‹ Critique philosophiqueChapitre 23 sur 164 · LB PESSIMISME INTRANSIGEANT BXPUQÏÏÉ · texte numérisé non relu

LB PESSIMISME INTRANSIGEANT BXPUQÏÏÉ

qu'une pseu'lo-république où ils ne peuvent prendre place qu'à la condilion des'effacer^ de s'abaisser, de se donner à eux-mêmes de continuels démentis.

Ce jugement pessimiste, porté par un petit nombre d'esprits, sur la transFormation de mœurs du parti républicain et sur les actes qui l'ont signalée, n'a rien qui puisse étonner en un pays de tradition révolutionnaire commn le nôtre. 11 est inutile de le discuter, parce qu'il témoigne d'une façon de sentir à laquelle ne peut rien l'appel à la raison et à Texpérience. L'état passionnel dont il procède se trouve finement analysé dans les lignes suivantes écrites en 1831 par Paul de Flotte, et qui peuvent s'appliquer à nos intransigeants de 1876 :

n est rare que, le premier moment d'effervescence passé, les révolutionoaires conservent la direction des affaires publiques. Gela n*a lieu que lorsque la révolution est sérieui^ement menacée ; mats^ lorsqu'elle semble triomphante et acceptée sans conteste, ils ne tardent jamais à être précipités du pouvoir...

L'origine de cette loi se trouve dans la distinction à faire entre les idées et leurs défenseurs, distinction que ces derniers acceptent si difftcilement et que les masses, indifférentes aux intérêts individuels, font avec tant de sûreté.

Or, il est presque impossible que les révolutionnaires soient réellement des hommes pratiques de gouvernemem. Autre chose est, en effet, d'attaquer et de détruire une forme politique ou sociale vicieuse, ou de défendre en paix celle qui Ta remplacée.

Pour peu que l'on veuille réfléchir avec calme sur les diverses situations qui leur sont faites, il est facile de concevoir que la lutte politique exige des promoteurs d'une révolution des habitudes et des sentiments qui ne sont point précisément considérés comme les qualités requises dans les agents du pouvoir. . .

On conçoit les graves inconvénients que présente aux yeux du grand nombre le gouvernement des hommes de la révolution, et ce n'est que lorsque le progrès est sérieusement menacé dans son développement, que le pays accepte ces irrégularités plutôt que d*abandonner les idées dans lesquelles il a désormais placé son espoir.

Les révohitionnaires se sont bientét aperçus de cette disposition des esprits ; il en est résulté ches eux une tendance assez bizarre et qui trouve cependant son explication dans une des plus secrètes et des plus charmantes inconséquences du cœur. Certains qu'ils ne sont jamais plus près d'être acceptés que lorsque le progrès humain semble arrêté, il est en eux une espérance d'être utiles, qui^se trans* forme en un vague désir de voir Tœuvre à laquelle ils ont dévoué leur vie, entourée d'ennemis et d'embûches.

Semblables à ces amants qui croient n'avoir jamais assez montré ni mérité d'amour, et qui voudraient voir la bien-aimée dans quelque grand danger, afin de lui prouver tout leur dénouement, succomber avec elle, ou se faire aimer et la sauver, iU ne sont pas fâchés de voir la révolution dans de tels périls, qu'elle ait besoin de leurs sacrifices et de leurs courages. Mais le pays, dont les affections sont

112 LC PESSIMISME INTRANSIGEANT EXPLI0T3É.

plus sages et plus désintéressées, se soucie médiocrement de cette chevaleresque passion d'entreprises dont il apprécie plutôt les douleurs et les inquiétudes que les joies et la gloire. Il aime plus la révolution comme sa fille, et moins comme son amante, et conseatirait volontiers à trouver dans ses défenseurs plus de prudence, quand à ce prix il devrait en eux rencontrer moins d'amour. Aussi, dès qu'il pense que le progrés peut se passer d'un tel appui, ne tarde-t-il point à le soustraire aux inconvénients d'une protection compromettante à force de dévouement et d'un zélé sans doute exagéré (1).

Oportet hœréses esse l II (diiit q\ïi\ y ait des partis divers : n^espérons pas que Tunité de pensée et de sentiment, rêvée par les utopistes de la Religion, de la Philosophie ou de là Science, se fasse jamais parmi les hommes. Il faut donc qu'il y ait des radicaux toujours impatients, toujours mécontents, comme il y a des conservateurs, des modérés^ des radicaux opportunistes. Non-seulement il est inévitable, mais il est bon qu'il y ait des mécontents. Les mécontents sont le stimulus du corps social, le sel de la terre républicaine. C'est des esprits et des caractères mécontents que vient le progrès, a dit Stuart Mill. Mais on a le droit de désirer et de demander que la politique des mécontents soit un peu moins personnelle, un peu plus objective^ comme on dit en Allemagne, c'est-à-dire un peu plus sérieusement appliquée à Tétude des ques* tions. On voudrait qu'elle se montrât plus soucieuse d'obtenir des résultats, tout au moins de montrer clairement le but, que de jeter le mépris sur ses adversaires. Les passions ne sauraient tenir lieu d'idées. Ce n'est certainement pas des mécontents à cervelle vide que peut venir le progrès. P. Pillon.

(1) Paul de Flotte^ La souveraineté du peuple^ p. 30 et suiv.

Ce numéro était sous presse, lorsque nous avons reçu sommatien par ministère d'huissier d'insérer une réponse de M. Acolias à un article du n^ 3 sur ses principes politiques. Satisfaction ne pourra être donnée au requérant que dans le numéro du 23 mars.

Le rédacteur-gérant : l\ Piuo:!î.

IA&:B. -^ :iirR7UERIE BK K. MAKTIHBT; &UX MIOll»!!, 8

h"^ ANHIE. 28 MAIS 1876. ^» 8

lA CRITIQUE PHILOSOPHIQUE

POLITIQUE, SCIENTIFIQUE, LITTÉRAIRE

DB LA ■fiTHODB SGIENTIPIQUB

t'flABRUDB R LA TOLONTÉ.

L'feole psychologique anglaise, qui commeuce i David Hume, a fait bire k la théorie de l'habitude des progrès tellement considérables, qo'onpeut dire que les philosophes, avant ce temps, possédaient à peioe ridée de cette puissance modelante des fonctions mentales, et qu'aujourd'hui ils semblent souvent ne plus savoir où en sont les bornes» ou si seulement elle en a. Le principe de l'association des idées, mis constamment en avant par cette école, ne rend compte, il faut l'avouer, ni de lui-même et des classes oh se renfermerait son action, ni de ce théâtre de ses applications qu'on nomme l'esprit ; mais quand on songe à la sphère immense des phénomènes auxquels il s'étend, à n'j compreadre simplement que ceux qui s'associent dans la pensée parce qu'ils ont été déjà précédemment associés n'importe comment ou pour quelles raisons» il parait incontestable que les analyses psychologiques dirigées vers l'investigation des habitudes mentales ont ouvert une sorte de nouveau monde philosophique dont Texistence, avant Hume, était à peine soupçonnée.

Un progrès dans les théories de la volonté serait la contre-partie désirable de ce grand progrès de la théorie de l'habitude. Outre les conséquences morales qu'on pourrait en attendre, et qui ne le céderaient pas^ quoique de sens inverse, à celles qui ressortent de l'étude des sphères de l'esprit soumises au pur déterminisme, il en découlerait, dans Tordre intellectuel, un éclaircissement indispensable pour la première des questions dont nous nous occupons sous ce titre : De la méthode seieniifique. On reconnaîtrait les bornes de cette méthode, on pourrait s'accorder à les définir.

En effet, tous ces modes généraux de l'exercice de la pensée qu'on a coutume de désigner par un nom dont remploi, justement suspect de réalisme illusoire, de superstition et d'idolâtrie psychologique, corn-

CllT.raiLOS. I V. . 8

mence à être rejeté par plus d'ua philosophe^ le nom de facultés de Vesprity sont des fonctions déterminées de certaines idées, des relations d'ordre universel considérées en acte d'enchaînement et de déroulement, enfin des lois d'assemblage et de sériation des phénomènes mentais. Qu'on examine dans un esprit yraiment scientifique ces facultés dites de mémoire, d'imagination locale, d'abstraction et de généralisation, de jugement attributif et de raisonnement, etc., on s'apercevra qu'elles se définissent toutes par des modes de groupement d'idées sous différents chefs, à savoir sous les catégories de nombre, de lieu, de temps, de qualité, etc. Elles sont les ordonnatrices conscientes mais déterminées d'un vaste mouvement d'analyse dt de synthèse portant sur les infinis éléments de l'expérience externe ou interne, composés ou décomposés sous divers points de vue. Dans tous ces ordres de choses, les phénomènes se présentent en fondions déterminées les uns des autres^ et les noms de nos facultés sont ceux des lois les plus générales sous lesquelles ils s'assemblent et se désassemblent pour nous être représentés.

^ Quand nous passons aux notions de causalité et de finalité, qui forment cependant des catégories fort différentes de celles qui viennent d'être nonimées, si nous ne portons notre attention que sur la matière externe que nous leur reconnaissons, nous trouvons partout encore des phénomènes déterminés et des lois. Tantôt ce qui doit suivre est le déterminant de ce qui précède. Il en est ainsi à nos yeux dans les faits de finalité, comme quand les passions et les instincts des animaux s'ex-> pHquent par leurs fonctions naturelles et constantes, lesquelles placent dans ces passions et dans ces instincts les moyens nécessaires des fins à atteindre dans le cours de leur existence, et quand d'ailleurs toute lenr organisation semble avoir pour raison d'être ces mêmes fonctions qui la suivent. Tantôt, au contraire, ce qui précède est le déterminant de ce qui suit. Là se place le système immense de ces lois naturelles dans lesquelles d'invariables faits conséquents sont vus dans la dépen. dance d'antécédents invariables. L'expérience établit ces sortes de lois pour la croyance, et rien n'y reste indéterminé, et elles s'étendent k tout, tant qu'on ne remonte pas à la source môme de l'idée de causalité^ dans le mouvement de l'esprit, et qu'on ne songe pas à une autre sphère d'applications de celte idée, oii le déterminisme pourrait trouver une limite qu'on verrait descendre ensuite jusque dans la nature par voie de conséquence.

Mais le mouvement même de l'esprit ne suit pas des lois seulement en tant que les fonctions de l'imagination, de l'entendement, de la raison sont déterminées comme nous l'avons dit. Toutes les sensations, comme nées immédiatement de l'expérience, sont déterminées ; toutes les impressions, les sentiments, les affections, les passions spontanées

le sont. Toutes les dispositions à être affecté de certaines manières préexistent, étant données à chaque moment pour le suivant, et par conséquent sont déterminées à Tégard de ce dernier. L'habitude, dont nous parlions en commençant^ et sur laquelle il faut revenir^ s'ajoute aux jugements nécessaires, aux passions, aux instincts et aux simples actions réflexes, pour apporter dans les associations ou connexions d'idées un certain ordre familier, qui varie d'un homme à un autre, mais qui est le conducteur de la pensée chez chacun et établit ainsi pour chacun le théâtre intellectuel et moral sur lequel ont à se produire ses résolutions, ses volontés. Mais faut-il, en effet, s'exprimer comme ces derniers mots semblent y conduire? Doit-on attendre, pour faire intervenir la whnté dans les phénomènes, un dentier moment qui succéderait à beaucoup d'autres pour lesquels tout aurait dépendu invariablement des antécédents? S'il en était ainsi, on se trouverait conduit à regarder la volonté comme une simple résultante, et le déterminisme s'étendrait jusqu'à elle. Ou du moins on n'échapperait à cette conséquence que par la théorie dite de la liberté <t indifférence, dans laquelle on considère la volonté comme une espèce de deuxième agents indéterminé et indifférent, qui survient à Timprovisteet se substitue, par le fait d'une décision arbitraire qu*il prend, au premier agent dont tous les jugements et les motifs quelconques étaient rigoureusement déterminés. Cette théorie est insoutenable, en ce qu'elle divise d'une manière ridicule les fonctions mentales et fait de la volonté une sorte de réalité séparée et de personnage de mythologie psychologique. Si l'on n'en pouvait trouver une meilleure, il vaudrait mieux avouer que la méthode scientifique appliquée aux phénomènes internes exclut toute ambiguité dans l'action possible des causes et confirme le déterminisme commun de la nature. U est surprenant combien la connaissance du thé&tre propre de la volonté, la simple connaissance analytique, sans hypothèse» a été étrangère aux philosophes. Ils semblent tous avoir raisonné, pour construire leurs systèmes, comme des gens qui n'auraient pas eu la moindre notion pratique de la manière dont les hommes conduisent leurs délibérations, dont ils réfléchissent à leurs propres pensées et comparent leurs mobiles d'action. Un métaphysicien déclare tous les mouvements d'une délibération déterminés par des raisons nécessaires, excepté le dernier, quoique le dernier ait sa raison tout comme les autres» et môme qui semble ordinairement plus forte, et quoique ceuxHsi soient des dei^ niers à leur manière quand ils concluent à ne pas conclure et changent l'attention de côté, au lieu de la tenir ferme au même point. Les penseurs plus logiques qui combattent cette doctrine et qui arguent de Tenchalnement de l'acte mental avec le motif, à quelque moment que ce soit, se dispensent de prouver que chaque motif est nécessaire à la place où il est ; et cependant d'autres motifs que celui-là auraient fourni

après coup un enchataement tout aussi satisfaisant pour aboutir à une décision opposée, et l'agent, iui^ en opérant, s'est cru le maître d'ap* peier un motif ou un autre, de. suspendre ou de continuer ses associations d'idées en divers sons possibles. Or, soit que cette imagination ait ou non un fondement de réalité, elle demeure le fait capital d« la vie morale et un fait nécessaire auquel une analyse impartiale doit attacher la plus haute importance. Et tant que ce fait n'aura pas été détruit «cten^ifiquement, ce qui n'est pas près d'arriver, les systèmes qui en impliquent la négation doivent être frappés d'un discrédit scientifique. Lorsqu'un homme tel que David Hume, le puissant initiateur du déterminisme modei'ne en sa forme psychologique, décrit et définit, avec cette énergie du parti pris qui appartient souvent au génie, les phénomènes d'association mentale, d'habitude et de croyance, sans seulement paraître se douter qu'il puisse exister au monde telle chose que des volontés sans prédétermination et capables d'avoir leur part à prendre dans ce qui s'appelle croire ou ne pas croire, affirmer ou nier des relations, ou s'abstenir de juger (1), il construit tous ses raisonnements sur une hypothèse et laisse en dehors de sa spéculation un côté souverainement intéressant du pouvoir mental.

Si, de cet illustre philosophe du siècle précédent, nous portons maintenant les yeux sur un philosophe du nôtre, une célébrité (de chez nous) bien peu comparable à l'autre pour le mérite, mais enfin qui intéresse la pensée contemporaine^ nous trouvons le pouvoir de la volonté non plus méconnu ou systématiquement rejeté, mais trahi par le fait seul du domaine qu'on lui assigne comme essentiel. Les analyses de Hume forcent le penseur à regarder les questions en face, à chercher les points où se nouent et se dénouent sérieusement les doctrines. Les affirmations arbitraires de Maine de Biran ne sont propres qu'à détourner l'esprit du vrai terrain du problème et à le porter sur un autre où le déterminisme scientifique' peut et doit s'établir. Maine de Biran, au lieu d'envisager simplement la puissance volontaire sur le théâtre mental de la réflexion et de la direction des pensées, qui est le seul où l'on puisse en donner une définition empirique et directe, quand il s'agit de rhomme, la regarde comme une force extérieurement mouvante, une cause immédiatement locomotive, et prétend obtenir sous ce point de vue la conscience môme, et partant la preuve de l'activité libre. C'est, au contraire, se placer sur un terrain où l'activité libre est inutile et démentie par les faits. C'est confondre, comme on le fait dans le langage vulgaire, et comme les savants ne s'y prêtent que trop aussi,. la volonté avec la source de toute détermination au mouvement chez les

(i) G*est daas son Traité de la nature humaine^ œuvre philosophique de premier ordre dont la Critique philotophique pabliera încesiamment la première traduction française.

animaur» et même chez les plus infimes. Et c'est enfin favoriser» contre ce qu'on youdniit soi-même, la réduction de l'aclivité proprement volon* taire h l'aclivité passionnelle, ou de la liberté à la simple spontanéité.

Noos opposons à Taffirmation d'une conscience directe de la force locomotive siégeant dans la volonté :

1* Le fait catégorique de rimpossibiliié où l'on est de saisir quelque chose comme une transition de la volonté au mouvement^ tant que la volonté s'entend exclusivement d'un acte mental, et de faire plus que de constater un rapport de succession constante : — constante sous la donnée de certaines conditions organiques, lesquelles peuvent manquer.

2* Le fait qu'il n'y a jamais de volonté pure^ mais que toute volition est accompagnée de la représentation vive de Teflet que l'agent a coutume d'en attendre, et de plus d'une affection quelconque de l'ordre du désir qui lui fait porter intérêt à la production de cet effet. Dés lors, la logique interdit non-seulement de placer dans la volition abstraite la force locomotive, dans le sens transitif dont nous parlions tout àTbeure, mais même d'y placer l'antécédent propre et la condition nécessaire et suffisante du mouvement. Cette condition peut se trouver dans les phénomènes qui accompagnent la volonté, et non pas dans celle-ci considérée comme une puissance rectrice des phénomènes mentais.

3* Le fait non moins incontestable que l'état Imaginatif et passionnel, notamment dans le désir ou la crainte,, suffit chez les animaux et chez rkomme même, dans le plus grand nombre des cas, pour donner lieu au mouvement approprié à cet état sans aucune intervention de la volonté rectrice des idées. II est naturel de généraliser cette vérité et de penser qoe le lien de causalité immédiate, c'est-à-dire le rapport constant d'antécédent à conséquent, existe toujoura entre l'imagination et les passions, d'une part, les modifications locales^ ou mouvements, de l'autre, et non point enti*e la volonté et les effets de loconootion.

S'il en est ainsi, l'observation et l'expérience, et par conséquent les sciences dont la méthode est fondée sur l'observation, peuvents'attribuer le domaine entier du mouvement. La psychologie» à laquelle il faut reeoarir pour déterminer celle des conditions des mouvements des animaux qui dépendent de l'état mental, a'introduit rien — au moins di- Tttctemeât — qui soit à revendiquer pour la volonté, pour la liberté. Les représentations nécessaires, les instincts, les passions, les associations d'idées déterminées, les habitudes, sont les seuls éléments dont il y ait à tenir compte pour déduire des laits de locomotion. Le déterminisme s'étend donc sans obstacle. S'il y a un reproche à adresser aux savants, c'est à leur langage qu'on doit l'adresser, et non pas à la manière dont ils envisagent les phénomènes. Qu'ils renoncent à donner le nom de vokmjté aux antécédents mentais des actes de la locomotion animale.

Cette prétendue volonté n'est qu'un nom générique tout fictif qui leur sert commodément à désigner l'antécédent interne d'un mouvement. Mais s'il s'agit de préciser, on s'exprimera plus exactement en parlant de désirs ou d'autres passions, de représentations Imaginatives et d'habitudes mentales en rapport avec des modifications externes. Si l'on prend ce parti, le nom de volonté se trouvera réservé à un pouvoir caractéristique, l'agent libre, et le langage philosophique gagnera beaucoup en précision et en clarté.

Ce pouvoir, qui parait dans la réflexion et dans la délibération, n'est pas sans action sur les mouvements de l'homme. Il en a, au contraire, une aussi décisive que si elle était directe, et qui s'exerce dans les cas où les représentations Imaginatives et les autres affections qui ont les mouvements dits volontaires sons leur dépendance, dépendent ellesmêmes de la volonté pour leur détermination. Cette volonté, acte tout interne et dout les objets propres et les effets sont internes^ détermine indirectement les modifications extérieures et matérielles qui sont en relation nécessaire avec ces effets. Si^ par exemple, une imagination vive d'un certain mouvement de la main, une attente de ce mouvement comme étant sur le point de se produire, et un désir qu'il se produise, joint à Tabsence de toute représentation et de tout motif allant à rencontre, si tout cela suffit pour que ce mouvement ait lieu en effets on pourra dire que ce mouvement est volontaire et libre^ mais seulement quand on suppose que la volonté s'est employée, avec conscience de son acte, à maintenir l'imagination et l'affection nécessaires et & tenir éloi* gnées celles qui seraient venues à la traverse. C'est dans ce cas et dans ce sensy et non dans aucun autre, qu'on peut dire que les mouvements ont la volonté pour cause.

La volonté» suivant cette acception toute mentale^ se reconnaît à ce caractère de certains actes de consciencdi les seuls que l'on puisse clairement désigner comme libres, à ce (^ractëre qu^iU ne $e r^priêentmU pa» comme êimplement donnés dam la eonscienee, maiê bien comme ayant pu être ou ne pas être mscités ou continués en elle, sans autre changement appan'cnt que celui qui tient à la représentation même en tant qtielle appelle ou éloigne la représentation^

Que l'homme s'attribue spontanémeal et se croie pratiquement on tel pouvoir, c'est ce que le déterminisme absolo lai«nldme ne saurait mettre en doute. Que ce pouvoir supposé soit on pouvoir réelt c'est un pro« Même qui éobq^pe aux seiences, ime question de pUlosoptaU HknraUb

AUalHai^-aMa

LA PKEKliRK CONDITION DES RÉFORMES. 119

Page 1