‹ Critique philosophique (volume 2)Chapitre 98 sur 144 · LES CONFÉRENCES DE M. ROBERT FLINT SUR LE THÉISME · texte numérisé non relu

LES CONFÉRENCES DE M. ROBERT FLINT SUR LE THÉISME

L*6xpérience directe ne nous apprend rien des atomes, — rien de ce qui est permanent dans la nature. Il nous faut dépasser rexpérience, — dépasser tout témoignage des sens, — pour croire à quelque chose de permanent dans la nature, aussi bien que pour croire à quelque chose de supérieur à la nature. La théorie atomiqne en chimie demande une foi qui s'élève au-dessus de l'expérience, non moins que la théorie théistique en reli* gion (p. 106). >

Mais lors même qu*il y aurait dans la nature un élément permanent, quelque chose qui existe par soi, quelque chose d'étemel, nous aurions encore besoin, pour expliquer l'univers que nous voyons, d*une éternelle intelligence. Les atomes de la matière sont immuables et éternels; soit. Mais ils sont en nombre immense : et l'univers est un système unique, il est caractérisé par une merveilleuse unité dans la variété ; est-il possible d'attribuer à cette multitude innombrable de causes ultimes l'unité de système, d'harmonie, que présente l'univers? Faut-il croire que les atomes ont tenu conseil, qu'ils ont formé un plan, qu'ils ont mis ce plan à exécution ; ou bien, qu'il se sont combinés par hasard et qu'ils ont produit par hasard un univers tel que celui dans lequel nous vivons? Deux hypothèses également absurdes. <c En quelque nombre qu'ils soient, les atomes matériels, quoique étemels et doués de la force mécanique, ne peuvent expliquer Tunité et Tordre de l'univenr; ce n'est donc pas assez de supposer leur existence; il nous faut encore une cause intelligente unique, — un Esprit Suprême, — pour mouvoir, combiner et ajuster les derniers atomes matériels et pour en former un système unique et régu- Uer(p. 108). >

Reste à savoir, après cela, s'il faut admettre à la fois une matière étemelle et un esprit étemel. C'est la question qui se pose, lorsqu'on «'est convaincu que la première ne dispense pas du second, f La loi d'économie, répond M. F., nous interdit de croire à l'existence de deux causes éternelles, à moins que Ton ne puisse montrer qu'une seule est insuffisante pour expliquer l'univers. Et c'est ce que l'on ne peut montrer. On peut montrer que la matière est insuffisante, — qu'elle ne saurait, à elle seule, rendre compte, même de l'univers physique. Mais que l'esprit soit insuffisant, et qu'il y ait dans la matière quoi que ce soit dont il ne puisse rendre compte, c'est ce qu'il est impossible de montrer. Sur quel principe établir qu'un esprit qui aurait eu assez de puissance, les éléments ultimes de la matière étant donnés, pour produire l'univers, n*en aurait pas eu assez pour créer ces éléments, que la Suprême Intelligence qui a donné à chaque soleil, à chaque planète, à chaque satellite, son volume, sa forme, sa position et son mouvement, n'aurait pu appeler à l'existence leurs particules constituantes? Sur aucun (p. 108), »

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