‹ Critique philosophiqueChapitre 114 sur 164 · SE. LA RESSEMBLANCE MENTALE DE L'HOHHE · texte numérisé non relu

SE. LA RESSEMBLANCE MENTALE DE L'HOHHE

le naturaliste cherche à faire le départ des actes purement instinctifs, ou dépendant de tendances héréditaires, et de ceux qui procèdent d*inférences tirées des faits de Texpérience actuelle et iodÎTiduelle. Mais s'il est un obseryateur qui, pour cette analyse, ait en outre distingué entre les ioférences auxquelles suffisent la mémoire, rimagination et les associations d'idées, et les inférences proprement rationnelles et syllogistiques, il faudrait apporter et examiner les arguments q«i lui ont permis d* « accorder à la raison > de l'animal des actes explicables par la simple association. Le naturaliste visé par Darwin a-t-il fait la distinction? On ne le dit pas.

«Nous verrons dans les chapitres suivants que même les animaux très-bas dans l'échelle font en apparence preuve de quelque étendue de raison, bien qu'il soit sans doute difficile de distinguer entre l'action de la raison et celle de l'instinct. » Il y a, nous venons de le dire, une autre distinction à faire ; il y a àse garder d'expliquer par quelque étendue de raison, et contre toote apparence, les déterminations variables des animaux pour lesquelles la mémoire et l'association offrent une étendue parfaitement satisfaisante. Mais Darwin n'a songé ni dans ce chapitre ni dans les suivants à se demander ce que c'est au juste que la raison. Cependant voyons l'exemple sur lequel il s'appuie ici pour conclure tout à la fois à l'exbtence de la raison chex Tanimal et à la difficulté de distinguer cette raison d'avec les ha« bitudes héréditaires :

€ Ainsi, dans son ouvrage Sur la mer polaire ouverte^ le D' Hayer fait à plusieurs reprises la remarque que ses chiens, remorquant les traîneaux, au lieu de continuer à se serrer en une masse compacte, lorsqu'ils arrivaient sur de la glace mince, s'écartaient les uns des autres pour répartir leur poids sur une surface plus grande. C'était souvent pour les voyageurs le seul avertissement et l'indication que la glace devenait plus dangereuse. Or les chiens agissaient-ils ainsi en suite de leur expérience individuelle, ou d'après l'exemple des plus âgés et expérimentés, ou finalement en vertu d'une habitude héréditaire, c'est-à-dire d'un instinct? Cet instinct remonterait peut-être à l'époque déjà ancienne où les naturels commencèrent à employer les chiens à la remorque de leurs traîneaux ; où les loups arctiques, la souche parente du chien esquimau, peuvent avoir acquis cet iustinct, les portant à ne pas attaquer en masses trop serrées sur la glace mince. Mais il est difficile de répondre à des questions de ce genre. »

Nous sommes heureux de rencontrer pour notre discussion l'un des exemples les plus intéressants qu'on puisse invoquer pour preuve de l'intelligence des animaux. Il émane d'un observateur sérieux, et c'est ce qu'on ne peut pas dire toujours des traits ou récits du mêmegenre. Il y en a dont la valeur n'est guère plus grande que celle des contes des chasseurs touchant les mérites de leurs chiens, et que le naturaliste n'a pas honte de mettre en avant, quoiqu'ils soient doublement dépourvus du caractère scientifique à cause du défaut d'autorité chez l'observateur et du défaut de précision dans l'observation. Celui-ci est intéressant et parait vrai. Joignons-y les deux suivants, auxquels nous ne refusons pas la plus parfaite vraisemblance : Les singes à qui l'on donne des œufs à manger apprennent à les casser et à les dépouiller dextrement de leurs coques, à la suite de quelques expériences fâcheuses dues à leur précipitation. Si après avoir accoutumé ces animaux à recevoir des morceaux de sucre dans des cornets de papier, on vient à les tromper en

BT DIS AUTEES ANUCAUX, SELON DARWIN. IS^

en^eloppaiit au lieu de sucre une gaêpe qui peut les piquer, ils se méfient une autre fois, et savent porter le paquet à l'oreille pour s'assurer qu*il ne se fait point de bruit dedans. Il est aisé de multiplier les faits de ce genre autant que d'en igouter d'apocryphes. Mais nous ne saurions voir dans aucun des inférences de nature à ne pouvoir s'expliquer par la simple association des idées, ni des opéra* tions intellectuelles dans lesquelles apparaisse la construction d'un raisonnement par concepts généraux, subordonnés selon l'ordre de généralité.

Le cas des chiens esquiçaaux est le plus frappant : l'expliquer sera les expliquer tous. Il est indifférent, pour la question de la spécificité de l'esprit humain, de résoudre la difBculté soulevée par Darwin, touchant les parts qui peuvent revenir ft l'hérédité ou à ce qu'il nomme la raison^ appliquée aux expériences individuelles de l'animal. Supposons que l'hérédité ou l'instinct n'entrent pour rien dans le phéno^ mène mental du chien esquimau ; d'ailleurs on ne ferait à notre avis que reculer la question de l'intelligence animale en cherchant, dans l'ancêtre de l'individu, une origine d'actes intellectuek qu'on ne pourrait pas trouver dans l'individu lui-même. On peut parfaitement l'y trouver. Il suffit qu'une association se soit établie, dans ^'esprit de l'animal, entre le fait de la rupture de la glace et les dangers qui s'ensuivent ; entre le fait du craquement, même léger, de la glace et le fait de sa rupture prochaine ; entre le fait de l'accumnlation des chiens et des traîneaux dans un espace resserré, et le fait des craquements. La conséquence est facile ; elle ?a ft éviter les impressioas qui se trouvent ainsi liées à d'autres dont la nature fâcheuse a été reconnue par expérience. C'est assez de la mémoire, de l'imagination et de Tassociation pour conduire à cette conséquence qui a toutes les apparences d'une inférence, et qui d'ailleurs en est une dans son genre ; et ajoutons du genre le plus commun. Ce serait une forte objection à notre explication, que de pouvoir dire: « Pourquoi ne voulez-vous pas que l'animal fosse une inférence rationnelle, un acte de raison, dans un cas où vous accorderiez que l'homme en fait un ? o Mais nous n'accordons pas cela. Nous pensons, au contraire, ou pour mieux dire notre expérience nons apprend positivement que, dans l'immense majorité des cas et des circonstances pratiques, les inférences qu'un homme peut tirer sont fondées sur la mémoire, l'imagination et les associations, soit naturelles soit accoutumées des idées, et non point sur des syllogismes, c'est-à-dire sur l'opération du classement des notions par ordre de généralité, ou de la réduction d'un fait à son principe, ou encore sur des disjonctions régulièrement conçues et des réductions à l'absurde.

Ilya une sorte de raisonnement spontané et plus ou moins irréfléchi, dans lequel l'esprit ne se conduit pas lui-même et se laisse mener par ses impressions, Ce raisonnement diffère essentiellement du raisonnement conscient et systématique usité dans les études, les recherches, les discussions, les analyses, les conclusions qu'on veut être transmissibles à autrui et démonstratives. Tous deux appartiennent ft l'homme, mais le premier anx animaux, selon leur degré de développement, et le second à l'homme seul. ITest-ce pas ainsi que la vie animale comporte des mouvements volontaires dont l'intelligence dirige les applications, et d'autres mouvements, et des plus essentiels à l'organisme, que la représentation de l'agent n'atteint pas dans leurs moyens et ne dispose pas pour leur but? L'organisme mental a des inférences à la fois rapides, obscures, certaines, comme le corps a des courants

tM SE 1.1 HtMSmUlfCB ttSiftA!£ Dit L'fiCnËliB, teTG.

iM^mcilMtnîMpHeitemeatalfbctêsàletii^s (Itt9;^^ y a encore eelA de é<Mhtt«i Hqx deax espAcei de ptiéttetnèiies que sons eoœparons, que les mouTeftieiits s'opèretil moins BÛremetit et tnnins bien <;uand ane réflexion Hiopportane s*y méSe, et quêtes fnféreiieesles pitos natureUes sont difSciles à tfadctire en forme logiqu^^ Ce te*eit qa^a^seoop qu'on serendbiea compte deeelles-ci, et totiTent il faut un esprit iftereê poar en tenir à bout.

Prenons des exemples des inférenees spontanées et des raisonnements sjstêma* tiqnes. Un cliiisn qui, soiTant une piste, arrtre au carrefour de deux chemins et qui con- -state négatiTcment, son odorat ne lui disant rien, l'absence de son objet dans l'mie des directions ouTeries derant lui, prend, sans bésitef ni s^arrêter I flairer, Tantre direction, dn moins on l'a supposé : snpposons-le aussi. Ce chien fait-Il nn dilemme, me disjooctmn logique, une réduction à l'absurde pour se démontrer que sa prde t dû suivre le second chemin? Non, mais son hnagination se trourant balancée entré deux représentations, à l'aspect des deux directions, il suffira que la pretrilére soif éracuée par l'absence d'une sensation attendue, poin* que la seconde ait spontanément son efiet. Un homme qui, dans un cas analogue, aura des raisons dépenser qu'mie personne qu'il teut suivre n'a point pris le premier chemin, ne s'arrête pas ft se êtt6 : €e passant est tenu jusqu'ici, il a pris nécessairement funede ces deux voies pour contittnef sa route, or il n'a point pris la première, donc il a pris la seconde, isaf, t'il ne Pavait point prise, il y aurait contradieiîon ; donc je dois aussi la prendre. Un pédant même, 8*il est ptessé, se passera de toute cette logique. Llmagioation et l'association des idées détermineront l'homme de la même façon que le chien.

Autre exemple, moins simple et mieux avéré de « raisonnement chez leâ animaux. 9 Etienne GeoflW>y Saint-Hilaire racontait avoir assisté kn-même aux ébattemetits d*nn chimpanzé, pensionnaire du Muséum, qui^ se suspendant à une corde dans laquefle étaitun nœud, au-dessus de sa tête, cherchait vainement à défaire ce nœud que son poids serrait de plus en plus. L'anhnal, après bien des efibrts, fit preuve d'd[»ervation et de génie, au point d'être capable de remonter le long de la corde au-dessus du nœud, de se mettre la tête en bas et, dans cette position, de tirer h loi reztrémité libre de la corJe à travers le lacs. On trouvera difficilement une t^us belle thèse à développer en faveur de l'esprit des bêtes. Et en effet, c'est là nn trait d'intelligence, à bien des égards comparable & ceux de fintelKgence humadne. Mats pour du raisonnemmd^ c'est autre cftmse. <}n'on prenne la peine de chercher, d'une part, la marche possible de l'esprit de l'anmtal en ne lui supposant que des actes d'faituition diversement associés, de l'autre, la forme proprement logique de èon opération mentale et la suite des syllegismes qui pourraient en rendre compte* On ne réussira pas facilement ftse représenter le phénomène sous ce dernier aspect» Au contraire les inférenees imaginatives Hées aux diverses positions de T'animai m de laeorde i laquelle H est suspendu permettront de comprendre ses tâtonnements aidés par la mémoire et dirigés par la préiKsion. Cest cette dernière faculté qui paraît surtout remarquable chez Fanthropolde étndié par Geoffroy.

Passons maintenant à un exemple de raisonnement proprement dit, eu systématique, hnpKquant abstraction, généralisation, classification. Nous ne pouvons le trouver que ches un homme, mais nous le prendrons chez im « sauvage » et non tliei un «avant, afiu que le cas sdt encore plus|>robantpotir fiolre tàêsedelaepéd-

FBTtT TRirrf OH BOBAUB. Ctt

alité uieMite de rtoon», contre les évolationistes. bÎTkgstoiiB eherthiLt à con- WBcreus Mltûtr aègre, d'une tiibu africaiiiet de le veaité ém petiqiiee fétidiielea au moyen desquelles ils prétendaient, loi et ses pareils, amener la pluie. Voue Toyes bien, lui disait-il, qu'après toutes vos opérations» tantôt il pleut et tantôt il ne pleut pas, exactement comme dans les cas où vous n'opérez point! Mais, répondait le sorcier, c^est tout comme vous autres médecins : vous donnez vos femèdes, et tantôt le malade guérit, tantôt il ne guérit pas, exactement comme quand tous ne Mtes rien. A cela, le piettx nMonnaire de répKqiter : Le tnédetin fiadc son eOce, après quoi Dieu gnérit quand il vevL fit le iorcîtr;Ceai le«iimirs désarme; nous Isisons ee qu'il fout pour olftenir la pluie; e&suiie Dieu TacccHrde ou la rafcse. Voilà de véritables raisonnements. Le procédé de l'esprit qui les découvre et les suit ne saurait s'expliquer par les nmples imaginations et associations d'idées desquelles, cbez l'animal, découle un passage, une inférence d'une représentation mentale à une autre représentation, et d'une représentation à un acte. Au contraire, il est aisé d'y signaler des notions générales, des comparabonsréflédiies entre ces notions, des conclusions régulières, et en pourrait mettre le tout en ferme logique « Et ce n'est pas seulement lafenction de classification, de spécification sysiémtîque et d'encbatnementeyUofisliqoe, qui est à remarquer datts ce procédé de l'esprit} c'est aussi, c'est surtout la conduite de l'esprit qui procède : conduite volontairei volontairement attentive et dirigée de notions à notions, de propositions à proposi^ tiens. La spécificité mentale de l'homme se discerne, sans doute, quand on songe aux concepts, desquels provient le langage, et à l'ordination logique des concepts, d'où part tout raisonnement qui dépasse les inférences spontanées de l'animal ; tnais, en y regardant de plus près encore, on reconmdt que la racine dernière M la phts profonde de oette spédûté est la volonté qui fixe et dirige les repréeentalioas, et les manie en tel ou tel ordre médité, ou lieu de subir simplement des impreasieiu ei de se déterminer en conséquenoe» Rinouvieb*

A L'tJSAGiS DES ÉCOLES PHIMAIRES LAIQUES

— soin —

Ce n'est pas une petite tâche de donner une éducation conforme à la raison. L'instituteur doit y être préparé. 11 doit être initié aux lois de la nature physique et morale, et savoir ce qu'on peut demander raisonnablement aux enfants et obtenir d'eux. On peut en effet beaucoup pour la nature et afin de l'élever, mais on ne peut rien contre la nature, du moins rien impunément. Il n'est pas sage d'exiger de soi-même ou des autres plus que la nature ne peut donner ou autre chose que ce qu'elle peut donner»

L'expérience est le premier moyen qui sert à l'éducateur à acquérir cette connaissance préliminaire, indispensable : grftce à elle, tout homme ré« fléchi s'instruit toujours de ce que lui-même ou d'autres sont capables de faire. L'expérience d'autrui se joint à la sienne, puis vient la science, également nécessaire, qui se puise dans les livres de plusieurs temps et de plusieurs nations. C'est du reste un sujet difficile, et dans lequel il y a moins de progrès faits que de progrès à faire. Les connaissances acquises sur l'art de communiquer aux hommes les bons principes et les bonnes habitudes, et de faire l'éducation de la volonté, sont peu ou rarement appliquées. Il reste beaucoup à trouver pour réussir dans la pratique. Et avec cela, on peut à peine dire que le plus grand nombre d'entre nous, dans un pays civilisé, aient reçu une éducation quelconque.

11 faut en effet se garder de confondre VéduccUion avec Vmstruction, Donner l'instruction, c'est enseigner la manière de faire quelque chose pour atteindre un but proposé, que ce soit la lecture ou la menuiserie, les mathématiques ou le pilotage; mais donner l'éducation, c'est enseigner à se conduire dans la vie, en n'importe quelles circonstances ; et relativement aux connaissances, l'éducation ne les donne pas tant, qu'elle ne transmet la méthode pour les acquérir. Elle apprend à apprendre.

L'importance de l'éducation étant aussi grande qu'on vient de le dire, c'est le premier devoir des parents à l'égard de leurs enfants de la leur donner aussi bonne et aussi complète que cela est possible, en même temps qu'ils doivent tâcher de leur procurer l'instruction dont ils auront besoin dans leur état, et cette autre instruction générale, qu'on appelle primaire, qui est à la fois l'instrument de toutes les fonctions au-dessus de manœuvre, et celui de tous les progrès de l'esprit après qu'on a passé l'âge de l'école.

Une partie capitale de l'éducation est donnée naturellement aux enfants, dans leurs familles, quand les parents ont de bons sentiments, de bonnes maximes et donnent de bons exemples. Mais par malheur, cela n'arrive pas toujours. Une autre partie de l'éducation est pleine de difficultés. Peu de parents sont en état de la flonner, comme aussi ils n'ont pas ordinairement le temps on l'aptitude pour donner l'instruction ; et d'ailleurs la fréquentation de V école est la vie publique de T enfant. La vie complètement privée lui est rarement bonne ou suffisante. Il faut donc que la -tâche de l'éducation incombe, au delà de la famille, à l'instituteur public, ainsi que la tâche de l'instruction. (A suivre.)

Le rédacteur-gérant : h\ VlLLom.

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