‹ Critique philosophiqueChapitre 132 sur 164 · SUB LES R£FUS DE SEPULTURE REU6IEUSE · texte numérisé non relu

SUB LES R£FUS DE SEPULTURE REU6IEUSE

liques. Ceux-ci étaient entraînés à la fois vers l'absolutisme religieux et vers le libéralisme politique, et les deux courants d'opinion semblaient alors se fortifier mutuellement. L'alliance de l'absolutisme religieux et d'un libéralisme politique élargi naissait des circonstances, de l'attitude d'opposition naturelle au clergé sous le gouvernement usurpateur de Louis-Philippe. La théorie générale qu'en donnaient, avec une passion sincère, les rédacteurs de V Avenir^ inquiétait sans doute, par sa nouveauté et sa témérité, la foi d'un grand nombre. Mais elle offrait l'avantage d'embarrasser et de déconcerter les libéraux voltairiens du ministère et des chambres; et l'on voyait clairement le service immédiat et positif qu'elle pouvait rendre à l'Église en lui assurant la pleine liberté de ses mouvements intérieurs, c'est-à-dire de son évolution absolutiste. Quelques-uns, les moins nombreux, mais les plus généreux, l'acceptaient sans réserve, et de tout leur cœur, s'imaginant que TÉglise, affranchie par la liberté générale, par le droit commun de ce qu'elle appelait les servitudes gallicanes^ ne pouvait manquer d'apporter à la liberté générale, au droit commun, son puissant et précieux concours.

Quant aux libres penseurs, ils estimaient qu'il y avait inconséquence à se plaindre du refus de prières, de sacrements, de sépulture religieuse, si l'on ne voulait pas se soumettre à tous les enseignements et à toutes les prescriptions de l'Église; qu'on ne pouvait refuser au prêtre la liberté d'accorder ou de refuser le secours de son ministère à qui bon lui senblait; que, si les fidèles trouvaient trop dur le joug ecclésiastique, ils n'avaient qu'à le secouer, en renonçant à des services de culte dont les conditions leur paraissaient intolérables; querÉtat,à moins de sortir de ses attributions légitimes, ne leur devait et ne pouvait pour eux rien autre chose que leur garantir la liberté de changer ou de se passer de religion. Bref, aux yeux de tous, des philosophes, comme des croyants, la thèse gallicane de Bordas-Demoulin était Un anachronisme. Personne ne la prit au sérieux.

Elle avait une portée qui devait échapper au libéralisme superficiel et simpliste du temps^ et que voilaient d'ailleurs la foi religieuse et la tradition théologique invoquées par Bordas, en un mot l'aspect sous lequel elle était présentée. Cependant, il suffit de la dégager de cette croyance et de cette tradition particulières pour voir que, dans sa généralité rationnelle, elle se ramène à la théorie criticiste des rapports de l'État avec les religions et les Églises. Quelle est, en effet, la position qu3 prend le criticisme contemporain dans cette question des rapports de l'État avec les Églises ? On la caractériserait assez exactement, en disant que c'est celle d'un gallicanisme rationaliste. Nous aussi, nous disons que l'État est le représentant de lai raison et de la morale naturelles ; qu'à ce titre il possède un pouvoir spirituel auquel doivent être subordonnés les pouvoirs, les influences des religions, les contrats so-

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ciaux explicites ou implicites qui donnent naissance à ces pouvoirs et à ces influences; qu'il a le droit et le devoir d'intervenir partout où Tautonomie de l'individu a besoin d'élre protégée contre quelque tyrannie; qu'il a, par conséquent, une autorité légitime et une mission de surveillance et de contrôle sur toutes les pratiques de cultes, sur tous les enseignements d'Églises, et sur toutes les disciplines d'associations ; enfin qu'une complète liberté peut et doit être accordée aux prédications surnaturalistes et aux cérémonies sacramentaires, mais à condition qu'elles concourent à fortifier et surtout qu'elles ne viennent pas détruire dans les esprits et dans les cœurs la loi de raison, de nature et de justice.

MaiSy nous le répétons, les disciples de la philosophie du dix-hui> tième siècle n'accordaient aucune valeur à la thèse gallicane de Bordas* Demoulin. Us étaient loin de saisir dans le gallicanisme le principe général des droits spirituels de l'État. Ils n'y voyaient qu'une tradition de théologie dont le maintien leur était parfaitement indifférent, et une tradition de politique liée au catholicisme d*État et condamnée par la logique rigoureuse du libéralisme. A ceux qui réclamaient pour le prêtre la pleine liberté du refus de prières et de cérémonies, ils ne trouvaient qu'une objection à faire : c'était que cette liberté illimitée du prêtre dans ses rapports avec les fidèles, de l'évoque dans ses rapports avec les prêtres, mettant fin aux droits particuliers et exceptionnels que l'État avait toujours eus dans l'Église, impliquait l'abandon par cette dernière des droits particuliers et exceptionnels qu'elle avait toujours eus dans l'État; puis qu'elle entendait refuser ses services à qui bon lui semblait, les accorder aux conditions qui lui paraissaient convenables, il semblait naturel que ces services, devenant privés, fussent payés par ceux à qui ils étaient rendus, c'est-à-dire qu'elle renonçât au traitement qu'elle recevait de l'État et aux édifices que l'État lui fournissait. Si elle refusait les prières, pourquoi ne refusaitelle pas l'argent? Si elle s'indignait des exigences du public, des ingérences de l'État, pourquoi consentait-elle à vivre de l'impôt, à puiser dans la bourse du public? Vous voulez être indépendants de l'État: soit; mais pourquoi prenez-vous part au budget? Cette main qui veut rester maîtresse absolue de ses bénédictions, pourquoi la tendez-vous chez le percepteur? Vous voulez ouvrir ou fermer vos temples, selon votre bon plaisir, aux cadavres des citoyens : soit; mais prenez garde que ces temples appartiennent à l'État, et que c'est aux frais de tous les citoyens qu'ils sont bâtis, réparés et entretenus. Avant de réclamer, d'une voix si haute, l'indépendance d'une institution, d'une association privée, commencez par rompre les liens qui vous attachent à l'État; si vous ne voulez être traités comme une fonction publique, cessez d'être une fonction publique.

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