‹ Critique philosophiqueChapitre 112 sur 164 · L'AME ET SES PROPRIÉTÉS SELON M. LOTZE · texte numérisé non relu

L'AME ET SES PROPRIÉTÉS SELON M. LOTZE

(Voy. le n9 32 de la Critique pliilosophique,)

Si la physiologie était une science assez avancée dans la connaissance des parties les plus fines et les plus cachées de Torganisme, il semble que le problème général d'une psychologie physiologique devrait être de déterminer ce qui subsiste et persiste dans un corps vivant, en tant que condition intime et dernière de sa génération et de son évolution. L'âme se présenterait alors comme le germe de l'animal spécifique, avec Tensemble des puissances naturelles, tant psychiques que physiques, qui appartiennent à ce germe, et comme la partie indestructible — ou relativement indestructible — dont les modifications suivent leur propre cours et ne sont pas entraînées dans le courant général de composition et de décomposition des organes les plus grossièrement sensibles. La science poursuivrait alors un objet de sa compétence, un objet de la nature de tous ceux qui peuvent tomber sous l'observation, un être naturel, un sujet réel. C'est faute de pouvoir se poser avec espoir de succès quant à présent un problème aussi déterminé et aussi net, qu'on a recours encore à la fiction métaphysique du sujet abstrait, ou substratuniy et de rftme essence indéfinie en rapport avec un corps dont elle n'explique aucune propriété, aucune loi, n'étant pas même apte à embrasser clairement les diverses

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propriétés psychiques et ne râlant que comme nom commun qu'on donne à l'en-^ semble des phénomènes représentatifs et de leurs lois.

L'éminent auteur de la Psychologie physiologique a abandonné l'âme substantielle, au sens d'un mbstratum de phénomènes ; il l'a conservée dans un antre sens qui n'a, selon nous, ni la fausse clarté métaphysique d'im terme universel et purement nominal, ni la vraie olarté scientifique d'un sujet régulièrement défini. Nous avons tâché de montrer^ en rendant compte de cet intéressant ouvrage, que la notion d'âme, employée par l'auteur^ ne lui rendait que le service d'un symbole. Prendre le symbole pour un fondement de réalité, c'est s'exposer à accorder aux nouvelles théories physiques, touchant les rapports de l'àme et du corps, beaucoup plus qu'elles n'ont le droit d'exiger au nom des lois générales du mouvement, et leur permettre un empiétement qui mène à l'absurde. M. L. n'a pas fait au transformisme la dernière des concessions : il a pour cela un sentiment trop profond de la distinction du mouvement et de l'idée ; mais il a admis que Tun pouvait se transformer dans Tautre, à la faveur de la présence et d^ l'esseqce propre de l'âme, et c'est plus qu'il n'est permis de comprendre à qui n'est pas dupe du symbolisme. Reconnaître le symbole pour ce qu'il est, ce devrait être, au contraire^ s'abstenir rigoureusement de toute imagination de rapports physico -psychiques allant au delà de Toccasionnalisme, ou harmonie des phénomènes parallèles. M. L. en est souvent bien près et semble n'avoir qu'un pas k faire pour en venir à considérer l'établissement des lois des phénomènes, de quelque ordre qu'ils puissent être, comme Tunique objet des sciences quelles qu'elles soient. Voyons, par exemple, comment il pose et résout la question du k siège de l'âme », la première de toutes après celle de l'existence de l'âme, au moins dans une doctrine psycho- physiologique .

L'idée d'un siège de l'âme semble au premier abord claire et positive, en entendant par là un certain lieu de l'organisme, qui serait circonscrit par les premiers et derniers points du système nerveux où s'arrêtent et d'où rayonnent les transmissions centripètes et centrifuges. Mais, observe M. L., ce lieu n'est pas un volume limité fixe. Telles substances sont en rapport entre elles, et telles autres non, selon leur nature, indépendamment de toute circonscription locale. Si nous concevons un être spirituel, il est là où il agit immédiatement; il est par conséquent en plusieurs lieux, s'il agit immédiatement en plusieurs lieux, et ne perd point pour cela son unité propre. C'est ainsi qu'on appelle Dieu omniprésent, quand on dit qu'il agit partout immédiatement dans le monde. L'âme, en ce sens, est trèslimitée dans le corps : il est aisé de s'en assurer par la section des nerfs ; et toutefois on ne parvient d'aucune manière à )a circonscrire en un petit espace déterminé, où sa fonction se comprenne sous une raison d'unité. On ne saurait non plus la concevoir fixée en un point, d'où l'on imaginerait que son action rayonne en décroissant à mesure que croissent les dislances, ou encore se la figurer mobile et occupée à se transporter tantôt au point d'aboutissement du nerf qui lui apporte une sensation, tantôt à l'origine de celui auquel elle a une impulsion à donner. Cette dernière hypothèse est insoutenable, car comment Tàme serait-elle avertie d'avoir à se transporter, et sur quelles données se dirigerait-elle ? Herbart est tombé dans une erreur si singulière, uniquement parce qu'il lui répugnait d'admettre des actions à dislance.

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M. L. admet salis difficulté ces sortes d'actions, et se représente Tàme^ non comme une monade en rapport de position avec les éléments du corps, mais comme un être spirituel «qui d'abord, à cause de sa nature qualitative, est en rapport intelligible de relation immédiate avec un certain nombre d'autres êtres et avec ce qu^ arrive en eux, et qui, par suite, a toujours sa place partout où s'étendent les êtres avec lesquels il est ainsi en relation. Je ne suis pas, dit-il, {)lus en mesure que les anatomistes de montrer ce domaine de l'âme ; mais je ne trouve aucune raison métaphysique qui m'empêche d'admettre une certaine étendue, continue ou non, dont chaque point pourrait h bon droit s'appeler le siège de l'Ame^ quoique, en réalité, chaque point ne soit le siège de Tâme que pour une activité particulière de cet être > (p. 119). Il serait difficile d'abandonner plus clairement, à moins de le déclarer en propres termes, l'idée d'un siège de a l'être spirituel »; car s'il n'y a pas de ((raison métaphysique )> qui défende d'appeler un siège ce que M. L. vient de dire, il y a une raison physique très-claire pour n'appeler pas un siège un lieu qui n'est ni un volume dèterminable ni un point, et qui consista en Texistence d*un certain nombre d'endroits disséminés et discontinus où se font sentir des actions diverses, sans aucune loi géométrique pour définir et assembler ces endroits. La conclusion naturelle de toute cette analyse de l'auteur serait donc que l'ancienne recherche et l'ancienne terminologie doivent être abandonnées, et que le seul problème est de déterminer les rapports et correspondances des phénomènes psychiques, lesquels n'ont de leur nature ni lieu ni figure, avec d'autres phénomènes qui, euxj'sont proprement représentés sous des lois de position et de mouvement local.

La discussion des rapports des facultés psychiques avec les organes du corps, telle que la présente M. L., suggère une semblable remarque. Ce philosophe montre l'insuffisance des excitations physiologiques pour rendre compte de ce qui est dans l'âme, et notamment des grandes fonctions mentales de comparaison, classification, jugements de formes diverses, etc. En général, il ne croit point à la nécessité d'un organe particulier pour chaque mode d'activité psychique. 11 réduit ce que la phrénologie peu avoir de fondé à l'existence de certaines protubérances, avec une valeur sémiotique pour des caractères physiologiques cachés, liés à nos tendances ou h nos aptitudes, sans qu'il y ait pour cela des organes propres de nos facultés. A l'égard de la mémoire, il va plus loin encore : comment aurait-elle un organe particulier, quand elle n'est pas a à proprement parler une faculté de l'esprit, parallèle à d* autres facultés, mais une forme générale du sort que peu avoir tout élément de la vie de l'âme. > Cette dernière observation a môme plus de portée que les développements qui suivent ne paraissent faits pour lui en donner : elle signifie que les faits psychiques conscients et les faits de mémoire sont inséparables, et l'on devrait en conclure que les uns ne sont pas plus physiologiquement explicables que les autres. On comprend mal d'après cela que l'auteur ne se contente pas, en thèse générale, du parallélisme de l'organisation et des facultés, et, pour l'investigation scientifique, de la recherche des lois de ce parallélisme et de tous les modes de la correspondance des fonctions mutuellement irréductibles. Il semble souvent près de prendre ce parti, il le côtoie ; puis on le voit traiter avec faveur de prétendues explications, telles cpie celle qui ramènerait l'intuition de

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l'ordre dans V espace au fait physique de c Tordre suivant lequel les rayons colorés impressionnent un système de fibres conductrices juxtaposées» (p. 95). Et de même pour V ordre dans le temps; après avoir indiqué à quel point la mémoire, cette faculté du temps, s'identifie avec l'âme elle-même, M. L. veut qu'on regarde comme possible « de ramener la mémoire à la durée indéfinie de toutes les impressions dans le système nerveux» (p. 101). En tant que correspondance, rien de plus naturel ni de mieux motivé, et M. L a mille fois raison de faire valoir contre les objections des spiritualistes ignorants, l'infinie complexité des compositions organiques, et de ces phénomènes innombrables dont les entre-croisements multipliés laissent subsister les arrangements particuliers. Mais il ne s'ensuit pas de là que les combinaisons des mouvements puissent expliquer les combinaisons des sensations et des pensées, non plus que le mouvement n'explique la sensation ou la pensée.

Le vice que nous reprochons à la méthode de M. L. nous parait porté à son comble, quand ce philosophe émet l'idée que les phénomènes psychiques, selon leurs degrés d'intensité et leurs transformations, pourraient devenir des sentiments, des tendances, des volontés, de même qu'un corps est, selon la température, solide, fondant ou en ébullition (p. 106). De telles comparaisons nous semblent ne signifier quelque chose qu'autant qu'on s'abandonne aux imaginations transformistes, pour lesquelles il ne doit pas être plus difficile de supposer la métamor^ phose du mouvement en sentiment que le métamorphisme des sentiments eux-mêmes en conséquence d'une certaine température psychique. Est-ce là analyser sérieusement des phénomènes? Nous préférons à ce symbolisme métaphysique une autre hypothèse dont l'auteur nous offre l'option. La pensée, le sentiment, la volonté, suivant cette nouvelle vue, seraient répartis entre des fibres nerveuses entre-croisées^ de différentes sortes, de même que s'entre-croisent les filets sensitifs et les filets moteurs. A l'intérieur de ces réseaux très-compliqués, les différents filets excités, soit intellectuels, soit tendantiels, induiraient dans les filets voisins des excitations correspondantes, ainsi que cela a lieu pour les actions réflexes. 11 pourrait y avoir, sauf vérification, un fondement réel à la supposition d'une spécificité des nerfedonl le fonctionnement correspondrait à des classes différentes de faits psychiques, et qui s'influenceraient dans la mesure où ces faits sont impliqués les uns dans les autres; mais on ne voit pas ce que des lois de ce genre, quelle que fût leur impoi^ tance, si elles étaient établies, apporteraient à la psychologie de plus qu'un grand supplément à nos connaissances touchant le parallélisme des modifications physiologiques et des opérations mentales.

Passons maintenant avec notre auteur à l'espèce des actions de l'âme sur lesquelles s'est élevée l'hypothèse de l'animisme. On ne voit pas, dit M. L., pourquoi l'âme qui meut les muscles n'aurait pas aussi bien la vertu de déterminer dans le corps des actions plus lentes et du genre plastique. 11 y a à cela cette objection bien connue^ que la vertu formative devrait être consciente, puisqu'un but et un plan semblent exiger la conscience. Mais on répond, d'une autre part, que l'intention et la volonté non plus n'ont conscience des moyens par lesquels s'obtiennent les effets qui leur correspondent dans l'organisme. Il se peut donc que l'dm^ rêve — comme rêve de sa fleur future le grain de blé, selon Tréviranus — et qu'un méca-

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nlsme physico-psychique attache à ses songes les modifications de la masse des éléments transformables du corps. Ce n*est pas à des idées, à des types abstraits, qu'on attribuerait ainsi la force plastique^ mais à des états réels d'un sujet donné, ce qui est plus conforme aux actions connues.,

Toutefois Fauteur ne croit pas pouvoir passer du possible au vraisemblable, en cette matière. 11 ne croit pas que l'âme et ses rêves aient une si grande portée pour développer et modeler les organes ; il préfère laisser cette substance à sa place parmi les autres éléments do corps, soit pour prendre part à l'ensemble de l'évolution physiologique, soit pour ne le gouverner que de la manière dont une même substance chimique régit des combinaisoos diverses dans lesquelles elle introduit un grand caractère commun. Nous ne pouvons nous empêcher de regretter encore ici le rêle attribué aux comparaisons et aux symboles. L'âme n'étant pas pour l'auteur un être donné sous des conditions matérielles, avec des déterminations physiques, on ne comprend pas comment elle prendrait place activement ou passivement dans l'évolution des éléments d*un organisme à constituer.

Nous trouvons plus d'intérêt à la partie du même chapitre où l'auteur s'attache à montrer que la vie spirituelle peut appartenir à tous les êtres. Un système nerveux n'est pas indispensable, l'organisation pas davantage, d'après lui, car la \ie psychique comporte des modes ou genres et non pas seulement des degrés divers. Ceci n*est point une simple possibilité qui, comme telle^ aurait peu de poids^ remarque M. L. ; et d'autant qu'il faut convenir que l'hypothèse contraire est en elle-même assez naturelle : à savoir Thypothèse suivant laquelle Texistence d'une substance brute, inerte, se justifierait à titre de simple moyen pour les fonctions de la vie. Non, mais c'est que \e principe mort et son genre d'action sont chose inconcevable. On l'on doit dire que l'idéalisme subjectif a raison, dans sa manière d'envisager les phénomènes ; — mais qui veut sérieusement en entendre parler ? — ou il est vrai que la vie existe partout dans la nature.

Nous ne pouvons qu'approuver ici et la doctrine et l'argument : c Toutes les idées de matière et de force qui sont le fondement de la physique mécanique ne sont pas les idées de principes particuliers ; ces mots servant seulement à désigner des effets que Von ne peut pas encore ramener à leurs vraies causes psychiques d (p. 131). La raison profonde de cette vérité, c'est qu*on n'a réellement pas l'idée de causes acti- Tes autres que celles-là, et que rien de réel dans la nature ne peut être défini qu'à l'aide des éléments tirés de la représentation sensible. 11 ne suffit pas d'étendre les limites de la vie spirituelle, et on tâtonne en vain pour les fixer ici ou là, « il faut rationnellement y faire entrer tout ce qui est ».

Le sentiment attribuable aux êtres inférieurs est essentiellement, selon M. L,y relatif aux affections de peine et de plaisir, avec ee qu'il y a de conscience nécessairement inhérente à ces affections ; tandis que les connaissances et les inclinations seraient d'un degré plus élevé. N'est-il pas à croire cependant que le sentiment du plaisir ou de la douleur ne va jamais sans une appétence ou répugnance à quelque degré? Et d'un autre côté, un degré de conscience n*est-ii pas un degré de cou. naissance et de représentation de quelque* chose d'externe? La monadologie de Leibniz semble bien avoir posé, dans ces deux termes : perception et appétit^ joints an troisième : /Sorce, qui exprime les déterminations harmoniques des monades, une

17& l'ave et S£8 propriétés 88L0N H. LOTZE.

esquisse de définition des dbres élémentaires, d6ni il est difficile qu'on s'éeiffte beaucoup.

Nous ne nous arrêterons pas aux observations nécessairement un peu vagues, intéressantes pourtant, que Tauieur présente sur Tàme des plantes, ou d'autres êtres encore moins libres d'altérer leurs relations, et moins aptes à se les représenter. Disons seulement qu'il combat l'opinion suivant laquelle les différences des âmes proviendraient de la diversité des organismes dont elles dépendent. Il estime, au contraire, que les âmes ont des propriétés originelles et des natures diverses, et que, quelle que soit l'importance de l'organisme et des actions exté* rieures, il existe de certains coefficients spécifiques pour correspondre, dans les âmes, aux caractères des espèces organiques, et même à tels caractères individuels (p. 157). Nous sommes ici doublement loin de la théorie de l'évolution et par la reconnaissance d'un principe naturel d'individuation, et par celle d'une intervention da principe interne dans les formes du développement des êtres, concurremment avec les impressions extérieures et l'action du milieu.

La doctrine de M. L. n'incline donc pas vers cette forme du panthéisme que les hypothèses de Lamarck et de Darwin ont substituée aux vieilles élucubrations alexandrines et à la métaphysique de Spinoza. En revanche, on est forcé de lui reconnaître une étroite parenté avec une autre espèce de théorie de l'évolution. Nous voulons parler de révolution de « l'Idée » et du système auquel Hegel a attaché son nom. M. L. reproche, il est vrai, à ce système de perdre le particulier dans le général, et même^ en fait de généralités, de ne connaître que des types et d'ignorer l'ensemble des lois mécaniques de la nature, à l'aide desquelles s'établissent et jouent les relations des êtres particuliers; il ne laisse pas de loi emprunter ce que, arrivé à la (In de l'exposition des principes de son ouvrage, il trouve de plus général à dire de l'âme. On a vu combien cette « substance a, ce «contenu primitif et qualitatif » , ce « centre d'actions et de réactions », était difficile à saisir et à définir quand on le considérait eomnae être particulier ; mais voici que nous arrivons à un autre genre de conceptions : c Nous refusons de croire avec le réalisme que l'âme soit simplement je ne sais quelle qualité inconnue d'une essence irrévocablement indépendante ; elle est plutôt un moment de Vidée.,. Nous n'attribuons pas à l'ftme une existence inconditionnée, mais seulement celle que Vidée lui accorde comme à un de ses moments... Ce que l'âme fait, elle le fait en vertu des pouvoirs qu'elle tient de l'Idée la plus haute ; elle se conservera non pas en tant que substance, mais parce que la conservation de soimême est une fonction qui lui a été imposée » (p. 159). M. L. conclut toutefois sur ce passage, en déclarant que nous ne connaissons parfaitement ni l'Idée ni les fonctions que l'Idée «impose à ses moments, à ses créatures diverses », et que l'induction seule, en conséquence, peut permettre d'affirmer quelque chose touchant les lois générales de l'âme et sa destinée.

11 est vrai que l'induction — en d'autres termes, l'hypothèse et la croyance — conduisent seules à des affirmations sur ce sujet, et M. L. a raison d*ajo|iter que nul réalisme, ni le concept de substimce, avec ses conséquences stériles, ne nous donnent plus de satisfaction. Mais les partisans de Timmortalité ont le drmi de concevoir des inquiétudes, en voyant l'induction opérer sous l'influence da cette

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conviction que l'âme est nn moment de Tldée^ et ne peut en somme prétendre à rien de plus qu*à ce qui coQYient à cet universel. M. L. rejette tout à la fois les thèses des matérialistes et celles de la préexistence et de la pérennité des âmes. Pour toute induction, au moins dans ce livre^ on se borne à remarquer qu'il peut se faire qu'une âme (F âme humaine) soit périssable en principe, et cependant ait assez de valeur pour jouir, « grâce à Fldée, d'une existence indéfinie dans le cours du monde ». L'âme d'un animal, n'ayant pas cette valeur, peut, au contraire, être privée de la permanence individuelle. Tout cela semble un peu froid; mais « la question n'est pas du domaine de la psychologie physiologique >.

Le problème de la génération des âmes nous fait plonger plus avant dans la métaphysique. La naissance de chaque âme en particulier est probablement déterminée par une condition sous laquelle la ce raison substantielle du monde » est amenée à la produire ; mais cette détermination se passe dans l'absolu, comme toute action et toute communication possible, d'ailleurs; car « Taction se perdrait dans le néant, si l'espace intermédiaire entre deux êtres qui agissent Tun sur l'autre n'était rempli par l'ubiquité de celui qui les a créés par sa puissance. Aucune action dans le monde ne peut passer d'un être à un autre sans revenir, dans le passage, à la raison générale du monde, qui les réunit tous les deux s> (p. 166). On le voit, le philosophe avait ses raisons pour se refuser au parti que ses propres analyses lui suggéraient : au lieu de recourir aux idées de correspondance et d'harmonie, recours forcé pour toute solution intelligible du problème général de la communication des êtres, il se réservait pour les symboles métaphysiques du plein de l'être, de la continuité de Faction entre l'effet et la cause, en un mot, du panthéisme et du monisme. Mais est-ce là de la psychologie physiologique?

Les dteroières questions que se pose l'auteur ne reçoivent pas des réponses physiologiquement plus satisfaisantes, et le passage à l'absolu réussit mal à les éelaircir. Gomment a le mouvement physique réagit sur Tabsolu nécessairement et l'excite à créer, en un point et en un temps déterminés, une âme qui puisse avoir conscience de cette création et en jouir »; où, à quel moment précis commence une âme dont la vie est inséparable du mouvement de l'organisation, Tâme de l'enfant^ à la fois et nouvelle et faite de l'âme des parents, et prise de <( l'inépuisable substance de l'absolu » ; par quel mystère de la nature, triomphant des lois de l'espace, elle se porte du domaine de^l'absolu au sein de l'organisme naissant ; et enfin quel est le mot de « l'énigme physiologique » proposée à la métaphysique des âmes par le mode de reproduction des animaux fissipares (p. 167-168); — nous ne croyons pas aller trop loin en affirmant que le seul fait d'avoir de telles questions à résoudre équivaut à une forte objection contre une méthode et des principes de psychologie qui n'en sont pas affranchis.

i76 PETIT TRAITÉ DE MORALE.

A l'usage des écoles primaires LAJiQCES

— SIOTE —

On appelle civilisés les peuples qui ont accompli ces progrès dont la plupart des hommes sont malheureusement encore si éloignés : progrès dans les sciences et dans les arts, dans la législation et les coutumes de la vie publique ou privée. Cwilisation est un mot qui veut surtout dire état de viecwUe et possession de sagesse iswile: vie civile, c'est vie de citoyens et relations mutuelles de citoyens ; sagesse civile, c'est science politique et organisation du gouvernement pour le bien commun. Gela ne se rencontre que dans les pays dont les habitants se régissent par des lois, et possèdent une liberté plus ou moins étendue pour se donner des institutions ou pour réformer celles qu'ils ont, s'ils ne les trouvent pas bonnes, au lieu de vivre sous des maîtres qui ne leur rendent point de comptes.

Ce serait' une erreur considérable de croire que l'éducation ne sert à transmettre que le savoir formel et les différents arts. Elle transmet la civilisation au peuple pris en son entier, et les bonnes manières de penser et d'agir aux particuliers qui la reçoivent.

Car l'homme n'est pas bon par nature^ pas plus qu'il ne possède par nature la pensée exacte et les bons jugements. La vérité, c'est qu'il a toutes sortes de penchants qui vont et viennent, avec un pouvoir de comparer, de raisonner et de changer les choses, qui, la volonté s'y joignant, le rend capable de suivre beaucoup de chemins différents les uns des autres, et tant bons que mauvais. Tel que nous le voyons dans notre société où l'éducation et la civilisation n'ont pas encore obtenu des résultats sûrs et universels, il a de mauvaises inclinations comme il en a de bonnes, et à moins que les bonnes ne soient confirmées par l'éducation, et les mauvaises réprimées, elles croîtront-* toutes ensemble, et on verra souvent celles-ci, dans leur croissance, étouffer celles-là. Les gens sans éducation, laissés à la simple nature, sont ordinairement livrés à leurs passions sans contre-poids, et, par suite, intempérants, vindicatifs, avides. S'il en est autrement, c'est que par l'exoftcie&ce et la réflexion ils se sont donnés une éducation à eux-mêmes, et il est rare, dans ce cas, que les vertus qu'ils ont acquises ne soient pas naêlées de vices ou de préjugés nuîAbles.

(A suivre,) Le rédacteur-géj'ant : F. f'iLiÔN.

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5"'« AMN&E. i9 OCTOBRE 1870. M» 38

POLITIQUE, SCIENTIFIQUE, LITTÉRAIRE

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