W U., XI
(6) U., XVIÎ, 253. Cf. II, 401, 767 ; V, 861.
CD I1.I XI, 73. Cf. IV, 439-441. Il est vrai qu'ailleurs c'est Zeus qui envoie Eris (XI, 3).
350 LA Notion A&stiiAiTË
des discordes dont Eris est le divin symbole. Hésiode analysera cette idée ; il distinguera la bonne et la mauvaise Eris^ l'émulation généreuse, et la discorde jalouse (!}.
Ârès a comme serviteurs Dîmos, Pbobos et Eydœmos. Dtmos est le tremblement, on pour mieux dire la came nominale et mystérieuse qui fait trembler (2). — Pbobos, comme Âristarque l'a noté, n'est jamais la crainte passive, mais la fuite : c'est-à-dire Vagent nominal^ inconnu, qui force le combattant à la fuite (<pu(ot] (3). L'art moderne symboliserait la terreur par ses effets, sous la figure d'une femme pâle et tremblante, par exemple. Homère la symbolise par sa cause ordinaire, et Pbobos est pour lui un guerrier menaçant, fils d'Ares. Pbobos attèle au char de son père les chevaux qui par leur élan impétueux forcent les combattants à s'écarter et à reculer (4). — Le sens propre du mot KuSoifA^c est mal connu (5). Si toutefois on considère que sur le champ de bataille le guerrier ne peut avoir que trois attitudes : trembler sur place (SeTfAo^), s'enfuir {^oç) ou marcher en avant, on pourra conclure avec assez de vraisemblance que Eydœmos est le dieu nominal de l'élan .guerrier, et des cris qui le soutiennent.
Le numen verbal de la Eère, dont il est souvent fait mention dans les scènes de guerre, se rapporte de deux façons à l'idée de division [xdp^w). Le sort mortel qu'elle représente est réparti entre tous les hommes. D'un autre c6té il s'accomplit par les blessures qui lacèrent les membres, qui séparent la vie et le corps. Il y a autant de Kires que de guerriers aux prises. Achille choisit entre les deux Kères ou destinées qui lui sont offertes. Jupiter pèse dans la balance d'or les Kires d'Achille et d'Hector, placées chacune dans un plateeu ; il abandonne Hector, dont la Kère s'est trouvée la plus lourde (6). D'après cela, on comprend pourquoi la Kère figurée sur le bouclier d'Achille traîne avec elle trois hommes, l'un mort, l'autre blessé, le troisième sain et sauf (7). Ce sont les trois conditions possibles du combattant. Peut-être aussi y a-t-il eu quelque confusion entre la Kère et le cœur (t^ x^p) ou la vie individuelle. C'est ce que semble indiquer du moins le titre d'une tragédie d'Ei^chyle, la Psychostasie. D'ailleurs, c'est en raison de l'action épique que la Kère est associée au dieu de la guerre; logiquement, elle se rattache à Zeus par la Mœra, ou encore aux génies qui régissent les destinées individuelles.
(1) CEuYres et jours, 11.
(2) Cf. G. Curlius, n« 268. nœdcrlein, n» 172, n» 176, n» 178,
(3) CL G. Curtius, n'^iOQ. Dœderlein, n"2472. Cf. II., XII, 432; IX, 1-2.
(4) 11., XV, 119, cf. 11,767, etV, 272. Les chevaux sont appelés [AiQ^rcope ^o6oto (auetores fugiendi).
(5) Dœderlein, n*383 et n»384. G. Curtius, n" 57.
(,6) II. XII, 322 sq. — IX, 411, - XXll, 109. C, VIII, 70. (7) II., XVllI, 535-538.
bE a PORâB DiViNE » DANS L^UADË. 35l
Le caractère sacré de ces noms diviDisés s'est effacé avec le temps. Plus la langue s'est fixée et précisée par l'écriture et par les progrès de Tanalyse, plus les dieux nominaux ont vu se réduire la place qu'ils occupaient au début. Mais l'association des idées par les sons devait être très puissante k l'époque des rhapsodes. Ce qui nous semble aujourd'hui un simple rapprochement verbal, une rencontre fortuite de syllabes, n'était pas matière à plaisanterie, mais à réflexion. Avant de jouer agréablement sur les mots, l'homme a été le jouet des mots. Tel détail qui nous fait sourire éveillait chez les Grecs un sentiment de crainte ou de vénération religieuse : par exemple le casque d'Adès (l'invisible) que Pallas se met sur la tète € pour n'être point vue. » Quant à l'art des Aèdes eux-mêmes, ils le tiennent de la Muse. Le poète qui a l'audace de vouloir lutter et rivaliser avec les Muses est brisé par elles comme un instrument inhabile. Le mot qui s'est échappé de c la barrière des dents » a une vie et une énergie propres; le vers célèbre : c Sunt verba et voces, prœtereaque nihil, » est fort éloigné de l'esprit homérique. Si les paroles sont ailées, ce n'est pas comme choses vaines et légères, mais parce que leur passage invisible et rapide a quelque chose de divin : ne pas oublier que les dieux d'Homère ne prennent jamais d'autre forme animale que celle des oiseaux. Aussi Andromaque, regrettant certaines paroles qu'elle a prononcées, n'essaie pas de les retirer : elle souhaite qu'elles s'envolent bien loin de ses propres oreilles (1). C'est aux dieux eux-mêmes que s'adresse Agamemnon afin de rendre vaines les malédictions injustes, injurieuses et téméraires qu'il a proférées contre Ulysse (2). La puissance divine de la parole se nmnifeste encore dans le mythe des Prières, dans les imprécations solennelles, dans les serments (3). La plainte suprême du moribond, sa dernière menace, ses derniers vœux lui survivent. Us sont recueillis par l'Erinnye, qui^ pareille au son de la voix, « traverse les airs en tout sens (4). » La voix divine, la Renommée, est personnifiée par Ossa, que l'Odyssée distingue nettement du message humain (5). De même que le Soleil sait tout, de même Ossa voit, entend et rapporte tout. Enfin le Serment par le Styx oblige Jupiter et les dieux d'une façon irrévocable; c'est une barrière qu'il ne leur est ni permis ni possible de franchir (6).
(1) II., XXH, 454.