‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 81 sur 144 · CONTRIBUTION A LA THÉORIE DE LA VISION · texte numérisé non relu

CONTRIBUTION A LA THÉORIE DE LA VISION

parler plus exactement encore, dans rame, qui, à la suite de l'excitation cérébrale, éprouve quelque chose de tout à fait spécial, la sensation de

couleur.

On constaterait les mêmes faits à propos de la lumière proprement dite : puisque ces sensations sont immédiates et fournies seules par Torgane de la vue, elles constituent, au sens exact du terme, toute la vision. Mais, d*autre part, le nativisme vient de rétablir, elles sont de pures créations de Tftme, c'est-à-dire qu'elles ne nous apprennent rien au sujet du monde extérieur. Nous ne percevons pas plus les corps par la vue que nous ne percevons au moyen de l'ouïe les objets représentés par les mots que nous entendons. Sans doute il me suffit de lever les yeux pour apercevoir ce mur, un corps étendu, ayant une certaine forme ^ placé à une certaine distance et dans une certaine direction. Mais, à ce que soutiennent les empiristes, le raisonnement et les faits montrent que la vue est incapable de nous fournir par elle-même aucune de ces notions. Comment concevoir en effet que Tœil nous fournisse la notion d'étendue ? L'étendue n'est-elle pas formée par une série de points résistants en apparence continus, et seul le mouvement de la main pressant un corps peut nous faire percevoir cette continuité. La figure n'étant que la limite de l'étendue, le même raisonnement nous force à conclure que nous en devons la perception aux sensations tactiles qui nous ont permis de suivre le contour des objets. Quant à la distance, comment l'œil la percevrait-il? Selon la remarque de Berkeley, on peut la représenter par une série de lignes perpendiculaires allant de chaque point de l'objet à l'œil que ces rayons touchent seulement chacun par leur point extrême. La rétine perçoit donc une surface, et la distance est imperceptible par l'œil qui, ne la saisissant pas, est à fortiori incapable de l'apprécier. Le point extrême d'une ligne est toujours identique, qu'elle soit longue ou courte, et la rétine, impressionnée de la même manière dans les deux cas, ne distinguera point une grande d'une petite distance. Une telle estimation n'est possible qu'après de nombreuses inférences faites grâce à l'intervention d'autres sens : « Nous percevons donc c la distance, non pas immédiatement, mais au moyen d'un signe qui n'a « aucune ressemblance avec elle, aucun rapport nécessaire avec elle, et

< qui nous en suggère l'idée après des expériences répétées, absolument

< comme les mots. » Pour situer un corps il faut aussi en déterminer la direction, dont l'idée implique un point fixe auquel on se rapporte et un mouvement allant vers ce point ou en revenant. Or l'œil ne nous donne pas l'idée de mouvement; la rétine est immobile et la perception de couleur est quelque chose de fixe. En un mot et pour résumer les preuves logiques de la doctrine empiriste, les perceptions d'extension (étendue), de figure (longueur, largeur, profondeur), de situation (distance et direction), im-

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