‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 59 sur 144 · DE « FORCE DIVINE » DANS L ILIADE · texte numérisé non relu

DE « FORCE DIVINE » DANS L ILIADE

physique qu'ils contiennent, de même par leurs caractères psychiques^ ils lie sont nullement renfermés dans les limites de leur numen moral. lis ne peuvent pas être assimilés à des facultés de Tftme, à des instincts, à des passions. Lieurs actes ne sont pas déterminés par une nature exclusive; et leurs noms, comme ceux des héros, ont plus d'une épithète. Pallas aime la guerre : mais elle se platt aussi à diriger les travaux du gynécée. De même que Pftris, l'efféminé, a contre Ménélas un éclair de courage, de même Aphrodite, c la déesse sans force, » combat pour ses cbers Troyens. Elle reçoit une légère blessure qui lui arrache des cris déchirants : et lorsqu'elle va se plaindre à Zeus, celui-ci, après l'avoir consolée, l'avertit de ne plus sortir de son caractère : « Ma pauvre enfant, les combats ne sont point ton affaire : mêle-toi des amours et des mariages » (1).

Les dieux ne se piquent donc pas d'une logique rigoureuse dans leurs sentiments ou dans leur conduite. C'est pourquoi ils sont des dieux vivants, et non des abstractions parlantes ou agissantes. Sans lutte mentale, sans contradiction morale, point de vie. Un misanthrope qui n'aimerait pas Géllmène ne causerait pas plus d'impression qu'une belle figure de géométrie.

Toutefois, si Vuniti morale n'est pas dans la nature, VantUhèse morale n'y est pas davantage, du moins à l'état continu. Un caractère formé est comparable à une force vive, de qui l'énergie est diminuée ou augmentée, la direction dérangée ou accusée par tous les accidents du milieu qu'elle traverse. Il n'est pas possible qu'un brave n'ait jamais eu peur; et l'on voit une certaine espèce de crainte donner à ceux qui la ressentent un courage qui les étonne eux-mêmes.

Malgré les poètes, malgré les vrais observateurs, l'esprit humain, toujours en quête de la loi, de la classification logique, s'applique l'une et l'autre à lui-même, bien qu'il y échappe à tout moment. Les hommes ont leur génie : les dieux ont aussi le leur. Apollon aime la musique, Hèra se plait au milieu des disputes et des querelles des dieux (2). Lorsque Zeus se lamente sur le destin réservé à son fils Sarpédon, et qu'il semble vouloir le sauver, Hèra l'avertit que sa puissance a des bornes, qu'il n'a pas le droit de transgresser sa propre loi, ni de faire un miracle en donnant à un mortel l'immortalité (3). Ces idées ou ces passions dominantes en chaque dieu sont comme les démons intimes auxquels cède ou résiste la volonté humaine. Elles sont définies par leurs noms ; elles font agir les dieux,

(2) II., XXI, 513. Hèra se conduit avec Zens eomme Télhys avec rOcèan : rorigine de ees deux types de divinités querellenses est dans les monvements désordonnés de l'air et des

(3) n., XTl, 44O4

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elles participent donc, elles aussi, à la nature divine. Mais elles ne sont pas libres, elles sont très déterminées, puisqu'elles déterminent. Elles résultent de l'analyse psychologique, mais elles n'ont plus rien du numen moral. Personnifiées par analogie, elle ne sont et ne peuvent être des personnes : leur numen est nominal^ ce sont des êtres de raison (1). (il suivre.) H. Monin.

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