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SUR LE REFUS DB SÉPULTURE RELIGIEUSE

Soit, répondaient les rédacteurs de VAoenir; nous allons droit à cette condition et à cette conséquence logiques et nécessaires de la liberté de rÉglise. Nous demandons la séparation de l'Église et de TËtat. Nous demandons la suppression du budget du clergé. Nous adjurons le clergé français de rejeter le salaire qui Tenchaîne et Tavilit. Nous l'adjurons de sortir des édifices dont l'État dispose en propriétaire, qu'il fait ouvrir en maître^ et de donner au culte de libres et inviolables domiciles.

Et Lacordaire, à Toccasion d'un refus de sépulture religieuse qui s'était produit à Aubusson^ et qui avait amené l'intervention du pouvoir, s'écriait avec une superbe éloquence :

« Catholiques^ nous vous disions, il y a peu de jours, que vos oppresseurs ne se contenteraient pas d'exiger de vous des prières en échange de leur argent^ mais que tous les actes de votre religion subiraient la mêaie violence. Nous vous le disons encore aujourd'hui, mais la tête couverte, et avec une inexprimable douleur...

» Un de vos frères a refusé à un homme mort les paroles et les prières de Tadieu suprême des chrétiens ; il a laissé le soin d'honorer des cendres étrangères à ceux qui pouvaient leur dire : Vous nous avez aimés pendant la vie, aimez-nous encore au delà. Votre frère a bien fait : il s'est conduit en homme libre, en prêtre du Seigneur, résolu à garder ses lèvres pures de bénédictions serviles. Malheur à qui bénit contre sa conscience, à qui parle de Dieu aux morts avec un cœur vénal !... Votre frère a bien fait : sommes-nous les fossoyeurs du genre humain? Avonsnous fait un pacte avec lui pour flatter ses dépouilles, plus malheureux que les courtisans à qui la mort du prince rend le droit de le traiter comme le méritait sa vie? Votre frère a bien fait : Ifnais une ombre de proconsul a cru que tant d'indépendance ne convenait pas à un citoyen si vil qu'un prêtre catholique. Il a ordonné que le cadavre serait présenté devant les autels, fallût-il employer la violence pour l'y conduire...

» Sa volonté a été accomplie ; un peloton de la garde nationale a introduit le cercueil dans l'intérieur de l'église; la force et la mort ont violé le domicile de Dieu^ en pleine paix, sans émeute populaire, par les ordres de l'administration...

» Maintenant que ferez-vous, catholiques? Que dirai-je de votre part à vos oppresseurs? Pour moi, je ne puis me défendre d'une réflexion, c'est que si vous mettiez vos autels dans une grange qui fût à vous, au lieu de les mettre dans un édifice qui appartient à l'État de près ou de loin, vous seriez libres ^ jamais de ces orgies du pouvoir... Qu'y a-t-il dans ces murailles qui vous altachent si fort? Vos pères les ont b&ties ; mais vos pères n'y sont plus ; on n'y a pas même laissé leur poussière. Monuments magnifiques ^et vides^ une chose restait qui aurait pu le^ rendre sacrés et dignes de Dieu, une chose qui est partout sur le sol de

298 UNE ANaEXNB CONTROVERSE, ETC.

France, la liberté. Eh bien ! la liberté n*est plus aii coin de l'autel ; on vient d'y accorder un droit d'asile éternel à la servitude. Fermons donc les portes, et que la servitude y dorme en paix sous la garde des souspréfets...

» Catholiques! la postérité vous applaudirait longtemps, il n'y a pas d'homme qui serait capable d'oublier ce que vous auriez fait pour enlever son dernier pouce de terre au pouvoir absolu. Dès aujourd'hui vous jouiriez, sous la protection des lois communes, d'une liberté pauvre et honorée que personne ne pourrait vous ravir. La maison de Dieu serait inviolable, parce qu'elle serait la maison d'un citoyen. On ne la regarderait plus comme un lieu communal propre à y parquer des moutons^ en vertu du droit de vaine pâture ; et si un sous-préfet avait la folie d'y envoyer un cadavre par un peloton de la garde nationale, toute la France, aujourd'hui insensible à vos injures, se soulèverait d'indignation contre lui ; car il attaquerait la liberté de tous dans votre liberté (1). »

Les libéraux avancés de 1830 ne pouvaient qu'applaudir à ce fier langage. La séparation de l'Église et de l'État devait réaliser leurs principes, combler leurs vœux : ils ne voyaient rien au delà, ils n'attendaient rien de plus. Ils ne comprenaient pas ce que leur disait Bordas- Demoulin, que l'État possède dans l'Église, sur l'Église et contre l'Église, une autorité, un droit inaliénable, qui se tire de la raison et de la morale naturelles, qui ne dépend pas du concordat ni du budget du culte, et que le régime de la séparation ne saurait en rien affaiblir. Ce catholique gallican avait un sentiment plus juste et plus profond de la mission morale deU'État, une conscience juridique plus vigoureuse que ces libres penseurs belges et français si indifférents aux conditions dans lesquelles les besoins religieux du peuple recevaient satisfaction.

Mais que nous sommes loin aujourd'hui de ces refus de sépulture religieuse, et de ces hardiesses du pouvoir civil contre le clergé, et de ces débats passionnés, et de cet appel au droit commun que faisait l'Église, en 1831, par ses plus éloquents organes! Qu'elle paraît ancienne cette controverse entre le journal de Lamennais et celui de Bordas-Demoulin !

F. PiLLOW.

(1) l'Avenir (n* du 29 novembre 1830).

BIBLIOGRAPttlS. 299

BlBIilOGBAPHlG

De l'imagination, étude psychologique, par N. Michaut, docteur es lettres, 1876, in-S^.

11 y a de la psychologie certainement dans Y Étude psychologique de M. Michaut, mais non pas peut-être de la plus profonde. Il y a de la physiologie aussi, et même des observations médicales, plus qu'il n*en faut pour montrer que Fauteur a tenu à s'instruire de tout ce qui pouvait porter la lumière dans son sujet ; mais chez lui, comme au surplus chez d'autres philosophes de notre temps^ et des plus illustres, on cherche vainement le profit que la psychologie aurait retiré jusqu'ici de l'exploration de plus en plus approfondie des conditions matérielles de l'exercice mental. Il y a de la littérature enfin, et c'est le point sur lequel on peut n'être pas avare de louanges. Non-seulement M. M. écrit d'un stylo excellent et qui dénote la fréquentation assidue des classiques français, non-seulement son livre se distiogue par les mérites de composition et de diction qui assurent à la France le premier prix de rhétorique au grand concours des nations civilisées, — ceci n'est point un éloge ironique, — mais on y remarque des traits réellement intéressants, des détails heureux, un vrai sentiment poétique.

Nous sommes forcé d'être plus sévère pour les parties de ce travail qui sont de notre domaine. La critique des notions fondamentales, les définitions auxquelles i'nutcur croit devoir s'arrêter, sont, à notre avis, singulièrement insuffisante r. Après quelques pages consacrées à la a perception, » et dans lesquelles il semblait prêt à confesser le vice radical de cette psychologie officielle qui tient à nous faire voir et palper les choses comme elles sont en elles-mêmes, M. M. passe tout d'un coup ù nous dire ceci (p. 29) : « De telles spéculations (à savoir sur dt>s difficultés relatives à la perception, et dont il n'a indiqué que les moindres), quel qu'en puisse être le résultat, ne sauraient présenter de bien sérieux dangers. Le scepticisme idéaliste sera toujours une gageure audacieuse de quelques esprits subtils et distingués contre le sens commun, ne disons pas le bon sens, incapables non-seulement de résou<ire de tels problèmes, mais encore de les poser. Peutêtre même n'est-il pas inutile qu'il y ait de semblables esprits, ne fût-ce que pour secouer la torpeur de ces philosophes qui savent concilier un doute dédaigneux pour les choses de l'âme, les seules pourtant qui tombent directement sous nos prises, avec une confiance naïve en la valeur des preuves plus difficiles et compliquées de ce monde des corps qu'ils jugent si solide. Il serait puéril de craindre qu'une erreur si peu contagieuse pût jamais toucher le commun des hommes. r>

En employant cette expression qui tient uu peu de Tanathème : scepticisme idéaliste^ M. M., qui lui-même vient pourtant de trahir quelque penchant à devenir un sceptique idéaliste, rejette implicitement parmi les sceptiques et, de plus, caractérise comme esprits subtils et distingués, non pas précisément dénués de bon sens, mais de sem commun, les Descartes, les Leibniz, les tierkeley, les Hume, les Kant; il les réduit à la simple fonction de secouer la torpeur des matérialistes. Tous ces philosophes, en effet, ont nié la perception et la causalité matérielle. Mais les trois premiers ont été de grands dogmatiques, le quatrième^ seul, uH

300 9TBLT0GRAPHIE.

sceptique, et le cinquième, sortant des démolitions de celui-ci^ a déplacé Taxe du dogmatisme.

En convenant que « les choses de Tâme » sont « les seules qui lombent directement sous nos prises, M. M. n'abandonne-t-il pas la perception dans le sens que la philosophie écossaisse et notre école éclectique nous ont habitués à donner à ce mot? S'il se contente de maintenir le terme en un sens supérieur, qu'admettent ceux qui croient, comme lui^ à Texistence des corps, mais qui estiment qu*on no peut définir que sous les conditions de la pensée et par vois de spéculation la nature réelle des êtres exteiiies, n*applique-t-il pas à tort le reproche de scepticisme à des philosophes qui ne sont nullement dépourvus du côte de la croyance et des affirmations raisonnées ? Il serait bien temps que les auteurs inlelligcnts renonçassent à l'emploi de ces sortes de qualifications en guise d'arguments !

A la vérité^ et malgré ce qu*on vient de lire, l'auteur déclare (p. !}3) qu'il prend pour accordée l'existence du monde extérieur, plutôt qu'il ne se propose d'établir la valeur des raisons sur lesquelles se fodde Tinvincible croyance du genre humain. Il craint d'être entraîné trop loin et hors de son sujet, j^lais en se dispensant de tout examen des doctrines criticistes concernant les apports respectifs de Texpérience et des formes de la sensibililé, ou concepts de rentendcroeot, pour la formation de nos connai-sanceà externes, il resserre ce sujet outre mesuri\ et sa déûnition de l'imagination se trouve forcément trop étroite. Il ne saurait justiûerles limites qu'il lui impose.

L'imagination est pour M. M. une faculté en quelque sorte secondaire. Apns avoir parlé des idées comme de certains éléments primitifs, autres que les sensations^ et présents dans les phénomènes intellectuels (p. 39), mais sans s'occuper de ces formes spéciales de quelques-unes d'entre elles, qui ont le caractère d'images et s'imposent à la sensibilité elle-même ; après avoir ensuite remarqué que Ks idées se présentent en groupes plus ou moins complexes, « ces groupes d'idées, dit-il (p. 42), devenus indépcudauts des sen^atioas auxquelles ils étaient d'aboi d unis, s'appellent des images, et l'àme considérée dans le pouvoir qu'elle a de les conserver, de les reproduire, de les combiner, prend le nom d'imagination. » Âve!c une telle définition, on exclut de son élude la fonction de production qui précèd«' nécessairement celle de reproduction des images, et qui est à ce point fondamentale, que l'expérience sensible n'est pas môme possible sans elle, ainsi que Ta démontré Kaot. 11 nous paraît inadmissible, dans l'état actuel de la critique philosophique, qu'un travail sur l'imagination laisse de côté la question de l'espace intelligible ou sensible^ et de la nature ou des sources de notre pouvoir d'envisager des images.

L'auteur ne peut éviter, quoique daus les bornes où il se renferme, de mei;tionner et de discuter le système associationniste, puisque l'association des idées comprend les chaînes de phénomènes qui appartiennent au jeu de l'imagination. Il essaye tout d'abord (p. 166) de distinguer entre « des causes subjectives it des conditions objectives de l'association des idées, » et la disliuclion ne nous semble pas heureuse : elle est inutile, puisqu'il n'importe nullement que la contiguïté des choses dans l'espace, par exemple, qui est un cas d'association, se présente comme un phénomène externe et non point iaterne, du moment que le^^ idées

associées ne. le sont jamais que grâce au rapprochement mental. Mais laissons cette question qui ne mène à rien. M. M. ne convieot-il pas lui-même (p. 167) que les conditions objectives ne valent c qu'indirectement et par Tintermédiaire des causes subjectives ? »

Le système associatîonnîste peut se définir un ensemble de thèses qui ont pour objet de ramener toutes les associations passibles des idées à l'expérience, comme source, et à l'habitude comme principe intellectuel. M. M. avance une propos i« tion qui, si Ton n'avait égard qu'aux idées dont la source est une perception, le classerait d'emblée parmi les partisans de ce système (p. 167) : a Toutes les conditions subjectives de Tassocialion peuvent se ramener à une seule, qui est leur présence simultanée dans Tesprit. Pour que deux idées soient associées, il faut et il suffit qu'elles aient été, à un moment donné, comprises dans un concept unique, enveloppées pour ainsi dire dans un seul acte de connaissance. » Évidemment, il faudrait, pour se bien séparer de l'école emptriste, indiquer que la condition nécessaire et suffisante énoncée par Fauteur est satisfaite, non- seulement dans les cas où il arrive en fait et n'importe comment que deux idées sont enveloppées dans un seul acte de connaissance, mais dans ceux aussi où elles sont jointes par des jugements aprioriques, soit synthétiques, d'ailleurs, soit analytiques. C'est, en effet, l'existence /le ces sortes de jugements qui élève toute une partie capitale des associations d'idées dans une sphère supérieure à l'expérience et h l'habitude. La nature intellectuelle, habitude en quelque sorte radicale, essentielle, non contractée, vient s'ajouter ainsi à la classe des habitudes provenues, variables, et la domine. Dans les développements qu'il donne à sa pensée, l'auteur de la proposition corrige très- mal ce qu'elle a de défectueux.

En effet, M. M. énumère trois cas d'association selon son principe. De ces trois, il y en a deux qui sont relatifs aux sensations et aux idées en rapport avec les sensations (p. 168-170) ; et le troisième est ainsi énoncé : (( Les idées demeurent associées lorsqu'elles ont été ensemble présentes à l'esprit. i> Or cette proposition ne distingue pas l'espèce de présence simultanée qui est due à des fonctions mentales de nature à rendre la connexion ou cohésion absolument nécessaire. L'auteur dit bien : « L'on tâcherait en vain de penser à quelque chose de grand sans penser en même temps à quelque chose de petit, ou de concevoir rirrégulier sans le régulier, le gauche sans le droit, le haut sans le bas, le sec sans l'humide, l'imparfait sans le parfait, le relatif sans l'absolu, le fini sans l'infini ; ce n'est pas que les termes de quelques-unes de ces oppositions, considérés en eux-mêmes et objectivement, ne puissent exister l'un sans l'autre ; le parfait peut assurément être sans l'imparfait, l'infini sans le fini^ l'absolu sans le relatif; mais la constitution de l'esprit s'oppose à ce que l'on conçoive les idées de ces choses autrement que jointes deux à deux, d Voilà une métaphysique transcendante à souhait : ceux qui sont nés pour la goûter s'entendent avec plaisir dire que l'absolu, considéré objectivement, peut exister sans rapport à quoi que ce soit ; mais on eût mieux aimé, le sujet traité étant l'association des idées, que l'auteur désignât plus distinctement une ou deux des lois de la constitution de l'esprit qui produisent des associations inséparables, indépendamment de toute expérience.

Toutefois, M. M. combat le système de l'association inséparable, cxelosiTemeet fondé sur l'expérience et Thabilude; mais il lui oppose des jugements sommaires et trop peu motivés. Par exemple, à propos de la doctrine de M. Spencer, qui, voyant dans Texpérience individuelle un fondement insuffisant pour les associations inséparables, a recours à Théréditc, ou expérience universelle et indé!inîmeBt continuée des êtres, au cours de leur évolution, M. M. objecte (p. 186 et 314) la nécessité ou d'une nature de Tesprit qui domine et modèle toutes ses acquisitions expérimentales possibles, ou d*une première acquisition sur chaque sujet, laquelle ne fait alors que reculer le problème. Rien de plus juste, mais ce n'est point encore là atteindre la doctrine actuelle de rhérédité en son principe le plus profond, qui est la continuité du devenir, avec substitution de l'idée de révolution continue à Tancienoe idée des données fixes de la nature.

Touchant l'ioséparabilité rapportée à l'expérience tout individuelle et à Thabitudc qui en procède, l'auteur rapporte le débat de Stuart Mill et de Mansel (p. 179), Mansel objectait à son adversaire l'existence de cas dans lesquels rcxpr^rience semble bien offrir les conditions réunies de la formation d'une association inséparable, et où pourtant une telle association ne se forme pas. Stuart Mill répondait, à chaque exemple proposé, en alléguant une condition oubliée par Mansel, et qui, une fois remarquée, expliquait comment les idées restent séparables. Ce procédé d'argumentation semble trop commode à M. M. c Pour lutter contre Stuart Mill avec avantage, il faudrait, dit- il, le contraindre d'abord à dresser une liste limitative des conditions nécessaires et suffisantes pour former une association indissoluble, et quil s'interdît d'ajouter à cette liste d'autres conditions ù mesure que d'autres exemples le requièrent. » Mais il nous semble à nous que Sluart Mill était purement et simplement dans son droit, en exigeant de celui qui soudent que telle association ne souffre aucune séparation selon l'expérience, de montrer en effet que l'expérience ne permet d'en séparer les éléments d'aucune manière. Le fort des philosophes qui croient comme nous à des connexions indépeuplantes de l'expérience sera toujours de mettre l'école empirique au défi d'expliquer sans pétition de pnncipey sans supposer chez le lecteur les idées mêmes qu'il s'agirait de déduire, des notions logiques, mathématiques, morales, et enfin Imaginatives, avec lesquelles font corps certains jugements qui ne peuvent provenir de l'expérience, par la raison que Vexpérience les suppose et n'est point possible sans eux. C'est la thèse inébranlable du criticisme.

M. M. allègue sans doute, en concluant sur ce sujet, les idées de cause, d'espace, de temps, dont l'association dérivée de l'expérience ne peut expliquer la formation, mais il ne fait pas connaître les raisons vraiment topiques, pour les- (juelles elle ne le peut point. 11 se contente d'affirmer généralement que Tesprit nrécèiie les associations, et que les associations empiriques ne font pas l'esprit (p. 1S8). Mais l'opinion contraire est probablement la meilleure définition qu'on puisse donner de l'école associationniste, et le criticisme seul est en mesure de la r.'futer. M. AI. s'af'puie sur le caractère de nécessité inhérent à certaines associations inséparables, caractère dont l'expérience ne suffit pas à rendre compte. C'est le grand argument que met partout en avant l'école aprioriste; mais il nous semble qu'on en abuse. Cette nécessité qu'on invoque n'e=^l pas telle qu'on ne

pMÎsse rempre, par la réflexion bien ou mal dirigée, par la philosophie, les liaisons d'idées les plus nécessaires , et remplacer les affirmations par des négations opposées. La théorie de la causalité de Hume en est un exemple considérable et trop peu compté. De notre temps, la géométrie « non euclidéenne a nous dé* montre^ par le seul fait de son existence, la posstbiliié de revenir sur des jugements touchant l'espace, qui ont passé jusqu'ici pour "des types de jugements nécessaires, en un mot sur Taffirmation des trois dimensions. Enfin, n'est-ce pas un spectacle bien piquant que celui que S4uart Mill nous a doané ? Ce penseur intrépide entre les intrépides, après avoir remplacé la nécessité constitutionnelle de l'esprit humain par la nécessité induite de l'expérience, après avoir déclaré le lien causal (tel qu'il l'entend) des phénomènes, la plus forte de toutes les inductions de ce genre, et le fondement de tous les autres, n'a pas laissé d'imaginer, quand cela lui a plu, un monde où il n'y aurait point de causalité. Et dans sa polémique contre le a principe de l'inconcevable » de M. Spencer, Stuart Mill a également démontré que, quoi qu'on puisse dire de « l'association inséparable, » il n'existe dans le fait aucune association qui ne soit dissoluble pour le philosophe ! C'est qu'il y a réellement dans l'esprit humain un pouvoir de faire et de défaire, par réflexion et volonté, les connexions mentales de toute nature. Il faut chercher ailleurs que dans les anciens lieux communs de « l'évidence » et de c la nécessité » des arguments contre l'empirisme «^solu; et, encore une fois, le criticisme est seul à les fournir.

Nous ne dirons rien de la partie esthétique de Tétude de M. M. On y remarque des traits de détail qui sont d'un homme de goût ; mais l'auteur considère le beau sous le point de vue objectif, et ne fait intervenir le sujet que pour embellir et idéaliser la nature. Nulle idée de théorie qui sorte des idées esthétiques en circulation dans notre pays.

A l'usage DBS ÉCOLES PRIMAIRES LAÏQUES

— SDIIE —

D'un autre cAté, il faut que les employeurs sachent bien que leurs subordonnés ou domestiques sont des créatures de chair et de sang aussi bien qu'eux-mêmes. Ils ne doivent point leur commander de travaux excessifs, ou nuisibles à la santé, ou impossibles à faire dans le temps prescrit, ni les soumettre à des conditions malsaines de nourriture ou de logement. Ils doivent bien connaître l'ouvrage qu'ils commandent et savoir le régler, Tayant fait eux-mêmes auparavant, ou quelque autre semblable. Ils doivent être indulgents en cas de faute ou de méprise, et se demander s'ils auraient fait mieux à tel âge, en telle circonstance. Dans le cas où il y aurait de la part du domestique un honnête aveu ou une civile excuse, la colère ou la dureté du supérieur deviendrait une indignité et une offense. Même

30& PBTIT TRAITÉ DE MOEÀD^:*

au retour d*une faute pareille, îl faut que F employeur ne perde pas facilement patience, qu'il examine s'il y a habitude ou mauvaise volonté dans l'affaire. La mauvaise volonté, naturellement, demande à être réprimée ; mais aussi combien il est difficile avec uae réelle bonne volonté de se délivrer d*une habitude enracinée 1 Prenons l'exemple d'une domestique accoutumée à battre les portes ou à les laisser ouvertes. Elle le fera sans y penser, quoique peut-être elle en ait reconnu Tinconvénient et se soit chapitrée intérieurement à ce siget. Les employeurs de leur côté, maîtres et maîtresses^ sont tenus au bon exemple : ils doivent mener une vie asez correcte pour ne prêter en rien le flanc aux commérages, veiller sur leur humeur, observer autant que possible des règles fixes, n'être ni sévères à Texcès ni faibles, garder en toute occasion le respect afin de l'obtenir, ne jamais oublier enfin que le domestique est homme et possède ses droits d'homme, qu*t/ est de la maison et prend naturellement part à tout ce qui touche la maison. C'est ce que signifie ce nom même de domestique, dans la langue mère à laquelle nous l'avons emprunté, et il est brutalement immoral de lui donner le sens d'esclave au service de notre oisiveté et de nos caprices.

PRÉCEPTES Soyez fermes et bons, équitables et comiTois dans vos rapports avec

CEUX DONT vous ATTENDEZ OBÉISSANCE.

Que l'autorité ne soit jamais sans raison chez l'employeur ; que le

DEVOIR prescrit A l'eMPLOYÉ NE SOIT PAS CONTRAIRE AUX DROITS QU'UN HOMME

ne doit jamais abandonner.

Soyez actif, exact, fidèle et constamment véridique, dans les emplois dont vous avez accepté la charge.

(A suivre,)

LA RÉFORME ÉCONOMIQUE

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