UN OUVRAGE RÉCENT SUR L'ALCHIMIE
(Suite.) Les Origines de rAlchlmie« par Jf. Berthelot, 1 vol. grand in-8* (Georges Steinheil).
L'alchimie n'est pas seulement un art pratique; elle n'est pas seulement une science occulte; elle est en outre une philosophie de la nature, c'està-dire une explication rationnelle, une théorie de la formation des corps, des métamorphoses de la matière. « On trouve dans les premiers écrits alchimiques un étrange amalgame de notions d'origine diverses. A côté de descriptions et de recettes purement empiriques, empruntées à la pratique des industries chimiques dans l'antiquité, à côté des imaginations mystiques, d'origine orientale et gnostique, on y rencontre tout un corps de doctrines philosophiques, issues des philosophes grecs, et qui constituent à proprement parler la théorie de la nouvelle science (p. 247). i>
(1) Essais d'un naturaliste transformiste, — Cinquième essaie p. 57*62.
(2) Toyez le numéro 5 de la Critique philosophique.
454 ûM ouYBÀGi BÉGBirr mm L*Ai#oaiiiû.
L'élément ratioDoel et philoeophique de ralehimie a été généralement méconnu. M. B« s'est appliqué et a réussi à le mettre en lumière» on peut dire k le restituer ; et c'est là surtout ce qui fait roriginalité et la valeur de son ouvrage. Les rapprochements qu'il établit et où conduisent les textes mêmes des alchimistes ne laissent aucun doute sur l'origine grecque de leurs théories.
Dans une lettre curieuse, éorite au xi* siècle, par Michel Psellus, et où cet alchimiste se réclame des philosophes grecs, Talchimie apparaît dégagée de tout mysticisme, elle prend une forme et parle un langage vraiment scientifiques. « Tu veux que je te fasse connaître cet art qui réside dans le feu et les fourneaux et qui expose la destruction des matières et la transmutation des natures. Quelques^'Uos croient que c'est là une connaissance d'initié, tenue secrète, qu'ils n'ont pas tenté de ramener à une forme rationnelle; ce que je regarde comme une énormité. Pour moi, j'ai cherché d'abord k connaître les causes et à en tirer une explication rationnelle des faits. Je l'ai cherché dans la nature des quatre éléments, dont tout vient par combinaison et en qui tout retourne par dissolution*. • J'ai vu dans ma jeunesse la racine d'un chône changée en pierre, en conservant ses fibres et toute sa structure, participant ainsi des deux natures (c'est-à-dire du
bois et de la pierre) Ainsi les changements de nature peuvent se faire
naturellement, non en vertu d'une incantation ou d'un miracle, ou d'une formule secrète. Il y a un art de la transmutation. J'ai voulu t'en exposer tous les préceptes et toutes les opérations. La condensation et la raréfaction des matières, leur coloration et leur altération ; ce qui liquéfie le verre, comment Ton fabrique le rubis, l'émeraude; quel procédé naturel amollit toutes les pierres; comment la perle se dissout et s'en va en eau; comment elle se coagule et se forme en sphère; quel est le procédé pour la blanchir; j'ai voulu réduire tout cela aux préceptes de l'art. Mais comme tu ne permets pas que nous nous arrêtions à des choses superflues, tu veux que je me borne à expliquer par quelles matières et à l'aide de quelle science on peut faire de l'or. Tu en veux connaître le secret, non pour avoir de grands trésors, mais pot r pénétrer dans les secrets de la nature : pareil aux anciens philosophes, dont le prince est Platon (p. 249). »
Pour Michel Psellus , la transmutation des natures était fondée sur la théorie des quatre éléments à laquelle avait abouti toute la philosophie naturelle de la Grèce. On sait que les premiers philosophes grecs faisaient venir les divers corps d'un seul principe: Thaïes, de l'eau; Anaximène et Diogène, de l'air; Hippase et Heraclite, du feu* Empédocle ajouta la terre à ces trois principes qui lui parurent premiers à égal titre. Ainsi naquit la doctrine des quatre éléments qui a présidé à toute la chimie jusqu'à la fin du siècle dernier. « Les quatre élémentS| remarque
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M. B.| répondent aux apparences et aax états généraux de la matière (1). La terre est le symbole et le support de l'état solide et de la sécheresse. L'eau, obtenue soit par fusion igoée, soit par dissolution, est le symbole et le support de la liquidité et même du froid. L'air est le symbole et le support de la volatilité et de Tétat gazeux. Le feu^ plus subtil encore, répond à la fois à la notion substantielle du fluide éthéré, support symbolique de la lumière, de la chaleur, de réiectrieité, et à la notion phénoménale du mouvement des dernières praticules des corps (p. 253). »
Les alchimistes considéraient les quatre éléments, non comme fixes, mais comme transformables Tun dans Tautre. fis les désignaient par un seul mot: la t$trasomia, comme pour représenter à la fois Tunité de la matière et ses quatre états généraux. Ils rangeaient les corps en plusieurs classes, selon qu'ils participent plus ou moins de l'un des éléments. Au feu se rattachent les métaux et ce qui résulte de l'art de la coction ; à l'air, les animaux qui y vivent; à l'eau les poissons; à la terre les plantes. Ils attribuaient cette classification à Démocrite, comme le prouve un texte intéressant de Talchimiste Oiympiodore (iy* siècle).
c Le feu, dit Oiympiodore, est le premier agent, celui de l'art tout entier. C'est le premier des quatre éléments. En effet, le langage énigma^ tique des anciens sur les quatre éléments se rapportée l'art. Que ta vertu examine avec soin les quatre livres de Démocrite sur les quatre éléments ; il s'agit de physique.
c II parle tantôt du feu doux, tantôt du feu violent et du charbon et de tout ce qui a besoin de feu ;
« Puis de l'air, de tout ce qui dérive de Tair, des animaux qui vivent
dans Tair;
« Pareillement des eaux, de la bile des poissons, de tout ce qui se pré« pare avec les poissons et l'eau ;
« De même il parle de la terre et de ce qui s'y rattache, les sels, les métaux, les plantes;
c II sépare et classe chacun de ces objets d'après la couleur, les carac^^ tères spécifiques et sexuels, mftie ou femelle (p. 254). »
Dans ce môme texte, Oiympiodore s'en réfère aux conceptions de l'école ionienne. Il rappelle et expose à sa façon la doctrine de Thaïes, celle d'Anaximène, celle d'Heraclite, celle d'Anaximandre. Il déclare que les alchimistes ont c emprunté à ces philosophes le point de départ pour
(i) M. Ghevxeut avait fait depuis longtemps la même observation. Il écrivait» dès 1819, que a les quatre éléments des anciens, l*air, Tean, la terre et le feu, correspondaient aux quatre états d'agrégation des particules matérielles, à savoir : le feu, à Tétatde fluide Impondérable; l'air, à l'éUt de daide ébsUque pondérable; l'eau, k l'éUt liquide; la terre, à Téiat so« lide »•
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construire leur art de la nature ». Il fait remarquer qu'ils ont en général suivi Topinion d'Anaximandre qui mettait le principe des choses dans la matière indéterminée et infinie. Cette matière indéterminée, qui n'est ni Tun ni l'autre des quatre éléments, qui est intermédiaire entre eux, qu'estrce autre chose que la fumée (xktcvoc), intermédiaire entre le chaud et le sec, et la vapeur (otTfAoç), intermédiaire enU^ le chaud et l'humide, la vapeur sublimée que distillent les alambics?
Notons encore les rapports de la philosophie alchimique avec l'école éléatique et avec l'école pythagoricienne. Parménide enseignait que tout est un. De même les alchimistes disent : c Un est le tout; par lui le tout est. 9 Les Pythagoriciens dérivaient tout de l'unité, envisagée comme génératrice des nombres, c'est-à-dire des êtres. L'alchimiste Zosime emploie leurs formules pour exprimer la parfaite fabrication de la poudre de projection. Les éléments avaient pris, aux yeux des Pythagoriciens, une forme géométrique. Ainsi, d'après Philolaûs, la terre est constituée par le cube, le feu par le tétaèdre, l'air par l'octaèdre, l'eau par Ticosaèdre, un cinquième élément, comprenant les autres et leur servant de lien, par le dodécaèdre. Ce cinquième élément est devenu au moyen ftge l'origine de la quintessence des alchimistes.
Mais le rapprochement le plus digne d'attention et qui jette le plus de lumière sur l'élément rationnel de l'alchimie est celui que fait M. B. entre la doctrine alchimique du mercure des philosophes et celle de la matière première, telle qu'elle est exposée dans le Timée de Platon.
Platon admet une matière première, invisible, sans forme, qui n'est ni terre, ni air, ni feu, ni eau, ni corps né de ces éléments, mais qui est le fond commun de toutes les matières différentes. Il faut prendre garde que les quatre éléments, avec lequel est composé le monde, sont les manifestations de cette matière première, les formes qu'elle reçoit, non des principes réels et fixes. Le philosophe s'exprime très nettement sur ce point.
c Plusieurs questions, dit-il, sont à éclaircir sur le feu et les autres corps élémentaires; car il n'est pas facile de dire lequel de ces corps il faut plutôt appeler eau que feu, ou quelle autre dénomination convient plus à l'un d'entre eux qu'à tous ensemble et à chacun en particulier : j'entends de le dire d'une manière certaine et assurée. Gomment nous tirerons-nous nous-mêmes de oette difficulté, et quelles raisons vraisemblables apporterons-nous? D'abord le corps que nous nommons eau, à ce que nous croyons voir, devient, en se condensant, des pierres et de la terre; ce même corps, en se liquéfiant et en se dissolvant, devient du vent et de Tnir; à son tour, l'air condensé et épaissi se change en nuages et en brouil-
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lards, qui, s'épaississant encore davantage, s'écoulent en eau; Teau se change de nouveau en terre et en pierres» de manière que toutes ces choses ont Tair de former un cercle et de s'engendrer les unes les autres. Ainsi, ne paraissant jamais conserver leur nature, comment ne craindrait-on pas d'affirmer avec assurance que Tune est telle chose et non telle autre? Gela n'est pas possible, et il est bien plus sûr de nous exprimer à ce sujet de la manière suivante : ce que nous voyons se transformer sans cesse, comme le feu, nous ne rappellerons pas feu, mais quelque chose qui a l'apparence de feu ; de même Teau, nous ne l'appellerons pas eau, mais quelque chose qui a l'apparence de Peau; et nous n'attribuerons de la fixité à aucune de ces choses, comme lorsque nous nous servons de ces termes ceci, cela: car ce qui ne demeure pas dans le même état échappe aux dénominations telles que ceci^ cela, et à toute autre qui représente les objets comme stables. Il ne faut pas regarder ces choses comme individuelles, mais, en parlant de chacune d'elles et de toutes ensemble, il faut les appeler des apparences qui changent continuellement.. , Quant à ce en quoi chacune de ces choses apparaît et s*évanouit sans cesse, c'est là ce qu'il faut désigner par ces termes : ceà^ cela ; mais il ne faut lui attribuer aucune qualité, quelle qu'elle soit, ni la chaleur, ni la blancheur, ni les qualités contraires, ni celles qui en dérivent. »
Ainsi, selon Platon, on ne peut considérer comme substance que la matière première, indéterminée, dépourvue de forme et de qualité. L'eau, l'air, le feu, la terre, n'en sont que les modes changeants, convertibles l'un dans l'autre. Il explique sa pensée, la rend claire et sensible par des comparaisons.
« Si quelqu'un faisait prendre à un lingot d'or toutes les formes possibles et qu'il ne cessftt pas de remplacer chacune d'elles par toutes les antres, si l'on montraitrune de ces formes et qu'on demandât ce que c'est, la réponse la plus sûre et la plus vraie qu'on pourrait faire, serait de dire que c'est de l'or; mais pour le triangle et toutes les autres figures qu'on y verrait apparaître, il ne faudrait pas leur attribuer l'existence, puisqu'elles changent à mesure qu'elles se produisent... On peut en dire autant de la chose qui reçoit des corps : il faut toujours la désigner de la même manière, puisqu'elle ne dépouille jamais sa nature, et qu'elle admet toutes choses. • . Il faut que ce q ui doit recevoir en soi tous leà genres, soit dépourvu de toute forme, de môme que pour les essences odoriférantes on commence par préparer avec art ce qui doit les rendre telles, en enlevant autant que possible toute odeur aux liquides qui doivent recevoir les parfums; ou de môme que ceux qui entreprennent de faire des empreintes dans une substance molle n'y laissent subsister aucune forme apparente, et l'unissent auparavant, de manière à lui donner le plus grand poli. »
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Il est à remarquer que la comparaison tirée du lingot d'or où Ton voit apparaître et disparaître, successivement remplacées les unes par les autres, diverses figures géométriques, s'applique avec une parfaite exactitude à la matière première et à ses quatre modes généraux. Car Platon, comme les Pythagoriciens, fait résulter de figures géométriques Teau, Tair, le feu et la terre. Dans la matière première apparaissent d'abord les triangles élémentaires, c'est-à-dire les triangles rectangles isocèle et scalène, lesquels for* ment, en se combinant, les quatre solides primordiaux, savoir le tétraèdre du feu, l'octaèdre de Tair, ricosaèdre de Teau et le cube de la terre. Le feu, l'air et l'eau naissent de l'élément scalène, et la terre de l'élément isocèle. D'où cette conséquence, que les 4rois premiers peuvent géométri* quement se transformer l'un dans l'autre, tandis que, seule, la terre, reste à part, parce que jamais des triangles rectangles, unis comme Ton voudra, ne formeront des triangles équilatéraux. Ainsi, pour le fea^ l'air et l'eau, la transmutation n'offre pas de difficulté : elle se réduite une modification très simple de forme géométrique. Cette modification n'est pas possible pour la terre; non que la terre doive nécessairement, d'après les principes de cette cosmologie^ échapper, une fois formée, au transformisme général ; mais, ne pouvant passer de sa forme géométrique à une autre, elle n'est susceptible de transmutation qu'à la condition de perdre d'abord toute forme, c'est-à-dire de revenir à l'état de matière première.
Telle est la philosophie naturelle de Platon. Eh bien, il est facile d'apercevoir la parenté de ces idées cosmologiques avec celles que nous offrent les textes des premiers alchimistes, contemporains et élèves des Néo-platonicièos. Cette filiation est surtout accusée par les écrits de Synésiua et de Stéphanus d'Alexandrie. La matière première y est considérée comme l'âme des choses; elle y devient le mercure des philosophes : l'alchimie s'est emparée de cette notion métaphysique de Platon et, comme le remarque M. B., c l'a en quelque sorte concrétée, par un artifice de métaphysique matérialiste que l'on retrouve dans la philosophie chimique de tous les temps».
€ Les corps, dit Synésius, sont composés de quatre choses... Leurs ma* tières premières sont leurs âmes. De môme que l'artisan façonne le bois pour en faire un siège, ou un char, ou autre chose, et ne fait que modi« fier la matière, sans lui donner autre chose que la forme; de môme que l'airain est façonné en statue, en vase arrondi; ainsi opère notre art, de même le mercure, travaillé par nous, prend toute espèce de formes... Le mercure prend toutes les formes, de môme que la cireettire toute couleur ; ainsi le mercure blanchit tout, attire l'âme de toutes choses ; ... il change toutes les couleurs et subsiste lui-même, tandis qu'elles ne subsistent pas; et même s'il ne subsiste pas en apparence, il demeure contenu dans les
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corps (p. 272). » Remarquons ces comparaisons tirées du bois, de Tairain, de la eiro : elles rappellent celles de Platon.
« Il faut, dit Stépbanus, dépouiller la matière (de ses qualités), en tirer
rftiaei la séparer du corps, pour arriver à la perfection Le cuivre est
comme l'homme : il a uneftme et un corps Quelle est son âme et quel
est son corps? L'flme est la partie la plus subtile, c'est-à-dire l'esprit tinctoriaU Le corps est la chose pesante, matérielle, terrestre et douée d'une ombre... Après une suite de traitements convenables, le cuivre devient sans ombre et meilleur que For... Il faut ext)ulser l'ombre de la matière pour obtenir la nature pure et immaculée... Il faut donc dépouiller la matière, et comment la dépouiller ? Si ce n'est par le remède igné (mercure). Et qu'est-ce que dépouiller? si ce n'est appauvrir, corrompre, dissoudre, mettre à mort et enlever à celui-ci toute sa nature propre et sa grande mobilité^ afin que l'esprit, subsistant et manifestant le principe tinctorial, soit rendu susceptible de se combiner pour accomplir l'opération cherchée (c'est-à-dire la teinture des métaux ou transmutation)... La nature de la matière est à la fois simple et composée... Elle reçoit mille noms, et son essence est une... Les éléments deviennent et se transmutent, parce que les qualités sont contraires, et non les substances (p. 276). »
Cea explications théoriques sont mêlées au récit d'opérations réelles dont la signification est parfois très claire. Ainsi, Stéphanus raconte en langage mystique le combat du cuivre et du mercure. « Le cuivre est blanchi et corrompu par le mercure. Celui-ci est fixé par son union avec le cuivre.«. Le cuivre ne teint pas, mais il reçoit la teinture, et après qu'il l'a reçue» il teint (les autres corps). » Ce qui paratt, selon M. B., se rapporter à la fois et à la formation des alliages métalliques de diverses nuances et à la coloration des verres et émaux par les sels de cuivre, r ésultant de la dissolution préalable du métal.
L'alchimiste s'en réfère aussi aux préparations des Égyptiens et ajoute : c Un aeul genre de pierre peut être fabriqué avec beaucoup de pierres de diverses espèces: c'est ainsi qu'on fabrique les statues, les animaux, les verree, les couleurs (émaux ou verres colorés). »
On voit ici s'unir étroitement l'élément philosophique et l'élément em« pirîque de l'alchimie. La doctrine ionienne et platonicienne de la matière première, une et polymorphe (1), était, pour ainsi dire, appelée par les
(i) L'eau, l*air, U feu des philosophes ioniens n'était qu'une matière première, en ellemèiae imiéUrminét et amorphe, oomme celle de Platon, et, comme celle de Plaioa, siiscep- CiUe de IMIm \m déterminations et de toutes les formes. Chacun de ces philosophes assimilait ■•Kement cette matière première à telle matière déterminée dont l'importance et le rdie dans la natare Tavaient particulièrement frappé : de là le nom qu'il croyait devoir choisir. Ces noms, donnée, en ce premier âge de la philosophie, à Tabsoln du naturalisme ionien, d'après des analogies imaginées, peavent être canaidéréa métaph^aiquement oomme syaon^mea; ils ont
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généralisations nées spontanément des pratiques industrielles. Elle les complétait et les consolidait dans l'esprit, elle leur apportait un fondement rationnel, elle en augmentait la certitude. La spéculation des philosophes et l'industrie des artisans, formées séparément et indépendamment Tune de l'autre, se rejoignaient, se trouvaient d'accord, se fortifiaient mutuellement : la théorie expliquait l'expérience; l'expérience confirmait la théorie. « Nous sommes donc, di^ M. B., ramenés sur le terrain même où nous avait conduits l'étude pratique des métaux égyptiens, de leurs alliages et des pierres brillantes, naturelles et artificielles, rangées à côté des métaux dans une même famille de substances (p. 278). »
Ainsi, l'alchimie se présente sous un triple aspect, empirique, mystique et rationnel. D'abord empirique, elle est devenue, d'une part, mystique et superstitieuse, en contractant alliance avec la magie et l'astrologie, et, d'autre part, philosophique, en s'assimilant les doctrines grecques des quatre éléments et de la matière première.
Les quatre éléments n'étaient pas fixes; on les voyait, comme l'avait dit Platon, se transformer l'un dans l'autre, suivantun processus circulaire qui revient au point de départ; on ne pouvait les tenir pour des principes réellement distincts et irréductibles, pour de vrais éléments; il fallait abandonner cette opinion d'Empédocle, aller au delà des apparences, supposer à Teau, à l'air, au feu et à la terre, un principe commun, une substance commune.
Donc, un fait d'observation : le fait de la mutabilité des éléments prétendus ; une hypothèse impliquée par ce fait d'observation : l'hypothèse d'une matière première, fond commun de ces éléments : voilà sur quoi s'appuyait, par quoi se légitimait théoriquement la pratique des alchimistes ; voilà qui donnait un caractère de rationalité suffisant à leurs recherches et à leurs espérances. La transmutation est possible, disaient-ils, parce que tout corps est composé d'une matière première qui n'a, comme telle, aucune propriété, mais qui est susceptible de les recevoir toutes, et de propriétés qui n'ont rien d'essentiel ni de permanent; parce que la matière première peut être séparée, dépouillée dès propriétés particulières qu'elle manifeste dans les divers corps ; parce qu'il est possible de réduire un corps quelconque à sa matière première, et, par suite, de lui faire perdre les propriétés qu'il possède et de lui en faire acquérir d'autres.
«n effet le même sens métaphysique ; ils font songer à ceux qu*a reçus, au xix* siècle, Tabsola de l'idéalisme allemand. Les premiers (i?au de Thaïes, Air d'Anaximène, Feu d'fléraelite) sont tirés de l'expérience physique, les seconds (Idée de Hegel, Volonté de Schopenhaner) de l'expérience psychologique, pour désigner quelque chose qui est supposé antérieur et supérieur à Texpérience. l\ n*y a donc à tenir compte, pas plus pour les uns que pour les autres, du sens expérimental et phénoménal qu'ils semblent présenter.
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C'est cette conception de la nature, que ralchimie a empruntée à la philosophie grecque^ et qui, par un effet de l'inséparable association des idées, lui a paru s'imposer comme nécessaire. C'est dans cette conception qu'elle a trouvé une base en apparence inébranlable de certitude. M. B. nous explique comment elle s'est approprié cette conception, quelle forme elle lui a donnée, quel parti elle en a tiré.
c Tous les corps de la nature, d'après les adeptes, sont formés par une même matière fondamentale. Pour obtenir un corps déterminé, Tor par exemple le plus parfait des métaux, le plus précieux des biens, il faut prendre des corps analogues, qui en diffèrent seulement par quelque qualité, et éliminer ce qui les particularise; de façon à les réduire à leur ma^ tière première, qui est le mercure des philosophes. Celui-ci peut être tiré du mercure ordinaire, en lui enlevant d'abord la liquidité, c'est-à-dire une eau, un élément fluide et mobile, qui l'empêche d'atteindre la perfection. Il faut aussi le fixer, lui ôter sa volatilité, c'est-à-dire un élément aérien qu'il renferme ; enfin d'aucuns professent, comme le fera plus tard Geber, qu'il faut séparer encore du mercure une terre, un élément terrestre, une scorie grossière, qui s'oppose à sa parfaite atténuation. On opérait de même avec le plomb, avec l'étain ; bref, on cherchait à dépouiller chaque métal de ses propriétés individuelles. Il fallait ôter au plomb sa fusibilité, à rétain son cri particulier, sur lequel Geber insiste beaucoup; le mercure enlève en effet à l'étain son cri, dit aussi Stéphanus.
« La matière première de tous les métaux étant ainsi préparée, je veux dire le mercure des philosophes, il ne restait plus qu'à la teindre par le soufre et l'arsenic; mots sous lesquels on confondait à la fois les sulfures métalliques, divers corps inflammables congénères, et les matières quintessenciées que les philosophes prétendaient en tirer. C'est dans ce sens que les métaux ont été regardés, au temps des Arabes, comme composés de soufre et de mercure. Les teintures d'or et d'argent étaient réputées avoir au fond une même composition. Elles constituaient la pierre philosophale, ou poudre de projection.
« Telle est, je crois, la théorie que Ton peut entrevoir à travers cessymboles et ces obscurités: théorie ea partie tirée d'expériences pratiques, en partie déduite de notions philosophiques.
« En effet, la matière et ses qualités sont conçues comme distinctes, et celles-ci sont enseignées comme des êtres particuliers, que l'on peut ajouter ou taire disparaître. Dans les exposés des adeptes, il règne une triple confusion entre la matière substantielle, telle que nous les concevons aujourd'hui; ses état, solidité, liquidité, volatilité, envisagées comme des substances spéciales, surajoutées et qui seraient même, d'après les Ioniens les vrais éléments des choses; enfin, les phénomènes ou actes manifestés
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par la matièra, sous leur double forme statique et dynamique, tels que la liquéfaction , la yolatilisation, la combustion, actes assimilés eux-mêmes aux éléments (p. 280). > F. Piuon.