‹ Critique philosophiqueChapitre 159 sur 164 · LA COOPÉRATION ET LB CONGRÈS OUVRIER DE PARIS · texte numérisé non relu

LA COOPÉRATION ET LB CONGRÈS OUVRIER DE PARIS

niant et supprimant les contrats économiques, substituant à l'échange la distribution autoritaire, au travail libre le travail imposé, est une orga^* nisalion d'esclavage.

Le système qui condamne, qui repousse absolument toute concurrence, ne fait pas seulement une société esclave, il fait une société paresseuse; et^ en faisant régner la paresse dans la société, il va directement contre son but, qui est d'assurer à tous le travail et le bien-être. Il est clair, en effet, que la garantie du travail et du salaire suppose avant tout Taccroissement de la production. C'est ce que démontrent des chiffres irrécusables et ce qu'ont parfaitement compris l'école fouriériste et l'école proudhonienne ; c'est à cette condition que ces deux écoles ont cherché à satisfaire, la première par son invention du travail attrayant, la seconde par son invention de la circulation affranchie et du débouché infini, u Une des plus grandes erreurs des socialistes, dit M. John Stuart-Mill (et cet économiste ne parle ici que de l'école socialiste autoritaire, à laquelle, d'ailleurs, il témoigne dans tous ses écrits la plus grande bienveillance)^ est celle qui leur fait attribuer à la concurrence tous les maux de la société actuelle. Ils oublient que partout où il n'y a pas concurrence, il y a monopole, et que le monopole, quelle que soit sa forme, est une taxe levée sur ceux qui travaillent au profit de la fainéantise, sinon de la rapacité. Ils oublient aussi qu'à l'exception de la concurrence entre travailleurs, toute concurrence profite aux travailleurs, en abaissant le prix des objets qu'ils consomment; que, même sur le marché du travail, la concurrence tend à élever et non à abaisser les salaires, chaque fois que la concurrence de ceux qui demandent le travail est plus active que celle de ceux qui offrent le travail, comme en Amérique, aux colonies, dans les métiers qui exigent une grande habileté; que la concurrence ne peut jamais faire baisser les salaires, à moins que le marché du travail ne soit encombré; que si l'offre du travail est excessive, il n'y a pas de socialisme qui puisse empêcher qu'il soit moins rémunéré*. • L'erreur commune des socialistes est de ne pas tenir compte de la paresse naturelle aux hommes, de leur tendance à la vie passive, à se faire les esclaves de la coutume et à persister indéfiniment dans une voie déterminée. Que l^omme obtienne une situation qu'il estime tolérabte, ce qu'on doit craindre, c'est de le voir aussitôt tomber dans la stagnation, de voir cesser tout effort vers le progrès, de voir toutes les facultés humaines se rouiller au point de perdre même la vigueur nécessaire pour ne pas reculer... Sans sortir du monde industriel, oii l'on peut supposer que la majorité est le meilleur juge des améliorations, il serait difficile de déterminer l'assemblée générale d'une association à subir le dérangement et les ennuis d'un changement d'habitudes pour adopter une invention nouvelle et féconde, si elle ne savait que des assoicialions rivales pourraient accepter les chances qu'elle redoute et U de-

Page 1