‹ Critique philosophiqueChapitre 131 sur 164 · SUR LES REFUS DE SÉPULTURE RBUGIBUSE · texte numérisé non relu

SUR LES REFUS DE SÉPULTURE RBUGIBUSE

rimmortalité de l'âme, les récompenses et les peines futures, vérités qui ressortent de la raison. La révélation renferme Tincarnation et les sacremonts^ vérités hors des prises de la raison et dont le sacerdoce est le dépositaire. Les vérités surnaturelles doivent-elles étouffer les vérités naturelles ou les rétablir dans leur vigueur? En d'autres termes^ le Christ est-il venu pour détruire la loi ou pour Taccomplir? Il déclare que c'est pour l'accomplir, c'est-à-dire pour la faire pleinement régner, pour faire que la raison juge et gouverne en souveraine dans l'ordre naturel. D'où il résulte que tout ce que le sacerdoce entreprend contre cet ordre, que tout ce qu'il décide contrairement à ce que la raison enseigne sur la religion naturelle, sur la morale et la politique est une usurpation. Mais qui réprimera cette usurpation? Seront-ce les laïques eux-mêmes? Faudra-t-il qu'à chaque acte de despotisme ils s'insurgent contre leur curé ou leur évoque; que pour les mettre à la raison ils aillent démolir leurs maisons ; ou, comme au moyen &ge, qu'ils les attendent sur les routes et les traquent dans les forêts afin de les assommer? Un moyen légal de répression est donc nécessaire. L^^utorité se trouve donc investie, et au nom de la tranquillité en général, et en particulier au nom des catholiques opprimés qui lui demandent main-forte, du droit de demander compte au prêtre de tout refus de prières et de sacrements, et de le contraindre à les accorder s'il les refuse injustement Tel est le fondement inébranlable des appels comme d'abus.

» La liberté des cultes qui change la condition de l'homme, en lui permettant de professer celui qu'il lui plaît, ne touche pointa la condition du prêtre qui reste toujours dans l'obligation de respecter les droits des laïques. Ce serait une étrange liberté que celle qui livrerait le fidèle au despotisme clérical, qui le placerait dans ralternativc, ou de se voir h tout instant le pied sur la gorge, ou d'apostasier. J'entends ici les clameurs banales de la faction théocratique : sous prétexte de défendre vos droits, Pautorité ne peut-elle pas envahir ceux du sacerdoce? Sans doute. Mais, de ce qu'elle peut abuser de son pouvoir de répression, faut-il qu'elle l'abdique et laisse le sacerdoce tyranniser à l'aise, et bouleverser la société (l) ? »

Et, dans un second article, reprenant et développant ces arguments :

0 Si l'homme a une raison, disait^I, par cette raison il s'élève intérieurement à Dieu ou à la raison souveraine, d'où la sienne découle, et dont elle est l'image, suivant l'Écriture ; et dans cette raison souveraine connue par la sienne, il trouve le droit de ne reconnaître qu'elle audessus de lui, et de n'obéir qu'aux lois civiles ou religieuses qu'elle avoue; et par conséquent de repousser tout ce qui voudrait prendre un

(1) Gazette des écoles {o? du 5 juin 1831).

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pouvoir suprôme sur lui, ou se substituer à la raison souveraine en se substituant à sa propre raison.

» Si l'homme était tel qu'il sortit des mains du Créateur, sa raison étant parfaitement unie à la raison éternelle, aurait toute la force dont elle est susceptible, et suffirait pour le conduire, et il ne faudrait ni sacerdoce ni gouvernement. Mais étant déchu, et par celte chute sa raison se trouvant désunie de la raison éternelle, et par là énervée, il a besoin du secours de ces deux puissances étrangères. Par le gouvernement qu'il a créé lui-môme, il met ses droits sous la protection de la force, et par le sacerdoce, institué de Dieu, il renforce sa raison, source de ses droits, en la rattachant à la raison éternelle. Ainsi le sacerdoce, loin d'être destiné à remplacer la raison, en dominant Thomme, n'a au contraire pour but que de la faire régner...

» D'où il résulte que toutes les fois que le sacerdoce entreprend contre la religion naturelle^ contre la morale et la politique, lesquelles forment cette loi, il entreprend contre les droits de la raison, contre les droits du chrétien qui en font partie, et s'attaque au gouvernement qu' repose sur ces droits ou qui est chargé de les protéger dans les rapports sociaux.

j) Quand un prêtre, par exemple, s'avise de traiter de concubinairos des personnes qui ne sont mariées que civilement, et de leur refuser, pour ce seul motif, les sacrements ou les prières, le gouvernement peut les leur faire accorder, et de son propre chef, et au nom de ces personnes. De son propre chef : car que fait le prêtre par ce refus? Il établit que c'est le sacrement qui forme le mariage, c'esUV dire que, non-seulement il sanctifie le lien moral qui unit les époux, mais qu'il le crée. Or, niant par là la religion naturelle, principe réel de ce lien, il nie l'autorité et suppose que c'est au sacerdoce qu'il appartient de régir la société. Au nom de ces personnes : car ce prêtre les opprime en exigeant comme de foi ce qui ne Test pas; bien plus, ce qui sape le christianisme dans sa base.

» Ces deux droits existaient dans l'affaire de M. Grégoire. L'excommunication fulminée par rarchevêque de Paris, supposant le pape infaillible et maître des sociétés, le gouvernement a dû la braver dans l'intérêt de sa conservation; et cette excommunication imposant aux laïques, pour dogme, une doctrine qui, loin de l'être, renverse la constitution de l'Église, le gouvernement a dû aussi les appuyer contre cette tyrannie (1). ■

Les arguments de Bordas-Demoulin n'obtinrent pas la faveur du public. Ils ne firent impression ni sur les libres penseurs ni sur les catho-

(1) Gazette des écoles (n^ du 19 juin 1834).

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