Des associations religieuseSy ou cuites
Une église n'est pas seulement un monument élevé pour une commune, ou une portion d'habitants d'une commune, en vue des cérémonies d'un culte. On donne également ce nom à une association de personnes qui professent toutes une même croyance religieuse. On dit aussi une communion, pour exprimer que ces personnes sont unies dans une foi commune.
Nous ne pouvons pas énumérer ici des devoirs religieux, par la raison qu'ils varient selon les Églises ou communions dont on fait partie. Nous pouvons dire seulement que celui qui appartient à cette Église réellement, c'est-à-dire de cœur, et non pas simplement parce que ses parents en sont ou en étaient et l'y ont fait inscrire, doit accomplir les devoirs particuliers qu'elle prescrit, en sus de ceux qui sont du ressort de la morale et reconnus par tous les braves gens.
C'est la loi morale même qui commande à chacun de remplir ainsi les obligations de sa communauté religieuse, à moins cependant qu'après mûre et sérieuse considération il ne sente qu'il ne fait plus réellement partie de cette société ou communauté; et dans ce cas, la même loi morale lui fait une obligation de le déclarer et d'en sortir. S'il se conduit autrement, étant arrivé à l'âge où Ton doit savoir parfaitement ce qu'on croit ou ce qu'on ne croit point, il sera hypocrite en pratiquant, ou donnera le mauvais exemple en ne pratiquant pas; à moins que tout le monde ne sache fort bien que le tout lui est indifférent, et qu'il n'y en ait beaucoup comme lui. Mais c'est un très-grand mal qu'on soit indifférent aux religions, et qu'on les regarde comme de simples affaires d'habitude ou de convenances sociales : manières de gens qui ne veulent pas choquer les autres en ne faisant pas comme etix. Car si la religion qui règne autour
de TOUS est bonne, vous lui devez un hommage plus sérieux, et si elle, est mauvaise, vous contribuez par votre [indifférence à lui conserver un crédit menteur qui la rend plus dangereuse.
Au reste, quelque opinion que vous ayez des idées religieuses, c'est-àdire des idées relatives à la destinée de Thomme après la vie présente, à Dieu et au culte qui lui est dû, vous devez les respecter partout où elles sont sincères. En ce cas, elles ne portent pas atteinte à votre propre liberté de croyance, et ne servent pas de prétexte à l'usurpation de l'autorité civile et politique. Elles sont retenues dans la sphère de la conscience, des préceptes de morale proprement religieuse et des pratiques du culte, elles doivent donc être à vos yeux des produits de la liberté d'autrui, respectables pour vous de la même façon que vous entendriez que votre liberté fût respectée par les autres dans un cas semblable.
Il fut un temps, et puisse-t-il ne jamais revenir I où les hommes ne croyaient pas pouvoir vivre en paix, sous les mômes lois civiles^ à moins de partager les mômes croyances religieuses. Chacun des États de l'Europe avait alors sa religion exclusive, intolérante, sous laquelle il contraignait ses sujets de se ranger, à peine d'extermination. Ce mauvais exemple avait été donné dans les âges néfastes où l'Église imposait aux princes la persécution des hérétiques. — c'est ainsi qu'on nommait ceux qui se distinguaient du commun par quelque manière particulière de croire — et allait jusqu'à instituer une inquisition sur la foi et la conscience, déclarant digne du « feu éternel )>, et condamnant ici-bas à monter sur le bûcher quiconque n'était pas, au fond du cœur, de la religion des prêtres. Mais dans les États affranchis des doctrines du moyen âge, les hommes de différentes religions sont reçus à vivre sous la même loi civile, qui les protège et ne fait elle-*même aucune acception de croyants ou de non croyants parmi les citoyens.
PRÉCEPTES
Soyez de la heligion dont vous paraissez être, et me paraissez pas être
DE CELLE DONT VOUS n'ÊTES PAS.
Respectez chez autrui toute croyance religieuse et toute démonstration
DE culte sincère.
Ne cherchez pas l'union des cœurs et l'unité de la foi par d'autres moyens
QUE ceux de la persuasion NATURELLE.
Regardez comme vos concitoyens au même titre les hommes de toutes communions qui reconnaissent la même loi civile que vous reconnaissez.
Quand vous voudrez vous rendre compte des droits des communions da5s l'État, considérez-les comme des associations particulières au sein d'une société plus vaste, qui leur doit la liberté, en leur imposant seulement ac besoin, comme il fait a toutes les autres, la loi. morale, la loi civile et
LE respect de sa PROPRE CONSTITUTION.
(A suivre.)
JOURNAL DES ÉCONOMISTES
Revue mensuelle de la science économique et de la statistique; rédacteur en chef : H. Joseph Gamier, membre de Tlnstitut.