XVI
(3) Cf. 6. Curtins, ouv. cité, n« 442. Peut-être y a-t-il anui quelque rapport entre fvtov (It nuque) et t;, la force. Cf Dœderlein, ouv. cité, n« 864. IL, V, 73. XIV, 495.
(4) «., VII, i94-[195].
(5) Souhait ou souvenir, suivant que Ton accepte la leçon elviv^ ou la leçon iJTiv. (H-i XV, 80.)
ont fait fausse route. Mais si Ton considàre, non plus les actes, mais les acteurs^ on constate aisément que les dieux les plus puissants, Zeus, Apollon, Âtbènà, Hèra^ sont aussi ceux qui se passent le plus de corps pour
agir.
Sur le champ de bataille, les dieux sont plus forts que les hommes : toutefois Diomède, Achille, font reculer Ares, Aphrodite. Les dieux comme les héros poussent le cri de guerre, attaquent, se replient, se fatiguent, se font blesser. En quoi donc diffèrent-ils des hommes? Par leur action directe sur l'esprit et sur la volonté des hommes, en un mot par leur numen moral. Voici Hèra qui inspire à Achille l'idée de convoquer les Grecs; elle n'a besoin ni d'une entrevue personnelle, ni d'un truchement, ni d'un messager pour lui donner cet excellent conseil (1). Voici au contraire Athènè qui au moment où Achille se jette sur Agamennon, l'arrête, le morigène, sans que personne des Grecs, sauf Achille, la voie ou l'entende. Le poète, ici^ nous fait part de l'entretien du héros et de la déesse. Il construit, de très bonne foi, un petit drame par lequel il explique comment le courroux d'Achille cède à la réflexion : ce qui, dans la situation des deux rivaux, a été nécessairement instantané, et en tout cas beaucoup moins long que le discours d' Athènè et la réponse d'Achille (2). Il est difficile d'imaginer qu'Achille ait tenu son glaive élevé et menaçant pendant tout le temps matériel qu'il faut au poète, pour nous transmettre les paroles prononcées de part et d'autre. — Le second chant de Tlliade montre parfaitement le caractère intime, mental, des conseils d' Athènè. Agamemnon vient d'ordonner aux Achéens de renoncer au siège de Troie, et de se préparer au retour : Ulysse soupçonne bien quelque piège, de la part du roi des rois ; il hésite, il ne sait que dire ni que faire : enfin Pallas le pousse dans la bonne voie, qui est de ne pas prendre au sérieux les ordres d'Agamemnon. Mais cette voie, ne s'y était-il pas déjà engagé de luimême ? Dans le cinquième chant, Ulysse se demande s'il vengera Tlépolème sur la personne de son meurtrier Sarpédon, ou s'il frappera au hasard dans la foule des Lyciens : Pallas lui fait prendre ce dernier parti (3). Elle intervient aussi discrètement dans le huitième et dans le dixième chant (4) ; elle se déclare même satisfaite, si elle peut continuer à donner de bons conseils à ses héros favoris (5). De même, Posidon prend la voix de Thoas sans en prendre la forme, et il exhorte les Grecs en paroles, bien plus qu'il ne les secourt en fait (6). — Inversement, lorsque les dieux ont
(1) lu 1, 55.