eMipirique éa la cDMMBonicatîoii dv moaveè la reaoMte dea corpa ; 3^ qu'il commet ww erreur scîentifiqHe et M oéiilre dtomger k TeapriA de ranalyse maihteatâque appliquée k la physique, quand il prétend ramener lea idéea aaieMlilques premières à ridée de f^ftê^ aiers q«e la progrèa philosophique des aeieMoes posUives : MéeaMiqMa ntioMiieHa et physique mécanique, consisle depuis longtemps i rédme à ites dMuiliana puraasffiat nominales ta f&roe^ dont ces sciences •ont ineaydbleadeéHermiMer la «Aure, en tmi que eatis^, et d'assigner dimtomeMt Toniléot la meaute; ear on ne mesare Jamais que des tff'ets (I] . M>S> JMadtolt Mn tangaged^ane irréprochable correction psychologique, ijuani, afrèa «voir dit que c ions les aeitres modes deconsdence sont délMMeBd^sltpérieMaos<lBfbroe^ lesquellesneaont dérivablesde rien autre» , flafontex «flt à tn^i diva, il ne fcutque ae rappeler que la conscienee
♦haugMUMili» fonr v<m que la donnée nllime de la con* MliadDBit lechangemant eet «ne manlfcatatfon ; etqu*ainsi k faae far laïqMalle novs produisons noue mêmes des Changements et qmeaiAè ^mboHaor ta cafnedaa ohungemenls en fénénd, est le terme iaal dmdéoeovwtade iSmalyso a ; si malheurenaernent, en a*eiprimant da la «arle, il «a |ipa»uil oa api eat tymbeliué pour le symbole, et frice OMMS>g^eelmipiiiai*iMwaliaimkt>usageooMBtan rhélsrifMa» de pruMdieoa qui oatdan la conscieoee, Tidée, pour le signe, d laahaea ofctérsaMffa peur oa qgoa l'eaprit sert à «ymboliaor , h ngnifier par Leiémtot de œ parti pria biaarre est de fisiru méeonmttre la
(t) « tout ee ^ amu foyom biea distineteaient dans le moaveoieDt d'un corps, e*«ftt qo'il ^irMWliiaveiUlli etpscè Kt ^'il eoiploie un certain temps à le parcourir. C'est donc de cette ifshiaii i|e^ Ml Ursr toai Ma friacifos et la Biéemique, qvand on veut tes démontrer d*asaaaîère aetteet^cîM; aina w ae êênl paiK aMfns qu'en conaéqoeBee et cetle «éflexion, j'aie* pour ainsi dire, détourné la Tue de deatus les CMae« matriees^ pour n'envisager iMiqaeBteirt qos la mouvement qu^elles produisent; que j'aie entièrement proscrit les forces Mraaes aaa eaipa ea BUNinuMat, -Stras obeoun m nétapkyviques, qui ne sont eapables que di répandre laa téaèl»as sur use ackaee «laire par elle-même... n«s i'<obataole qu'iw corfts peut vaincre ou auquel il peut résister est considérable^ plus on peut dire que sa /brce est grande, povrvt que tans roulolt représenter par ce mot un prétendu être qui réside dans le corps, on ae s^ seneatm eonum d^aae «aaiére airégée d^expnmer un fait, à peu près «omne «n die ^•'«n eoiys a dsax foia «Usât de «sMsm ^u'un anCie, au Ueu ds dire qu'il paveaurt en tenais égal deux fois autant d'espace, sans prétendre pour cela que ce mot de vitesie représente un être inhérent au corps. » (d'Alembert, Traité de dynamiqw, 2* édit., p. 15-17 du discourt: prélimioaire). — Cetle manière de voir est devenue commune parmi tes murbémtfticiens.
notion propre de force et de cause, son vrai siège et son origine mentale, de la porter au dehors en imaginant qu'elle vient du dehors, et, par là, de claire qu'elle serait pour la pensée, de la rendre inabordable à la pensée, « inconnaissable, jf Voilà pour la psychologie : c'est la mise à l'envers de la racine de la connaissance; et puis, passant au point de vue de la physique mathématique, il se trouve que cet absolument inconnu va nous être proposé par le métaphysicien comme la chose en fimetion de laquelle doivent être exprimées les choses dont le mathématicien pense avoir les notions directes les plus claires, c'est-à-dire le mouvement, la vitesse et le sujet abstrait du mouvement, la masse.
« C'est, continue en effet Tauteur, un truisme de dire que la nature de cet élément indécomposable de notre connaissance est inscnitable. Si, pour user ici d'une illustration algébrique de la question, nous représentons la Matière, le Mouvement et la Force par les symboles x, y et z^ nous pouvons obtenir les valeurs d'à: et d'y en termes de x; mais la valeur de z ne p^ut jamais être trouvée ; < est la quantité inconnue qui doit à jamais rester inconnue, par cette évidente raison qu'il n'y a rien en quoi sa valeur puisse être exprimée. Il est à la portée possible de notre intelligence d'aller en simplifiant les équations de tous les phénomènes, jusqu'à ce que les symboles complexes qui les formulent soient réduits à certaines fonctions de ce symbole ultime ; mais quand nous avons fait cela, nous avons atteint la limite qui sépare éternellement la science de la uesdence (1)>. S'il ne s'agissait que d'une hypothèse métaphysique vague , la nouveauté ne serait pas grande de dire que tous les phénomènes sont des expressions de la force universelle : il n'y aurait plus qu'à disputer entre monistes, sur la question de savoir si cette force est inconnaissable ou peut, au contraire, se qualifier de quelque autre manière encore qu'en se nommant la Force. Mais, de la façon dont M. S. explique sa pensée, il faut prendre l'exact contre-pied de ce qu'il dit, pour avoir la vérité selon les géomètres.
La vérité, qu'aucun mathématicien ne contredira, c'est que la limite de la science ne se trouve pas après que tous les symboles ont été exprimés en fonction de la force comme symbole ultime, mais que cette limite se place avant, et que la nesHence commence là même où l'on se proposerait d'exprimer a; et y (matière et mouvement) en fonction de z (la force), à moins qu'on n'ait défini préalablement la force en termes de mouvement : — cercle vicieux ordinaire et permis pour la commodité du langage et des formules , mais dont il faut être averti pour n'en pas tirer une conséquence logique, qui serait fausse. Si z était « la quantité ineonnuef qui doit à jamais rester inconnue » , la quantité dont la vcdeur ne peut être exprimée, et en termes
(\) First Principles,l 50.
EXÂICKN DBS « PBKMIBRS PRINCIPES » DB HKRBBRT SPENCBR. 117
de laquelle pourtant s'expriment les valeurs d'x et d'y, il s'ensuivrait cette absurdité mathématique» à laquelle M. S. n'a pas réfléchi : que le connu s'exprimerait en fonction de rinconnu,sans que ce dernier pût être exprimé Im-mêmeeomme qwintité et recevoir des valeur». Et en effet, Tunité de force, sans quoi il ne peut y avoir quantité et mesure, est représentée mathématiquement ou par l'unité de poids, tirée du fait empirique de Téquilibre ef des phénomènes de la pesanteur, ou généralement par une fonction dans laquelle entrent Tunité linéaire, l'unité de temps et l'unité de masse (c'està-dire l'unité de sujet matériel abstrait du mouvement). Ainsi z^ pour autant qu'on lui rapporte la quantité et la mesure, qui n'ont ni application ni sens quand il est conçu en lui-même, s'exprime algébriquement, en termes Sx et d*y, et â? et y ne sont pas exprimables en termes de z; ce qui est précisément l'inverse de Yillustration algébrique de la théorie de M. S. La force, qu'il a considérée comme quelque chose d'assez réel et d'assez connu pour se prêter à ce qu'il appelle des « expériences de force » ; la force, qu'il a envisagée dans la sensation musculaire et dans le sentiment de la résistance extérieure; la force, dont il ne s'est pas non plus refusé à reconnaître l'idée, du moins à titre de « symbole » (étrange contre-sens I) dans la conscience des changements que nous produisons nous-mêmes, et que nous constatons comme dernier terme de l'analyse, cette force, « ce mode indécomposable de conscience, dans lequel tous les autres modes peuvent se résoudre », M. S., en terminant ce chapitre, nous rappelle qu'il a démontré qu'on ne pouvait pas, sans être conduit à des antinomies insolubles (à des contradictions), la regarder comme une entité et un absolu, essence commune de la cause des changements extérieurs et de ceux dont nous avons conscience en nous-même; et il conclut de là, non pas qu'il faut renoncer à cette entité et à cet absolu, et ne plus entendre par la force que ce qu'il nous est possible de définir intelligiblement sous ce nom ; mais bien que c la force, comme nous la connaissons, ne peut être regardée que comme un certain effet conditionné d'une Cause Inconditionoée, comme la réalité relative qui nous indique une Absolue Réalité par laquelle elle est immédiatement produite ». N'est-ce pas là se jeter à corps perdu dans les absurdités qu'on prétend vouloir éviter? Car enfin elles ne proviennent que de la supposition de l'existence inconditionnelle de choses telles qu'espace, temps, matière, mouvement, force (1). Avouer, comme on le fait ici, qu' « en supposant une identité de nature entre la cause des changements, teUe qu'elle existe absolument, et cette cause de changement dont nous sommes conscients dans nos efforts musculaires, on se place dans une alternative de pensées également impossibles à former » (into alternative
(l) Voir ei-de»os, pp. 408-411 du 1. 1 de la Critique philosophique (nouvelle série).
118 BXAMRN OE9 c MMIBllS milCI»St » M UlBraT tPSNQIB.
impossUntiêiei ofOiaugk^^ «t t'imaginer qtt^oa Miftira d» peÎM «s «i)Mtituant un rapport d'action à un rapport d'eaaeiioe aptrerabiolii al la mlatir, une idm^ eausêhk une idêntiU 4$ jtMiliir», c^ert aa fcira naa atapilièra illusion aur la vertu dea mots pour résoudra les prakltaïaa. Un aflél em« ditionnë ne se rattaehe paaplua intelligibleaMBt à une cause inoondittonnéa, à moins qu'on ne suppose les eonditiona assignables, qu'une nature val^ tive ne se peut identifier avee una essMce abaelu^ ) mais assigiier lei eeaditions^ ce serait précisément déterminer le rapport de hibsolu au ralaliff ce qui est contradictoire. M. S. ne laisse pas de conclure :
c Nous voyons donc ici, plus clairement que jamais, combien est inévitable ce réalisme transformé auquel on est finalement amené par la cri* tique sceptique. Délivrons«nous de toutes les complications et oantamplens la force pure, noua sommes poussés irrésistiblement par la relativité de notre pensée à concevoir vaguement quelque fbroe inoonnue aomme corrélative de la force connue. Le noumtae et le phénomène se présoHeBl ici dans leur relation primordiale comme les deux cAtéa du même orange-* ment, desquels nous sommes obligés de regarder le dernier comme non moins réel que le premier (1). «
C'est un raisonnement qu'il fliut laisser knotM auteur, celui qui conslate à se fonder sur la relativité de notre pensée, pour nous conduire k penaer un inconnu, corrélatif du connu, dans un cas où le eorrélattf estun absolu que, vu cette même relativité de notre pensée, nous ne pouvons pas penser! Mais au moins on aurait pu croire que, forcé, comme à son Jugement il Pétait, de poser Pidée vide du noumène inoonnaissable en regard dotent ce qu'il y a au monde de sujets d*upe connaissance possible, 11 Jugerait en même temps, à Texemple de Kant, qu'une telle idée doit demeurer sans détermination et sans attribution, sans emploi spéculatif aucun ; qu^il ae distinguerait ainsi, et non point par l'épaisseur d'un mot seulemeiit, du commun des matérialistes montâtes, dans l'opinion desquels on a tout dit quand on a chargé un sujet et agent universel d'être et de faire toutes les choses qui se peuvent connaître, sans supposer derrière ce sujet quelque autre chose dont on ne peut rien dire. Ce n*est pas ainsi que M. B. a oompris sa tâche de métaphysicien s il a qualifié son noumène de Force ptira, ce qui est une première dérogation k rinconnaissabiiité prétendue et, de plus, une attribution prise arbitrairement entre d'autres universaux eapables de remplir le mêmerêle réaliste. Il a fait de la Force, quoique jmra, la cause, quoique ineondUionnie, de tout ce qui etiste ou est eon^ aoua relation, et par Ik il a réellement étalé son noumène sur la surface entière de révolution dont il est le principe. Et enfin nous allons voir eomment, à
BJUMIC DI8 9 PaSMIERS PBINGIPBS » Dl HBRBBRT SPBNCKR. 119
Ymd$ das grands poëiuUts de «a métaphysique de la physique : Indeatruotihilit4 ée la Matière, -r- Par^istapce de la Force» — Transformations et iqilîvaiaiifia de la Forée, -»• il a ehangé le pur noumène = X en la Force i|ifilM# âvQlulÎY^» aummum de la coanaissance. En effet, le plan de l'évo* latwNi n'eal autre chose que le plan du développement de cet absolu dans la falat|f,atda6eft inoonnaissabledansleoonnaissable; en sorte quel'agent oaivenel, a^il ^ oûBsîdéré ikort de rpUaion, occupe pour la connaissance QBO plaea vida qui s'importe en rien ni à personne, mais, s41 est considéré dam lêê fvlaltofis, las réunit et les remplit toutes, devient le principe suprême at l'essence de tout ce qui existe en qualité de connaissable, et se trouve, 0n d'antres termes, identique avec le connaissable lui-même. Cette flOBtradiotion est si puérile, et, si ee)a peut se dire d'une contradiction, si peu natiwelle, si manifastemMit due k on intérêt diiférent de celui de la poreapémilation, que l'histoire de la philosophie refusera probablement de reooBnattre k 1' « incrustable ultime des ultimes » de M. S. une place distinete parmi les hypothèses métaphysiques souveraines, pour manque de sérieux (i).
5. VkidâilinAiêibUUi de la Matière. ^ L'insuffisance et le caractère superficie des vues de M. S. sur la philosophie des sciences ne sont nulle part plus marqvées que dans ee chapitre. Le postulat épicurien de l'impossibilité de l'anéantissement (in nihilum nU posse rêver ti) y est posé a posteriori lor le fondement d'expériences qui ne touchent pas même k la question, cemm^ en va le voir, et puis même a priori^ en vertu de la méthode de l'apierisiqa retourné dont M. S. est l'auteur. Ai-je besoin de dire que la physique expérimentale et la chimie ne oonnaissent pas telle chose que la IfetièM, mais seulMnapt dit earpt et des propriétéi des corps f Les atomes soihbAbmp sont, d'une part, hypothétiques, ce que nul ne conteste, et, d'autre part, considérés comme des corps en abrégé, puisqu'on envisage en em% lea propriétés tant générales que particulières de leurs agrégats : rétaadsa, le poids, la ohaleur spécifique, les aptitudes aux combinaisons en piopevtions définies. S'il est des savants qui poussent la spéculation JQsqQ*atix éléments inétendua on incorporels des corps, ceux-là n^admet-
(1) C*eft bien certainement la suite des errements de la théologie, si un philosophe croit laissir ms pkee à INea et à la religion dans son système, parce qa*ii admet une cause ineonditis^aé», im^^nmjtwhl^ de tiul ee qui M, eo même tempk qu'il confie la production du monde ï la force mécanique unirerialiaée et transformable en toutes les sortes de phénomènes, et alors même cette force ne paraîtrait pas être la même chose que rioconnaissable lui-même, eaaiiMlé, évolnsnt et rendu eonnaisable. Après tout, la force pure inconditionnée de M. S. n|f«IU| 1| nAst^ai «t wm iamaasole de apineaa, quand en considère celle-ci eo soi, et non pas développée fin lea inodes infinis^ et sous ce ntpport abstrait, on ne voit pu ce que la seelûtîque peut objecter à l'une ou à l'autre. Mais cela montre bien ce qui reste de l'idée de lKe« 4em% on a fetiré la pertosnallté et l*acte créateur. Les hommes religieux croient que V. S.a^ ^HO««lf <l'fHl ra lave oiffint rineonnaissable pour oe qu'ils ont soif de connaître.
120 EXAMEN DBS « PBSMIKRS PRlMCiPBS » DB HERBERT SPENCER.
tent pas la matière au sens de M. S., il n'y a donc pas à s'en occuper ici. Cela posé, ne connaissant la matière que par les corps, et les corps que par leurs propriétés, il est clair que ia seule manière que nous ayons de donner un sens à l'impossibilité empirique de la supprimer {indestructibility), c'est d'entendre parla Texistence permanente d'une propriété susceptible de mesure, et qui se retrouve constamment la même pour un même groupe de phénomènes physiques bien circonscrit, quelques changements qu'éprouvent d'ailleurs les corps qui y prennent part. Cette propriété existe, en effet, et c'est la pesanteur ; on peut s'assurer, depuis qu'on a appris à suivre et à peser les corps en tous leurs états et transformations, que rien du poids ne se perd, dans les limites dont l'expérience peut répondre. Si donc l'essence fixe d'un sujet matériel pouvait s'identifier avec la constance d'un poids sous certaines conditions phénoménales, et si la constance du poids était elle-même quelque chose d'absolu et non de relatif, on pourrait regarder comme l'expression correcte d'une vérité ces mots « indestructibilité de la matière » qui ne sont que Ténoncé, en termes d'imagination commune, de la loi de la conservation de la pesanteur au travers des propriétés variables d'un groupe donné de corps. La métaphysique réaliste aurait alors sa preuve dans la physique expérimentale !
Mais la constance du poids, quand même elle serait absolue, ne serait jamais qu'une propriété attachée à un ensemble de phénomènes et ne permettrait nullement de conclure à l'existence du sujet en soi, étendu et résistant, que le postulat réclame. Et ceci n'est que le moindre empêchement. Le poids d'un corps n'est pas sous un parallèle géographique ce qu'il est sous un autre, au pôle terrestre ce qu'il est à l'équateur, sur la lune ce qu'il est sur la terre; il peut varier en quantité tant qu'on voudra, en raison des carrés de son éloignement d'un autre corps vers lequel il pèse et qui pèse vers lui. En un mot, étant toujours fonction d'une position dans l'espace, il ne saurait se prêtera dénoter l'existence d'un sujet fixe qui ne doit pas dépendre du lieu. C'est une absurdité palpable, de prendre pour la démonstration de l'existence d' un tel sujet, une propriété dont le quantum a pour limite zéro quand on le suppose placé à des distances indéfiniment croissantes des autres sujets de son espèce. On dira peut-être que la distance n*est pas l'unique élément à considérer dans la fonction de la pesanteur, et qu'il y a avant tout la masse. Mais d'abord ceci ne fait pas que le poids devienne quelque chose d'absolu, puisqu'il ne laisse pas d'être progressivement anniliilable par la distance. Ensuite, on oublie que, directement ou indirectetement, la mesure de la masse revient toujours à celle du poids. Si la masse, qu'on a longtemps appelée quantité de matière, pouvait justifier ce titre pnr sa définition et sa mesure propre, ou de substance, en mécanique, on aurait ce quecherche le réalisme matérialiste ; mais les notions mathématiques, en
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s'épurant et se précisant, ont délBnitivement ban^i cet ancien point de vue, et les masses n'étant plus considérées que comme des rapports, lesquels sont proportionnels à ceux que donnent les poids, la démonstration du sens essentiellement relatif de l'idée de quantité de matière, pour les sciences physiques, est faite et irrécusable. Or, les idées de quantité relative et dimi-* nuable, sans point d'arrêt iBxe, et d'indestructibilité ne sauraient aller ensemble.
C'est seulement après ^voir fait valoir en faveur de Tindestructibilité de la matière, ce fait étranger à la question : à savoir, que Tobservation attentive et approfondie ne nous montre partout que des phénomènes transformés, là où jadis on pouvait en imaginer d'anéantis sans résidu, ou d'instan* tanément venus sans antécédents, que M. S. s'avise de remarquer que la persiêtance du sujet matériel se réduit pour notre conscience à la persistance d'une force ressentie, et il ne s'aperçoit pas qu'il aurait à démontrer qu'il doit y avoir dans cette force quelque chose d'absolu pour répondre à cequ'il suppose d'absolu dans le sujet. Il ne signale qu'en passant, comme exemple du fait « que la force exercée par une quantité donnée de matière est toujours la même » (énoncé singulièrement vague et tout autre que scientifique), la conservation du poids^ qui serait le seul argument à discuter; enfin, c'est dans la résistance et dans l'impénétrabilité qu'il cherche la preuve décisive dont il a besoin, comme si ces propriétés exprimaient autre chose que des rapports, lesquels n'offrent pas d'ailleurs une constance telle que cette qui appartient aux poids relatifs d'un même corps en différents états.
Cet emploi de l'idée de YimpénitrabUité^y — idée qu'on ne peut appeler que très arriérée dans l'état actuel de la science , — est d'autant plus insoutenable que M« S. y a recours pour montrer que la croyance à Tin variabilité de quantité de la matière s'appuie sur une autorité plus grande même que celle d'une induction, sur une loi absolue dans le cercle de l'expérience, une loi absolue de la pensée, par conséquent, une vérité dont la nation est inconcevable 1
« Ce qu'on désigne par l'ultime incompressibilité de la Matière est une loi admise de la pensée. A quelque mince volume qu'on réduise une portion de Matière, il est impossible de la concevoir réduite à rien. Nous pou- TODS nous représenter les parties de la Matière comme rapprochées, mais non pas la quantité même de Matière devenue moindre. Pour cela faire, il faudrait imaginer quelques-unes de ses parties constituantes comprimées jusqu'à n'être rien. Notre incapacité de concevoir la Matière devenant non existante est un résultat immédiat de la nature de la pensée. La pensée consiste à établir des relations. Il ne saurait y avoyr de relation établie, ni par conséquent de pensée construite, lorsque l'un des
1?2 KI4MSN DBS tt VftBMIKBS taiNGIilS t DB HBBBERT SBBBOBB.
termM en vappert «st abisnt de la pensée. Il est donc iaipoBBible de pan* ser quelque ehqse devenaat rien, par la même laisoB quHl eal impoaiible de peusev le rien devenant quelque chose; et cetfe raison, c'est que le rien ne peut devenir un objet de conscience. L'annihilation de la Matière est impensable par la mèoie raison que la création de la Matière est impensable (1). »
Dans les premières éditions des Premiers Principes^ ce passage était suivi de ces meta (B) i « et son indestruotibilité devient ainsi une connaissance a priori de Tordreje plus élevé, non pas comme résultat d^une longue table d'expériences graduellement organisées en un mode de pensée irrévocable, mais comme donnée dans la forme de toutes les expéf ienees possibles. » Au lieu de cette phrase, on lit dans la dernière édition t c II faut ajouter que U' vérité de Tindestructibilité de la matière ne peut ^tBc vérifiée eupér rimentalementt sans qu'elle soi( tacitement supposée. Oar toute vérification de cette nature suppose un pesage (implie$ u>iighm§) et le pesage suppose que la iuatiè|)e formapt le poids ^orming tke weighi^ re^^ la mfme. Bu d'autres termes, la preuve qu'une certaine matière à laquelle on a afffiire en certaines façons n'a pas changé de quantité, dépend de la supposition qu'une (lutre matière à laquelle on a autrement affaire n'f p^ohangé de quantité, a Ne nous arrêtons pas à cette expression antiscienti^que, d'un ai n^f réalisme s la matière qui ftitmê U poiiUi ce dernier passage signifie en tout cas» et quelque mal expliquée qu'en soit la rajson, le complet abandon da Vidée qu'on puisse obtenir de rexpérieqee la confirmation du postulat du matérialisme. Il va donc au même résultat que le préoédep^ que M- S. a supprimé et remplacé (dans le paragraphe suivant) par une note dans laquelle il rappelle au lecteur que l'apriorisme n*a pas chef lui le sens accoutumé, mais un sens fondamentalement empirique, vu sod hypothèse de la formation des idées nécewalres (des idées dont les contradio* tious deviennent inconcevables, etmé{aeifup^ai)kf)parrefietderacoumulatioQ des expériences des gén^r^ttiou» successives, A ce compte, il aurait fallu retrancher aussi du texte un morceau, commun au deux édi-^ tioi|8, qui v^h^Ib. distinçtlQa dfif deu^ apriorismes entièrament vah|e s c'est celui (pi-dessus) où, pgr un argument tel que pourrait en invoquer la plus pur et le plus absolu logicien, sans ombre d'hypothèse» sut le simple critère de ce qu'il e^t passible et de ce qu'il est impossible de penser, M • S. prétend défl^ontrer rétm^ité antérieure des phénomènes et la néecissité ou être §n loi de la Mf^ièm^
On SA doute bien qua si Desc^rtes n'a pas léuasl à faire p^aaep euame nécessaire l'inférence du phénomène à la substanee, alors qu'il s^agisaait de
0)f^rsi PriMiples, H 53, 5e édHion.
(2) Trf4u«iiAS <|€ M, Çêuï\t$ mu m ta 2* édlt.), p. I^î*
£XilfSX W^ « BBBMIUS PEUfCIPBS » 91 HBEBKRT SFBNOEB. 123
Faxialaiiea ««hb BOftfr de U pensée, il ae sem ]^8 peraûB k M. S. de deoMoider au vaisoimeBMBt la même démanstration appliquée à lV>bjet matfitel, iiBhsBiBel el mgue, et à ta permanence absolue comme quantité : en sejrte que le vieil adage s fUenne vienÉi^irien, rien ne rêtowmê à rien, -^ c^ parfutement avec cette formale qu'on vient de voir ee philosophe identiiep le principe de Tindestmictibilité de la matièite, — dàt définitivem^t nona être imposé à titpe de nécessité logique de la pensée, au méiae litre, en un mqt, que }e principe de contradiction. 1} en serait ainsi, en effet, si, pour penser l-annilf ilation eu la création de quelque chose, nous étions forcés, comme le dit M. 8., de penser la relation de deux fermée, tout en supprimant par la pensée l'un des deux termes entre lesquels noua la pesons. Mais il y a là detix sophismes, dont l'up, dans rétat actuel d^ la critique ^ la raison, n'est plus guère pardonnable au pen« seur, et dont Tautre est un vice frappant de rai^nnement, à quelque point de vuo doctrinal qu^on veuille se placer.
V07QBB d^abovd ce dernier. Il est vrai qu* « il ne saurait y avoir relation établie, et par conséquent pensée construite, quand un des termes en rapport est absent de la conscience »; mais il cet feux que la relation nécessaire peur p^ser soit toujours celle d'un antécédent k un conséquent sous la catégorie de la causalité. 2e peuv parfaitement me représenter que telle chose qui tout k l'heure n'était pas, maintenait soit, et que teUe autre qui était ne soit phis; c'est même ainsi que j^envisage le change* ment, quand je pense aux phénomènes qui paraissent ou disparaissent dans Fordve de rexpérience. Je leur attache très bien dea rapports avec d^autres phénomènes ou simultanés, ou postérieurs, et, sous la simple idée de leur devenir; je peux les penser k Pitide de ces rapports, saps y faire entrer la pensée de leur cause; et ce sont epsuite des questions k examiner que celle du déterminisme et du premier commencement. Quand je me transporte k la limite de la connaissance expérimentale passible en fait de causes, il est feux que je me trouve dans la position illogique de conserver une re)atîon, celle de cause k effet, en ne gardant que Vun des tprmes, reffist, et supprimant la cause. La vérité, c'est que je supprime la relation même, pour poser une première cause, et oela n'a rien d^llo^que. fle qui trompe 11. S., c'est l'équivoque, je dirais incroyable si die n'avait pas été accréditée p^r les métaphysiciens pour servir à la démoBBtratio^ de la nature éternelle et nécessaire de Dieu (1), l'équit
tt) Vem MM» Smin IV. W, 9i f^^irM, Pti$eawn nir Vm^ie^ce et les attnftfOi ^
9mk émit l'^t # ^ Mtti rVi9ls^99 44 p#r«i(9Si»«« <is ce» pbiipsppl^pi par ^^^ip, Trni0 ^ (• pmm humi^ rsrti# m, mt- s (p. no-us as u tfMt ¥\\\on «t fteo^HTi^p). « ym%Ê» tk t90Si wvi sifiaffiMi tsstsi iM ^iiN8t a<Mi> wlnps* ré6U(^yif «^ toatM ta
I, et nous ne tnpposont pas que le rien ou que l*obje( l||i-méi|M ^m\ çw^ 4S 1*^^^^^^
Yoque où il tombe sur le mot rien, quand il ajoute qu'il est impossible de penser la création ou l'annihilation parce que le rien ne peut devenir objet de conscience (it is impossible to ihink ofsomethingbecomingnoihing, for the same reason that it is impossible to think of nothing becoming some^ thing — t?ie reason, namely^ that nothing cannot becoms an object of conscioitsness). D'abord le rien peut indubitablement être ou devenir un objet de conscience» mais seulement en tant que rien, ou nulle chose^ idée négative d'une parfaite clarté. Ensuite, c'est parce que le rien n'est objet de conscience qu'en tant que nulle chose^ qu'il ne faut pas traiter son idée comme si elle était l'idée de quelque chose. Or, c'est précisément là le paralogisme dans lequel tombe M. S. en parlant de nulle chose qui devient quelque chose (nothing becoming something). Cette imagination contradictoire est entièrement de son fait : il suppose que la pensée, pour admettre quelque chose de premier, ou de dernier, est obligée de se représenter la chose qui n'est pas devenant la chose qui est, ou la chose qui est devenant la chose qui n'est pas, équivoque absurde sur l'idée du rien^ qu'on réalise sans s'en apercevoir, tandis qu'il suffit de poser par hypothèse l'absence d'antécédent et de cause dans un cas, de conséquent, dans l'autre, en laissant au contradicteur l'absurdité de poser le rien dans une relation qui ne convient qu'à quelque chose, plus une pétition de principe, consistant à prêter à d'autres la reconnaissance de l'impossibilité où il se dit être de penser un commencement ou une fin, une cause qui ne soit pas elle-même un effet, ou un effet qui ne soit pas lui-même une cause. On voit que toute l'argumentation en faveur de 1' « indestructibilité de la matière » se réduit à cette assertion : que la thèse du procès à l'infini des phénomènes est beaucoup plus que le simple postulat du dogmatisme matérialiste (idolvm specus)^ est imposé à l'esprit par l'impossibilité où il se trouve de penser le contraire.
Il est vrai que d'assez nombreux philosophes, non des moins illustres, et suivis par des écoles entières, se sont si peu trouvés dans cette impossibilité, qu'ils ont soutenu la nécessité logique de penser cela même que M. S. dit qu'il est impossible de penser, et la nécessité logique d'exclure le contraire : à savoir l'éternité antérieure des phénomènes successifs. M. S. a éprouvé le besoin de s'expliquer un fait si bizarre. Son explication, la seule qu'il pût imaginer, et qui a dû lui donner peu de peine, c'est que ces philosophes ne pensaient pas réellement ce qu'ils disaient
tence de cet objet; il ne faut donc pas qu'on arguë de l'absurdité de ces dernières suppositions pour pronver l'absurdité de l'exclusion de la cause. Si toute chose devait aToir une cause, il s'ensuivrait qu'après avoir exclu toutes les autres causes, nous devrions accepter pour cause ou l'objet lui-même ou le rien. Mais c'est précisément ce qui est en question, que de savoir si toute chose doit ou non avoir une cause. Si on veut raisonner juste, il faut se garder de prendre ce point pour accordé. »
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penser, mais pensaient sealement qu'ils le pensaient. Il appelle cette dernière façon de penser symbolique. Les résultats de l'évolution lui donnent aujourd'hui la garantie de se connattre en pensées réelles, et d'en avoir qui soient certainement de ce dernier genre, et le droit, ou même l'obligation de < rejeter une grande partie des pensées humaines comme n'étant pas des pensées, mais des pseudo-pensées i». a Gomme d'habitude, dit-il, on ne vérifie pas les conceptions, on suppose qu'on pense littéralement ce qu'on ne pense que symboliquement, et Von a la prétention de croire des fropasUiioTu dont les termes ne peuvent s'unir dans la conscience. De là vient qu'on accepte diverses idées sur l'origine de l'univers qui sont absolument inconcevables ». Il ne veut pas se dissimuler que cette explication l'oblige à employer les mots pensée^ croyance^ conception avec des sens nouveaux, pour pouvoir dire « que les hommes n'ont pas réellement pensé ce qui a néanmoins si profondément influencé leur conduite ». Il avoue que c'est là une nécessité fâcheuse ; « mais nous n'y pouvons rien » (1).
Malheureureusement pour cette trop commode théorie il y a quelque chose qui prime tout, c'est la logique telle qu'elle est actueUement pour l'esprit humain; c'est la question^ telle que M. S. l'a posée lui-même, de ce qu'il est aetvsUement possible ou impossible de penser. Admettons, quoique cela paraisse bien peu probable, et bien injurieux pour la logique et décourageant pour la raison, que les variations des jugements humains sous la loi de l'évolution aient pu s'étendre, dans les temps d'ignorance, jusqu'à permettre d'unir dar^ la conscience les termes de certaines propositions dont les termes^ dit M. S., ne peuvent s'unir dans la conscience; admettons que cette union « symbolique », comparable à celle qui permet d'énoncer mais non de croire que deux et deux font cinq, que la partie est plus grande que le tout, etc., se soit réellement opérée dans l'esprit humain pour des croyances réelles : cette concession nous laissera toujours au point de chercher nous-mêmes le caractère distinctif de l'union qui peut se penser et de celle qui ne peut pas se penser. Or, il n'y a qu'un critère qui s'applique expressément ici, c'est le principe de contradiction : on peut unir dans la pensée tout ce qui n'est pas contradictoire; en d'autres termes on peut penser toute proposition dont les termes n'impliquent pas.
Si M« S. avait essayé d'appliquer le principe de contradiction à son nothing becoming something^ proposition qu'il qualifie d'impensable, il se serait tout de suite aperçu, — je laisse maintenant de côté l'absurdité de
(1) Les Premiers Principes, 2« édit., trad. de M. Gazelles, p. 187-188. Le paragraphe où se trouTent ces derniers passages (§ 53 des First Prineiples] est entièrement refondu et remanié dans la dernière édition anglaise. Je suppose que M. S. n'a pat eu l'intention de retirer ce qu'il avait écrit, mais seulement de le développer. La première forme de sa pensée, au sujet des pensées et des pseudo-pcn&éei^, m'a paru suffisanic et plus apte à fournir le terrain net de la discussion.
pwer impliûiMttektt te ri^ii «ditiiM «pnelq^ tàhiM, |^r hi Mt dii4ir« qu^U ^iwfeiM qttèli^ <i^hMd, ^ ^è^ Mb» ^o«l«^ w m fiMt mm m Mi!tf«dli« «SBembter èifaiB te pèunAe te M*«n9 M te )«himMii9, m ifiéiiië tewpt «t «MB te «lèiM ttpfoH, mtàs ^n*» tt^ 1 1^ dôfttntdteifoii « pMMr d'abotd te nM ^lisilel!^, et puis ^ue ti}mlq«é tb^m t^ktote, mbyMtiàttt ttfie dfft*ttnctiûti dé te«ftf«. A quelque degré ée igébéMliMiliôtt qu'm pôfto r«lre 61 te tooii étti^ èÉ Me telte l'epréseiitàti'oR , ce tt'eit tettfornis te qM petiser «imptelftéhll te ûèVetât \ tel i>faéàbHi«Mli*étell)^idkmttè, «i*«tfBtitftpfts; il est d6nA6 mftittteMM, H eïiste. L'impbisifbiliié prttendttèdtft pefitter témilte de te i0»AfiirtM Mire l'idée de deuï «hoses tpsi'tHi ne petit penser laïriMtRii^ aémenteide dëA choèès^'oii ne "pe^i penB^etNne après Tatiitfiè. lA prettii^ de ceft idéeè est preypfetnettt te contradtetiM, x^\ met m obÈtet^te f muËédiàt % te pei»éfè ; te i^ebbnde exige une déMonArfttiM pur (A élte Mit râAeuée à 1^ pfèmiëire.
Les ad?e)r6ài1>eè de It. S. lônl téttiarqtié PhUbittlde qvi*à ^ phileiiiôphe de k'ecidui'it au ^Ytne d* « iiKipAettsàlMe » f^yur ^qtrïtlilte!' tel Mitons gftMnies pMr «Ofi syïlèttie. Its otl MsA t^imwqtié la dî^KMttôf! ^nttè Virnûcunôttâlble ^ r^tmjM^MJBMè^qtiilni^e^ft absotiittiefittiBpe^e.pûteqûll nomme hit-ittihne êféMiimàbUa tes BbtiôVis tetre» ^*E$pÀcè, Matière, WMree, tpd répottidebt BoiVMrvt lui à des entités dont la n^n etilstence est ifàp&K^eMtl m^i^ ite H^tM ^pe«t4M»e paa teil assez attention à Tétrange seni^e yjfùift yèrdteme de xs^ meis. Je tie me sotivieni^ d^aucûâ passage des P/«i^%$fï fHnHp» oft H «n ail donné des definftions bieto libellëei et logiqeiemenft diffëtéii<Me» ^ i|voiq>ie ^iffki dM pat^ttte de premier nèce^itè pow Èk dodtttee d» la coBMissàtioe ; il est ^rteax v^ae le t^idoètett fràffr^laiÈ de cet tmtnige tii attaelié à te dfstié^cttôn assez peu dHmpoftatiôe pow empH)^ vmè i^rèûte «t même idée en *ces termes : iltipo^bi!ité de toncevotr, m httptrtssi^ biliM de penser, pour catactéîîset à la foi» le genre dTneoncevabDltë des bhose» que M. 8. dit qu'on est forcé de penser xrômrne téelleâ, el te getirè d'int<»icev»bitité de celles ^"il dR impossibles ^ petiseif t^Yi- «hittkable) (1 ). Quoi qu'fl en ^oît, -^ cW te point tjtre Je désire biien constater, ^ M. è . , dïins tm tùème p'atitgràphe de èùîï livre, et de la deitnlère édition <2) appose ant docttrinés idéalistes de l%s{i^ce et dû tempB l'îm- 9H)»sl&A£lê de pén^i^ ce qu'elles dis'ent Stfe ia véritî sur Ce saj6t'(A is tibsoiu,9êly fynpioàfsAie io Mnk this) ; et à Ce propos il ise sert du mot impvnstibÎB ; Tét, d'nnè antre part, H dît de Tespace, par exempté, qoll eUt fmposôïbte
(1) Les Premiers Prinoipeg, p. 40-&1 le la ttsditetttfn frftBçtise.^^e|raiRlanl,iki*ayMt yiiB ]« 2e édition anglaise <oelle qae M. Gaiellea a tra^ite) sons las ynx , nais «ealemefet k ^, je ne fMiia savoir si, de TuBe de ces éditions à l*a«tre, M. S. n'auvaiC pas JMtradlrit celle des expressions (unthinkahle) qui se rapporte à rinconcevabilité ta plus parfaite.
Ci) P. 48-49.
à$ le pnMèr liBité^ imposiible de le pefiséf lllitiiité (f l U in^êMU to IMfiA VeMMt â» Me âiwkmmff ofSpêdê^ ^ éfiMUl^ impe«««te ta thinhàfm tii/IMi riîeifîMKiy)« « impoMible de le peneeif Màê ieë cSMâltioUft Mtie keimitoe lee raisteeeei mai représeotées dette le t>ènéée)i. Oes deffaièMd inpoesibililde ftont de wUëe qei eotiititueat à fteft yëtix 1* ëltopie ifieotl-> MfiliUhé, ott itieGitiptéhetietMlité, ll'eteliialit pas rexisteiièé^ (ttt'il Mf* im^ aa eentraii^» 4iiergiqoemetit4 Oepetidaiit ritnposëibilité de penser ehiciB des leraieé eéperée d'un dilemine de notions ferinelleineiit eontndictoires, c'est rimpossibUlté nette de peiisM* l'objet en qtieelion. Nous dmioDs donc îei ou jamais nous troatef deile le Ois de ridtpënstfbllité (onthinkaUenesft); il n'en est rien : noas nous treuvei^Ods dftM ee cdft lA^ Tonqa'U s'agira d'une doctrine que l'esprit de M« 8. n'est poifel panrenii à s'tisiflaileri mais dont on peat le mettre au défi de motitrei' le eoiiira's dictNMi. Je eonelos que sa distinction des inconcevables est telle, qn'elle lai fait mettre i dn eôtd de eenx de eee inconceirables dont il affirme la eomspondanoe à dee réalités absolues, des propriétés oontredietoires qu'il déciars égalemenl impossibles à conccToir^ et entre les quelles il faut pourtant que l'on oboisisseï et, do côté de oeut qu'il regarde codilne i^po^ HDt Un obetade insurmontable k nos afflrmetiotis, des idées dont l'objet peut bien être tneemprMeHfttitf, snifunt le sens ancien et ordinaire de ce motj maie qui n'impliquent point oentradidloo^ Du nombre dei oee derniàras sonii noUs l'aTons vu^ les idées opposées aU postulat Kw nUMù nthU^ ou éternité de la matière.
LmcompréhemibilUi de Dieu a toujours été reconnue des théologiens st des philosophes théistes, quoiqu'ils n'aimit eu ni les uns ni les autres la modestie de lemr ignoranee erooée; et certes les matérialistes douée de qœlque proftodeur d'esprit ne sauraimt prétendre que la nature étemelle etnéceesaire de la Matière, ou que la suocession antérieure des eauses d'un mouTcmoBt sans origine et de l'ordre du monde soient pour leur eatendeoaent des objets compréhensibles. Il faut en toute hypothèse placer quelque part k la limite de nos conceptions, ou de ce que nous peuYone définiricet Ineancêvable que M. 8» n'a pas inyenté^ maië qu'il n'a lui-même qœ hfop touIu eonecToir : il le faut, eoit que l'on enrisage rétemri sewet au point de rue de l'fiùstence absolue ou à celui de la Cause prenûère^ J'arrive par cette observation au second des déni paHdogismeê priaeipadK que j'ai à relerer. Il consiste k dépasser toute eipérienoe pos*» sible pour l'àffirmatimi fondamentale d'un système qui se dit MM sur reipérience^ et à sonir de la sphère de l'entendement et du raiaonnement, dont les objets ne peuvent être que des rapports k termes définis, pour dogmatiser sor un terme al>solu qui n'admet de relation qu'en un seul sens avec les ehôees de la coonaissancci et, par conséquent, édiappe k notre
128 EXAMEN DBS « PREBUBRS PaWGlPBS » DB HERBERT SPBNGER.
compréhension. Il peut sembler, au premier abord, que le sophisme soit évité, et que nous restions dans le champ de Texpérience et des relations définies , parce que nous posons le terme extrême comme inconcevable. Sous la catégorie de l'espèce, c'est bien le genus generalissifnumj qui n'est l'espèce d'aucun genre, qui n'est donc pas définissable; et, sous la catégorie de la causalité, c'est la cause universelle, qui n'est l'effet de rien et dont l'existence, par suite, est inexplicable; mais quoi ! nous appelons ce terme extrême L'Inconcevable; tout n'est-il pas sauvé? C'est au contraire là qu*est le comble du sophisme; on va le voir.
Je suis obligé de demander ici un peu d'attention au lecteur pour distinguer clairement la manière dont M. S. établii son Inconnaissable, et la définition qu'il en donne (car c*est bien une définition, là où il ne devrait point y en avoir de possible), d'avec la méthode que suit le nouveau criticisme et d'avec Fidée qu'on s'y fait de ce terme dernier, de ce termelimite de la connaissance, où, nous aussi, et plus sérieusement, nousplaçons rincompréhensibilité : Vincompréhensibiliiéj non pas motivée, comme chez Hamilton et chez M. S., par une contradiction, car c'est absurdité qu'il faudrait en ce cas la nommer, mais motivée sur l'impossibilité de placer ou comprendre ce terme entre un terme supérieur enveloppant et un terme inférieur enveloppé, comme tous les objets de l'expérience et comme tout ce qui est dans la dépendance des catégories. Selon nous, loin que ce soit la contradiction inhérente au terme dernier ou suprême de la connaissance qui nous force à le déclarer inconnaissable, c'est le besoin d'éviter la contradiction qui oblige, s'il est assez vivement ressenti, à tenir ce terme, non plus précisément pour inconnaissable, mais bien pour déterminable et vraiment conçu, du côté de l'enveloppement de l'expérience et des catégories où nous sommes enfermés et dont il est la limite extrême, et pour indéterminable, inexplicable de l'autre côté, mais non pas moins réel pour n'être pas embrassé par l'esprit humain. Nous affirmons l'existence nécessaire de ce terme en affirmant qu'il y a nécessairement une limite à la série des phénomènes sous toutes les catégories, et particulièrement dans l'espace et dans le temps. Les phénomènes de toutes les espèces ont eu un premier commencement : l'impossibilité d'un nombre infini d'unités quelconques actuellement données est la preuve logique de cette proposition. Âi-je besoin d'ajouter que si la thèse du premier commencement importe beaucoup au théisme et à la religion , c'est seulement à raison de ce que cette thèse nie, et non point de ce qu'elle établit. La notion de la divinité repose sur d'autres fondements et réclame des postulats d'une autre nature.
Comparons à cette méthode criticiste de limitation de la connaissance celle de M. S., que certains ont si mal nommée Y agnosticisme. La contra-
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diction est Tétoffe dont il fait son entité suprême et ses autres entités^ sitoées hors du relatif, puisque c'est à cause des contradictions attachées aux idées par lesquelles on pourrait les déterminer qu'il les dit inconnaisables et qu'il ne laisse pas de la dire et de les dire réelles. N'est-ce pas là une manière prétendue de les connaître? En quoi diffère- t-elle, cette manière, de celle des philosophes monistes qui , avouant la contradiction pour la marche de l'esprit dans l'établissement des essences réelles, et principalemeot d'un sujet nniversel, le même en différents termes chez tous, ont appelé cela non pas ignorer ce sujet, mais bien au contraire le connaitrel Si nous prenons les essences par leur cdté relatif et connaissable, M. S. admet, comme d'autres philosophes, la Matière nécessaire, le Mouvement étemel, la Force unique, universelle, invariable agent de toutes les transformations qui sont les phénomènes : que voudrait-il savoir de plus? Il lui est impossible de dire, et personne encore n^a pu deviner ce qui distingue son Inconnaissable de cette conception si peu agnostique. Mais voyons maintenant par quelle voie logique il y arrive.
Cest au nom de ce qu'il prétend lire indestructiblement écrit dans la conscience j que M. S. affirme l'entité de l'absolu et les au très essences physiques, soit en elles-mêmes, soit dans leurs déterminations d'ordre relatif, lesquelles il étend bien loin au delà des inductions, c'est-à-dire des hypothèses et points de vue proprement scientifiques. Mais, dans le passage de la conscience, ou de ce qu'on y lit, à l'en croire, à la réalité, il est impossible qu'il ne tombe dans le commun paralogisme de l'ontologie, dans celui que Kant a dénoncé, de la preuve de l'Être parfait par l'idée de la perfection, ou encore de l'existence d'une cause suprême par la nécessité mentale de la causalité. Il ne prétend pas moins que d'autres métaphysiciens, qui les entendent autrement que lui, s'élever à des concepts qui SDq)as8ent le concept, à savoir qui ne sont pas dé ter minables sous quelqu'une des lois catégoriques, ou de relation, qui rendent l'expérience possible. Le sceptique pourrait donc, par un même argument, renvoyer des fins de la cause trois sortes de plaideurs : celui qui arguë de Tidée pure de l'Absolu et de l'incompréhensibilité delà création, à l'existence du pur Absolu, et puis à l'éternité de la Matière et de la Force; et celui qui emprunte de la conscience d'autres éléments à joindre à l'idée de l'incondi- Uonné; et celui qui se fonde sur la relativité de toutes nos pensées et sur la contradiction du progrès de l'infini, pour interdire les affirmations de réalité qui ne portent pas sur des rapports, et poser un premier commencement comme limite antérieure à l'ordre entier des phénomènes successifs. Des trois cAtés on se prononce ainsi sur des questions hors de la portée de l'expérience, des méthodes inductives et des hypothèses vérifiabies des
sciences. Le système de M. S. ne fait pas exception à cet emploi del'aprio- I. 9
130 EXAMEN DES € PfiEMIERS PBIIVCIPES » DE HEBBEBT SPENCER.
risme et à cet usage de la croyance. En ne Tavonant point, en Toolant conclure de la conscience, selon que pour lui elle se formule» à la réalité eiteme par des raisonnements, il tombe sur l'écueil du dogmatisme, qu'il semble mfime ne pas connaître, depuis un siècle pourtant que la Critique de la raison pure Ta signalé. Dira-t-on qu'il évite le paralogisme ordinaire des doctrines transcendantes et de la méthode de Tévidence des idées, en ce qu'il ne demande pas la vérité à la conscience directement, ou proprement, mais bien en tant que la vérité est, dans la conscience, Tœuvre et en quelque sorte le résidu des expériences faites et de leurs témoignages dans la série des êtres tout le long de laquelle s'est formé l'esprit durant révolution du monde ? Il est vrai que,, par ce détour, dont il s'est avisé le premier (1), il a obtenu le double résultat : 1* de remettre à Vobjet luimême le soin de constituer par une constante représentation empirique les idées objectives^ en quoi faisant, l'objet ne manquerait pas de se les rendre conformes et fidèles; 2^ de n'accorder sa foi qu'aux données intellectuelles et, au fond, empiriques de la conscience, à l'entière exclusion de ses éléments ou fondamentalement rationnels ou moraux. Mais, de cette manière, au premier paralogisme, M. S. ne peut qu'en ajouter un second; car l'hypothèse qui transporte de la loi propre de la conscience à l'expérience externe l'établissement des idées auxquelles il entend se fier, est une œuvre de la conscience du philosophe, un cercle vicieux, s'il veut la faire servir à augmenter la garantie de véracité de ces idées. Descartes tirait
(1) a J*ti confondu, dit quelque part Stuart MiU, les deux idées de Térité première et de vérité d'intuition, que personne, que je sache, n'avait distinguées avant M. Spencer; et, en conséquence J'avais identifié sa théorie avec celle de l'école intuitive ; Je vois que je m'étais trompé, mais je crois que ces deux systèmes peuvent être réfutés par les mêmes arguments, et que leur différence, bien que très importante pour la psychologie, ne Test pas pour le critérium de la vérité. » (la pMlosaphie de HamiUon par J.-5. MiU, trad. de H. Gazelles, note de la p. 170-1).
Stuart Util entend par li, et il résulte clairement de son texte que, quelque origine ou cause qu'on attribue aux idées et croyances regardées comme inébranlables et par là certaines (soit qu'on les tienne pour des produits de l'expérience des ancêtres en vertu des lois du développement de rorganîMtion, ou comme inhérentes par sa nature à l'esprit qui ne saurait les bannir), c'est toujours essentiellement à l'impossibilité actuelle de les nier, qu'on s'en rapporte pour juger de leur validité. < Le caractère sur lequel tous décident qu'une croyance est une intuition originelle de l'esprit » (tous, et, avec ces intuitionistes, ceux qui tiennent pour une évidence progressivement acquise), « c'est la nécessité de la penser. La preuve... c'est i'tmpofsidilit4 de nous en défaire, aujourd'hui. Ce raisonnement, appliqué aux questions controversées de la psychologie est doublement illégitime... Le fait même que la question est en litige réfute l'impossibilité qu'on met en avant. Ceux contre qui on est obligé de défendre cette croyance sont des exemples palpables que cette croyance n'est pu nécessaire. Elle peut être nécessaire pour ceux qui la croient telle : personnellement, ils peuvent être incapables de ne pas l'admettre* Hais quand même cette incapacité s'étendrait à toute l'humanité, elle pourrait bien n'être que l'effet d'une forte association... L'histoire de la science est pleine dlnconcevabilités qui ont été conquises, et de prétendues vérités nécessaires qu'on a d'abord cessé de croire nécessaires, puis de croire vraies, pois enfin qu^on a jugées impossibles. » (Ibid., p. 171-2.)
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de la. conscience la preuve de l'être parfait, en regardant un tel Atre comme la seule cause posûble deTidée qu'il y trouvait inscrite de la perfection. Si, par une induction semblable, on cherche dans l'effet la preuve de la cause, en prenant cette fois pour la cause une évolution de la nature, qui aurait mis en nous graduellement les idées par lesquelles à son tour nous la connaissons, on surcharge le postulat mental et direct d*une hypothèse physique, on en double ainsi l'infirmité logique et on en détruit toute la valeur morale. Rirouvieb.
(A suivrej