IL -— LB NUMSN TITAL, OU LA NOTION ABSTRAITE DE FORGE DITINB
BANS LE TITAUSME RELIOIEUX.
Les termes tç et (iiivo< ne sont pas appliqués seulement, dans Tlliade, aux objets matériels; ils le sont aussi aux êtres animés et aux personnes, de la même façon abstraite et générale. Cependant Homère semble préférer, en ce cas, le mot piy\. Nous trouvons dans l'Iliade la c xparep^j Xç > d^Ulysse, le « [thoç » d'Âgamemnon (1), la « piyi » de Priam, de Diomède, d*Hèraclè8, d'Etéocte, d'Iphiclès (2). Les traducteurs d'Homôre en usent librement avec ces diverses locutions, traitées ordinairement de « périphrases poétiques » , c'est-à-dire de chevilles , ou peu s'en faut. Elles se rapportent cependant à une conception métaphysique commune à toute la race indo-européenne; nous la constatons dans le sanscrit ishiram manas, appliqué au principe dMn et permanent de la personnalité humaine; c'est, mot pour mot, le Upèv (a^oç d'Aicinoûs, dans l'Odyssée (3). De ce germe est sortie toute la doctrine de la spiritualité et de Timmortalité de l'ftme.
Le numen vital a des points de ressemblance avec le numen physique : car il se manifeste par des mouvements corporels, et par des actions variées sur les objets extérieurs. Ce qui le distingue, c'est qu'il est centre de vie et de pensée. La conscience de nos actes, de nos désirs, de nos hésitations , de nos volontés , nous permet d'abstraire de la totalité de notre être, un principe de sentiment, d'intelligence et d'action. C'est ce qu'Homère appelle, avec plus ou moins de précision, <]/ux^ (^'^)' ^H^^ (^°^" pulsion passionnelle), v^oç (réflexion), CoiAi (résolution). Les phénomènes instinctifs ou sensi-réflexes dominent tellement l'homme des premiers ftges, qu'il se croit presque toujours animé ou déterminé par une force qui ne serait pas lui, et que, naturellement, il divinise (4).
Le témoignage le plus frappant de cette conception est tiré des idées sur les morts, et des honneurs ou devoirs religieux qui leur sont rendus. La cohésion organique est le résultat d'une force mystérieuse. La mort ne
(1) n.,XXm, 720. - XI, 268.
(2) n., m, 105; V, 781; H, 658 et XVIH, 117; IV, 386. — Od., XI, 290.
(3) Od., VII, 167. Cf. IL 409 : Up^ tç Tv)Xe(Aaxoto. Cf. Kûhn, ZeiUehrift... S. II, 274. Bergk, Gtîeeh. Littenturgeschichte, I, p. 328 sq.
(4) L'idée dn oumen physique oe peut même 6tre, éyidemment, que celle da numen vital objectivée, c'est-à-dire transportée du monde interne an monde externe. Qutnt à lldée dn Bomen vital, on psychique , elle n'est due qu'au sens intime. Lors donc que M. Bergk écrit : « Les formules Upèv [uhoç 'A^bctv&io, Upjj tç Tv)Xe(i.d[xoto ont été transportées des dieux aux iMNBmet, » cela peut être vrai logiquement : mais psychologiquement, c'est l'inverse. Il est très nra qne ces formules soient suivies d'un nom de divinité au génitif, par ce qu'en pareil cas il y aurait une sorte fie tautologie on de double emploi.
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détruit pas les éléments corporels , elle les dissout. Si le corps est abandonné à lai-même^ il devient « terre et eau; » la crémation le transforme en feu et en cendres. Ainsi, de toute façon, la substance et la forme matérielles disparaissent. Mais le souffle, l'air vital, qu'on ne peut ni voir ni toucher pendant la vie, n'échappe- t-il pas à la mort? Il n'a pas de forme; il ne seml>le avoir ni poids, ni substance : pourquoi donc ne survivrait-il pas ? qu'est-ce qui prouve qu'il soit mort ? Non , l'éther ne l'absorbe pas comme les trois autres éléments ont absorbé le cadavre. Le soufQe humain vit dans les airs, il conserve son ancienne nature ; il regrette d'abord d'être séparé des organes qu'il aimait et dirigeait à son gré; mais lorsque ces organes se désagrègent, lorsqu'ils tombent en pourriture, ce regret de la ^x^ se change en horreur et en dégoût : c'est une délivrance et une consolation pour elle^ que leur entière destruction (1).
Il n'est rien, absolument rien, qui puisse inspirer aux Grecs d'Homère le moindre doute sur l'immortalité de la ^x^- Notez que les corps des dieux n'échappent ni aux souffrances, ni aux blessures ; il est vrai que l'on n'en voit point succomber : mais à deux reprises, il est question de la mort éventuelle d'Ârès, en ces termes : « Ares aurait été tué, si... ». L'immortalité des dieux est donc celle de l'&me, et non celle du corps : et cet attribut, qui dan; la plupart des cas leur paraît essentiel, dérive plutôt de la croyance vitaliste, que du naturalisme primitif.
L'idée d'un numen vital n'implique pas une doctrine arrêtée de la vie future. Elle se rattache à l'observation de ce qui se passe au moment de la mort, lorsque s'envole le souffle qui pendant la vie allait et venait à l'intérieur des organes, tel qu'un maître vigilant dans sa demeure. Quant à l'idée que ce principe de vie ne meurt pas , elle est due à l'instinct de la conservation, et à la révolte de cet instinct contre la certitude de notre condition mortelle : il est vrai qu'à ce sentiment égoïste s'ajoutent le regret affectueux, le souvenir douloureux de ceux qui nous touchant de près dans la vie nous ont précédés dans la tombe ; mais l'égoïsme finit par reprendre le dessus, avec l'ennui ou la fatigue d'un deuil prolongé. D'autre part, à qui s'adressent nos larmes et nos lamentations? A celui qui n'est plus, et non à sa dépouille. Le mort emporte avec lui notre cœur; le cadavre répugne à nos sens : il est froid, rigide, verdfltre, puant; bientdt il devient le théfttre et l'aliment d'une horrible vie, qui n'a plus rien d'humain. Ce « je ne sais quoi , qui n'a de nom dans aucune langue » les Oreos d'Homère en ont la sensation très vive et très profonde. Poul* eux aussi , la mort est innommable (Su(nivo{Aoc) ; ils Rappellent le sommeil d^airain (2).
(1) U., VIII, 124 : Xu6n ^x^h YIU, 315 : XuÔv) jiivoc; VII, 99: "^Tfitto mi fM y^vom^i « Cf. XXVIV, 54.
DE « FOBGB DIVINE » DANS l'iLIÀDE. 195
Les morts sont « les malades, les épuisés » (1) ; à la place du mot propre mourir^ Homère dit « souffrir quelque chose, » ou « partir > (2). Ces euphémismeSy et d'autres semblables, ne sont point du reste particuliers aux Grecs; ils se rencontrent à tous les ftges et dans tous les langages humains.
Le culte des morts est déjà réglé dans TUiade. Tout d'abord, on leur forme les yeux» et ce pieux usage s'est conservé à travers les si&les. Mais A dtt notre temps» un assassin fermait les yeux à sa victime, cet acte serait regardé comme la plus indigne dérision. Tel n'est pas le sentiment des Grecs» Agamemnon reproche à Glytemnestre de ne pas lui avoir fermé la bouche et abaissé les paupières » après qu'elle l'eut immolé. — La crémation» coutume d'origine pastorale (3) d'après Jacob Grimm» a certains rites desquels il n'est pas permis de s'écarter (4). Le corps est placé au centre d*nn bûcher et enveloppé d'une couche de graisse afin de faciliter la combustion* Pendant qu'il brûle, les assistants font des libations; c'est avec du vin qu'on achève d'éteindre le feu. Les restes calcinés sont mis dans une urne, et cette urne dans un sépulcre dont une stèle (pierre droite) marque la place; plus tard, on gravera sur cette stèle l'inscription funéraire; mais avant même l'usage de l'écriture (5), elle est considérée comme un monument élevé à la mémoire étemelle du mort (6)* Outre ces devoirs indispensables» les morts aiment aussi les sacrifices, les thrènes ou lamentations, les repas et les jeux funèbres.
Toutes ces cérémonies n'auraient eu aucun sens, aucun motif raison nable, si la survivance du principe vital n'avait été admise. Mais comme oetU opinion est instinctive» et non philosophique, comme elle a contre elle l'expérience, et pour elle le sentiment, il faut» pour que rien ne vienne la heurier» que le cadavre disparaisse (7). Les vivants ne veulent pas voir
(1) Of xafx^fiç. ta tradnctioa ordinaire, defuncti^ est justement combatlue par Buttmann (Lexilogiu» II, 237).
(2) Tantôt d*ane façon absolue, tantôt vite une explication, eU 'AtSao (II., XXII» 213) ou xorac x^oç oTxe<^ai (Il-> XXUI, 101).
(3) Les étymologies dah, dap (brûler), se retrouTenl dans 6aiCT0>y Taçoç, qui n'indiquent pins que ridée d'enterrer et de sépulcre. Oh a rapproché aussi aQ{jLa, le cadatre (dans Homère), 4i XikéÊim {htm).
W Wm dis TtfkNBBen dsr Leiohen(Abbandlungi^ d. Berlin. Âcad., 1849).
(5) Cf. le mémoire d'E. Egger (Al. Pierron, Iliade, app. VII).
(6) n., XXIll, 126; XYIU, 434. Cf. Od.» XI, 425; lY, 584.
(7) foeeptioanellemeAt, le corps est préservé de la eorruption ; on bien le béros est ravi par les dieni an moment de la mort| exemple Sarpédon (U., XVl» 666 sq.). Le vers 673 fait peut-être allnsion aux cérémonies de la crémation. Le nom de la Lycie (Aux(t}) rappelle Tidée de lunière et de flamme, et ir(ovi $){fAcp, que l'on traduit par la terre fertile, grasse, avoisine singulièrement ic(ovt 8ir)puj) (Cf. Od., XYII, 241), n la graisse onctueuse. » N'y a-t-il pas là un da ces jeux de mots auxquels tant de mythes doivent leur origine? — Voir d'antres exemples dSM rartide de M. P. Regnaud sur l'Évolution de ridée de briller, etc. (Refue philosophique, 1884» p. 130).
trop longtemps le mort qui ne les voit plus, et que réclame Tinvisible Hadès : c'est pourquoi ils imaginent qu'il a grande hâte qu'on lui ferme les yeux, qu'on le brûle, et qu'on Tensevelisse. C'est pour le contenter qu'ils accomplissent leurs propres désirs. Ensuite, comme ils ne peuvent se représenter une force immatérielle, une vie sans corps, rien ne les empêchera de remplacer dans leur imagination (1) le corps qu'ils ne voient plus par un corps idéal, subtil, d'apparence identique à l'ancienne réalité. C'est l'ombre, l'image du défunt : conception beaucoup moins grossière qu*elle ne semble au premier abord, et sans laquelle, historiquement, on ne voit pas que la doctrine spiritualiste ait pu se produire nulle part. Sommes-nous, à tout prendre, si dégagés de ces illusions nécessaires? La croyance aux esprits, aux revenants, est encore très commune, et il est probable qu'elle ne s'effacera jamais entièrement. D'autre part, les souvenirs réels, visibles et tangibles, les portraits, les lettres de ceux qui ne sont plus, défendent le sentiment humain contre les périls parfois séducteurs de l'hallucination.
II n'est pas seulement question, dans Homère, des ombres ou idoles des morts. Énée est vivant, lorsque Apollon lance sur le champ de bataille un fantôme (et&oXov) qui lui ressemble de tout point (2). Les prétendants de rodyssée sont vivants, lorsque Théoclymène, qui présage le terrible dénouement, voit leurs ombres remplir le vestibule (3). Le séjour infernal n'est pas une froide nécropole : c'est l'endroit où circulent, avec toutes les apparences de la vie, les ombres légères et impalpables. Laissez-vous aller à quelque triste et mobile rêverie; repassez dans votre esprit, sans vous arrêter, les images de tous ceux dont la mort vous a touché, ou dont la mémoire vous est connue; abdiquez, s'il est possible, toute réflexion critique, toute attention particulière, toute appréciation morale : et vous verrez peut-être, comme dans le brouillard d'un songe, poindre et s'évanouir l'enfer primitif.
Le corps de Patrocle n'est pas encore livré aux flammes, il est encore là, inerte et sanglant; et cependant Achille voit en songe l'image vivante de son ami. Toute grande affection se veut et se proclame immortelle : c Lors même, dit Achille, que dans les enfers on oublierait ceux qui sont morts, là encore je me souviendrai, moi, de mon cher compagnon (4) » . Mais que sait Achille de la vie future ? Ce qu'il en voit en songe. L'ombre de Patrocle s'est présentée à lui, afin de lui rappeler qu'elle souffre. Il a voulu l'embrasser^ mais en vain, et tout à coup il s'est réveillé. Cette vision l'a
(1) lvad(XXs96ai (Od., XIX, 224).
(2) II., V, 449 «q.
(3) Od., XX, 355.
(4) n., XXII, 389-390.
DB c FORCE DIVINS » DANS l'iLIADB. 197
frappé comme une réalité : il n'en fait pas la critique, il ne suppose pas un moment qu'elle n'est qu'un effet naturel de sa poignante douleur : « Il y a donc encore, se dit-il, même dans le séjour invisible, une âme et une forme qui subsistent : mais cette forme est vide d'organes. En effet durant toute la nuit, l'ombre de mon pauvre Patrocle s^est tenue au-dessus de mon lit, pleurante et gémissante, et elle m'a ordonné ce qu'il fallait faire : or elle lui ressemblait merveilleusement (1). » Telle est, dans riliade, toute la philosophie de la vie future. Achille ne se demande pas comment les morts peuvent se mouvoir, pleurer, parler, sans corps et sans organes : il aime mieux croire que douter. Dans TOdyssée, le sens critique est déjà plus éveillé, tant à l'égard de la vie d'outre-tombe, qu'à l'égard des 80Dges(2).Lesombre8n'abordent Ulysse etne conversent avec lui qu'après avoir bu le sang qu'il leur a préparé (3). Sur rintelligence et sur la faculté de parole des ombres, quelques doutes ont donc surgi : mais l'esprit est toujours dupe de leur apparition. C'est que l'illusion des formes est plus fréquente et plus durable, dans le sommeil, que celle des sons. Aussi les songes trompeurs sortent de la porte d'ivoire, c'est-à-dire de « la barrière des dents ; » et les songes véridiques de la porte de corne, c'est-à-dire de la cornée oculaire (4).
Si les âmes des morts pouvaient à leur gré changer de forme, elles se rapprocheraient fort de la nature des dieux anthropiques. Mais de même que la vie est inséparable du corps qu'elle anime, de même la ^x^ est unie indissolublement à son st&oXov. Les Grecs du temps d'Homère n'ont donc jamais tiré du séjour infernal de nouveaux dieux ; comment cette idée leur serait-elle venue, puisqu'ils regardaient la condition des morts comme beaucoup plus triste et plus basse que celle des vivants? Loin d'en faire des bienheureux, ils leur attribuent tous les sentiments et toutes les idées qu'éveillent chez les vivants l'idée de la mort et le souvenir des morts. Les quelques apothéoses auxquelles Homère fait allusion, celles de Ganymède, de Castor et PoUux, de Leucothea, de Glitos, ne donnent jamais à supposer
(1) II., XXIII, 103 8q.
(2) Toatefois les ressemblances entre l'Iliade et l'Odyssée sont frappantes. Gomme l'ombre de Patroeie, les morts évoqués par Ulysse poussent des cris funèbres et se lamentent. Patrocle échappait à l'amitié d'Achille : Ulysse essaie en vain, par trois fois, d'embrasser sa mère Anticlée, 4)oi l'envoie « comme un songe » (Od., XI, 206). A plus d'un égard, la Nsxuia n'est que le songe d'Achille amplifié et diversifié.
(3) Od.,XI, 114, sq., 404sq.,495sq. Cependant Ajax se tient à l'écart, toujours irrité contre Ulysae. Il l'a donc reconnu, bien qu'il n'ait pas touché au sang? N'exigeons pas d'Homère la précision et le dogmatisme de Dante. Les opinions primitives sur les ombres sont elles-mêmes des ombres insaisissables : elles n'en sont que plus conformes à la nature.
(4) Od., XIX, 560 sq. Peut-être aussi ce mythe se rapporte-t-il au faitque l'ivoire est plusopaque que la corne, et qu'ainsi on ne peut voir à travers (o3Xoç élveipoç, souge épais). Il y a enfin une explication philologique par jeu de mot. (Cf. Bouché-Leclercq, Hist. de la Divination, t. I, p. 294-295). — Cf. Od., XIX, 211, à l'appui de notre idée.
que rhomme divinisé ait passé par la condition d'ombre infernale on de fantôme. Le personnage d'Héraclès, dans TOdyssée, fait seul exception . Il est dit que son esprit et son image demeurent avec les morts; mais que lui-même a sa place sur l'Olympe, avec les dieux (1). Parmi les critiques, 1 es uns admettent pour ce passage une interprétation allégorique ; les autres le déclarent interpolé, ce qui supprime évidemment toute difficulté (2). Fût-il contraire à tout ce qu'Homère raconte des enfers , ce ne serait pas une raison suffisante pour le rejeter : car, encore une fois, nous n'avons pas afTaire à un corps de doctrine. Mais n'avons-nous pas vu le fantdme d'Énée, du vivantd'Énée, faire illusion à Diomède?Le dédoublement d'Hercule divinisé, c'est-à-dire doué d'une vie supérieure après sa mort, n'est ni plus ni moins merveilleux que le dédoublement d'un héros vivant en chair et en os (3). Notons, dans le même ordre d'idées, que ceux qui habitent l'Elysée avec Ménélas, ne sont appelés ni etSu>X(x, ni ^u^af» ni vixueç, mais
o[vôpa>7rot (4).
Le principe vital qui survit à la mort n'est plus, dans son enveloppe impalpable, qu'un numen misérable, débile et errant, de tout point indigne d'être assimilé à un dieu. C'est dans l'homme vivant, pensant et agissant, que se montre une force vraiment divine. Sur ce point, la doctrine homérique est l'inverse de la doctrine chrétienne. Celle-ci voit dans le corps une entrave, une prison de l'âme; celle-là le considère comme le théâtre et l'instrument d'un dieu intérieur, particulier à chaque individu.
Le premier témoignage de cette opinion est l'anthropomorphisme. Les dieux n'auraient jamais pu être assimilés aux honunes , si les hommes n'avaient été assimilés aux dieux, non pas sans doute à tout propos, et sans distinction aucune, mais tout au moins lorsque leurs qualités de force, de courage, de prudence, éveillaient l'idée d'une inspiration divine. En effet, si d'une part Homère revêt ses dieux de la forme de héros vivants, d'autre part il compare ces mêmes héros à des dieux, soit d'une façon générale , comme par les épithètes $?oc, laoOeoc, Ô6o£tSi{c, 6eos(xeXo<, soit au moyen de rapprochements spécifiés entre Ulysse et< Zeus (5), Hélène et Artémis (6), Agamemnon et Zeus, Ares et Postdon tout à la fois (7). Hector n'est pas seulement comparé à Posidon par une sorte d'emphase, il lui
(1) Od., Xï, 601-603. Cf. II., I, 3-4.
(2) God. Hermann, Op., II, p. 170. — Schœmann, Op. acad., II, p. 59, note 96.
(3) Chez les anciens Egyptiens, des idées analogues sont rendues par les mots bfl! (4^^V}) et kt , (( le double )) (efScoXov). Gf.Maspero, Conférence sur l'histoire des flmes dans l'Egypte ancieniie (Bull, de l'Assoe. scientif. de France, n» 594). Cranz les a aussi constatées chei les Grofinlandais (Hist. du Groenland, I, 257). Cf. Dante, Purgatoire, chant 25.
(4) Od., IV, 565.
(6) Od., IV, 122.