‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 84 sur 144 · CONTRIBUTION A. LA THÉORIB DE LA VISION · texte numérisé non relu

CONTRIBUTION A. LA THÉORIB DE LA VISION

et affective est immédiate; mais la perception est un jugement on représentation supposant le travail de Tesprit qui élabore la présentation sensible; aussi est-elle toujours médiate : elle implique une série complexe de raisonnements; c'est ce qui rend irréductible la dualité de l'intelligence et de la sensibilité. On ne peut donc déclarer acquise telle perception visuelle sous prétexte qu'elle n'est pas primitive : c'est la loi de toute perception. En second lieu, la perception une fois produite, l'habitude l'affine et la développe singulièrement; c'est la part de l'éducation ; si elle se borne, au sens propre du mot, à produire au dehors, à manifester les capacités de l'organe, l'empirisme ne peut considérer comme acquise une perception devenue ainsi actuelle. Autrement la notion de couleur ellemême ne serait plus une notion propre à la vue; en effet, ce n'est que peu a peu, et après de nombreuses comparaisons, que l'enfant discerne les différences d'impression qui caractérisent les diverses couleurs, de manière à s'en souvenir. Il semble donc établi qu'une éducation précédant toujours une perception, les empiristes n'ont pas le droit de soutenir qu'une perception naturelle doit être immédiate.

D'autre part, pourquoi attribuer au sens musculaire et non à la vue les perceptions discutées sous prétexte que nous les devons aux muscles de l'œil et non à la rétine?

Cette casuistique d'un nouveau genre est fort contestable. Elle résulte d'abord d'un cercle vicieux : sans doute si les sensations visuelles se réduisent à celle de lumière et de couleur, comme la rétine en est la condition, elle est l'unique organe de la vue. Mais alors vous prenez pour accordé le point à établir, la question étant précisément de savoir si les sensations rétiniennes sont les seules sensations optiques. Au surplus, quel est le physiologiste ou le psychologue qui, en déclarant l'œil l'organe de la vue, n'entend pas désigner par cette assertion le globe oculaire tout entier? a Les sensations ou éléments mentais de la vue, écrit M. Bain lui-même, a sont en. partie optiques, c'est-à-dire effets de la lumière sur la rétine, et a en partie musculaires, provenant de l'action de divers muscles. » Et d'ailleurs cette distinction n'est qu'une abstraction ; dans la réalité la rétine et les muscles fonctionnent toujours ensemble ; comment pourrait-on les séparer? a II n'y a pas d'exemple, dit Stuart Mill lui-même, d'une per- « sonne née avec le sens de la vue, mais sans celui du toucher et des a muscles; et il ne faudrait rien moins que cela pour nous permettre de a définir avec précision l'étendue et les limites deseonceptionsque la vue a est capable de donner, indépendamment des associations que cesim- <x pressions forment avec celles du sens musculaire. » Et alors comment prétendre établir la part de la rétine et celle des muscles dans la perception visuelle. Une pareille analyse paraît, au moins dans l'état actuel de

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