LA COOPÉRATION ET LE CONGRÈS OUVRIER DE PARIS
vancer. Au lieu de considérer, comme la plupart des socialistes, la coir currence coQime uq principe funeste et antisocial, je vois que, dans l'état actuel de la société et de l'industrie, tout ce qui la limite est un mal, et que tout ce qui Tétend, fût-ce môme aux dépens du bien-étrc temporaire d'une classe de travailleurs, est un bien en définitive. La protection contre la concurrence est une protection en faveur de l'oisiveté, de l'inaction intellectuelle, une dispense de l'obligation d'être aussi intelligent et aussi laborieux que les autres hommes. Si la protection garantit contre le danger d'être privé d'emploi par des ouvriers moins payés, c'est seulement là où, soit une ancienne coutume, soit un monopole local et particulier, ont fait à une classe de travailleurs une situation privilégiée relativement à celle des autres, et le temps est venu où le privilège de quelques-uns ne peut plus être utile à l'amélioration du sort de tous (1). »
On n'a pas de peine à comprendre comment le régime dit de solidarité fait une société paresseuse, immobile, incapable de progrès , si Ton s'est fait une juste idée des capacités et des besoins, en les envisageant tour à tour dans l'état de liberté et de responsabilité économiques, et dans l'organisation communiste qu'on voudrait substituer à cet état La formule de chacun selon ses facultés , à chacun selon ses besoins, suppose, à ce qu'il semble, que les facultés qui règlent la distribution et l'imposition des tâches, et les besoins qui règlent la répartition des produits, sont des données invariables de la nature, difficiles, mais non impossibles à connaître et à mesurer avec précision. La vérité est que ni nos opacités ni nos besoins ne sont des quantités constantes. Ce sont des produits de deux facteurs, de la nature et de la liberté humaine, produits qui varient comme l'action de ce dernier facteur, et dont les variations, par suite, échappent à toute mesure. La formule solidariste ne tient pas compte de l'action qi\e peut exercer chaque individu sur ses propres facultés et sur ses propres besoins. Les facultés peuvent se développer, s'élever au maximum de valeur productive par Texercice et par la culture, par le déploiement soutenu de l'énergie et par la direction bien choisie des efforts; elles peuvent s'amoindrir et s'atrophier par le mauvais emploi, le défaut d'application^ l'incurie. Les besoins, en ce qui dépasse les limites d'un niinimum rigoureusement physiologique et fort misérable, peuvent s'étendre ou se restreindre presque indéfini • ment, par suite des habitudes contractées, c'est-à-dire résultant du libre choix de la volonté. Le progrès de la production et de la richesse sociale dépend, d'une part, du progrès de la capitalisation, de l'autre, de l'action que chaque producteur exerce sur ses propres facultés pour les di-
fl) J. Sluart Mill, Principes d'économie poUtiqWy traduits par MM, Dussard el Courcelle-Seaeuil, t. II, liv. iv, ch. vu, p. 383 et suiv.
rîger, les culliver et les développer. Le progrès de la capitalisaLion dépend de l'épargne, c'est-à-dire de Taction que chaque consommateur exerce sur ses propres besoins pour les limiter et les restreindre. Or, entre le régime de solidarité et le régime de concurrence ou de liberté et de responsabilité économiques, nous demandons lequel est le plus capable de susciter et de stimuler cette féconde et indispensable action de l'homme sur ses facultés et ses besoins?
P. PiLLON.
PETIT TRAITÉ DE MORALE A l'usage des écoles primaires laïques