‹ Critique philosophiqueChapitre 25 sur 164 · LETTRE INSÉRIÏB SUR SOMMATION D'HUISSIER · texte numérisé non relu

LETTRE INSÉRIÏB SUR SOMMATION D'HUISSIER

Monsieur Rsnouyier, directeur de la Critique phUosophique (5ft> rue de Seine).

Paria, 24 février 1870.

Monsieur le directeur,

Je lis dans Tavant-demier numéro de votre CriHque philosophique un article portant la signature F. PiLLON, où est longuement appréciée une lettre que j'ai eu l'occasion d'écrire durant la période électorale.

Si, en s'occupantde cette lettre, votre collaborateur avait eu la pensée de faire one œuvre utile, la première condition qu'il eût eu à remplir, c'eût été de chercher dans mes écrits les développements de propositions que j'avais dû rendre, au lieu où je les avais formulées, aussi générales et aussi succinctes que possible.

Quand m homme étudie, depuis trente ans^ les questions philosophiques et po^ liliques et qu'il a publié sur ces questions quelques gros volumes bons ou mauvaisy — M. Pillon en doit connaître le titre, puisqu'il m'a prié de lui en faire hommage, — le moins qu'on puisse faire envers lui, lorsqu'on annonce l'intention de discuter ses idées, c'est apparemment de commencer à s'enquérir pour soimême de ce qu'elles sont C'est ensuite d'en rendre un compte sommaire à ceux devant lesquels on les discute. Il me serait donc impossible, en eussé-je le loisir et le désir, de suivre H. Pillon en un mode d'argumentation où manque l'exposé même des doctrines qu'il a la prétention de réfuter, et en ce qui touche les ques* tiens du gouvernement direct, de l'organisation administrative, de la propriété et de la justice distributive, questions sur lesquelles, pour le dira en passant, votre collaborateur Semble s'être tenu mal au courant des travaux contemporains, forée m'eat, dans cette onrconstance, de renvoyer à l'introduction de mon Maiwel de droU GMly et au corps même de cet ouvrage» les esprits curieux du résultat de mn propres recherches.

Quant à ma négatioii de l'idée de Dieu, en tant que concept scientifique, je regrette qu'elle ait affecté d'une fiiçon désagréable votre collaborateur, et que sur ee Bonveau point, au lieu de résunaer ce que j'ai dit « I>roits du peuple > et de prouver que j'ai fait Causse route, il se soit contenté pour me réfuter de m'ex« communier ex cathedra, au nom de la vraie science qui, pour lui, bien évidemment est la sienne.

Enfin, votre collaborateur raille, non sans agrément, ce que j'appelle la politique des principes i^e ne lui rendrai pas raillerie pour raillerie, mais c'est grande pitié & mes yeux, je le confesse bien haut, monsieur, et c'est aussi un signe marquant des temps de voir des recueils philosophiques, tels que le vôtre, présenter comme seule empreinte de moralité — le mot vraiment est merveilleux — la potitiqne des transactions.

En comptant, monsieur, sur l'insertion de cette lettre dans votre prochain numéro, je voue prie de recevoir l'expression de mes sentiments tous distingués.

EMILE ACOLLAS,

Ancien prof esseur de droU français à l'Université de Berne.

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