LÀ COOPÉRATION ET LE CONGRÈS OUVRIER DE PARIS
Ce qui nous frappe surtout dausles institutions sociales qui nous régissent, c*est l'antagonisme d'intérêt qui existe entre chacun des membres de la société ; c'est cette bataille générale de la vie, cette lutte de tous les jours, de tous les instants, dans laquelle ne triomphent que les plus habiles, les plus intelligents, les plus forts et les plus rusés.
Dans cette situation, les étemels principes de la justice et de l'équité sont à tout instant violés au nom de Tordre, au nom de la société, et souvent même au nom de la loi.
Ceci est évidemment le résultat de l'application prolongée du principe de Tindividualisme qui nous régit dans le fonctionnement des institutions actuelles, au lieu et place du fécond principe de solidarité que nous professons tous, mais que nous ne pratiquons pas.
Nous avons essayé, dans les résolutions qui vont suivre et que nous proposons à votre approbation, de mettre en pratique le principe de la solidarité universelle, étant donné le milieu social actuel dans lequel nous nous mouvons. Nous avons pris ce principe comme base de l'association coopérative. Nous croyons aussi que la liberté doit s'appuyer sur les mêmes principes, sans quoi la liberté ne profiterait jamais qu'au fort pour opprimer le faible.
Il est encore d'autres principes affirmés par la majorité de votre commission. C'est d'abord la condamnation de l'intérêt du capital, qui, en ce moment, permet à une partie de la société de vivre et de jouir du travail et des efforts de l'autre, et ensuite l'égal échange des produits eolreles associations. Car si, dans le commerce actuel^ le bénéfice et les profits sont usurpation , cela serait absolument absurde s'il s'agit d'un échange de produits entre travailleurs.
Nous affirmons, en outre, que le travailleur doit posséder son outil, s'il veut recueillir intégralement le fruit de son travail.
D'un autre côté, nous croyons que la question de l'impêt est intimement liée à celle de la coopération , et , par conséquent , nous demandons une modification profonde de l'assiette de l'impêt.
£n conséquence de ce qui précède, nous avons l'honneur de soumettre à l'approbation du Congrès les vœux suivants :
1° La question de l'affranchissement du travailleur trouvera sa solution dans le principe de l'association coopérative appliqué dans les conditions ci-après déter-* minées ;
L'association coopérative est constituée à l'aide d'un capital formé soit par actions amortissables, soit par cotisations ou de toutes autres manières, mais ce capital est et doit rester dans tous les cas impersonnel, indivisible et inaliénable. (Rumeurs« Une voix : C'est contraire au rapport.)
2** Le fonctionnement de l'établissement coopératif n'a pas lieu dans TintérCt seulement des coopérateurs, mais au contraire dans l'intérêt général de la masse; en conséquence il ne donnera lieu à aucune répartition de bénéfices entre les associés.
La coopération pratiquera l'égal échange à Tégard des associations reposant sur le même principe. En attendant le jour où l'affranchissement du travail sera effectué, l'association vise aux bénéfices en livrant ses produits aux personnes étrangères à
tiOk L\ GOOPÉaiTION ET LE CONGRÈS OUVRIER DE FAELS.
toutes coopérations. Les bénéfices doivent se diviser en trois paris : l'une, destinée à ramorlissement des actions, si l'association était fondée par un capital par actions; Tautre, à constituer une caisse garantissant la vieillesse des associés, et la troisième employée à Textension et au déyeloppementdes établissements coopératifs.
3° Il y a lieu de modifier en ce sens la loi de 4 867 et notamment de demander pour la chambre syndicale le droit de posséder au même titre que les communes ; en ce cas j nous serions heureux que le législateur consultât les intéressés à ce sujet.
(i^ Il y a lieu de demander au législateur le droit, complet, absolu, de réunion, d*assaciation, de contrat et la liberté de la presse.
b'* Nous demandons au parlement la suppression de l'impôt sur les objets de première nécessité, et son remplacement par un impôt proportionnel sur le rcTcnu. Nous appelons Tattention des travailleurs français sur cette grave question d*un
impôt unique et proportionnel.
Les membres de la 6* commission.
Etaient présents : les citoyens Garrigue, Thevenet, Garmatran , Simon Soêns^ Trambouze, Julien Dupire et MespouUié.
Le citoyen Simon Soêns, — Je demande la parole au nom de la minorité de la commission. (Bruil.)
Le citoyen Président. — Vous n'avez pas la parole, il a été décidé que les rapports seraient votés ou rejetés sans discussion.
Le citoyen Simon Soéns. — Permettez, citoyen. La minorité, composée d'un seul membre, qui est moi, a émis le vœu que des groupes libres et autonom-js émettant des actions portant intérêt et dividende seraient créés, et que la proposition serait mentionnée dans le rapport. Or cette mention n'a pas été faite, contrairement à ce qui avait été convenu.
Le citoyen Duptré. — Citoyens, je m'en rapporte à votre bonne foi ; vous avez entendu Texposition qui a été faite dans le rapport des trob opinions qui se sont produite^ dans la sous-commission, et j'ai exposé par conséquent celle de Torateur.
Cela fait, il s'agissait uniquement de rendre compte des résolutions prises, et c'est la majorité qui prend les résolutions.
Unmembre, — Vous deviez indiquer les réserves qui avaient été faites.
Le citoyen Président, — Je consulte l'assemblée sur la question de savoir si elle accepte le rapport lu par le citoyen Dupire .
(L'assemblée se prononce pour l'adoption du rapport.) (4 )
Nous croyons que la pratique étendue de la coopération peut et duit amener une transformation pacifique, sérieuse et profonde, des rapports économiques; que cette transformation, qui contient ce qu'on appelle l'émancipation de la classe ouvrière, ne peut être espérée que de la coopération; que celte transformation heureuse serait, dans Tordre industriel, ce que Tavénement de la démocratie républicaine a été dans l'ordre
(1) Nous reproduisons ce rapport et ces conclusions de la sixième commission du Congrès ouvrier d'après le journal la Tribune (n*> du 13 octobre 1876).