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LA PREMIÈRE CONDITION DES RÉFORMES

J'ai parlé autrefois des cercles vicieux que présenle notre situatiou politique. En voici un que je signale aujourd'hui à Tattention des conservateurs et des réformateurs :

L'obstination aveugle avec laquelle les gouvernements repoussent les réformes, même les plus modérées, les plus simples et les plus nécessaires, rend les révolutions inévitables; — la fréquence des révolutions et l'instabilité des gouvernements mettent obstacle à la réalisation des réformes.

Cela revient à dire que les conservateurs immobilistes et impossibilistes, qui parlent toujours de Tordre matériel et moral^ sont^ en réalité» des anarchistes et des r évolutionoaires, et que les révolutionnaires» les hommes de violence, qui parlent toujours de réforme et de progrès» ne méritent pas et ne sauraient justifier devant l'histoire le nom qu'ils prennent de réformateurs et de progressistes.

Je laisse de côté la première proposition qui est une vérité banale, et je me h&te d'expliquer la seconde que je voudrais voir comprise des républicains d'avant-garde.

Les partis de révolution ne peuvent être des partis de réformes effectives et positives, parce que les hommes qu'ils renferment ne peuvent être des hommes pratiques de gouvernement et d'administration. Les révolutionnaires ne peuvent être des hommes pratiques de gouvej^nement et d'administration, parce qu'il faudrait, pour cela, qu'ils réu*« Hissent les qualités et les CiuiicLères les plus opposés, des qualités et des caractères qu'on peut dire incompatibles.

C'est ce qu'a très^ bien vu un révolutionnaire de 1848, que j'ai déjà eu souvent l'oceasion de citer, Paul de Flotte.

« Il est facile de concevoiri dit-il, que la lutte politique exige des promoteurs d'une révolution des habitudes et des sentiments qui ne sont point précisément considérés comme les qualités requises dans les agents du pouvoir. Ennemis des puissances établies, ils sont éloignés de .toutes les fonctions publiques, et quelles que soient leurs études et leur intelligence, quand Ils sont en grand nombre investis subitement de aes fonctions! leurs premiers aotes dénotent leur inexpérience; le mouvement général en est forcément troublé. Us sont, en outre, privés de la ressource des nouveaux fonctionnaires dans les temps réguliers; joeux-oi se laissenti en effet» d'abord guider par des inférieurs habitués aux services, et reçoivent la direction de supérieurs expérimentés, puis il 7 a une routine générale, un ensemble de précédents qui laisse peu de place aux erreurs et souvent même à l'initiative personnelle. Or, le représentant d*an nouveau pouvoir est privé, de cette direciioni et trouve

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dans ses inférieurs plus souvent un obstacle qa'un appui ; enfin, il doit^ sous peine de nier le caractère même du changement qui vient de s'accomplir, rompre avec cette routine si commode et entreprendre contre des habitudes vicieuses et des abus invétérés, une lutte que les plus habiles et les plus versés dans les^ moindres détails pratiques, envisagentd'ordinaire avec terreur, et n'osent entreprendre qu'après avoir préparé l'opinion publique, longuement mûri leurs décisions, et reconnu le zèle et l'aptitude de leurs agents...

» Les conditions de la lutte que les révolutionnaires soutiennent contre les institutions sociales et politiques, exigent de ces hommes une résolution tenace et des dévouements qui ne sont possibles qu'à des caractères tout spéciaux. Les défenseurs des formes établies résistent avec un véritable acharnement, et la fortune, la liberté, la vie, l'honneur de ceux qui les combattent, sont incessamment menacés. Us doivent ainsi faire le sacrifice de tous les biens que les hommes recherchent dans l'état de société. Cet abandon volontaire suppose en eux des passions et des espérances essentiellement différentes de celles des autres hommes, et dans cette lutte sans merci ni repos, ils ne peuvent être soutenus que par un puissant amour de l'idéal ou par une énergie de volonté toute particulière.

» C'est ainsi qu'ils se divisent en deux catégories : les uns, plus entraînés vers l'avenir, les autres, plus ennemis du passé ; les enthousiastes et les révoltés, en d'autjfes termes les utopistes et les hommes d'action. Quelques-uns, en petit nombre, unissent ce double caractère ; ils sont l'expression môme de la révolution, et brillent en elle d'un légitime éclat. Plus généralement, il ne saurait en être ainsi. Or, il est inutile de montrer comment ces habitudes exclusives de l'esprit l'entraînent à tenir peu de compte des institutions et des hommes.

» Ces catégories fournissent naturellement des apôtres et des soldats. C'est tout ce qu'il faut à la révolution. On en tirerait plus difficilement des préfets et des chefs de bureau. Or, c'est là ce que réclame une administration...

j> Enfin, les scissionnaires dans la société sont de deux sortes : ceux qui sont plus mauvais qu'elle et qu'elle a le devoir de rendre meilleurs, ceux qui la conçoivent plus parfaite et tentent de l'améliorer à leur tour. Ceux-ci seuls sont légitimement révolutionnaires. Mais il est impossible qu'il ne se mêle pas dans leurs rangs un certain nombre de scissionnaires de la première espèce. C'est d'ailleurs une tactique de tous les gouvernements de les compromettre avec cette sorte de gens. Ils manquent presque toujours de moyens pour reconnaître ces intrus, et la police, loin de les éclairer à ce sujet, emploie tous ses efforts à les tromper, ..

» Ainsi les révolutionnaire! traînent souvent à leur suite une arrière*

U FBBlIlàRE CONDITION DES aiPORMtS. 1^1

fude fort compromettante. Après un triomphe, leur première préoceopation ne peot être que de s'Assnref de la moralité de ceux qai les QDt soiyis, et la conscience même qu'ils mettent dans ce travail est pour eux un grave embarras, et, dans Tesprit de la plupart des hommes qai jugent avec légèreté, la cause d'un véritable discrédit (1). »

Les considérations qu'on vient de lire ne manquent pas dlntérôt, veoant d'un écrivain qui avait pu observer et juger par lui-même le fort et le bible des partis de révolution. J'en tire cette conclusion que la méthode révolutionnaire doit être condamnée au nom même du besoin de léformes qoi semble en justifier l'emploi.

La méthode révolutionnaire ne peut élever au pouvoir que des apdtm et des ioldatiy c'est-è-dire des hommes dépourvus d'expérience, de capacité, d'habileté politique et administrative. Elle les y élève soudainement sans qu'ils aient pu se préparer au rôle nouveau que les circonstances leur assignent. Elle ne les y élève, de Flotte le remarque avec nison, que pour très-peu de temps, fille les y élève, sans leur commumqaer ^autorité qui s'attache à une investiture régulière. Ne serait-ce pas merveille que des hommes à qui manquent le temps, l'habileté, la capacité et Tautorilé pussent accomplir avec succès les réformes que Ton demande à la révolution? Gomment attendre des initiatives intelligentes; fécondes, heureuses, d'hommes qui ne peuvent connaître que fort mal le terra^^ sur lequel ils ont à'opérer^ la manière de s'y mouvoir et les obsta(iles auxquels ils vont se heurter & chaque pas?

DoDC, pour^entrer dans la voie des réformes, il faut renoncer aux procédés et aux habHudes révolutionnaires. Il faut que le parti des réformes se mette en mesuré de fournir au pays des hommes d'État et des adminis-^ trateors capables de les réaliser. Cela n'est possible qu'à une condition, c'est que le parti des réformes soit systématiquement et résolument lé-galiste. Il ne suffit pas de l'être aujourd'hui par prudence, par habileté, Fv intérêt ; il faut l'être encore demain, et après-demain, et toujours, par conscience. Il ne suffit pas de l'être, il faut le paraître à tous, aux amb et aux ennemis, aux Français et aux étrangers, et ne laisser à pertgmele moindre doute à cet égard. F. Pillok.

(i) FnldanoCto, LatiwntramHiâupeupU^f* 3i al rai?.

BIBIilOORAPHIB

QuiLauEs BÉrLBXiORS ftua LA CRUE D« l'Êglui AtFORKÉB DB FaiHGE. Lettre à Ué Edouard Sayouif par Maurice VemeSf docteur en théologie^ 1875. Broehure in-8*.

Cette brochure, dont le retentissement dans le monde protestant a été considérable, émane d'un protestant libéral qui n*a point fait partie du synode de 187%, mais qui déclare que, s'il eût pris part aux travaux de cette aasemblée, il se îùi Joint sans hésiter à l'action de la gauche • Aujourd'hui, M. Maurioe Vernes tient dire à ses amis pourquoi c en restant uni avec eux sur le terrain thôologique », il croit devoir se a séparer d'eux sur le terrain ecclésiastique » , et les engager, ainsi que l'a déjà fait M. Sayous, à qui ses réflexions s'adressent sous forme de lettre, a k accepter l'œuvre du synode » . L^émotion que cette publication a causée parmi les intéressés provient moins encore peut-être du conseil en lui-même, et d'un projet de conciliation dans lequel les concessions demandées réeUes portent d'im seul c6té, que du caractère autoritaire des opinions professées par i'anteur, de qui sans doute on n'en attendait point de telles. Il a prévu lui-même qu'on l'ac* cuseraitde tendances catholiques (p. 17), et c'est une manière de les arouer. Il est certain que le désir qu'il exprime de voir se fortifier a le sentiment de l'Église et ce que nos voisins appellent la conscience ecclésiastique » n'est pas autre chose, ou ne suppose rien de moins que l'apologie de l'autorité religieuse, de la centralisation en matière de foi, du sacerdoce. C'est le catholicisme même, administrativement parlant.

« Remède à l'aifaiblissement des croyances, retour énergique à la centralisation ! » Comment M. V. n'a-t-il pas senti que si des croyances fortes et centralisées sont la religion même, dans une Église entièrement libre de professants, tous unis par des adhésions individuelles et concordantes et organisant le culte et le ministère comme ils l'entendent, les croyances fortes et centralisées ne peuvent être qu*un autre nom de Toppression des consciences, là où la confession de fol pèse sut* une Église mulHtudinigtê et nationale du double poids d*une organisa* tien ecclésiastique centrale et de l'action de l'État sanctionnant cette organisation, prêtant force aux décrets religieux et payant les ministres l N'est-ce pas un aveu* glement inexplicable de la part d'un esprit qui se dit libéral ^ Nous ne Toulons pas dire un retour déguisé aux vieilles opinions de Tunité imposée et de la religion de contrainte ; et pourtant que veut dire oeoi ?

a Plût à Dieu que nous eussions compris plus tôt la force, la vérité admirable qui résident dans ce grand organisme catholique dont nous nous sommes séparés malgré nous il y a trois siècles?... Quoi de plus beau que cette immense Église, abordant par l'organe de ses grandes assemblées les litiges du jour et les tranchant selon les besoins nouveaux, — si elle ne s'était montrée infidèle à sa cause et si cette organisation faite pour favoriser les mouvements légitimes de la pensée, tout en les réglant, et précisément par là, n'avait fini par devenir oppressive des consciences. »

En vérité, on craindrait à moins de se voir accusé d'être un partisan de la mé-

BIBUOGBAPSn. 123

tbode catholique 1 Si ce n*est pas à un catholique que nous parlons, nous sommes étonnés d*avoir à lui dire qne ce qu'il trouvQ si beau, c'est le système des décret^ en matière de croyance, ou, en d'autres termes, l'obligation imposée aux uns de se soumettre à la foi des autres, et de la professer ; n*est-ce pas ce que les conciles ont toujours fait? et que Torganisme qu'il admire, c'est la servitude des âmes, sous l'autorité du prêtre appuyée du bras séculier. U n*est point yrai.que FÉglise catholique ait jamais fayorisé les mouvements de la pensée par le fait de les régler. U n'est point vrai qu'elle ait « fini par devenir oppressive » . Son institation sacerdotale et politique, qui fait corps avec elle, est et a toujours été Toppression même.

Voilà donc ce que peut penser de nos jours, touchant le catholicîsm e, un pro« testant» et un protestant qui se dénomme libéral I Quelle décadence» et combien BOUS sommes loin des temps de la sainte indignation contre la soperstitution de la Diease, le fanatisme des cloîtres et l'usurpation épiscopale 1 En présence des consciences qui leur échappent et s'ouvrent des voies nouvelles, — - qui s'égarent si l'os veut, mais le droit est le même ^^ nous voyons, beaucoup de pasteurs, et souvent des plus libres dans leur propre foi, regretter amèrement la domination perdue^ aller jusqu'à s'unir de sympathie avec les catholiques dans leur résistance aux mesures préservatriees de l'État. Et le fond des opinions qui permettent cette attitude est dans la doetrine générale de n^abilitation des organismeg religieux et sociaux, pour laquelle notre siècle a vu se confondre, en une commune réac* tion eontre l'esprit du siècle précédent, l'école historique et doctrinaire, Técole nltramontaine, l'éclectisme et presque toutes les sectes socialistes. Il ne faut pas s'étonner si M. Y., nourri probablement des théories historiques contempo-* raines, théories toutes catholiques^ hostiles au protestantisme, va d'abondance da essor —> loi^ libéral, toiyoursl •— à l'éloge funèbre de o ce vieillard, ce chef vénéré de la droite, fermement attaché aux grandes traditions de foi et de liberté du protestantbme (p. 24). » Le souvenir de M. Guizot vient à propos pour nous faire eampreadre ee qu'est l'esprit eatholique apporté à toutes choses et au règlement d'âne fi»i soi^isani protestante qui a ceèsé d'être le mépris des superstitions pa» pistes* Noos ne voyons pas bien en quoi s le rôle et les intentions » du vieillard a eut été indignement dénaturés dans l'ardeu? de la lutte n , ainsi que le dit M. ¥., mais le caractère oonnu de cet homme, ttn del agents funestes dei maU faenn de notre pays, nous édifie pleinement sur la nature de son attachement à la in protestante et & la liberté protestante* C'est seulement à titre de fait acquis et accompli, passé à l'état de tradition et figé quant à l'avenir, que la Referme avait érùk an respect de l'historien qui a tant glorifié le catholicisme. Le fait seul était sonUeii^ sons des apparences de dogme et de conviction consciencieuse.

U existe itae eertûne méthode historique, politique et^ ponr ainsi dire^ admiateatife de considérer les obèses de vérité et de foi^ Selon cette méthode, il ne s'sgîi pitts d'affirmer des ]^opositions vraies, qv'on a dn raisons intrinsèques dé croire vraies et qu'effectivement l'on croit; mais on l^inquiète de ee qu'il est bai di eroinp^oQ de passer ponr oroire, td vue d'un intérêt général, étranger à la question de vérité. Nous n'irons pas chercher loin nos exemples pour montrer la difTérenee d'une croyance réelle el d'tffte croyance qu'on trouve convenable de se

donner — ou de donner aux autres. M. V., après Tëloge qu*on vient de voir de Torganisme caiholique, continue ainsi ^

' « Pour ma part, je déclare que je ne veux me léparer d'aucune des grandes formes qu'a revêtues la pensée chrétienne, depuis les jours de la primitive Église. Ces dogmes de la Trinité, du Péché originel, de la Prédestination, de la Satisfac* tion vicaire, dont on affecte à gauche de' rire tout haut et gu'à drotto un iglaxMa^ tout bas, je les respecte et je les vénère, je les admets comme les plus grands triomphes de la foi et de la pensée chrétiennes dont ils ont été jadis l'énergique et grandiose traduction. Il fait beau railler, quand on doit laisser à l'histoire, qaoi ? quelques lambeaux d'histoire critique, quelques lieux communs de philosophie mal agencés entre eux. »

Ces dogmes, dont M. V. ne veut pas se séparer, qu'il vénère et qu'il admet k titre de u triomphes de la foi » — ve«t-il dire triomphes de la foi sur la raison ?— on voudrait, si ce n'était pas trop indiscret, lui demander s'il les admet à titra de vérités : pas plus que cela, si peu que rien ! Heureusement nous avons sa ré» ponse écrite d'avance. M. V. est l'auteur d'une flistotre des idétfsfiiessfaitt9ties(i) dédiée à M. Golani avec un éloge bien senti de Toeuvre de la Revue de théologie dé Strasbourg, fondée par ce dernier. Cet ouvrage est écrit d'après les principes de la critique religieuse moderne et gertnanique, et suivant la méthode qui se résume en l'application « aux livres sacrés des procédés des sciences historiques >. C'est asses dire que les dogmes ou légendes auxquels le synode de 1872 a voulu conserver leur valeur littérale sous la dénomination de « grands faits chrétiens qui servent de basé aux têtes et aux cérémonies religieuses de l'Église réformée de France » n'y sont point précisément admis comme des faits. 11 est d'ailleurs fscile de s'en convaincra par la lecture àeV Histoire des idées messianiques. Or, ce livra ne date que de deux ans, et M. V., dans les Eéfiexicns dont nous nous occupons aiiyourd'hui, se déclare encore un libéral sur le terrain théologiqua et maintient les droits de la critique historique contre le mirade (voir aux pp. U et 44). Comment expliquer cette anomalie Y Fort simplement, par la distinction de la vérité at de ce qu'il faut faire admettre comme vrat moyennant un organisme eonvanabla :

c Oui, continue M. V., réagissons contre cette tendance de dissidence, da séparatisme, qui aurait vite fait de désagréger lés organismes les plus solides. Bebàtissons une Église en laquelle on puisse croire et sa soumettra, qui soit asiai supérieure par la pensée et la foi aux simples individus pour que ces sentimanta, si décriés aujourd'hui, de foi en l'Église et da soumission k l'Église n'aient pins rien que de naturel pour le jeune homme qui, entrant dans ce grandiose édifice da l'Église de Jésus-Christ, toujours une dans sa diversité, s'inclinera plein da raa« pact et recevra avec recueillement las 'enseignements d'un plus savant que lui.

» Aujourd'hui nous avons changé tout cela, à droite comme k gauche. Le réveil a jeté par-déssus bord la théologie de l'Église, et nous voilà livrés aux imagina» fions particulières ; la théologie nouvelle a jeté par-dessus bord la théologie apostolique, et nous allons à la libre pensée.

> Pourquoi, d'un commun accord, ne nous replongerions-nous pas dans aatta ' •. . . ..'.•. . ...

(1) Un valame in-8, 1874 (édit. Sandos at FIscUMeiier).

BIBUOOKAPHIK. 1![^5

grande théologie du passé t.. . TraTaiilons d*aii commun accord, sm* la base d'un traditionnalisme éclairé, à reconstruire un 9y$time chrétien qui réponde aux besoins des générations présentes comme à nos propres besoins, mal satisfaits par la maigre ration qu'on nous offre. Ne nous y trompons pas :.au développe nent inouï des sciences et du bien-être qui a caractérisé les trois premiers quarts de ce siècle SQCcédera — cela ne saurait beaucoup tarder — un grand réveil religieux. Heureux ceux qui seront prêts alors et sauront parler aax âmes un langage qu'elles comprennent (I). »

On le Toit, la préoccupation de la vérité est nulle dans cet ordre d*idées. La qneatîoB est de déterminer le monde à crobre, au moyen d'une organisation conve-' nable, ou de se préparer soi-même k recevoir la détermination voulue par la marche des choses, au moment où se déclarera le réveil d*un peuple fanatisé. L'accord de la croyance et de la libre pensée, qui devrait être, semble-t.il, l'idéal religieux des hommes de bonne foi, est répudié en faveur de Taccord artificiel qui peut résulter de Faction d*une administration ecclésiastique puissante et centralisée. Gela est. si vrai, que M. V. fait clairement entendre que les orthodoxes se montreraient de meilleure composition toact^mt les dogmes t— cela se comprend, puisqu'on nous dit qu'ils en plaisantent tout bas — si les libéraux étaient euxmêmes plus accommodants sur les points qui intéressent la souveraineté de la conscience individuelle, en d'autres termes s^ils abjuraient le libéralisme. JL«a,di,vergence est ecdésiastique, bien plutêt que théologique. {Note de la p. 4 4.) .

Quoique toute» les parties de l'héritage d'.une Eglise dussent avoir la même autorité pour des orthodoxes,, et que ceux-ci en agissent un peu librement avec l'orthodoxie en la prenant sous bénéfice d'inv^i^t^ire, nous savons bien qu'il y a dogmes et dogmes et qu'on ne plaisante. pas de tous. Cependant, nous trouvons de la contradiction à placer l'essence du débat dans la question ecclésiastique, après qu'on a commencé par exprimer la pensée que le mobile profond de la politique synodale devait être cherché dans les scrupules des synodaux, et dans les besoins de leurs consciences qui leur interdisaieat.de prendre une part de responsabilité dans la nomination et le ministère de pasteiu^s dont les conûctions, à leurs yeux, étaiem contraires au christianisme (p. 4). « Celte préoccupation si honorable, si respectable à tous a été, dit l'auteur à cet endroit, l'âme secrète de la campagne entreprise contre les libéraux de la nouvelle école, campagne où les orthodoxes de toute nuance ont fini par obtenir l'objet de leurs vœux par la sanction officielle donnée aux travaux du synode. » M. V. va jusqu'à croire qu'il n'eût pas été impossible, au début, de mettre fin au différend & l'aide d'un règlement qui aurait enlevé tonte attribution dogmatique el^.la nomination des pasteurs aux con* sistoires et donné la pleine indépendance k ^aque paroisse munie de son conseil pRsbytéral propre (p. 5). Ainsi la solution du conflit se fût trouvée diamétralement contndre à celle qui a prévalu, et le«ystème libéral pur l'aurait emporté

(1) L^aoleur place à cet endroit (p. 18) une note sur les besoins du chiite. Il fait desvoeuX pour qu'on réchauffe « un culte stérile et fioid » par des « emprunts aux églises voistnes » . C'ui parlUtemeat logique, et nous retrouvons là un caradftra du rateur d'une partit de ""^ " anriicaae au fSJhftlifMBift

sur l'organisme ecclésiastique, a?ec Tapprobation de M. V«, aujourd'hui si frappé de rindispensable nécessité de cet organisme l En vérité, on ne saurait s'accommoder mieux aux circonstances.

Elles sont tellement changées, que voici maintenant ce qu*on propose aux protestants libéraux : adhérer aux actes du synode; recevoir en échange une déclaration de tolérance temporaire, eu égard à certains scrupules encore existants, pour ceux des candidats au saint ministère qui, sans adhérer formellement à a la foi de l'Eglise D décrétée par le synode, promettraient seulement de la respecter dans leur enseignement et en chaire. On appelle cela une concession de la part de la droite. C'en est une, en effet, révocable, et qui, en attendant qu'elle fût révoquée, placerait les pasteurs tolérés dans une situation ridicule ou odieuse de contradictions et d'embarras. Le moment viendrait bien vite de juger non-seulement les circonstances favorables, mais le cas urgent pour remettre les consciences en ordre et abolir les serments équivoques. L'organisme une fois institué doit supprimer les dissidences et les demi- dissidences.

La proposition n'est donc pas sérieuse; elle est même scandaleuse, en ce qu'elle demande l'abandon du principe de la liberté à ceux dont il est le seul titre et l'honneur. On invite deux partis religieux en lutte à faire la paix sur le terrain d'une organisation ecclésiastique qui est la domination de l'un et la servitude de l'autre, au sein d'une communion forcée. Et il y a des gens qui s'étonnent de l'irritation et des sentiments amers dont le parti libéral n'a pas retenu l'expression, devant les conseils de M. V. ! Pour nous, à notre point de vue de philosophes et de moralistes, ce qui nous parait triste surtout, et ce qui devrait révolter la conscience publique, si elle n'était pas si émoussée par soixante ans de règne et de propagande de la doctrine historique, c'est, nous l'avons dit, l'argument même de la brochure de M. Y. L'indifférence, une espèce de mépris pour le vrai, pour les croyances sincères et nées d*un effort personnel, pour l'autonomie des groupes religieux, ressortent clairement de l'idée maîtresse de 1' a organisme. » De quoi est-il question, en effet, dans ce système, si ce n'est de donner force contraignante à ce qu'on ne prétend pas soi-même être la vérité et le bon enseignement? Il fallait arriver à notre époque, pour voir une orthodoxie ainsi proposée et soutenue indépendamment de sa valeur intrinsèque, et dans des ouvrages où l'on invoque toutes sortes de raisons en sa faveur, excepté celle qui se tirerait de la croyance de Tautepr. Ce que peut penser ce dernier de tel ou tel dogme du faisceau orthodoxe, il n'en est pas question, et lui-même regarde apparemment comme une chose fort accessoire que l'Eglise, dont il désire une constitution forte, enseigne ce qu'il croit être la vérité ou ce qu'il croit être le mensonge. Mais le tout pour lui est d'avoir un établissement ecclésiastique puissant Voilà ce qui l'intéresse. Que ne donne-t-il alors la préférence au catholicisme ? Bossuet n'a-t-il pas assez démontré que l'Eglise romaine est le siège unique de l'autorité et que la liberté a la division pour conséquence nécessaire t

LETTRE DE H. ACOLLAS. 127

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