II., V
(7) II., XI, 734. Cf. XIU, 127-128.
(8) Personnifiée dans un seal passage : II, XIU, 337-339.
DE a FOkGE DltlNE » l>ANà L^ILIADE. 349
langue des hommes, tandis que ^A^^ est le nom divin qui les résume, la quintessence réalisée à laquelle ils aboutissent (1).
De même qu'un dieu anthropomorphe se détermine par les différentes figures humaines qu*il revêt, de même un dieu nominal se résout en d'autres noms divins, de signification plus étroite. C'est, sous une forme mystique et généalogique, l'analyse d'une idée. Enyô, la compagne d'Ares, n'est probablement pas autre chose que la clameur guerrière : tandis qu'Ares tient à la main un javelot, chose visible et tangible, elle n'a pas d'autre attribut que « l'aveugle tumulte de la mêlée » (2]. — Eris, la sœur allégorique d'Ares, apparaît lorsque la victoire est disputée avec acharnement de part et d'autre, et qu'elle reste incertaine. Dans la Théomachie, il n'est question de cette déesse que lorsque le combat est engagé entre tous les dieux : c'est qu'auparavant, en l'absence des dieux, Achille était mattre du champ de bataille, et qu'il ne semblait plus possible de disputer aux Grecs la victoire (3). Eris a comme Ares un corps gigantesque; mais elle s'accroît peu à peu, et après avoir rasé la terre, s'élève jusqu'au ciel : rien de plus clair qu'une telle image. Lorsque Ares s'emploie au service des Troyens, contre Pallas qui défend les Grecs, Eris succède en quelque sorte au dieu de la guerre, en tant que personnification de l'égalité du combat (4). Si, au chant onzième, elle donne le signal de la bataille, profère des cris, excite l'ardeur des Grecs (5) , elle ne tarde pas à redevenir ce qu'elle est réellement, c'est-à-dire un nom ; elle ne porte secours à aucun héros en particulier, et lorsque les Grecs l'ont enfin emporté, ce n'est point grftce à elle, mais « par leur propre vertu, i En ce qui la concerne, l'allégorie est voulue et consciente. C'est ce que prouve l'expression analytique « ''Eptç KoXÉfioto (6), » et de plus, deux passages significatifs. Dans le premier, les dieux ont reçu de Jupiter l'ordre d'abandonner leurs alliés respectifs, et de ne plus combattre entre eux. Ils ont tous obéi, sauf Eris. Gela ne veut pas dire qu'elle résiste, elle seule, à la volonté du maître des dieux, mais tout simplement, qu'elle n'est pas de nature à la connaître ou à l'exécuter : du moment que le combat entre les hommes se poursuit, il faut de toute force qu'Eris soit encore dans leurs rangs (7). L'autre passage est celui où Achille s'écrie : « Ah 1 qu'Eris disparaisse donc d'entre les dieux et d'entre les hommes I » Achille ne souhaite pas la mort d'une divinité, mais la fin
(1) Compares les épithètes àXXoicp^coXXoç et Çuv(Sç, appliquées à Ares, et les expressions v^Ti STfpaXxi^ç, vslxoç 6(xouov.
(2) IL, XYIU, 309. V, 593. Cf. X, 523.