CONTRIBUTION A LA THÉORIE DS LA VISION
la science, absolument impossible (1)« Ainsi, incapable de fournir la seule preuve eipérimentale qui soit vraiment concluante en faveur de son système, Tempiriste ne peut proposer sa doctrine qu'à titre de simple hypothèse. Enfin, prétendre que les sensations musculaires de l'œil n'appartiennent pas en propre à la vue, c'est abuser de l'analyse, et sous prétexte de réduire la vue à elle seule, détruire toute sensation. Dira-t-on que l'odeur n'est pas la perception propre des membranes pituitaires, le son, celle de l'oreille moyenne, le contact même celle de la main, parce que chacune d'elles a pour conditionun effort au dedans, un mouvement au dehors? Supprimest-les, vous supprimez le sens : ce sera le triomphe de l'analyse. Par conséquent les mouvements du globe oculaire sont la condition même de l'eiercice de la vue, et les perceptions qui en résultent sont des perceptions propres à ce sens. Donnons-en une preuve dernière et décisive : si on admet avec l'empirisme que les perceptions dues aux mouvements de l'œil ne loi sont pas propres, on est forcé de considérer celle de couleur ellemême comme acquise et la vue, en tant que vue, est réduite au néant. En effet, l'achromatisme de l'œil n'est pas absolu : les rayons des différentes couleurs ayant leurs foyers à des distances différentes du cristallin, l'œil pour voir nettement deux couleurs doit, — d'après M. Jamin, — faire un effort parfois très violent. Quand on lit des lettres rouges sur un fond vert clair, on éprouve vite une sorte d'éblouissement causé par la fatigue. Wheatstone a fait beaucoup d'observations sur des dessins verts et rouges couvrant une grande surface; ils paraissent mobiles quand on les regarde fixement, à cause des changements d'état continus de l'œil cherchant à voir nettement les deux couleurs. Ainsi, tout en admettant que beaucoup de perceptions visuelles sont conditionnées par les mouvements du globe, nous n'avons pas à les déclarer acquises; là encore, l'empirisme s'est trompé, parce que, se fiant aux apparences, il n'a pas suffisamment élucidé la nature de la perception, en tant que perception. Toute perception est naturellement médiate, toute perception implique naturellement un effort moteur; les empiristes ne peuvent donc prendre ces deux attributs comme le caractère distinctif des sensibles communs. Nous atteignons maintenant le point capital : la perception dé forme, par
(1) M. Binet croit pourtant (loc. cit.) qu'il existe un moyen de distinguer la part de la aensibilité rétinienne et eelle de la sensibilité muscnlaire dans la perception visnelle, grâce aux propriétés fort curieuses des images accidentelles. Tout en reconnaissant que les expériences faites par M. B. sont fort intéressantes et ses raisonnements très ingénieux, nous ne sommes pleinement convaincu ni par les unes ni par les autres. Est-il prudent d^appnyer toute une théorie sur les propriétés des images consécutives, dont on connaît fort peu la nature, et dont on discute l'origine même après les travaux de Boll et de Knhne? De plus, ces images ne sont-elles pas d'ordinaire fort instables? Peut-on jamais affirmer (p. 120) que Tœil est complètement immobile? Nous sommés donc porté à croire que Tanalyse essayée par M. B. est une tentative fort honorable, mais incomplètement concluante.