LES TROIS PREMIERS JOINTS DE LA RÉFORME ADMINISTRATIVE
' Um 06 n'est pas en quelques mois qu*an préfet peut se faire une idée exacte du degré et de la nature d'influence qu'exercent les notabilités en tous genres du dépanement dont il gère les intérêts...
L'art de manier les hommes est généralement inné* On le possède d'instinct, sans l'apprendre. Msds encore faut-il, pour appliquer intelligemment et opportunément cette aptitude spéciale, avoir eu le temps d'étudier le terrain sur lequel on est placé.
Puis, il y a les intérêts du département, les intérêts plus restreints de chaque canton, et enfin les intérêts communaux. Un bon préfet doit connaître à fond tous ces intérêts divers pour être en état de les concilier» lors']u'ils sont divergents, ce qui arrive que'quefois, et de les favoriser, séparément ou ensemble, selon les circonstances, dans la mesure de ce qui est possible et équitable.
La mission du préfet exige enfin pour qu'il puisse la remplir avec toute l'efficacité désirable, qu'il possède à fond la connaissance du personnel communal appelé, par situation, à fournir des maires et des adjoints, et qu'il ait avec ce personnel des relations fréquentes et durables.
Maii cette sollicitude et ce dévouement supposent que le préfet, se sentant en sécurité dans sa situation, apporte dans l'accomplissement de ses devoirs toute l'abnégation qi/on peut avoir dans l'exercice de ses fondions, lorsqu'on n'a aucune préoccupation qui leur soit étrangère.
Peut-il en être ainsi lorsque les préfets sont constamment occupés de savoir d'où souffle le vent politique, aûii de se prémunir contre une révocation possible?...
Les considérations qu'on vient de lire vont logiquement, selon nous, à mettre en tète d'un programme sérieux de réforme administrative les trois points suivants, qui seraient le commencement de la décentralisation : 1* la suppression des sous*préfets; 2* l'élection des maires et adjoints par les conseils communaux ; 5* l'obligation pour le ministre de l'intérieur de choisir les préfets dans le sein des conseils généraux.
Sur le premier point, nous n'avons qu'à souscrire à la proposition formelle du Soleil ; il a pris là une excellente initiative; il faut désirer seulement que ses amis de Tancien centre droit se croient en ce moment assez éloignés du pouvoir pour le suivre résolument en cette voie. Voilà donc qui est entendu : notre mécanisme administratif est à simplifier; les sous-préfets sont un rouage inutile ; il faut en faire l'économie; la République ne doit pas conserver de sinécures. N'est-ce pas là d'ailleurs le meilleur et le plus sûr moyen de débarrasser le pays d'un seul coup des sous-préfets bonapartistes que le régime de Vardre moral lui avait imposés en vue des élections? — * £t sans que les républicains viennent se disputer leurs places, dirait en souriant Técrivain du SoleU. '^Ohl notis savons que le parti républicain est composé d'hommes, comme le parti orléaniste, et que les idées ne sont pas le seul lien d'un parti. Il est possible que telle fraction du personnel républicain/ mode-
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rée ou radicale, voie son intérêt, présent ou prochain» au maintien d'emplois inutiles. £h bien ! c'est tant pis pour cet intérêt de parti évidemment contraire à l'intérêt de la République. Plus de sous-préfets I
Sur le second et le troisième point, le Soletl ne conclut pas, comme nous, à réiection du maire par le conseil municipal au choix obligatoire du préfet dans le conseil général. Mais il n'y a pas d'autre conclusion à tirer de son article. Ce n'est pas sans doute sérieusement qu'il oserait demander pour les maires et préfets de combat le privilège spécial de Tinamovibilité, ou soutenir, au nom de la séparation de la politique et de l'administration, que les fonctions de maire et de préfet doivent être assimilées aux carrières des employés de bureaux. Dans la commune et dans le département, comme dans l'État, la séparation de Tadministration et de la politique est une chimère. La vie de la commune et du département est politique ou n'est pas. Dans la commune et dans le déparlement, comme dans TÉtat, c'est la politique qui commande et l'administration qui doit obéir. Ce qui est possible, juste et fort important, c'est que la politique et l'administration communales, représentées par le conseil municipal et par le maire, la politique et l'administration départementales, représentées par le conseil général et par le préfet, soient, dans certaines limites reconnues nécessaires et fixées par la loi^ rendues indépendantes de la politique ministérielle» Ouiy dirons-nous avec le Soleil, il faut que le maire possède la cpnûance des citoyens de sa commune ; et c'est pourquoi nous demandons qu'il soit leur élu. Oui, il faut que le préfet connaisse parfaitement le département à la tête duquel il est placé, les notabilités qui y exercent de l'influence, les intérêts divers qu'il s'agit d'y concilier et d'y faire con-» courir au bien commun, le personnel communal qui fournit les maires et adjoints ; et c'est pourquoi nous demandons qu'il appartienne à ce département, qu'il ne puisse être choisi hors du conseil général.
F. PlUON.