‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 9 sur 144 · LÀ MORALE GRITIGISTE ET LA CRITIQUE DE M. A. FOUILLÉS · texte numérisé non relu

LÀ MORALE GRITIGISTE ET LA CRITIQUE DE M. A. FOUILLÉS

seuls (1 ) nous entratnent, selon les criticistes, comme selon Kant lai-mème, à postuler des objets situés en dehors de toute connaissance (2) ; la seule différence entre Kant et M. RI, c'est la place où le mystère (3) est introduit. Kant préfère le monde supralunaire^ M.R. le monde sublunaire. Tous les deux raisonnent comme quelqu'un qui dirait: Une voix m'ordonne impérieusement de rendre un dépôt qui m'a été confié; il est vrai que j'ai beau chercher dans mes souvenirs , je ne me rappelle pas avoir rien reçu, et j'ai beau chercher dans ma caisse, je n'y vois rien avec quoi je puisse payer ma dette, N'importe, je puis payer, puisqu'on me l'ordonne ; je suis libre, puisque j'ai un devoir. Kant ajoute alors : Mon créancieret son prêt appartiennent sans doute au monde intelligible, au septième ciel, par exemple, puisque je ne les vois pas dans ce monde-ci; dès lors, je dois aussi avoir UQ ivésovinUUigible^ une richesse de liberté que je possède sans m'en apercevoir. M. R., lui, replace le créancier invisible et le trésor invisible parmi les phénomènes et se dit: Puisqu'on réclame, quoique je n'aie rien et que je ne me souvienne pas d'avoir rien reçu, payons; au moment d'ouvrir la main pour payer, on ne peut prévoir si je n'aurai pas la main pleine de richesses sorties du néant. »

Cette raillerie a le tort de ne s'appliquer absolument à rien ; la difficulté sedétruit elle-même. Si quelqu'un n'entend pas la voix quiordonne, s'il ne se souvient pas d'avoir reçu, s'il n'a pas pour rendre, eh bien 1 il en est de son libre arbitre et de son devoir comme de son pouvoir : ils n'existent pas, n'en parlons plus. Mais je soutiens, — et c'est aussi le sens de Kant, qui ne rejette pas, que je sache, la reconnaissance et l'accomplissement du devoir dans le a septième ciel» — je soutiens que cette voix existe, et le reste; c'est, si vous voulez mon hypothèse; alors, de quoi vous moquez- vous? Déplus, je parle, et c'est vous-même qui en faites la remarque, d'un cri4Mcier et d'un Irésor qui n'ont plus rien d'invisible, puisque «je replace, dites-vous, le créancier invisible et le trésor invisible parmi les phénomènes. 3» En d'autres termes, sans figure, il s'agit d'un devoir qu'on se reconnaît, et de la liberté et du pouvoir qu'on s'attribue d'accomplir ce devoir; autrement plus de question; que devient en ce cas cette nouvelle plaisanterie tirée d'une ce richesse de liberté i» et d'un capital en main qui devraient sortir du niant? C'est cependant à de terribles extrémités que M. F. se flatte de réduire le criticisme par des arguments de cette force :

< Yoilà, continue-t-il, à quelles extrémités nous entraîne l'impératif ca-

(1) Besoins de la morale est une expression malicieuse qui veut insinuer l'idée d*UD motif de cooserraUoQ politique, au lieu d*un motif, moral lui-même, qui fait sortir le postulat du seii même de la morale et comme son complément naturel.

(2) En dehors de la connaissance, au même titre seulement que toute réalité objective.

(3) Et mystère, dans le même sens que l'existence absolue ou le devenir absolu.

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