‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 7 sur 144 · LA MORALE GRITIGISTB ET LA CRITIQUE DE M. A. FOUILLÉE · texte numérisé non relu

LA MORALE GRITIGISTB ET LA CRITIQUE DE M. A. FOUILLÉE

rindifférence et à rindélermination du jugement, de l'intelligence et de la passion ». — Nous voici revenus à la question du libre arbitre :

« Car, dit M. F.^ M. R. croit échapper à la liberté d'indifférence en la transportant dans le jugement même, dans les motifs et les mobiles de nos actes. C'est le clinamm non seulement dans la volonté, mais même dans l'intelligence et le désir; c'est l'intelligence devenue inintelligible et conséquemment inintelligente. Le monde et l'homme sont donc également un poème sans unité. Âristote avait dit pourtant : — L'univers n'est pas une mauvaise tragédie, faite d'épisodes sans lien. — Cette position antiscientifique que, par une évolution nécessaire, le néokantisme a dû prendre, et qui en fait sous ce rapport (il le reconnaîtra lui-même volontiers) une philosophie de réaction contre l'esprit du siècle, nous semble la réfutation de la doctrine par elle-même ». — Il y a une équivoque et un sophisme, très habilement dissimulés, j'en conviens, mais que je vais faire ressortir avec la dernière clarté, dans ce que M. F. nous dit d'une liberté d'indifférence transportée de la volonté , où la voyaient les anciens libertistes, dans les jugements mêmes et dans les motifs de nos actes. Parlons-nous psychologie? c'est seulement si nous parlons psychologie, que le mot indifférence ajouté au mot liberté peut avoir son sens ordinaire et naturel, en s'appliquant à l'absence de préférence, à la supposition de la neutralité passionnelle du moteur ultime et définitif des décisions mentales. Suivant cette acception des mots, l'indifférence, qui attribuée au vouloir, était déjà une abstraction insoutenable, d'ailleurs réfutée par l'idée même de la moralité, qu'on prétendait sauver ainsi par une fiction, l'indifférence transportée et par conséquent attribuée aux jugements et aux motifs devient une ridicule contradiction, in terminis^ puisque juger et motiver c'est précisément sortir de l'indifférence. Cette acception des mots ne peut donc pas servir à combattre la doctrine criticiste qui, d'accord avec le sentiment commun et la raison pratique, refuse de rompre, dans la délibération et dans l'acte, la synthèse du jugement et de la volonté, de ce qui meut et motive, et des motifs et mobiles eux-mêmes en tant qu'appelés ou maintenus de moment en moment dans la pensée. L'indifférence est incompatible avec la liberté ainsi comprise. Il faut donc trouver un autre sens à l'indifférence : le premier n'aura servi qu'à insinuer une objection qu'on n'aurait pas pu soutenir. Quel est cet autre sens? Évidemment l'indétermination, ou, plus exactement, l'imprédétermination objective des jugements qui, étant inséparables des actes libres, ne sauraient être préderminés et nécessaires en vertu des antécédents et des circonstances, quand ceux-ci ne le sont pas. En ce cas, l'objection se résout en une naïve pétition de principe de la part de celui qui la fait. Il trouve scandaleux qu'il puisse se produire dans le monde des jugements qui n'aient pas des

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