II., XV
DB « FORCE OlVmS » DINS L*IL1ADB. 269
Apollon le remet sur pied et lui rend sa vigueur (1). Quelles que soient, dans tous ces exemples, les figures matérielles employées par le poète, il est tout aussi éloigné de ranthropomorphisme proprement dit, qu'un orateur chrétien parlant du doigt ou de Tœil de Dieu. Je sais bien qu'il existe, depuis l'antiquité môme, une certaine théorie de la réticence homérique, d'après laquelle Homàre ne dirait pas tout, mais exigerait, en plus d'un cas, un commentaire explicatif. Mais cette théorie, fort commode pour lui faire dire ce que l'on veut, n'est aucunement applicable aux passages qui précèdent, et qui seraient faibles et languissants, si l'on s'avisait de développer ces interventions rapides comme l'éclair. Les Grecs attribuaient à quelque dieu, nommé ou innommé, ces événements que nous appelons fortuits, parce que leur cause est obscure, et qu'ils contrarient l'attente ou qu'ils déroutent la prudence humaines. C'est à peine si dans la personne de Zeus se dessinent les premiers linéaments d'une providence supérieure. Chaque homme veut avoir sa providence à lui, son dieu protecteur : l'hostilité des hommes entre eux produit l'antagonisme des dieux.
L'immatérialité des relations entre dieux et hommes est souvent exprimée sans ambages. Jupiter dompte Âjax non par la force de son bras, ou par celle de son fouet, mais par celle de son esprit (v(S(p] (2). Lorsqu'il incline la tête pour dire oui, ce léger mouvement est suivi de résultats si soudains et si terribles, qu'il ne peut en être regardé comme la cause physique : c'est le signe intermédiaire que l'imagination place entre la puissance suprême et l'exécution immédiate. Il n'est pas inutile de faire observer ici que le mot « veusiv > et le mot c numen > se rapportent à la même racine (3). — De leur c6té, les hommes n'ont pas besoin de remuer la langue et d'émettre des paroles pour faire savoir aux dieux ce qu'ils souhaitent: les Âchéens connaissent la prière mentale (4). Enfin, de toutes les comparaisons dont Homère s'est servi pour peindre la rapidité des dieux, il n'en est pas de plus belle ni de plus significative que celle qu'il emprunte à la pensée humaine (5).
Est-il certains actes que les dieux ne puissent exécuter qu'au moyen d'organes corporels ? En est-il d'autres qu'ils peuvent accomplir de loin, sans s'incarner ? — Non, les critiques qui ont poursuivi cette classification
(1) II., VII, 272; VIIÏ, 311. Cf. V, 23, 118. IX, 183. VI, 437. - Od., XIV, 310 «q. XVI, 363 sq. Cf. G. Hermann, Op. V, p. 52 sq. (De interpolationibus Homeri). Schœmann, Op., II, p. 214 sq. et note 20 (De Hécate Hesiodea).